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TFR-INFO

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La Tribune Franco-Rwandaise

Hommage à Monseigneur Christophe Munzihirwa, la Voix des faibles, assassiné par les escadrons de la mort envoyés par Paul Kagame.

IN MEMORIAM

Mgr Munzihirwa

Le 29 octobre 1996, Mgr Christophe Munzihirwa, archevêque de Bukavu (RDCongo), était assassiné par un commando du Front Patriotique Rwandais de Paul Kagame, lors de la prise de la ville de Bukavu. Monseigneur Munzihirwa venait de faire une déclaration publique dans laquelle il dénonçait le massacre des réfugiés hutu rwandais par l'armée du FPR .

Selon des témoins oculaires, le soir du 29 octobre 1996, alors qu'il se rendait à la communauté jésuite du Collège Alfajiri après une journée harassante entièrement consacrée à sauver des vies et à réconforter la population en détresse, désorientée, abandonnée par ceux qui auraient dû assumer leur responsabilité d'administrateurs, arrivé à la place Nyawera, le véhicule à bord duquel se trouvaient le Pasteur de l’Eglise de Bukavu, son chauffeur et un militaire des Forces Armées Zaïroises (FAZ) a été arrêté par des tirs en rafales. Monseigneur Christophe sortit du véhicule, une croix à la main, et se dirigea vers des militaires (qui n’étaient pas des congolais des FAZ) pour palabrer. Ceux-ci le placèrent contre le poteau, pendant qu’ils demandaient des instructions via radio quant à ce qu’ils devaient faire du détenu. Puis, on lui donna l’ordre de s’agenouiller près d’une grille et on le tua d’un coup à la nuque. Il était 18h30. »

Sa dernière déclaration connue fut un message de paix et d'unité : « Restons unis pour sauver le pays. Nous les Chrétiens nous devrions savoir que l’arme la plus forte reste toujours la charité envers tout le monde et la prière au Seigneur Jésus, avec l’assistance de Notre Dame du Rosaire. Et que la Vierge Marie, Reine de la paix, intercède pour nous »

 

Mais qui était donc Monseigneur Christophe Munzihirwa?

 

(source: site APEMA)

Mzee Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo est né dans la Paroisse de Burhale à Lukumbo en 1926. Après les études à l' école primaire paroissiale, il fit encore trois années d'École Normale avant d'entrer au Petit Séminaire de Mugeri où il fit les Humanités Gréco-Latines. Il passa ensuite par les Grands Séminaires de Nyakibanda (Rwanda) et de Moba (ex-Baudouinville) et fut ordonné prêtre du Diocèse de Bukavu à Walungu, le 17 Août 1958. Ayant servi dans ce diocèse pendant 5 ans, et devenu Curé-Doyen de la Paroisse Cathédrale de Bukavu, il désira devenir religieux dans la Compagnie de Jésus. Le 7 septembre 1963, il  entre au Noviciat des Jésuites à Djuma au Bandundu au moment ou sévissait dans cette région la rébellion muleliste. Les dernières semaines avant sa mort Monseigneur raconta à plusieurs reprises comment il fit alors l’expérience de la force des villageois, lorsqu’étroitement liés aux chefs traditionnels, ils défendent leur terre et leurs villages.

Il prononça les premiers vœux de religion deux ans plus tard à la fête de la Nativité de la Vierge, le 8 septembre 1965. Ensuite, comme il était entré dans la Compagnie étant prêtre, son parcours de formation fut un peu particulier. De 1965 à1966 on le trouve à l'Institut de Philosophie Saint- Pierre Canisius à Kimwenza (Kinshasa) pour une année supplémentaire d'étude de la théologie. Sorte de "recyclage" qu'il alla bientôt poursuivre en Belgique au Collège Philosophique Saint-Albert le Grand à Louvain. De 1967 à 1969, il y entreprend aussi des études de sciences sociales et économiques, après être rentré brièvement à Bukavu pour y relancer le Collège Notre Dame de la Victoire, assez sérieusement endommagé par le passage des "katangais". Il fut ainsi le premier jésuite à rentrer à Bukavu après les événements et la fameuse affaire Jean Schramme. En 1969 il fut rappelé au Zaïre où il se voit confier la direction spirituelle des jeunes jésuites en formation à Kimwenza. En même temps il devient Vicaire à la paroisse universitaire. C’est ainsi qu’il vécut en 1971 la contestation estudiantine qui aboutit à l'enrôlement de force des étudiants de l’Université Lavinium et certains de l’Université de Lubumbashi dans l’armée. Même si, à cause de son âge, il aurait été dispensé, il choisit délibérément de partager cet enrôlement avec les étudiants. En fait, nous avons été enrôlés ensemble au Camp Militaire des Parachutistes de Mikondo, en face de l’aéroport de Ndjili. Plus tard, le milicien Munzihirwa sera transféré au Camp Tshatshi, à Ngaliema.

En 1973, le Père Munzihirwa rejoint la communauté de la Maison Saint-Ignace à Kinshasa (Gombe) pour travailler au CEPAS (Centre d' Études pour l’Action Sociale) et au CADICEC (Centre Chrétien pour les Dirigeants et Cadres des Entreprises), tout en gardant la direction spirituelle des jeunes pères scolastiques. L’année suivante (1974) le voilà de retour en Belgique pour y faire une dernière année de probation (Troisième An) à Fyt-lez-Manage. Ce temps de formation terminé, il est nommé Vice-supérieur de la maison des étudiants jésuites à l'Université de Lubumbashi où, pendant un an, il enseigne à l’Institut de Sciences Religieuses. Le 3 décembre de cette même année 1975 il prononce ses derniers vœux dans la compagnie de Jésus. La charge de supérieur qu’il continue à assumer ne diminue pas son goût des études et de la recherche. En 1977, il commence même une thèse de doctorat en sociologie à l'Université de Lubumbashi, thèse qu’il ira bientôt continuer en Belgique.

Mais le 31 juillet 1978, à la fête de Saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus, le Père Général nomme le Père Christophe Recteur de l'Institut de Philosophie Saint Pierre Canisius à Kimwenza. Charge importante qu’il n’exercera que deux ans car le 1er octobre 1980, il devient Provincial des jésuites de la Province d'Afrique Centrale (P.A.C.). Cette "province", unité administrative de la Compagnie de Jésus dans le monde regroupe l'actuel RD Congo, le Rwanda et le Burundi. C’est en 1986, le 1er Août, juste après son mandat provincial de six ans, que le Père Christophe Munzihirwa est élevé à la dignité épiscopale comme Evèque-coadjuteur de Monseigneur Pirigisha pour le diocèse de Kasongo (dans le Maniema). Son ordination épiscopale eût lieu à Rome le 9 novembre 1986. En 1990, il succède à Mgr Pirigisha.

Le 15 Septembre 1993, tout en restant Évêque du diocèse de Kasongo, il est nommé Administrateur Apostolique de l'Archidiocèse de Bukavu. Et le 27 mars 1994, il devient Archevêque de Bukavu, en même temps qu’il continue à gérer les affaires du diocèse de Kasongo comme Administrateur Apostolique. En avril-mai 1994, Mgr. Munzihirwa participe à Rome au Synode spécial pour l'Afrique. A son retour à Bukavu, c’est en tant qu’Archevêque de cette ville qu'il vit de près le drame des centaines de milliers de refugiés déferlant sur le Sud-Kivu à la suite des terribles événements d’avril 1994 au Rwanda.

Pendant deux ans, par des nombreuses prises de position courageuses, il proposera un chemin de paix pour la région des Grands Lacs et attirera l’attention du monde sur les conséquences désastreuses de la présence massive des réfugiés dans son diocèse déjà surpeuplé, proclamant le droit de tous à une solution juste et non-violente. Il a mené ce combat jusqu' au sacrifice de sa vie, le mardi 29 octobre 1996 au soir, assassiné sur la route par les soldats de l'Armée Patriotique Rwandaise (APR) alors qu'il se rendait chez lui après une journée harassante entièrement consacrée à sauver des vies et à réconforter la population en détresse, désorientée, abandonnée par ceux qui auraient dû assumer leur responsabilité d'administrateurs. Les populations du Kivu s’étaient toujours montrées accueillantes à l' égard de tous ceux qui cherchaient refuge chez elles. A la suite de la démission de nos prétendus responsables administratifs et militaires, Monseigneur se trouvait seule référence populaire de VOIX qui informe et forme sans complaisance. Position incommode que celle de ce prophète dont les multiples messages (plus ou moins un par semaine dès le début du mois d’octobre 1996) ne laissaient personne indifférente. L’opinion de la ville de Bukavu en dépendait sensiblement. Il a prôné la Paix entre les ethnies comme interpellation chrétienne à aimer Dieu en aimant son prochain (cf.22,34-40); il a invité les populations bukaviennes à ne pas quitter leur ville quoi qu' il arrive; et les gens faisaient foi en ce témoin de la Vérité, conséquent de sa délicate mission de " sentinelle-surveillant". Depuis les débuts de la catastrophe des Grands Lacs, Monseigneur Munzihirwa n'a cessé de prendre position pour interpeller les uns et les autres et leur rappeler leur devoir de cesser la guerre, les exclusions, les discriminations de tout genre, la politique régionale impérialiste, hégémoniste et néocolonialiste, qui déstabilise les pauvres populations déjà en désarroi. Il n'aimait aucunement l'injustice, aussi la dénonçait-il d'où qu'elle vienne. Si bien que l'on peut dire que Monseigneur Munzihirwa était un homme qui dérangeait: ses interpellations écrites, ses mises en garde dans les sermons étaient les bienvenues pour les petits, les sans voix, les opprimés. Malheureusement, il n'était pas toujours bien compris; parfois il avait l’impression de crier dans le désert ou de parler à des gens qui ont leur parti-pris et qui interprétaient mal ses messages. Souvent les gens ne croyaient qu’après avoir vu: le cas de la guerre que nous vivons et qui lui a couté la vie. Baobab et roseau, Monseigneur Munzihirwa est mort comme il a vécu: comme le peuple, avec les simples, sans signes ni marque autre que l'humanité mortelle. Avec son départ brusque, nous perdons un exemple de modestie et de simplicité, surtout dans l’habillement. On sait que notre Archevêque était contre les solennités, les fastes, jusqu' à paraître se négliger. Il n’aimait pas qu’on s'occupe trop de lui. Les protocoles le gênaient au plus haut point. Et curieusement, pour son enterrement, les circonstances ont obligé d'adopter la simplicité, voire le dépouillement; un cercueil et des draps frustes. Un homme riche d'une culture générale, versé dans la connaissance de la littérature chrétienne de l'antiquité à nos jours. Il pouvait parler des heures durant d'un Père de l'Église ou d'un grand homme politique, avec illustrations et citations. La culture et la langue mashi étaient sa passion et il écrivait un swahili académique. Ses écrits en français pourraient être un modèle de cette langue. Il était ce qu’on appelle un érudit. Et avec tout cela, il ne négligeait pas les questions et les problèmes de son peuple.

De son vivant, Mgr. Munzihirwa avait choisi de se faire appeler "Mzee", l'ancien, un vieux authentique en fait, signait aussi par " Muhudumu", le serviteur. Plusieurs témoignages qualifient Mzee Munzihirwa de "martyr", martyr de la paix, martyr de la vérité. Ce mot grec signifie "témoin". Les martyrs de l'Église primitive furent les premiers chrétiens à être déclarés " saints" dans l’Église. Ils avaient témoigné de leur foi jusqu' au sacrifice de leur vie. Il n’y a aucun doute que Mzee Munzihirwa soit au ciel car il a vécu comme un saint sur cette terre des hommes. En Afrique aussi, à l’approche du troisième millénaire, l'Église continue a s’édifier sur le sacrifice des " témoins" et que, fondée sur le roc, " la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle" (Mt.16, 19). Dans une de ses publications intitulée " Pour un chrétien, quel développement?" (In Zaïre-Afrique, 197, 1985, p.411), Mzee Munzihirwa écrit, je cite: "L’espérance que le Christ ressuscité nous apporte est une espérance de libération personnelle, collective et totale de l'homme mais elle demande des hommes qui soient prêts à en payer le prix: "Qui veut garder sa vie la perdra et celui qui l'investit pour ses frères la sauvera". Fin de citation.

En mémoire de notre illustre disparu, un premier recueil-souvenir vient d' être publié aux Éditions Loyola; ce document contient une petite anthologie d' extraits et de textes qui relèvent les traits les plus saillants de la personnalité et des convictions de Mzee Christophe Munzihirwa; ceux-là même qui l'ont conduit au sacrifice suprême de la vie en ce mardi 29 Octobre 1996, ainsi que les textes de celui qui fit du ministère de l'écrit un des véhicules de son action apostolique et de son combat pour le droit des pauvres. Tous ces textes méritent d'être relus et médités en profondeur, car ils prennent toute leur signification maintenant que " le silence final est devenu parole". Il a encore dit, je cite: " Pour les actes de la vie, mourir est important car c'est un acte qui se prépare pendant l'existence qui précède. Et le silence final est une parole d'une grande richesse pour celui qui sait écouter de l' intérieur".

Nous espérons que la mort de Monseigneur Munzihirwa sera semence de paix. Il est mort au combat, avec comme arme l'Évangile, la prière et une riche culture humaniste et chrétienne. Ce n'est donc pas au nom d'une idéologie politicienne que Mgr. Munzihirwa est mort. Il est mort au nom et à cause de la charité - de cette charité qui parfois doit se faire politique - au service de son Maitre et seigneur, pour ses frères et sœurs, "pour la paix et contre la guerre au Kivu et en République du Congo. Nous rendons grâce à Dieu de nous avoir donné un tel homme pour témoignage de l'Évangile et raffermir l'Église. Ayons aussi une pensée pieuse a son successeur Mgr. Emmanuel Kataliko, qui a succombé après plusieurs mois de captivité; nos prières vont aussi aux nombreux frères maristes, religieuses et abbés dont Claude Buhendwa et mon collègue de classe (6e primaire a Burhale) Georges Kakuja et les nombreuses victimes de la guerre qui continue a servir chez nous. "Le seigneur a donné, le Seigneur a repris. Loue soit le Seigneur"

Les circonstances de son assassinat

Mgr Munzihirwa a pris possession canonique de l’archidiocèse de Bukavu au plus fort de l’entrée de centaines de milliers de réfugiés hutus fuyant la guerre au Rwanda. Cette présence massive de réfugiés installés au cœur même de l’archidiocèse fut sa préoccupation majeure à coté de l’occupation du sud Kivu par des troupes étrangères.

Dans ses prédications et messages écrits, il dénonçait le manque d’amour, la haine tribale, la déstabilisation socio-économique du Kivu ainsi que la destruction de son environnement.

Dans son souci de faire respecter la justice et les droits, il ne supportait jamais qu’on maltraite un homme, créé à l’image de Dieu. Dans ses nombreuses prises de position courageuses, il interpellait les gouvernants, les institutions internationales, les États et même le peuple. Il n’épargnait pas l’ONU et les organisations humanitaires devant leur démission dans la cause des réfugiés.

Il dénonçait les arrestations arbitraires, les disparitions des personnes influentes, les conditions de vie scandaleuse dans « les prisons, les climats de terreur etc. défendeur des droits de sans voix, il fut victime de la haine et il a payé le prix de son engagement pour la paix et la justice. Il fut assassiné le 29 octobre 1996.

Ses prises de positions courageuses

Pendant deux ans, de 1994 à 1996, par des nombreuses, Mgr Munzihirwa a proposé un chemin de paix pour la région des Grands lacs et attiré l’attention du monde sur les conséquences désastreuses de la présence massive des réfugiés dans son diocèse, déjà surpeuplé. Il condamna le projet de retour forcé des réfugiés chez eux et proclamait le droit de tous à une solution juste et non-violente. Voici en guise d’exemples, quelques-uns de ses appels en faveur de la paix et de son engagement pour la justice.

« Nous demandons aux organismes d’aide aux réfugiés d’assumer leur responsabilité en mettant tout en œuvre même les moyens extraordinaires pour combattre une catastrophe qui menace aussi bien les réfugiés rwandais appauvris et sans abri que la population congolaise qui y perd la Paix »

« Nous en appelons à la responsabilité des nations et des états épris de justice des droits de l’homme et des peuples, pour qu’ils œuvrent pour la paix et la stabilité dans cette région en épargnant ses habitants du désastre qui les menace. Que ceux qui aiment cette région œuvrent pour y restaurer la paix et construites de justice, de réconciliation et paix »

« Mes chers frères de Bukavu, je vous invite à ne pas vous venger sur les innocents Tutsis qui sont parmi nous. Car Dieu protège toute vie et tout peuple, et ne voudrait pas qu’on tue les innocents, surtout pour les intérêts matériels »

Nous demandons aux militaires qui ont fuit le front et viennent maintenant agresser les habitants au lieu de les défendre, que nous sommes leur frères et ce qu’ils font en nous pillant, en nous frappant, cela ne leur apportera pas bonheur »

«Bien chers frères. Défendons-nous avec courage contre les pillards. Ce sont des voleurs. Mais toujours, souvenons-nous que nous sommes chrétiens, et qu’à chaque moment de notre histoire, nous sommes chrétiens. Conservons notre dignité de chrétiens. N’encourageons jamais toute discrimination tribale ou raciale. Et celui qui touche à notre être humain, parce qu’il touche à Dieu lui-même. Courage, défendez votre dignité »

Le pasteur a mené ce combat jusqu’au sacrifice de sa vie.

Son sang est une semence

Le sang versé par Mgr Christophe Munzihirwa est une semence de paix pour le Congo et les grands lacs. Il est mort au combat avec comme arme l’Évangile, la prière et toute sa culture.

Il a été assassiné parce qu’il avait parlé haut et fort, et il ne voulait pas taire les injustices et les violations des droits de l’homme.

Pour nous les chrétiens Mgr Munzihirwa est à jamais vivant et son témoignage nous éclaire et nous inspire

Le principale message qu’il nous donne est celui du respect de la vie, du respect de tout homme et de la défense des droits de faibles et de sans voix.

Que son exemple nous interpelle et nous encourage à un engagement plus effectif pour la justice, la paix et la vérité.

 

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