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Publié par La Tribune Franco-Rwandaise

Kigali, 10 juillet 2014 (FH)- «Je ne suis pas obligée de pardonner à ceux qui n’ont jamais témoigné ni d’amour, ni de respect pour la vie des miens, qui n’ont jamais exprimé de repentir. Mais je dois vivre avec eux puisque je n’ai pas de choix ». Marie G., une femme qui a survécu au génocide des Tutsis de 1994 a la réputation de dire ce qu’elle pense.

 

 

Si les autorités politiques, administratives et religieuses exhortent la population à la réconciliation, elles ne forcent aucune victime à offrir son pardon.
Née à Mwulire, un village de Rwamagana, dans l’est du Rwanda, Marie G., aînée d’une famille de huit enfants, était âgée de 19 ans pendant le génocide des Tutsis 1994 qui a emporté ses parents, ses cinq frères et sœurs ainsi que ses grands- parents maternels et paternels .
Pour avoir la vie sauve au moment des massacres, elle a passé plus d’un mois dans les buissons avec son petit frère qui avait à peine six ans. « Il pleuvait souvent et beaucoup », se souvient-elle. « L’eau de pluie nous désaltérait, mais nous faisait également frissonner dans les buissons. A la tombée de la nuit, je sortais de ma cachette pour arracher dans les champs quelques patates douces que nous mangions crues ».
Pendant la journée, les tueurs passaient et tuaient, elle restait terrée, avec son frère, dans leur cachette.
« Un jour, un groupe de tueurs sont passés à portée de main. Ils clamaient à haute voix leurs hauts faits. Ils mentionnaient les membres de ma famille qu’ils venaient de tuer. J’ai étouffé un cri et j’ai ordonné à mon frère de ne pas crier.  Je ne peux pas oublier et personne ne peut me forcer à pardonner», dit - elle avant de se murer dans un silence de quelques minutes. 
 
Pour la Commission nationale pour l’unité et la réconciliation (CNUR), le cas de Marie G. est compréhensible. « S’il n’y a pas eu de demande explicite de pardon, si ses biens n’ont pas été restitués, son attitude se comprend », estime Jean- Baptiste Habyarimana, le secrétaire exécutif de cette institution. « Les destructeurs et pilleurs des biens de sa famille sont-ils des indigents qui ne peuvent rien restituer ? S’agit-il de gens qui pensent toujours que leurs actes étaient légitimes ?», s’interroge ce médecin de formation. Sinon, explique-t-il, « partout où il y a eu demande de pardon et restitution de biens, la réconciliation a fait un pas ».
 
Aujourd’hui divorcée et mère de deux enfants, Marie G. habite une petite maison construite par le Fonds d’assistance aux rescapés du génocide (FARG) dans son village natal de Mwulire.
La vie dure à laquelle elle est confrontée l’a rendue, selon ses propres termes, plus vieille que ses 39 ans. « On dirait que je suis une cinquantenaire. Tout cela est le fruit de ce qu’ils ont fait ».
Elle est cependant toujours prête à lutter. « Après tout, ils doivent vivre. Ils n’y sont pour rien», indique –t – elle, désignant ses deux enfants, une fille et un garçon.
Sa journée commence à 5 heures du matin. Après avoir préparé et servi un repas très frugal aux enfants, elle se rend à son travail : une petite rizerie où elle est balayeuse. Le soir, au retour, il y a la traditionnelle corvée de l’eau, la cuisine,...
Les 10 kilomètres qui la séparent de son lieu de travail, elle doit souvent les parcourir à pied, faute d’argent pour payer le transport en commun.
S’efforçant de plaisanter, elle désigne sa paire de vieux baskets et se remémore une vieille comptine de son temps d’écolière : « six kilomètres à pied, ça use (bis), six kilomètres à pied, ça use les souliers ».
SRE-ER

 

© Agence Hirondelle

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