Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Publié par La Tribune Franco-Rwandaise

François Mitterrand, octobre 1994

François Mitterrand, octobre 1994

Roland Hureaux répond à Pierre Brunet pour qui la France a « une part de responsabilité » dans le génocide du Rwanda.


Tout en prenant acte que M. Pierre Brunet croit à ma bonne foi, je maintiens que ni la France ni son armée n’ont quoi que ce soit à se reprocher dans les affaires du Rwanda.

A lire aussi: Si, la France a une part de responsabilité dans le génocide au Rwanda

Bien qu’il ait été sur place (où et quand exactement ? A-t-il rencontré les responsables de l’opération Turquoise ?), le romancier Pierre Brunet ne remet pas en cause la narration répandue par la puissante machine de communication de Paul Kagame et de ses alliés anglo-saxons.

Cette narration est erronée sur plusieurs points capitaux :

Sur le périmètre du drame 

Il y a eu entre 500 000 et 800 000 morts au Rwanda même, surtout en 1994, mais il y en a eu quatre millions au Congo-Kinshasa dans les années qui ont suivi (rapport Mapping des Nations-unies de 2010), principalement du fait de l’armée rwandaise tutsie de Kagame qui, après avoir conquis le Rwanda, a envahi ce qu’on appelait alors le Zaïre ; les victimes étaient soit des réfugiés hutus (qualifiés de « génocidaires », y compris les femmes et les enfants souvent terriblement mutilés comme en a témoigné le Dr Mukwege, prix Nobel de la Paix 2019, qui soignait celles-ci), soit des Congolais. Quand le Congo est passé sous le contrôle de Kagame par présidents fantoches interposés, l’armée congolaise a participé aux massacres. Dire que dans un cas il s’agit de génocide (celui des Tutsis) et dans l’autre de simples massacres (celui des Hutus) relève de la scolastique. On peut reconnaitre que quelques centaines de milliers de Tutsis ont été victimes des Hutus au Rwanda sans oublier les massacres de Hutus et de Congolais près de dix fois plus étendus au Congo.

Sur la légitimité de l’entreprise de conquête de Kagame qui commence en 1990

Qu’à l’indépendance, lors de la prise du pouvoir par la majorité hutue au Rwanda en 1962, de nombreux Tutsis aient été massacrés ou contraints à l’exil ne légitimait nullement une reconquête. Dans le Burundi voisin, où les Tutsis avaient conservé le pouvoir, les massacres de Hutus furent bien plus importants : 300 000 en 1972, 50 000 en 1988. Le dernier (encore 200 000 victimes ?) a eu lieu en 1993 et, à l’approche de l‘armée tutsie, a fait craindre le pire aux Hutus du Rwanda qui savaient cela.

Sur la responsabilité des premiers massacres du Rwanda

Les enquêtes de Pierre Péan et de Judi Rever (qui reposent notamment sur des documents du Tribunal pénal international pour le Rwanda – TPIR) ont montré qu’au fur et à mesure que l’armée tutsie de Kagame (dite APR) entrait au Rwanda, elle massacrait à tour de bras les populations hutues, suscitant la fuite d’un million de réfugiés vers Kigali. Toutefois la communication de Kagame, assisté de grands cabinets américains, a été infiniment mieux maîtrisée que celle des Hutus. Les massacres perpétrés par ces derniers ont été vus en direct dans le monde entier alors que ceux de Kagame ont été soigneusement cachés et parfois même travestis aux yeux de correspondants crédules en massacres opérés par le camp adverse. Faut-il aller jusqu’à dire comme Judi Rever que Kagame a délibérément laissé massacrer ses congénères pour mieux légitimer son pouvoir en victimisant son ethnie et aurait même infiltré les milices hutues (dites Interahamwe) pour les exciter au meurtre ? Le fait que le livre de cette journaliste canadienne, In praise of blood, the crimes of the Rwandan patriotic front (2018), fruit d’une vie d’enquête, ait été salué par la critique internationale témoigne en tout cas d’un début de retournement de l’opinion.

Le débat  suivant entre Jean-Pierre Elkabbach et Raphaël Glucksmann, ce dernier étant à l’origine de notre controverse, montre la légèreté des informations du philosophe :

Sur la responsabilité de Paul Kagame dans l’attentat du 6 avril 1994 qui a déclenché le massacre des Tutsis

Pour la première fois, il y avait deux présidents hutus (une ethnie qui représente, rappelons-le, 90 % de la population) au Rwanda et au Burundi, alors que ces pays avaient été soumis à la minorité tutsie depuis le Moyen-âge (ce qui montre l’absurdité de l’idée répandue par Kagame que les Tutsis seraient les juifs de l’Afrique centrale !). Par quelle singulière aberration a-t-on pu faire croire que, quand ils sont abattus tous les deux, des Hutus étaient à l’origine de l’attentat ? D’autant que ces présidents, vivant au milieu d’autres Hutus, point n’était besoin qu’ils prennent l’avion pour les assassiner.

Le juge Bruguière a très  vite compris  la responsabilité de Kagame. Depuis, les preuves à son encontre se sont accumulées : traçage des lots de missiles utilisés et surtout aveux des proches de Kagame entrés en dissidence. Ces témoins sont pourchassés à travers le monde par les sbires de Kagame pour qu’ils ne puissent pas parler. Après Patrick Karegeya qui voulait parler au juge Trevidic qui avait  repris le dossier, deux ont été assassinés en 2018 après que le même juge, avec une incroyable légèreté, a donné  leur  nom  aux avocats de  Kagame ; la semaine  dernière, on a appris l’assassinat d’un troisième témoin en Afrique du Sud.

La décision de non-lieu, rendue le 24 décembre 2018 à 11h du soir, est heureusement frappée d’appel.

La responsabilité est ailleurs

La France a en effet livré, dès le début du conflit, des armes au gouvernement légitime de Juvénal Habyarimana pour qu’il se défende contre une agression. Cette aide a cessé avec les accords d’Arusha (1993) ; elle a peut-être repris quand il s’est avéré que la partie en face continuait à être aidée par les Anglo-Saxons. Mais la France n’a pas fourni les machettes qui furent le principal instrument des massacres. Plutôt que de mettre en cause la France, il serait mieux venu de mettre en cause les Anglo-Saxons qui ont aidé Kagame dès le début de son équipée. Boutros-Ghali, secrétaire général de l’ONU au moment des faits, a déclaré que la responsabilité des massacres du Rwanda reposait à 100 % sur les Etats-Unis. On n’a pas connaissance qu’ils aient jusqu’ici exprimé le moindre remords ni que personne leur ait demandé d’ouvrir leurs archives.

A lire aussi: Si, la France a une part de responsabilité dans le génocide au Rwanda

Quand Paul Kagame a été mis en cause par la justice française dans l’attentat de Kigali, il a aussitôt contre-attaqué en inventant la complicité de notre armée dans le génocide, ce que beaucoup de Français ne demandaient qu’à croire. Le général Lafourcade, commandant de l’opération Turquoise, a expliqué qu’avec des moyens très limités, elle ne pouvait pas être partout. Sommé par le procureur Carla Del Ponte d’apporter des preuves à ses accusations, Paul Kagame n’en a jamais fournies. Il n’a jamais non plus laissé le Tribunal pénal international enquêter librement au Rwanda.

Il y a longtemps qu’une certaine attitude hostile à tout ce que fait la France en Afrique y pave la voie de la pénétration des Américains et des Chinois. Il est temps que notre pays cesse de battre sa coulpe, surtout quand il n’y a pas la moindre raison de le faire.

La manière dont les événements du Rwanda ont été traités par le « mainstream » international apparaîtra, le jour venu, pour ce qu’elle est : une des plus grandes manipulations de l’histoire.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

CESAR 23/06/2019 20:16

Raphaël Glucksmann est un comique. Le fait d'être pro-Tutsi a gravement altéré son sens d'honnêteté intellectuelle la plus élémentaire. Ce qui est grave pour celui-ci est qu'il nie même l'évidence à savoir le déclenchement de la guerre par les Tutsi contre les Bahutu aux seules fins de s'emparer du pouvoir par la force. Selon, lui, un bon matin, les Hutu se sont réveillés et on décidé de massacres les Tutsi. Lors de l'interview accordé à Charles Onyango Obbo du Journal the Monitor ougandais, du 26 au 3 mars 1993, Kagame a avoué que le problème rwandais n'est pas ethnique c'est-à-dire problème Hutu-Tutsi mais strictement politique. Dans cet interview, Kagame a précisé que son objectif est de changer le régime existant puis mettre en place un nouveau régime et une nouvelle armée. En somme, il a avoué que son objectif est de liquider le président Habyarimana, ses collaborateurs et les hauts fonctionnaires aussi bien civils que militaires afin de s'emparer du pouvoir. C'était une condition sine qua none. Même une personne pourvue d'insanité d'esprit le comprend parfaitement. Raphaël Glucksmann, nie l'existence des déclarations publiques de Kagame faites devant le monde entier.
Sur l'assassinat du président Habyarimana par Kagame, cet assassinat est un fait établi et subséquemment toute affirmation contraire constitue une fabulation voire une divagation. Devant les journalistes du monde entier, Kagame a reconnu son méfait. Il est dès lors hasardeux pour qui que ce soit de soutenir le contraire. Un agent de renseignement de la MINUAR, Amadou DEME, opérant sur l'ensemble du Rwanda, dans son livre intitulé RWANDA 1994 ET L'ECHEC DES NATIONS UNIESTOUTE LA VERITE Le Nègre éditeur2011 est limpide sur ce point. Voici ce qu'il dit.
"Puis, ce qui est rarement rapporté, j'entendis des coups de feu secs qui avaient l'air ciblés de la vallée derrière le CND (où était installé le RPF), ce qui corroborera des infos arrivées plus tard comme quoi le RPF avait commencé à nettoyer la zone...Ce n'était pas encore la GP qui tirait. Le RPF est ensuite sorti derrière l'hôtel Méridien pour se placer le long de la route principale entre Urugwiro et le circuit de Kimihurura, et se mit à creuser des tranchées le long de cette route...
Le RPF s'était bien préparé. Je ne connais pas d'officier, notamment parmi les observateurs qui doutaient que le RPF puisse être l'auteur de l'abattage de l'avion. Il fallait s'adapter au silence officiel sur le sujet, mais cela grondait parmi nous: «il y a une mission implicite dans la Mission pour clairement mettre en place le RPF» dirent la majorité des observateurs.
… pendant ce temps avec Frank et JP nous allâmes vérifier une des caches dont il nous parlait. C'était au siège du MRND, où nous pûmes entrer sans difficulté. Dans une petite pièce on a vu trois caisses d'AK 47, sans les munitions, et une caisse de grenades...j'étais déçu. En plus on apprit que JP n'était pas un membre de la GP, mais un chauffeur du MRND, licencié, et qu'il faisait des petits trafics...Il nous montrera ensuite des lieux qui étaient sensés être des planques, mais en nous disant qu'on ne pouvait y aller...Puis Frank me fit remarquer que Karake du RPF-FPR et lui se connaissaient très bien...On a attiré mon attention ensuite sur le fait que tout cela avait été organisé avec Charles Ntazinda, le voisin de JP, conseiller du ministère des Affaires étrangères ( qui était proche du RPF...) »
Ce livre écrit en français et en anglais a été lu par les francophones et anglophones. Il a fait l’objet de commentaires dans les deux langues. Les maîtres du Rwanda et les excroissances du régime Kagame opérant en France en l’occurrence notamment l’association Survie dont Glucksmann hurlent chaque fois qu’un Rwandais et/ ou étranger évoque la responsabilité notoire de Kagame et les siens dans l’assassinat du Président Habyarimana et conséquemment dans les massacres qui ont été commis contre les Rwandais tant Hutu que Tutsi. Or, sur les déclarations de cet agent de renseignement Amadou Deme, Sénégalais, le constat est le silence de tombeau observé par Glucksmann et ses amis.
L’évocation de la responsabilité du Président Mitterrand dans le drame rwandais constitue une malhonnêteté manifeste et une mauvaise foi. Amadou Deme n’est pas le premier à affirmer expressément que c’est que Kagame qui a assassiné le président Habyarimana. Les témoins oculaires existent. Dès lors que Kagame a reconnu publiquement l’effectivité de son méfait, nul ne peut prétendre mieux connaître les causes et conséquences des crimes qui ont été commis par Kagame ou mieux les connaître que lui. Question: pourquoi Glucksmann est-il intellectuellement tombé aussi bas ? La question que tout homme rationnel peut se poser est la suivante : pourquoi criminel notoire qu’est Kagame qui a même reconnu ses méfaits, fait les tours du monde, reçoit des récompensés des Présidents des Etats dits de droit comme président français , Macron ( remise des clefs de l’OIF) reste-t-il impuni, le tout nonobstant Les dizaines de plaintes pénales qui ont été déposées dans ces Etats par les membres des familles de ses victimes contre lui ?
Amadou Deme est précis: c'est Kagame qui a assassiné la président Habyarimana. Ce sont les soldats du FPR sur ordre et sous le commandement de Kagame qui les premiers ont canardé la Garde Présidentielle dans la nuit du 6 au 7 avril 1994 et la GP a légitimement réagi. C'est donc le FPR sous le commandement de Kagame qui a déclenché la guerre généralisée sur l'ensemble du Rwanda et les assassinats cibles dans la même nuit. La liste des non exhaustive des victimes de Kagame dans la nuit du6 au 7 avril 1994 permettra aux lecteurs de se faire une opinion sur le véritable responsable des crimes qui ont été commis au Rwanda contre les Hutu, les Tutsi et les Twa. Aussi, cette précision permettra aux juges français de ne pas rendra des jugements truffés d'énormités juridiques inexcusables dans les affaires des Rwandais et lourds de conséquences quant à la qualité des travaux des étudiants français faits sur le drame rwandais ( voire l'arrêt sui generis en matière d'énormités de la Cour d'Appel de Bobigny dans l'Affaire Simbikangwa, handicapé cloué dans la chaise roulante depuis 1986, qui a été condamné pour avoir planifié et exécuté le génocide dit des Tutsi)