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Publié par JMV Ndagijimana

Février 2008
Mémorandum adressé au Conseil de Sécurité des Nations Unies par le Partenariat Intwali 

Plaidoyer pour une enquête globale, objective et impartiale sur le génocide rwandais et ses conséquences.

15. Conclusion

 

Dans le cadre de sa déposition devant la Mission française d’information sur le Rwanda organisée en décembre 1998, Mme Alison Des Forges de l'organisation américaine HRW a estimé que "les massacres avaient été déclenchés par un groupe très restreint qui avait décapité le Gouvernement légitime pour pouvoir prendre le pouvoir". La responsable de HRW évoquait là sans doute l'attentat terroriste du 6 avril 1994 qui, en coûtant la vie au Président Juvénal Habyarimana, à son homologue burundais Cyprien Ntaryamira ainsi qu'à tous ceux qui les accompagnaient à bord du falcon 50, a indiscutablement déclenché le génocide rwandais. Est-il normal d'enquêter sur ce génocide en faisant l'impasse sur cet attentat?

 

Les incohérences de la Communauté internationale à propos du Rwanda sont absolument déconcertantes. L'ONU, les Etats-Unis d'Amérique et la Belgique ont déjà présenté leurs excuses[1] au régime FPR pour leur passivité[2] supposée durant le génocide de 1994. On aura trop longtemps en leur passivité alors que c’est de leur implication directe dans le génocide rwandais et non d’un simple fait excusable qu’il faut aujourd’hui parler. Quant au Royaume-Uni dont le rôle est au moins égal à celui des Etats-Unis dans la tragédie rwandaise, il n'aura même pas jugé nécessaire de se faire pardonner dans la mesure où il tente jusqu'à ce jour de se présenter comme totalement étranger à cette affaire. La seule puissance occidentale dont la «complicité» dans le génocide rwandais est constamment martelée reste finalement la France qui, de son côté et avec obstination[3], continue de rejeter toute idée de s'excuser comme l'auraient tant souhaité le général Paul Kagame et son gouvernement.

 

Les Etats-Unis et le Royaume-Uni se sont fortement mobilisés pour imposer la reconnaissance rapide du génocide des Tutsi par les Nations Unies. Ils se sont investis pour hâter la mise en place d'un tribunal ad hoc chargé de juger ce génocide et c'est dans ce cadre que le TPIR a vu le jour. Or, en 13 ans d'activité et malgré un budget lourd de plus d'un milliard de dollars, ce tribunal peine toujours à produire les preuves d'un plan de génocide contre les Tutsi. La polémique s'amplifie à propos de cette tragédie aux contours opaques et complexes caractérisée notamment par la confusion entretenue entre «génocide tutsi» et «génocide rwandais».

 

Pour notre part, nous estimons apporter, dans le cadre du présent Mémorandum, des informations précieuses et déterminantes en faveur d'une relecture indispensable et d'une réécriture incontournable des événements tragiques du Rwanda et de la RAGL. En démasquant le rôle moteur joué par les Anglo-Saxons dans la guerre du Rwanda et dans celle de la RDC qui se poursuit, nous démontrons, preuves à l'appui, qu'il s'agit en priorité de redessiner les contours du continent africain que, puissamment armés et financés par leurs parrains, les seigneurs de guerre tels Museveni et Kagame entendent remodeler par leur fameuse «guerre de libération régionale».

 

Seul le manque de volonté politique empêche réellement de faire la lumière sur la préméditation, la planification, l'exécution et le mobile du génocide rwandais. Si Museveni et Kagame ne sont pas les exécuteurs directs du génocide des Tutsi, force est de reconnaître désormais qu'ils l'ont conçu, planifié à travers notamment la stratégie de la tension qu'ils ont froidement mise en oeuvre en incitant les extrémistes Hutu à l’exécuter et en sachant en tirer tous les bénéfices. Nous aurons ainsi contribué à prouver que de nombreux crimes perpétrés par des Hutu manipulés ont de fait été planifiés in extremis en vue d'effacer des crimes contre l’humanité et de génocide commis par le tandem Museveni/Kagame à la tête des forces APR/NRA créées à cet effet.

 

A propos du mobile profond à la base du génocide rwandais et de l'immense conflagration régionale qui s'en est suivie, on peut donc retenir la volonté anglo-saxonne de recoloniser l'Afrique par l'intermédiaire de leurs pions africains, d'ériger sur le continent noir un grand empire nilotique qui, en réalité, servirait de couvert à un méga empire anglo-saxon autrement inavouable, d'exporter le conflit israélo-arabe en passant par l'édification d'un nouvel «Israël» au coeur de l'Afrique et d'assurer l'hégémonie géostratégique américaine en affaiblissant l'Union Européenne et en barrant la route aux puissances émergentes que sont notamment la Chine et l'Inde.

 

Au regard de toutes les preuves apportées dans le cadre de nos investigations, il ne subsiste aucun doute quant au mobile de l'extermination impitoyable subie par la région des Grands Lacs, les peuples rwandais et congolais de façon particulière. Les Anglo-Saxons ont su habilement exploiter les ambitions démesurées de Museveni et Kagame dans leur dessein inavouable de transformer l'Afrique en une entité néo-libérale et hyper capitaliste, dotée d’une monnaie unique, d’un marché commun et d’une armée spéciale sous le nom de «Red Reserve Army»(RRA) forte de 2.000.000 d'hommes [preuve n°0139].

 

Dans cette guerre de remodelage de l'Afrique, les Anglo-Saxons entendent absolument gagner la bataille des langues non seulement contre la France, mais également contre l'Afrique elle-même dont les langues sont reléguées au rang de «langues bizarres».

 

Afin d'assurer leur domination économique et culturelle en Afrique, les Etats-Unis d'Amérique et le Royaume-Uni bénéficient non seulement de l'appui d’«élites» africaines mais aussi de celui d'autres «élites» en provenance de pays développés qui colonisèrent autrefois le continent. L'appel de la Baronne Lynda Chalker en faveur d'un monolinguisme présenté comme un atout dans le développement de l'Afrique est incompatible avec la revendication d'un monde multipolaire qui suppose qu'on récuse toute langue unique pour encourager le multilinguisme. Pour Bernard Cassen[4], «Le droit de créer et travailler dans sa langue est un des attributs de la souveraineté populaire, notion qui hérisse les dirigeants des transnationales, des institutions financières, ainsi que leurs porte-parole et porte-plumes locaux. La bataille des langues, c’est d’abord la bataille pour toutes les langues, y compris évidemment l’anglais».

 

Le caractère prémédité du génocide rwandais et de l'embrasement de toute la région se trouve confirmé par des pactes secrets conclus entre Museveni et ses parrains anglo-saxons à propos de l’édification d’un grand empire nilotique en Afrique. Cet empire, loin d'être un leurre, constitue plutôt le projet politique le plus ambitieux aux yeux de Museveni et Kagame eux-mêmes instrumentalisés par leurs puissants protecteurs. Nos investigations ont mis en lumière le fond idéologique sur lequel fonctionnent Museveni et son allié Kagame. Il s'agit visiblement d'une idéologie de type racial selon laquelle la supériorité des Nilotiques sur les Bantous serait incontestable. Alors que Yoweri Kaguta Museveni entend concrétiser cette théorie en fédérant une dizaine de pays sous son autorité, Paul Kagame est déterminé à édifier un nouveau Rwanda en supprimant toute référence à la révolution sociale de 1959 coupable de l'avoir condamné à l'exil. C'est ce qui explique la profonde conviction des deux hommes selon laquelle les Hutu sont les «ennemis» de la région à «libérer». D'où la volonté et l’acharnement à les exterminer sans états d’âme.

 

Le caractère prémédité de la tragédie rwandaise est par ailleurs attesté par plusieurs réunions corroborées par des traces écrites faisant état de techniques d’exécution et de camouflage de cadavres, l'entente et la complicité dans les crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crimes de génocide et crimes contre la paix si l'on se réfère à la Convention de Genève.

 

Le caractère planifié du génocide rwandais et de la conflagration régionale est mis en évidence par les différentes étapes de la guerre dite de libération qui, pour brouiller les pistes, change souvent d’acteurs, notamment par la multiplication volontaire de rébellions dans la région. On peut aussi noter l'asymétrie d’informations collectées et exploitées au service des protagonistes des conflits dont les parties animées de mauvaise foi bénéficient manifestement de soutiens considérables de la part de groupes de pression internes et externes; le recours abusif de la contrainte militaire sur un/ou plusieurs Etats et/ou sur leurs représentants légitimes en vue d'imposer des négociations qui, le plus souvent, aboutissent à des accords de paix jamais mis en application. C'est ce qui s'est passé au Rwanda avec les accords de paix d'Arusha et c'est ce qui se passe actuellement en RDC où la guerre se poursuit malgré la multitude d'accords déjà signés entre les parties.

 

En assassinant le Président Juvénal Habyarimana dans la soirée du 6 avril 1994, le FPR et ses alliés torpillaient de façon préméditée l'Accord de paix d'Arusha signé le 4 août 1993. Mais ils s'assuraient, grâce à ce crime contre la paix, la certitude d'un coup doublement réussi à savoir pour le FPR installer un chaos total dans le pays en y provoquant l'effondrement de l'ordre public pour se présenter ensuite comme l'unique recours au rétablissement de la sécurité. Ainsi l’agression de l’Ouganda contre le Rwanda remplissait sa mission en se soldant par la victoire militaire du FPR au prix d'un génocide rwandais et non plus seulement tutsi, qui faisait du pays le fer de lance de la guerre de l'ex-Zaïre déjà planifiée.

 

C'est dans de telles conditions que le génocide rwandais fut exécuté. C'est pourquoi il nous semblait indispensable et urgent de remonter aux causes réelles du génocide rwandais au lieu de se contenter d'interpréter les effets d'une guerre dont toutes les phases ont été programmées, imposées et soigneusement contrôlées par le vainqueur en l'occurrence le FPR. Porté à bout de bras par les Etats-Unis et le Royaume-Uni, celui-ci continue désespérément de se présenter à son peuple comme le «héros» d'une tragédie dans laquelle sa responsabilité est pourtant écrasante. La guerre dite provisoire était certes parvenue à imposer la signature des accords de paix d'Arusha. Mais dans l'entendement du FPR et de ses parrains anglo-saxons, la guerre dite définitive avait pour mission de parachever le processus faisant du Rwanda le tremplin idéal de la «libération régionale» qui devait se poursuivre. Alors comment les planificateurs de cette guerre «définitive» pourraient-ils logiquement prétendre être innocents de ses terribles conséquences?

 

On ne peut plus ignorer le fait que la guerre qui ravage actuellement le Nord-Kivu et le Sud-Kivu en RDC est le prolongement logique du génocide rwandais. Nous avons mis en lumière l'insupportable chasse aux réfugiés rwandais considérés globalement comme des génocidaires accusés de déstabiliser l'Est de la RDC et de menacer le Rwanda. La peur des réfugiés rwandais de rentrer dans leur pays se trouve amplement justifiée par les pratiques inacceptables du régime dictatorial du général Paul Kagame. Il semble bien que les parrains anglo-saxons de ce dernier soient bien décidés à le protéger contre la démocratie.

 

Les chances de promouvoir la paix et la réconciliation à travers le dialogue et des systèmes politiques plus démocratiques, la possibilité d'assurer la stabilité et d'ouvrir la voie à un développement intégré et durable aussi bien au Rwanda que dans toute la Région de l'Afrique des Grands Lacs sont immenses, tout comme les risques et les défis qui en résultent.

 

Les efforts multiformes consentis pour tirer la RAGL de la crise sont certes louables. Mais leurs résultats seraient sans lendemain si l'on ne prenait pas rapidement en considération et de manière cohérente et bien coordonnée, les dynamiques locale, régionale et internationale parfois en contradiction qui sont à l'œuvre dans cette partie du monde. 

 

Ainsi doit-on cesser, au Rwanda, de faire l'impasse sur la dimension régionale et internationale de la guerre et du génocide des années 90 et de se concentrer sur le caractère ethnique d'un conflit pourtant fondamentalement politique, pour enfin examiner les interférences extérieures dans ce conflit qui perdure.

 

Il semble dès lors impératif de faire éclater toute la vérité sur la tragédie rwandaise afin de libérer les possibilités et d'accroître les chances d'une véritable réconciliation dans ce pays martyr. Le Rwanda constitue un «cas de conscience[5]» comme l'a si bien décrit M. Bernard Kouchner, Ministre français des affaires étrangères et européennes. Les Etats-Unis d'Amérique, le Royaume-Uni, la France et la Belgique seraient-ils enfin prêts à assumer chacun ses responsabilités dans le drame rwandais? Car c'est à ce prix uniquement qu'une authentique Commission internationale sur la vérité, la justice et la réconciliation sur le Rwanda pourrait rapidement voir le jour et serait susceptible de donner des résultats concluants.

 

De leur côté, les Présidents Paul Kagame du Rwanda et Yoweri Kaguta Museveni de l'Ouganda, seraient-ils disposés à jouer les cartes de la vérité et de la transparence dans un dossier où ils ont des responsabilités écrasantes? Les Nations-Unies sont-elles prêtes à reconnaître l'absolue nécessité d'une enquête globale, objective et impartiale sur le génocide rwandais? Le Conseil de sécurité de l'ONU serait-il en mesure de contraindre, en cas de besoin, les dirigeants rwandais à un indispensable Dialogue inter rwandais (DIR), seul cadre susceptible de réconcilier durablement toutes les composantes de la nation, contribuant ainsi à désamorcer le conflit qui ravage le Nord-Kivu en RDC, un conflit dont l'épicentre se trouve indiscutablement à Kigali?

 

Toujours est-il que l'on ne pourra indéfiniment contourner la problématique rwandaise dans les interminables tentatives de pacification et de stabilisation de la RAGL. La paix dans l'Est de la RDC passe absolument par une solution appropriée au problème des milliers de rebelles rwandais encore disséminés sur le territoire de cet immense pays. Or, il serait illusoire de s'attendre, de la part de ces rebelles, à un retour pacifique sans que le régime du FPR ne se résolve à d'importantes concessions politiques en matière d'ouverture démocratique, d'administration de la justice et du respect des droits de l'homme en général.   

  

Des pressions diplomatiques accrues combinées avec des menaces sérieuses de couper l'assistance financière au régime de Kigali en vue d'obtenir l'ouverture rapide d'un Dialogue inter rwandais hautement inclusif et la mise en place d'une Commission internationale sur la vérité, la justice et la réconciliation au Rwanda, paraissent donc constituer l'une des pistes de solution possibles dans le règlement du conflit rwandais. Parallèlement à de tels efforts et à la lumière du présent Mémorandum, les Nations-Unies, l'Union Africaine et l'Union Européenne[6] devraient reconnaître le bien fondé de procéder à des enquêtes complémentaires plus fouillées en vue de dégager des constats judiciaires inattaquables sur le drame rwandais et de rendre enfin une justice digne de ce nom au peuple rwandais et aux peuples voisins congolais et burundais qui, ensemble, demandent justice.

 

Le Secrétaire général de l’ONU M. Ban Ki-moon[7] vient de déclarer à Kigali que le génocide de 1994 au Rwanda «va hanter les Nations unies et la communauté internationale pendant des générations», ajoutant au cours d’une visite au mémorial du génocide sis à Gisozi[8] que «Les Nations unies ont tiré une leçon profonde du génocide».

 

Jusqu’à preuve du contraire, nous ne saurions partager une telle analyse car, si l’abandon du peuple rwandais en 1994 était condamnable, celui d’après qui aura consisté en la signature d’un chèque en blanc pour un criminel de guerre et un génocidaire présumé nous semble encore plus cynique.

 

Cela dit, notre démarche n’entend nullement innocenter aucun criminel quel qu'il soit. Nous voulons plutôt contribuer à rétablir les faits dans toute leur objectivité en vue d'ouvrir des perspectives favorables à une véritable réconciliation dans notre pays et dans toute la région de l'Afrique des Grands Lacs. Il s'agit, dans ce contexte, d'en appeler à la vigilance de l'opinion internationale en général et africaine en particulier, pour que le monde réputé libre et civilisé rompe définitivement les ponts avec des criminels de guerre et des génocidaires patentés en renonçant publiquement aux desseins macabres désormais démasqués de démembrement et de remodelage de l'Afrique.

 

Annexes

 

Les différentes preuves[9] mentionnées dans le Mémorandum.



[1] Excuses présentées par Koffi Annan au nom de l’ONU, Bill Clinton au nom des Etats-Unis d’Amérique et Guy Verhofstadt au nom de la Belgique.

[2] En guise de passivité, il conviendrait plutôt de parler d’implication en ce qui concerne les Etats-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni.

[3] Cette position a été réaffirmée lors de la récente visite de Bernard Kouchner au Rwanda.

[4] Les Amis du Monde diplomatique, 14/01/2008 :

http://www.amis.monde-diplomatique.fr/article1818.html

[5] Interview Europe1 du 02/10/2007. Voir aussi Lettre ouverte du Partenariat-Intwari à Bernard Kouchner du 05/10/2007 : http://perewenceslas.centerblog.net/3468844-03-LETTRE-OUVERTE-A-BERNARD-KOUCHNER

[6] Manifestation du 09/02/2008 à Bruxelles face au Rond Point Schumann devant la Commission Européenne.

[7] Visite de Ban Ki-moon au Rwanda le 29/01/2008.

[8] C’est une colline de Kigali où l’on a construit un mémorial moderne du génocide de 1994.

[9] Ces preuves pourraient être transmises sur demande et sous certaines conditions.

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