Allocution (30/9/2025) du représentant de la République Démocratique du Congo devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies**
**Allocution du représentant de la République Démocratique du Congo devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies** 30/9/2025
Monsieur le Président, Honorables membres du Conseil de sécurité, Mesdames et Messieurs, En ce dernier jour de votre mandat à la présidence du Conseil de sécurité, je tiens à vous féliciter pour l'excellent travail accompli tout au long de votre mandat et à exprimer la satisfaction de ma délégation de pouvoir prendre part à cette séance publique consacrée à l'examen de la situation dans mon pays, la République Démocratique du Congo. Je saisis cette opportunité pour rendre hommage à Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies, Son Excellence Monsieur Antonio Guterres, pour son engagement soutenu en faveur du rétablissement de la paix dans mon pays. Qu'il me soit permis enfin de remercier Madame Bintou Keita, Représentante spéciale du Secrétaire général et chef de la MONUSCO, pour sa présentation riche en informations ce matin. Ma délégation a pris acte du rapport du Secrétaire général sur la Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (document S/2025/590 du 19 septembre 2025). Elle souhaite toutefois rappeler que le 22 août dernier, lors de la réunion spéciale convoquée à l'initiative des États-Unis d'Amérique et du Panama, elle avait attiré l'attention du Conseil sur trois points importants : Premièrement, la poursuite sans relâche des atrocités et crimes de masse dans l'est de la République Démocratique du Congo contre les populations civiles, ainsi que le désastre humanitaire amplifié quotidiennement par l'agression de la coalition RDF/M23. Ce matin encore, des centaines de jeunes de la ville de Bukavu ont été déportés en masse par l'armée rwandaise et sa brigade avancée, l'AFC/M23, vers une destination inconnue. Deuxièmement, la non-application des dispositions pertinentes et claires de la résolution 2773, adoptée à l'unanimité le 21 février 2025 par ce Conseil, notamment le retrait immédiat et sans condition de l'armée rwandaise (Rwanda Defence Forces) et de leur brigade avancée en RDC, le tristement célèbre AFC/M23. Troisièmement, j'avais également évoqué les différentes initiatives de paix sous l'égide des États-Unis d'Amérique et du Qatar, initiatives qui ont abouti à la conclusion le 27 juin 2025 à Washington d'un accord de paix entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, ainsi qu'à la signature à Doha de la déclaration de principes - une sorte de feuille de route préliminaire dans le cheminement vers la paix entre la République Démocratique du Congo et l'AFC/M23. Monsieur le Président, Mon premier message part de l'observation que depuis plus de trois décennies, l'est de la République Démocratique du Congo subit une guerre atroce. Des générations entières ont grandi sous l'ombre de la violence, des déplacements massifs, de l'esclavage sexuel et du pillage de leur terre natale. L'agression dont la République Démocratique du Congo est victime a plongé nos provinces de l'Est dans un désastre humanitaire avec près de 7 millions de déplacés internes. Le pic a été atteint en janvier-février 2025 lorsque les villes de Goma et Bukavu ont été envahies par les forces de défense du Rwanda et leur brigade avancée en RDC, l'AFC/M23. Il convient de préciser ici que le processus diplomatique engagé avec toutes les parties au conflit n'exclut nullement la quête de la justice et de la réparation. Comme l'affirmait le Président de la République, Son Excellence Monsieur Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, du haut de la tribune de la session de l'Assemblée générale le 23 septembre dernier, les Nations Unies elles-mêmes, à travers le rapport Mapping, ont documenté l'ampleur des atrocités. Ce n'est pas seulement un conflit, c'est un génocide silencieux qui frappe le peuple congolais depuis plus de 30 ans. En juillet dernier encore, plus de 300 civils, dont 48 femmes et 19 enfants, ont été massacrés dans le territoire de Rutshuru par l'AFC/M23 avec l'appui des forces de défense du Rwanda. Ces crimes ne sont pas isolés. Ils s'inscrivent dans une continuité macabre. Je remercie les États-Unis d'Amérique d'avoir pris l'initiative le mois dernier de convoquer une session extraordinaire du Conseil de sécurité pour examiner ce massacre documenté par Human Rights Watch. Monsieur le Président, ce n'est pas seulement une crise congolaise, c'est une tache noire sur la conscience collective de l'humanité. Les cycles répétés d'atrocités alimentés par la cupidité pour les minerais stratégiques et les ingérences étrangères, principalement du Rwanda, reflètent le coût de l'indifférence et le prix de l'impunité. Chaque fois que des crimes restent impunis, chaque fois que des victimes restent silencieuses, la porte s'ouvre à de nouvelles vagues de violence. La reconnaissance des crimes commis, la préservation de la vérité pour les générations futures et la poursuite de la responsabilité ne sont pas des options. Elles sont le fondement d'une paix digne et durable. Aujourd'hui, alors que le monde réclame justice ailleurs, les voix des victimes congolaises doivent aussi être entendues, car aucun processus de paix ne peut survivre à l'impunité. Protéger les vies humaines est non négociable. Rester spectateur devant de tels crimes serait une forme de complicité. La protection des vies humaines, toute communauté confondue, reste non négociable et doit demeurer au coeur de l'action. Le Conseil de sécurité et la communauté internationale ne sauraient demeurer indifférents devant l'enracinement de l'impunité. Mon deuxième message m'invite à réitérer l'appel qu'a lancé le 23 septembre dernier du haut de la tribune de l'Assemblée générale le Président de la République Démocratique du Congo, Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui déclarait je cite : "À la veille de la mise en place de la commission d'enquête indépendante décidée par le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies sur les massacres perpétrés il y a quelques mois par nos agresseurs et leurs supplétifs dans l'est de mon pays, je lance un appel solennel à la communauté internationale. Elle a le devoir moral et politique de soutenir cette démarche essentielle afin d'établir la vérité, rendre justice aux victimes et jeter les assises d'une paix durable ancrée dans la mémoire et la responsabilité partagée." Fin de citation. Monsieur le Président, Pour mettre un terme à ce conflit, le Conseil de sécurité par sa résolution 2773 du 21 février 2025 a notamment exigé le retrait du M23 des villes de Goma, Bukavu et de toutes les zones sous son contrôle, le démantèlement des administrations parallèles instaurées en violation de la souveraineté de la République Démocratique du Congo, ainsi que la cessation de tout appui direct ou indirect au M23. L'accord de Washington et la déclaration de principes de Doha abondent dans le même sens, car le retrait des troupes rwandaises, la fin de leur appui au M23 et le retour de l'autorité de l'État congolais sur toutes les zones occupées constituent des conditions non négociables pour une paix véritable. Le Conseil de sécurité, garant du maintien de la paix et de la sécurité internationale, doit veiller à la stricte application de cet accord, désormais indissociable de la mise en œuvre de sa résolution 2773. Tant que ces décisions ne seront pas exécutées, le sang des innocents continuera de couler. Monsieur le Président, Je voudrais encore faire mien le récent propos du Président de la République, Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi, pour préciser que l'objectif pour la République Démocratique du Congo demeure inchangé : obtenir une paix juste, durable et véritable, non une accalmie factice et éphémère qui, depuis près de 30 ans, a trop souvent déçu l'espérance de notre peuple. Nous attendons de la communauté internationale et de ce Conseil de sécurité qu'ils se tiennent avec constance et courage du côté du droit. C'est à ce prix que la vérité l'emportera sur l'impunité et que la paix redeviendra possible. La République Démocratique du Congo est un pays de vie, de richesse naturelle et de résilience humaine. Nous voulons contribuer à la paix mondiale, mais la paix commence par la reconnaissance de notre propre tragédie. J'adresse à cette assemblée un appel solennel : reconnaissez le génocide congolais. Soutenez notre combat pour la vérité et la justice et aidez-nous à bâtir enfin une paix durable au coeur de l'Afrique. Nous demandons que les Nations Unies instaurent un régime de sanctions ciblé contre les auteurs de crimes économiques, mais aussi des crimes de guerre, crimes contre l'humanité et crimes de génocide commis à l'est de mon pays, et qu'elles soutiennent toutes les actions visant à tarir les circuits illicites d'approvisionnement en minerais qui financent depuis des décennies la guerre et la tragédie humaine. La communauté internationale a le devoir moral et politique de reconnaître cette tragédie pour ce qu'elle est : un génocide, et d'agir en conséquence. Le silence et l'inaction face à ces crimes s'apparentent à une complicité. Nous demandons la mise en place immédiate d'une commission d'enquête internationale indépendante et dotée de moyens pour établir la vérité, rendre justice aux victimes et rompre le cycle de l'impunité qui nourrit ce drame depuis des décennies. Monsieur le Président, En ce qui concerne la MONUSCO, la position de mon pays a déjà été exprimée maintes fois ici. Mon gouvernement est favorable à l'option d'un rôle opérationnel à conférer à la MONUSCO en matière de vérification d'un éventuel cessez-le-feu et de soutien à la mise en oeuvre des accords de paix. Nous voulons insister sur la nécessité pour le Conseil de sécurité de renforcer diplomatiquement, militairement ainsi que financièrement la MONUSCO pour l'accomplissement de son mandat qui sera bientôt renouvelé. Nous en appelons au Conseil de prendre des décisions pour contraindre le Rwanda et son supplétif du M23 à ne pas entraver les libertés de mouvement de la force de paix de la MONUSCO. Une telle posture est indigne d'un pays qui prétend porter le manteau de contributeur de troupes au système des Nations Unies. Monsieur le Président, Permettez-moi avant de clôturer mon propos de réitérer les demandes formulées par mon pays au Conseil pour faire avancer l'agenda vers la restauration d'une paix durable, et non d'une paix factice et éphémère, à l'est de la RDC : Premièrement, que le Conseil puisse veiller sans atermoiement à la stricte application de l'accord du 27 juin 2025 signé entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, désormais indissociable de la mise en oeuvre intégrale et sans faille des dispositions de la résolution 2773/2025. Deuxièmement, qu'il renforce sans délai le régime de sanctions en y inscrivant les commandants du M23 et les responsables rwandais. Troisièmement, qu'il soutienne sans délai la mise en oeuvre effective de la commission d'enquête internationale prévue par la résolution A/HRC/RES/S-37/1 adoptée le 7 février 2025 lors de la 37e session extraordinaire du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies. Je vous remercie.