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Publié par JMV Ndagijimana

25/02/2010 17:13

  La Croix du 26/2

 Seize ans après, la physionomie du Rwanda demeure façonnée par l’héritage des crimes massifs commis en 1994

Sur le plan politique, judiciaire et ecclésial, le Rwanda reste fortement marqué par le génocide. Le contentieux franco-rwandais reste compliqué.

  Quelle est la situation au Rwanda ?

Le Rwanda, où une élection présidentielle doit se tenir en août 2010, est dirigé par Paul Kagame. Chef du Front patriotique rwandais (FPR), l’ancienne rébellion tutsie qui a pris le pouvoir au lendemain du génocide perpétré par des extrémistes hutus contre la population tutsie en 1994, il a été élu à la présidence en 2003. Le génocide a laissé de profondes fractures au sein de la population de plus de neuf millions d’habitants, composée d’une majorité de Hutus (84 %), d’une minorité de Tutsis (15 %) et de Twas (1 %). Le pouvoir actuel récuse toute mention concernant les ethnies.


Plusieurs organisations internationales ont dénoncé ces dernières années la mainmise du FPR sur les principaux leviers du pouvoir et son implication dans les conflits qui ont ensanglanté l’est de la République démocratique du Congo. La nouvelle Constitution autorise le multipartisme en encadrant l’activité des partis. L’opposition, essentiellement hutue, n’a pas droit au chapitre. Le Rwanda est un petit pays dont l’économie reste dominée par le secteur agricole et l’élevage qui occupe plus de 90 % de la population.

  Où en sont la justice rwandaise et la justice internationale ?

En quinze ans, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), basé à Arusha (Tanzanie), s’est concentré sur les « organisateurs » des massacres. Quarante-sept jugements ont été prononcés, 14 procès impliquant 27 accusés sont toujours en cours, trois sont en attente de jugement et onze accusés restent en fuite. En décembre 2009, le Conseil de sécurité de l’ONU a prolongé d’un an le mandat du TPIR. Le transfert des dossiers de certains accusés vers la justice rwandaise est une des questions en suspens. Les crimes de rétorsion commis par le FPR n’ont jamais eu de suite judiciaire à Arusha.


Au Rwanda, les 12 000 juridictions gacacas, inspirées des anciennes assemblées villageoises, ont permis de rendre plus d’un million de jugements. Le gouvernement estime qu’elles arrivent au bout de leur mission. Elles laissent « un nombre important de personnes insatisfaites, tant parmi les rescapés du génocide que parmi celles qui s’estiment injustement accusées d’actes de génocide », notait en 2009 Human Rights Watch. Aux yeux des rescapés tutsis, l’objectif des gacacas a surtout été de désengorger les prisons qui accueillaient en 2001 plus de 100 000 détenus.

  Quelle est la situation de l’Église aujourd’hui ?

L’Église catholique au Rwanda a été ébranlée mais elle reste l’institution la plus puissante du pays avec l’État. À l’époque du génocide, les catholiques représentaient 62 % des Rwandais et étaient donc majoritairement hutus, tandis que 70 % des 400 prêtres étaient tutsis (parmi eux, 130 environ ont été tués). Les évêques, dont sept sur neuf étaient hutus, étaient souvent proches de l’ancien président Juvénal Habyarimana ; trois d’entre eux ont été assassinés par le Front patriotique rwandais.


Dès la fin de 1994, l’Église a organisé une démarche synodale en annonçant un « mea culpa », démarche qui a abouti en février 2001 à une grande célébration dans le stade de Kigali. Mais, depuis, elle n’est pas allée plus loin et semble avoir du mal à reconnaître sa part de responsabilité dans certains massacres, notamment quand ceux-ci ont été perpétrés dans des églises.


Si bien qu’en 2010 les clivages persistent, dans l’Église, entre victimes, rescapés et bourreaux. « Dans les paroisses, malgré des discours généreux sur le pardon, des logiques de ressentiment dominent », témoigne un universitaire. D’autres observent toutefois que l’on met davantage en avant depuis quelque temps des figures exemplaires de prêtres et de religieuses, à l’instar de Sœur Felicita Niyitegeka, religieuse hutue tuée pour avoir refusé d’abandonner les Tutsis qui avait trouvé refuge auprès d’elle.

  Où en est le contentieux judiciaire entre la France et le Rwanda ?

Le Rwanda avait rompu ses relations diplomatiques avec la France après l’émission par la justice française, fin 2006, de mandats d’arrêt internationaux à l’encontre de neuf proches du président Paul Kagame. Le juge Jean-Louis Bruguière les accusait d’être responsables de l’attentat qui visa l’avion du président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, avion dont l’équipage était français. Le 9 novembre 2008, l’une des personnes recherchées, Rose Kabuye, actuelle directrice du protocole d’État, était arrêtée en Allemagne, puis mise en examen à Paris pour « complicité d’assassinat ». Bien que deux témoins à charge se soient rétractés, la procédure reste en cours.


Du côté français, tandis que le tribunal aux armées instruit toujours des plaintes visant des militaires français de l’opération Turquoise, la justice a relancé les poursuites contre la quinzaine de Rwandais vivant en France qui sont soupçonnés d’avoir pris part au génocide de 1994. Quatre juges français se sont rendus ces derniers mois au Rwanda pour procéder à des auditions sur une partie des plaintes, désormais regroupées au sein d’un pôle « génocides et crimes contre l’humanité » au tribunal de grande instance de Paris.

 

Pierre COCHEZ, Laurent D’ERSU, Claire LESEGRETAIN et Agnès ROTIVEL

 

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MONIER Alain 03/03/2010 11:52


bonjour;  je recrie mon article car il vient d'etre efface.. Un effet meconnu de la mondialisation  : Democratie et capitalisme ne font pas bon menage. Dans beaucoup de pays du Sud les
richesses sont aux mains d'une minorites tandis que le pouvoir politique est detenu par une majorite pauvre. Une situation qui a toutes les chances de degenerer en conflits ethniques , demontre la
specialiste du droit international AMY CHUA. Ex  camp de concentration serbes en 199O, massacre tutsis hutus en 1994 emeutes ant chinoises en indonesies. Ce lien reside entre dans la relation
entre 3 forces  les plus puissantes a l'oeuvres dansle monde. L'economie de marche, la democratie et la haine ethnique. Des minorites ethniques economiquement dominantes  a l'encontre des
majorites . Les minorites dominantes sont le talon d'achille de la democratie de marche, les minorites concentrent  la richesse  sur les minoritaires  tandis que la democratie elle
accroit le pouvoir de la majorite pauvre. un rejet s'opere  contre les marches, contre la democratie  de la part de forces favorables a la minorite dominante, un dechainement de
violence  contre la minorite elle meme.(fraude electorale , jouer sur les haines erhniques)La democratie a libere des haines longteps refoulees a l'encontre d'une minorite ethnique prospere.
Les occidentaux ont tendances a considerer richesse et pauvrete en conflit de classes et non de conflit ethnique.C'est l'ingredient  ethnique qui rend la combinaison economie de marche
democratie particulierement explosive. L'identite ethnique se fonde rarement sur du vent.Fluide manipulable, mais suffusamment vrais pour que l'on tue en son nom.CE n'est pas dit l'auteur une
theorie universelle, car tous les pays ne sont pas concernes,elle ne pretend pas que le conflit ethnique n'apparait qu'en presence  d'une minorite economiquemenr dominante. On ne compte plus
les cas de haine ethnique contre des populations defavorisees. Ni que la democratie de marche est plus suscptible 'entrainer des conflits ethniques. Son argument est ; dans les nombtreux pays ou la
pauvrete est endemique et ou regne une minorite eeconomiquement forte, la democratie et le capitalisme (sous la formr brute) ne peuvent progresser qu'en conflit l'un avec l'autre. Dans ces
conditions la volonte d'intaurer simultanemenr le capitalisme et la democratie declenche  presque chaque fois le conflit ethnique, et de facon hautement previsible.Il s'agit la de l'une des
lecons de la mondialisation les moins debattues de ces 2O dernieres annees. (Il y a des Solutions !) CordialementAlain