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Publié par La Tribune Franco-Rwandaise

 Au Cameroun, la malédiction des dinosaures a encore frappé!
 Au Cameroun, la malédiction des dinosaures a encore frappé!
 Au Cameroun, la malédiction des dinosaures a encore frappé!

Bonjour, chers amis, auditeurs et auditrices, c'est Hervé Cheuzeville à l'antenne, toujours heureux de vous retrouver pour notre rendez-vous hebdomadaire Panorama Info.

Sur ces ondes, j'ai régulièrement évoqué ce que j'ai appelé la malédiction des dinosaures africains. Cette malédiction fait que des hommes s'accrochent au pouvoir des décennies durant, usant pour cela de la force et de la répression, mais aussi abusant d'artifices constitutionnels, de la corruption, du népotisme et du clientélisme, ainsi que de trucages d'élections pour prolonger encore un peu leur présence à la tête du pays.

Il y a deux semaines de cela, je partageais avec vous, chers auditeurs, mes souvenirs du Malawi et de l'automne de son vieux patriarche, le docteur Hastings Kamuzu Banda. Ayant vécu moi-même cette période au début des années 90, j'ai pu mesurer les conséquences dramatiques que peuvent causer les effets cumulés d'un long règne et de la sénilité.

Cette malédiction des dinosaures a frappé et continue à frapper de nombreux pays du continent africain. Certains gérontocrates ont même pour ambition de voir leur propre fils leur succéder, le moment venu, pas tout de suite bien sûr. Le vieillard du Malawi, lui au moins, n'avait pas eu cette ambition, il faut dire qu'il n'avait pas de fils.

Au Togo, le fils d'un dictateur qui régna sur le pays pendant 42 années est au pouvoir depuis déjà 20 ans. Cela fait donc 62 ans que la dynastie Gnasingbé dirige ce petit pays d'Afrique de l'Ouest.

En Ouganda, un pays où j'ai longuement vécu, celui qui s'est emparé du pouvoir par la force en janvier 1986 va se représenter aux prochaines élections présidentielles, tout en mettant le pied de son propre fils à l'étrier.

Connaissez-vous, chers amis auditeurs et auditrices, le plus âgé des chefs d'État de la planète ? J'ai bien dit de la planète, pas seulement du continent africain. Il s'appelle Paul Biya, il est né le 13 février 1933 et il a donc, faites le calcul, 92 ans. Or, la semaine dernière, cet homme a annoncé sa candidature à un huitième mandat de 7 ans.

Vous souvenez-vous de l'année 1975, pour ceux qui étaient déjà nés à l'époque ? Valéry Giscard d'Estaing avait été élu président de la République française un an plus tôt. Son premier ministre s'appelait Jacques Chirac. Or, cette année-là, 1975, voici 50 ans, Paul Biya fut nommé premier ministre du Cameroun par le premier président et père de l'indépendance El Hadj Amadou Ahidjo. Ce dernier, ayant eu la sagesse de partir après seulement 22 années à la tête du Cameroun, et c'est son premier ministre, Paul Biya, qui lui succéda le 6 novembre 1982. Il se murmure d'ailleurs que c'est François Mitterrand qui avait suggéré à Ahidjo de choisir Paul Biya comme héritier. En 65 années d'indépendance, le Cameroun n'a donc connu que deux chefs d'État seulement. Ahidjo et Biya.

Amusez-vous à compter combien la France a eu de présidents de la République pendant ces 65 dernières années. En ce mois de juillet 2025, je serai donc tenté d'accorder une mention spéciale au dinosaure Paul Biya. Avec cette huitième candidature, la malédiction des dinosaures a donc encore frappé au Cameroun.

N'y avait-il vraiment personne d’autre, au Cameroun ? Quelqu'un qui soit plus capable, plus compétent, plus jeune pour diriger ce pays jeune où 62% de la population qui compte 30 millions d'habitants ont moins de 25 ans. N'y avait-il personne d'autre qu'un vieux monsieur de 92 ans pour être à nouveau candidat à l'élection présidentielle ? C'est presque faire insulte à l'intelligence et à la sagesse de ce peuple. Le régime de Paul Biya est souvent qualifié d'autoritaire. Moi, je le qualifierais plutôt de paternaliste. Des organisations comme Amnesty International l'accusent régulièrement de restreindre les libertés fondamentales des Camerounais et de commettre des violations des droits de l'homme. C'est surtout la corruption qui attire l'attention des médias internationaux lorsqu'on parle du Cameroun.

En juillet 2009, un rapport du CCFD Terre solidaire intitulé « Bien mal acquis, à qui profite le crime ? » mentionnait les dépenses pharaoniques du président camerounais ainsi que sa fortune familiale. Le 25 novembre 2010, le parquet de Paris avait même ouvert une enquête préliminaire pour, je cite, « détournement de fonds publics ». Une enquête avait donc été ouverte sur Paul Biya à la suite d'un dépôt de plainte de l'association « Union pour une diaspora active ». Selon Issa Tchiroma, porte-parole à l'époque du gouvernement camerounais, « le président de la République du Cameroun n'est comptable que devant son peuple. Il n'a pas à répondre à ses accusations en France ». Le porte-parole avait en outre dénoncé une tentative de manipulation médiatique par des partis de l'opposition visant à décrédibiliser le président à l'aube des élections présidentielles de 2011.

Les nombreux séjours privés de Paul Biya en Europe, notamment en Suisse, sont aussi l'objet de polémiques récurrentes. On reproche à Paul Biya un absentéisme néfaste au fonctionnement de l'État. Les conseils des ministres sont très rares. Le record fut atteint en 1993, année durant laquelle il ne s'en était tenu que quatre. Le président a aussi la réputation d'être constamment injoignable. Au fil des ans, le président vieillissant semble de plus en plus diriger le Cameroun par délégation, tout en faisant bien attention à ce que le pouvoir ou la parcelle de pouvoir ainsi déléguée le soit à différentes coteries, à différents clans.

Car le système Biya, c'est avant tout des clans rivaux qui se détestent, tout en affichant une fidélité sans faille au vieux patriarche.

C'est ainsi qu'il y a le clan dirigé par le secrétaire-général de la présidence, dont l'épouse du président est un élément important. Chantal Biya, dont le père était français, est célèbre pour ses coiffures extravagantes, qui n'ont rien à envier à celles de la pauvre Marie-Antoinette. Elle a 37 ans de moins que son mari et elle est la seconde épouse du président, la première étant décédée en 1992.

Il y a aussi le clan du directeur du cabinet civil, dans lequel Emmanuel-Franck Bia, le fils aîné du président, est actif. Ce fils du président est le fils de sa défunte épouse, il n'est donc pas le fils de l'épouse actuelle. Ce dernier clan semble représenter les intérêts de la famille élargie, ceux de la région d'origine du président, dans le sud du pays. Le Cameroun est un pays complexe, tant du point de vue historique que du point de vue ethnico-religieux. On l'a d'ailleurs surnommé  « une Afrique en miniature », parce que ce pays, qui est un peu plus petit que la France, cumule toutes les caractéristiques du continent africain : multiplicité des ethnies, des religions, des langues, un nombre de langues incalculable, et aussi un climat équatorial au sud et pratiquement tropical au nord.

Parmi ces particularités du Cameroun, il y a l'originalité de son nom, Cameroun, qui est une déformation du mot portugais camarões, qui signifie « crevette », au pluriel. Pourquoi un tel nom, alors que la majorité des Camerounais, en particulier ceux de l'intérieur et du nord, n'ont certainement jamais vu et encore moins mangé de crevettes ? L'origine de ce nom remonte à 1472, lorsque les marins portugais du navigateur Fernando Po sont arrivés dans l'estuaire du fleuve Wouri. Ils s'extasièrent devant l'abondance de crevettes dans le cours d'eau, qu'ils appelaient aussitôt Rio dos Camarões, la rivière des crevettes. Les marins anglais qui vinrent en ce lieu beaucoup plus tard perpétuèrent ce nom en l'anglicisant en « Cameroons », d'où le nom actuel en français de « Cameroun ».

Après les Portugais, vinrent les Néerlandais, puis les Allemands. Par les contacts avec les Européens et les Sahéliens, en particulier le royaume de Kanem-Bornou, débutèrent des échanges commerciaux réguliers. Le développement de la traite négrière, soit occidentale, soit arabo-musulmane, la diffusion du christianisme par le sud et de l'islam par le nord, changèrent profondément les sociétés du Cameroun, favorisant les groupes structurés ayant adopté une religion monothéiste et capables de se procurer des armes à feu, au détriment de l'organisation politique antérieure, comme celle du royaume de Bamoun.

Dans l'optique de toujours protéger leurs intérêts commerciaux, les Allemands établirent, le 5 juillet 1884, leur protectorat sur le territoire qu'ils nommèrent « Kamerun », avec un K. L'Allemagne était intéressée par le potentiel agricole du Cameroun et elle confia à de grandes firmes le soin d'exploiter et d'exporter ces ressources agricoles. Les priorités du chancelier de l'époque, Otto von Bismarck, étaient à la fois commerciales et militaires. L'homme d'affaires Adolf Woermann installa une maison de commerce, pour sa compagnie, dans un lieu-dit nommé Douala, qui avait l'avantage d'être située à proximité du littoral atlantique. Depuis, Douala est devenue la plus grande ville du Cameroun et sa capitale économique, peuplée de près de 5 millions d'habitants. Mais je rappelle que la capitale politique n'est pas Douala mais Yaoundé, qui est construite sur les hauts plateaux de l'intérieur. La ville de Douala s'est développée à partir de son port de commerce, situé sur l'estuaire du fleuve Wouri, ce fameux fleuve des crevettes, ouvert sur le golfe de Guinée.

De grandes compagnies commerciales allemandes et des compagnies concessionnaires s'implantèrent massivement dans la colonie. L'administration coloniale allemande se contentait de laisser ces grandes compagnies exploiter les ressources du territoire et d'imposer leur ordre, tout en les épaulant et en les protégeant, n'hésitant pas à éliminer de temps à autre les rébellions indigènes. Afin d'assurer l'essor économique du protectorat, les Allemands se lancèrent dans des travaux importants, construction de routes ainsi que de la première ligne de chemin de fer, démarrage des travaux du port de Douala, qui est aujourd'hui un très grand port, édification d'écoles et d'hôpitaux, création de grandes plantations, cacaoyers, bananiers, caféiers, hévéas, palmiers à huile. Pour tout cela, l'administration coloniale et les compagnies allemandes eurent recours au travail forcé et au châtiment corporel. Les Belges et les Français, dans leurs colonies, et les Anglais également, ont eu recours aux mêmes procédés, bien sûr. Ce n'était pas spécifique aux Allemands.

Mais la période allemande s'acheva avec la Première Guerre mondiale. Le Kamerun allemand aiguisait en effet les appétits territoriaux de leurs adversaires français et britanniques. Associée aux Belges établis au Congo belge, la France, qui était établie quant à elle dans les pays voisins que sont le Gabon, le Congo-Brazzaville, l'Oubangui-Chari et le Tchad, et le Royaume-Uni imposèrent un blocus maritime à la colonie qui lui fut fatale.

Douala tomba dès 1914, dès les premières semaines de la guerre. Puis ce fut le tour de la région côtière l'année suivante. Finalement, les troupes allemandes abandonnèrent la colonie dès 1916.

Le territoire fut alors administré par un condominium franco-britannique qui dura jusqu'à la fin de la guerre. Le traité de Versailles de 1919 partagea l'ancienne colonie allemande en deux territoires sous mandats distincts confiés par la Société des Nations, ancêtre des Nations Unies, à la France et au Royaume-Uni. Le Cameroun sous mandat français englobait la plus grande partie de l'ancien territoire, tandis que le Cameroun sous mandat britannique comprenait les zones situées à la lisière de leur colonie et protectorat du Nigéria.

Ce partage entre les deux grandes puissances coloniales européennes devait avoir de graves conséquences pour le Cameroun indépendant, des conséquences qui se font encore sentir de nos jours. Durant les 20 premières années de sa présence au Cameroun, la France s'employa à liquider des rébellions dans le nord émanant des populations kirdis. Mais, à la différence de l'Allemagne, elle pratiqua aussi une politique d'assimilation comme elle l'a fait dans ses autres colonies.

Le Royaume-Uni, de son côté, appliqua le régime dit de l'« indirect rule », de la domination indirecte, c'est-à-dire en utilisant les structures autochtones, les chefferies traditionnelles, les sultans locaux, etc.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un parti politique camerounais, l'Union des Populations du Cameroun, UPC, commença à revendiquer l'indépendance et la réunification du pays. L'UPC fut interdite, puis durement réprimée par les Français en pays Bassa et en pays Bamileké. Ce fut ce qu'on a appelé la guerre Bamileké.

L'indépendance de la partie sous-protectorat français du Cameroun intervint le 1er janvier 1960. Il fut le premier pays colonisé par la France, premier d'une longue liste, à devenir indépendant durant cette année-là, 1960. Le Nigéria aussi, de son côté, obtint son indépendance la même année.

De son côté, le Royaume-Uni organisa un référendum d'autodétermination dans la partie sous-mandat britannique. La partie sud de la zone britannique, que l'on appelle Cameroun méridional, opta pour la réunification avec le reste du Cameroun, devenu indépendant, tandis que la partie nord, que l'on appelle Cameroun septentrional, choisit une union avec le Nigéria, lui aussi devenu indépendant, nous l'avons vu, en 1960. La réunification du Cameroun méridional anglophone avec le Cameroun francophone intervint en 1961 dans le cadre d'une république fédérale.

L'indépendance du Cameroun ne mit pas un terme à la répression de la rébellion des partisans de l'UPC, bien au contraire. Une véritable guerre secrète fut menée avec l'appui de l'armée française durant les années 1960. Ce sont des officiers français qui dirigeaient clandestinement les opérations de répression menées par la jeune armée camerounaise contre les derniers bastions de l'insurrection « upéciste », essentiellement dans l'ouest du pays.

Le 20 mai 1972, un référendum mit fin au fédéralisme au profit d'un État unitaire. C'est ce changement qui allait provoquer l'émergence d'une nouvelle contestation qui allait se transformer en rébellion dans la partie anglophone du pays. Ce problème n'a toujours pas été réglé et l'insécurité continue à régner dans cette partie du Cameroun.

Malheureusement, ce conflit sans fin n'est pas le seul auquel doit faire face le Cameroun. Car si ce pays est un pays bilingue, français-anglais, c'est aussi un pays bi-religieux, si je puis dire, chrétien-musulman. En effet, si la partie méridionale et équatoriale, verte et fertile, est majoritairement chrétienne, sa partie septentrionale, au climat aride et subtropical, est majoritairement musulmane.

Le Cameroun, comme nombre de pays africains, a des frontières assez incongrues, pour ne pas dire absurdes, héritées des marchandages et des échanges territoriaux entre puissances européennes. Dans le cas du Cameroun, les frontières furent délimitées après des négociations, voire même des échanges de territoires entre trois pays en pleine expansion coloniale, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Le résultat sur le terrain fut catastrophique, pour les populations bien sûr, mais aussi pour le futur Cameroun indépendant, avec cet improbable et étroit corridor terrestre qui offre au pays un morceau de la rive du lac Tchad. Cet étroit couloir est large de 10 à 20 km dans son extrémité septentrionale, et il est coincé entre le Nigeria à l'ouest et le Tchad à l'est. Ce territoire du nord est quasiment indéfendable, et c'est pour cette raison qu'il a été atteint par le conflit qui déchirait le nord-est du Nigeria, avec l'absurde insurrection des fondamentalistes musulmans de Boko Haram. J'ouvre une petite parenthèse au sujet de Boko Haram : ce groupe terroriste qui a été fondé par un illuminé fondamentaliste musulman, revendique bien sûr l'application de la charia, de la loi islamique, sur tout le nord du Nigeria, et le nom même de ce mouvement, « Boko Haram », c'est un mélange de langue haoussa et d'arabe.

Boko est une déformation haoussa du mot livre, « book », en anglais, et haram. « Haram », en arabe, c'est le contraire de « halal », c'est-à-dire que c'est quelque chose d'impur, quelque chose qu'on ne peut pas consommer. Donc c'est pourquoi Boko Haram s'en est pris très violemment aux écoles secondaires du nord du Nigeria, n'hésitant pas à kidnapper des centaines de jeunes garçons et de jeunes filles, dont certains sont toujours détenus à l'heure où je vous parle. Ces rebelles de Boko Haram ont utilisé le territoire camerounais comme voie de passage ou de repli, et ils y ont aussi commis des atrocités contre la population locale.

C'est ainsi que le Cameroun de Paul Biya s'est retrouvé impliqué dans ce conflit qui n'était pas le sien, et qu'il a dû y faire face avec tout ce que cela peut signifier en termes d'opérations de ratissage anti-insurrectionnel, et donc de violences. Le régime de Paul Biya doit donc gérer deux crises sécuritaires graves, l'une dans le sud-ouest anglophone, et l'autre dans l'extrême nord musulman. Ces deux crises recèlent bien des dangers pour l'avenir du pays, d'autant que depuis l'indépendance de 1960 et la réunification de l'année suivante, le Cameroun s'est bâti sur un fragile équilibre entre francophones et anglophones d'une part, et entre chrétiens sudistes et musulmans nordistes d'autre part.

Le premier président et père de l'indépendance, El Hadj Amadou Ahïdjo, était un nordiste musulman. Un sudiste chrétien, Paul Biya, lui a succédé en 1982. Ce dernier, pour réussir à s'imposer, a dû pactiser avec les potentats musulmans du nord. Or, depuis l'annonce de sa nouvelle candidature, deux poids lourds du nord, deux poids lourds du régime, Bello Bouba Maigari et Issa Tchiroma Bakary, ont claqué la porte du gouvernement et annoncé, chacun de leur côté, leur candidature à l'élection présidentielle prévue pour le mois d'octobre. Le nord étant une terre d'anciens et puissants sultanats, il est à craindre que ces deux notables ne parviennent à rallier à leurs candidatures les suffrages nordistes qui, jusque-là, étaient acquis au régime de Paul Biya. Les électeurs du nord représentent 35% de l'électorat camerounais. S'ils font défaut au candidat Paul Biya, ce dernier pourrait rencontrer des difficultés pour réussir à se faire réélire au premier tour. D'autant qu'il devra faire face à un poids lourd sudiste en la personne de l'opposant historique, Maurice Kamto, un jeune homme de 71 ans seulement. Cet avocat et universitaire pourraient avoir ses chances face à un président sortant nonagénaire et qui, en tout état de cause, sera bien incapable, physiquement, de faire campagne et pour cela de parcourir le pays de long en large, ce que Maurice Kamto ne manquera pas de faire. Mais l'obstacle majeur que rencontrera cet opposant sera certainement la division de l'opposition. À la clôture du dépôt des candidatures, le 22 juillet, 81 candidatures avaient été déposées, y compris celles de Maurice Kamto et du président sortant. Nul doute qu'un certain nombre de ces candidatures seront invalidées pour une raison ou pour une autre. Malgré tout, il risque d'y avoir beaucoup de candidats à cette élection présidentielle d'octobre. Cela risque donc de jouer en faveur du vieux président qui est passé maître dans l'art de diviser pour régner.

Voilà ce que je peux dire, chers amis auditeurs, au sujet du Cameroun et de son vieux président. Mais, pour conclure, j'aimerais attirer votre attention sur un aspect des choses. Le Cameroun est un pays fragile, on l'a vu, avec un équilibre fragile entre anglophones, francophones, chrétiens, musulmans et une multitude d'ethnies différentes. C'est un pays qui a été soudé par ce régime qui a duré très longtemps. Je rappelle que le Cameroun n'a eu que deux présidents depuis son indépendance. C'est un pays qui a longtemps été dominé par un parti unique. Et si le président venait à être battu, ce qui est à mon avis peu probable, ou s'il venait à disparaître durant son nouveau septennat de sept ans, qui se terminera lorsqu'il aura 99 ans, l'équilibre de ce pays risque fort d'être menacé avec les appétits qui se sont aiguisés tout au long du long règne de Paul Biya et avec, comme je l'ai dit tout à l'heure, les dangers de la division entre anglophones et francophones, musulmans et chrétiens.

N'oublions pas que le Cameroun est un gros producteur de pétrole et que, donc, de gros intérêts sont présents en jeu, gros intérêts étrangers, et que chacune de ces grandes compagnies internationales, chacune de ces grandes puissances, observe avec attention ce qui est en train de se passer au Cameroun. La France, sous Emmanuel Macron, a dû quitter piteusement des pays comme le Mali, le Niger, le Burkina Faso. La semaine dernière, elle a mis fin à sa dernière présence militaire au Sénégal.

Des pays comme la Russie ont certainement tout fait pour déstabiliser cette présence française et cette partie de l'Afrique afin de prendre la place, ce qu'ils ont fait dans les trois pays que j'ai cités, Mali, Niger et Burkina Faso. Je suis persuadé que Vladimir Poutine regarde également avec attention ce qui est en train de se passer au Cameroun. Le Cameroun qui est toujours un allié de la France.

Paul Biya a connu tous les chefs d'État français, en tant que président, depuis François Mitterrand jusqu'à Emmanuel Macron. Et au Cameroun aussi, une certaine jeunesse est certainement lassée de cette prépondérance française. Certains ne sont pas insensibles aux sirènes moscovites reliées par des médias spécialistes de montages grossiers et de manipulation et d' « infotox », de « fake news », comme on dit. Donc attention à ce qui va se passer au Cameroun en octobre prochain et dans les mois qui suivront.

C'est une situation qui est à observer attentivement. J'espère pour ma part que les relations franco-camerounaises survivront aux changements éventuels qui risquent de se produire dans ce pays. Et j'espère aussi, bien sûr, que ce pays parvienne à conserver sa stabilité afin d'avoir une alternance pacifique. C'est tout ce que je souhaite pour ce pays. Je vous remercie chers amis auditeurs et auditrices, et je vous dis à la semaine prochaine pour une nouvelle émission de Panorama Info.

Hervé Cheuzeville
Panorama Info, HervéTV
Bastia

 

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