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Publié par JMV Ndagijimana

Par Gaspard Musabyimana
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Dans l’édition du 18/01/2010, le journal pro-FPR "The New Times" a diffusé des propos d’un groupe constitué du Ministre de l’intérieur et de la sécurité Musa Fazil Harelimana, du Sécrétaire Exécutif de la Commission de Lutte contre le génocide Jean de Dieu Mucyo, du Secrétaire Général du Parti Social Démocrate Dr Jean Damascène Ntawukuriryayo et du président du Parti Libéral Protais Mitali. Ils se sont donnés rendez-vous pour discréditer Victoire Ingabire, candidate aux élections présidentielles, en lui prêtant des propos qu’elle n’a pas tenus.

Le 16/01/2010, alors qu’elle venait d'effectuer une visite au mémorial de Gisozi dédié au génocide des Tutsi , Victoire Ingabire a rappelé qu’elle était profondément touchée et que pour une véritable réconciliation du peuple rwandais, les Hutu tués par centaines de milliers devraient eux aussi être reconnus. Ce discours lui a attiré des foudres des membres de l’équipe ci-haut cité. Mais ont-ils vraiment des leçons à donner à cette dame?

Jean de Dieu Mucyo est à la limite un criminel de guerre qui doit répondre de ses actes devant la justice tôt ou tard. Il a peur des changements incarnés par Victoire Ingabire et d’être ainsi un jour rattrapé par la justice. Dans son livre "Rwanda 1994. Les politiques de génocide à Butare", (Paris, Editions Karthala, 2005, pp.306-307), le professeur André Guichaoua le dépeint comme suit :

"Le 30 juin 1994, l’APR avait pris le contrôle de Shyanda et le 1er juillet, ses éléments avancés entraient dans la commune de Mbazi via Save. Personne ne les attendait si vite. A la hauteur du secteur Mwulire, cellule  Murambi, des soldats de l’APR se rendirent sur la colline de résidence de l’un d’eux à quelque 300 mètres de la route macadamisée et tombèrent entre 15 et 16 heures en pleine réception de mariage de la famille Mussa Kabwana (hutu, Butare, Mbazi). Ils ne supportèrent pas le spectacle des réjouissances et sans aucune sommation, abattirent plus d’une vingtaine de convives avant de regagner leur unité. A Mbazi, comme dans toute la préfecture, une autre période, marquée par une sévère répression et d’innombrables actes de vengeance, s’ouvrait. Le soldat originaire de cette colline s’appelait Jean de Dieu Mucyo (tutsi, FPR, Butare, Mbazi). [...] Ayant rejoint " les rangs du FPR au cours de la guerre, il subit une formation accélérée […] A partir de Gitarama, le soldat Mucyo, devenu sergent, conduisit ensuite de nombreuses enquêtes. Sans cadre hiérarchique formel, toujours en mouvement et sans cesse sollicité en tant que rescapé originaire de Butare, il disposa de larges marges de manœuvre pour mener des opérations de « maintien de l’ordre » dans le cadre de ses fonctions ou à titre personnel. Il fit rapidement l’objet d’accusations pour ses méthodes expéditives, et participa, selon plusieurs témoins, à des massacres collectifs de civils hutu organisés alors par l’actuel général Fred Ibingira, (commandant de la division centre Kigali-Gitarama). Pour mettre fin à ces accusations, il fut rapidement nommé au ministère de la justice comme chargé des enquêtes et instructeur à l’EGENA de Ruhengeri. En 2005, […], il occupait les fonctions de Procureur général de la République Rwandaise, poste auquel il accéda après avoir été Ministre de la Justice de Février 1999 à Septembre 2004". 

D’autres témoignages rendent Jean de Dieu Mucyo responsable de l’enlèvement suivi d’assassinat d’Élodie Nkundabagenzi, tutsi veuve de feu Bonaventure Nkundabagenzi, hutu, ancien directeur de la Banque commerciale du Rwanda à Butare.

S’agissant de Protais Mitali, il est tout sauf un démocrate. Il est normal qu’il s’attaque à quiconque veut s’avancer dans cette voie. Il était cadre politique de l’armée du FPR et le voilà à la tête du Parti Libéral. Ce parti a donc à sa tête un infiltré. Ainsi dans le Forum des partis politiques, le FPR n’a pas de la peine à y imposer ses vues car il y a des pions de taille.

C’est entre autres Mitali qui sortit son arme préférée et passe-partout d’"idéologie génocidaire" pour en faire un prétexte de suspendre le parti MDR (Mouvement Démocratique Républicain). Mitali fut Vice-Président de la Commission qui a produit un rapport concluant à la radiation de ce parti. Le MDR était un parti populaire et risquait de damer le pion au FPR lors des élections. Il fallait l’éloigner à tout prix.

Le Dr Jean Damascène Ntawukuriryayo, pharmacien de son état, est secrétaire général du Parti Social Démocrate. Or il faut se rappeler que ce parti a été le premier à déclarer qu’il allait soutenir le candidat Paul Kagame lors des élections présidentielles de 2003. Les cadres de ce parti en reçurent évidemment des dividendes après la "victoire".

Alors qu’il était ministre de la santé, le Dr Ntawukuriryayo initia un projet d'"eugénisme" soumis au Parlement en juillet 2009. Fort heureusement ce projet n'aboutit pas suite à la vigilance des ONG des Droits de l’homme dont Human Rights Watch qui avait rappelé au gouvernement rwandais que la stérilisation obligatoire va à l'encontre des objectifs d'amélioration de la santé reproductive qu’il s’était fixés et que les "dispositions dévalorisantes, coercitives ou qui refusent à l'être humain ses droits en matière de santé reproductive doivent être retirées de l'actuel projet de loi".

Le Dr Ntawukuriryayo est donc à la limite un adepte des théories du nazisme. Qu’il s’élève contre des visées démocratiques prônées par Victoire Ingabire, c’est normal pour une personne de cet acabit.

Le Ministre Musa Fazil Harelimana peine à se maintenir dans les faveurs du FPR car il ne cesse de lui rappeler qu’il est à la base des tueries des Tutsi de Nyamirambo en 1994.  Le journal Umuseso en a fait mention dans une de ses récentes éditions en posant la question de savoir pourquoi Paul Kagame s’entoure de "génocidaires" tel ce ministre ayant la sécurité dans ses attributions. Musa Fazil qui est dans une situation délicate, doit de ce fait multiplier des excès de zèle par des déclarations intempestives pour sauver son poste .

Les politiciens rwandais qui s’ingénient à vouloir barrer la route à Victoire Ingabire vers les élections présidentielles devraient d’abord balayer devant leurs propres portes.

Gaspard Musabyimana

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