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Publié par La Tribune Franco-Rwandaise


Paris (AFP) - 04.02.2014 14:22 - Par Stéphane ORJOLLET

Un procès historique s'est ouvert mardi matin devant les assises de Paris. Près de 20 ans après le génocide au Rwanda, la France, souvent accusée d'avoir soutenu le régime génocidaire, juge un ancien officier rwandais pour son rôle dans ce drame.

voir le zoom : Vue générale de la salle d'audience du procès de Pascal Simbikangwa, le 4 février 2014 à ParisVue générale de la salle d'audience du procès de Pascal Simbikangwa, le 4 février 2014 à Paris
afp.com - Martin Bureau
voir le zoom : Fabrice Epstein, l'avocat de Pascal Simbikangwa, à son arrivée le 4 février 2014 au tribunal à ParisFabrice Epstein, l'avocat de Pascal Simbikangwa, à son arrivée le 4 février 2014 au tribunal à Paris
afp.com - Martin Bureau
voir le zoom : Portrait non daté diffusé par Interpol de Pascal SimbikangwaPortrait non daté diffusé par Interpol de Pascal Simbikangwa
afp.com -
voir le zoom : Le génocide de 1994 au RwandaLe génocide de 1994 au Rwanda
afp.com - P. Pizarro / A. Bommenel

Tassé dans un fauteuil roulant, l'ancien capitaine rwandais Pascal Simbikangwaa comparu mardi devant la cour d'assises de Paris, pour le tout premier procès lié au génocide rwandais en France, souvent accusée d'avoir soutenu le régime génocidaire.

Vingt ans après le génocide, Kigali, dont les relations avec Paris se sont un peu réchauffées ces dernières années, a qualifié l'ouverture de ce procès historique de "bon signe", même tardif. Mais la défense a demandé la nullité de la procédure, Alexandra Bourgeot, une des avocats de l'accusé, dénonçant "l'inégalité des forces" avec l'accusation et "un dossier très fortement à charge".

Défense, accusation et parties civiles devaient plaider dans l'après-midi sur cette demande de nullité.

Pascal Simbikangwa, 54 ans, paraplégique depuis un accident en 1986, est jugé pour complicité de génocide et de crimes contre l'humanité, accusé d'avoir incité, organisé et aidé les massacres qui firent quelque 800.000 morts en 100 jours, entre avril et juillet 1994, notamment en organisant des barrages et en armant les miliciens qui les tenaient.

Il nie en bloc les faits, pour lesquels ilrisque la perpétuité.

"J'ai été capitaine dans l'armée rwandaise puis dans les services de renseignement", a dit à la cour ce petit homme dégarni, vêtu d'un blouson marron clair et d'un pantalon de survêtement blanc.

La matinée a ensuite été consacrée à la sélection des jurés (6 hommes et deux femmes), puis le président de la cour, Olivier Leurent, a lu son "rapport" pendant près de deux heures, dressant un tableau du contexte historique au Rwanda, sans éluder le soutien militaire apporté par la France au régime hutu d'avant le génocide, avant d'évoquer le parcours de Pascal Simbikangwa et les faits qui lui sont reprochés.

 

"Convaincre des jurés populaires"

 

"Enfin ce procès arrive. On attend que Pascal Simbikangwa rende des comptes à la justice et maintenant il va falloir convaincre des jurés populaires de la culpabilité", a déclaré avant l'audience Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) qui avait porté plainte contre l'ancien capitaine quelques mois après son arrestation.

Simbikangwa avait été arrêté en 2008 sur l'île française de Mayotte où il vivait sous une autre identité, pour une affaire de trafic de faux papiers. Alors qu'il était recherché par Interpol, la justice française a refusé son extradition vers Kigali, comme elle l'a toujours fait, et le juge donc elle-même aujourd'hui, au nom de la "compétence universelle" prévue par des accords avec le Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Les deux premières semaines d'audience seront principalement consacrées à retracer le contexte ayant conduit, il y a deux décennies et à des milliers de kilomètres, au massacre de centaines de milliers de Tutsi, ainsi que de Hutu modérés, par les milices endoctrinées et armées par le régime du président hutu Juvénal Habyarimana, dont l'assassinat le 6 avril fut l'événement déclencheur du génocide.

Simbikangwa reconnaît sa proximité avec le premier cercle du pouvoir hutu, "l'akazu" (petite maison), dont de nombreux responsables ont été condamnés pour leur rôle dans le génocide. Mais il réfute toute implication dans les massacres.

Les autorités rwandaises, issues de l'ex-rébellion tutsi qui a pris le pouvoir en 1994 en mettant fin au génocide, se sont réjouies de la tenue du procès. "L'histoire est en marche. Nous nous sommes toujours demandé pourquoi ça avait pris 20 ans (...) c'est tard, mais c'est bon signe", a déclaré à l'AFP à Kigali le ministre rwandais de la Justice, Johnston Busingye.

Pour le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, "c'est une bonne chose que ce procès ait lieu".

La défense dénonce d'ailleurs le caractère politico-diplomatique du procès, à quelques semaines de l'anniversaire du génocide et alors que Kigali et Paris se sont rapprochés, après trois années de rupture des relations diplomatiques (2006/09).

"On a l'impression que c'est les 20 ans du génocide des Tutsi et que donc il faut condamner Pascal Simbikangwa, parce que c'est le premier qui est traduit devant une cour d'assises et qu'il faut en faire un exemple", fustige Me Fabrice Epstein, l'un des avocats de l'accusé.

Le procès, exceptionnellement filmé pour l'histoire, doit durer six à huit semaines.

 

© 2014 AFP

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