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Publié par Le blog de Jean-Marie Ndagijimana

SN_Sangmpam.jpgPar S.N. Sangmpam (photo)

22 Mars 2013

Un élément dominant de la vie politique américaine après la réélection du président Obama a été l’opposition des sénateurs républicains John McCain et Lindsay Graham à la nomination présumée de Susan Rice, ambassadrice aux Nations Unies, pour la fonction de secrétaire d’Etat. Ils soutiennent qu’elle a induit le public en erreur concernant l’attaque du consulat américain à Benghazi, en Lybie, qui a tué quatre diplomates américains. L’affirmation des sénateurs selon laquelle l’administration aurait délibérément trompé le public est sans preuve. Elle est en fait le simple produit de querelles politiques partisanes. Qu’importe ! Sous pression, Susan Rice a retiré sa candidature présumée au poste de secrétaire d’Etat, et Obama a nommé le sénateur démocrate John Kerry à sa place. Il a promis de retenir Rice dans son cabinet comme sa conseillère principale. Bien que Rice ait perdu le poste de secrétaire d’Etat, il est donc certain qu’en ce qui concerne le Congo Obama poursuivra la politique Clinton soutenue par Rice et ses collègues qui ont œuvré sous les époux Clinton. Cette politique a des conséquences néfastes pour le Congo. Pourtant, la politique américaine n’assume qu’une responsabilité partielle. Le Congo est responsable de ses propres malheurs. Afin d’éclairer le sujet, quelques mots concernant l’élection et la réélection d’Obama sont de rigueur.

Les prédictions sur les résultats des élections présidentielles sont un élément de base de la politique aux États-Unis. La plupart d’entre elles sont basées sur des analyses de sondages et d’enquêtes qui se fondent sur des tendances de comportements électoraux à long terme. Seulement peu d’entre elles sont en fait exactes. Il existe une autre manière de prédire précisément le résultat d’une élection et qui ne nécessite pas d’analyses sophistiquées de sondages. Il s’agit de ce que j’appelle « prédiction par indice de personnalité ». Je l’ai utilisée à deux reprises, tout d’abord en 2007 puis en 2011 pour prédire la victoire d’Obama. J’ai été à chaque fois correct. En 2007, j’avais fait ce pronostic lors de mon cours bien avant le Caucus de l’Iowa, à une époque où personne ne donnait à Obama une chance (cf Huffington Post, 24 Novembre 2008). C’était encore durant le même cours à l’université en 2011 lorsqu’Obama était sur la défensive sous les attaques incessantes du Tea Party et de ses alliés réactionnaires au cœur des débats sur la sécurité sociale, la dette publique, et les retombées du renflouement par le gouvernement des entreprises ayant fait faillite sous la récession. Un étudiant clairement troublé m’a interrogé quant aux chances qu’avait Obama d’être réélu face aux attaques de l’opposition. Je lui ai dit de prendre note qu’Obama serait réélu en 2012.

J’ai prédit cela bien qu’ayant personnellement été déçu par les performances d’Obama en tant que président. Je n’étais pas seul dans ma déception. Dans l’article de 2008 du Huffington Post j’avais invité tous les Américains à soutenir la présidence d’Obama parce qu’elle avait des chances d’être un régime politique réellement transformateur. La plupart de ses principaux partisans n’en attendaient pas moins. Ce n’est cependant pas ce que nous avons obtenu. Le résultat a été qu’à l’apogée du mouvement du Tea Party, quand Obama avait réellement besoin d’un stimulus de la part de ses supporters, leur enthousiasme est retombé. Ce qui a par la suite été appelé l’«enthusiasm gap in the Obama camp » était en fait réel. Le support pour un second mandat d’Obama n’était pas seulement en baisse à cause du taux de chômage qui était resté élevé – la plupart des gens avait compris que la chute économique était principalement due aux politiques de Bush qui ont mené à la récession. Le sentiment qu’Obama avait trahi est ce qui a causé sa perte de soutien. La plupart de ceux qui ont voté pour lui aux primaires de 2008 comme figure transformatrice face à Clinton ont, contre toute attente, obtenu Clinton. La Maison Blanche et l’administration d’Obama durant son premier mandat étaient plus ou moins une réplique de l’administration Clinton en terme de personnel et de politique. Par bien des aspects, c’est ce soutien pour Obama en baisse qui a encouragé le camp Romney à croire qu’il pouvait remporter les élections de 2012. Romney et les Républicains avaient raison sur un point : beaucoup de partisans d’Obama auraient très bien pu voter pour Romney si ce n’avait pas été pour le fait qu’il représentait la pire des alternatives possibles sur de nombreux fronts.

Malgré la déception, ma prédiction de 2011 pour une réélection d’Obama était basée sur son indice de personnalité qui était supérieur à celui de n’importe quel autre candidat républicain qui l’affronterait lors des élections générales de 2012. Obama, au chagrin de l’ancien gouverneur du New Hampshire, John Sununu, et Donald Trump, est le président le plus intelligent des soixante cinq dernières années, le plus crédible des dernières trente deux années, et le plus attaché à la cohésion sociale des Américains quelle que soit leur ethnicité et origine. Cet indice de personnalité lui a donné l’avantage face à l’alternative représentée par Romney.

L’indice de personnalité d’Obama a eu aussi des effets à l’extérieur. En effet, nul autre candidat à la présidence des États-Unis – mis à part peut-être Kennedy en 1960 – n’a jamais suscité autant d’intérêt dans le monde entier qu’Obama au cours de ses deux campagnes et victoires électorales successives. A chaque reprise, la majorité de l’opinion mondiale préférait Obama à ses concurrents. Toutes choses égales par ailleurs, le charme d’Obama découle de ses héritages multiples, cet attribut qui le rend attirant aux yeux des ses compatriotes américains. Le monde entier, peut être plus vaguement et de manière plus diffuse, voit aussi Obama comme un leader qui réussit le seul et principal test d’être dévoué de façon crédible aux multiples groupes et héritages auxquels il appartient; il est dévoué aux États-Unis de par sa naissance et sa citoyenneté et au reste du monde par ses origines kenyanes (et indonésiennes). Ses racines kenyanes sont une métaphore pour de meilleures relations entre la superpuissance et le reste du monde, et plus précisément le monde non-occidental.

Il est donc clair qu’aux États-Unis comme à l’étranger, l’indice de personnalité d’Obama lui a rendu bon service. Mais ça n’aidera pas son héritage en tant qu’homme d’Etat appartenant potentiellement au petit club de grands présidents des États-Unis – et pas seulement comme le président avec la meilleure organisation de campagne qui a remporté deux élections – s’il laisse cet indice de personnalité être, encore une fois, enterré sous le poids de Clinton durant son second mandat. J’ai récemment reçu une enquête de la campagne d’Obama sollicitant une contribution quant à la direction que devrait adopter Obama dans sa politique. Voici donc ma contribution. Une manière pour Obama de ne pas être enfoui sous le poids de Clinton en politique étrangère est de ne pas nommer les partisans de Clinton, dont Rice, ou de suivre leur politique. Le cas du Congo milite particulièrement contre cette politique – pas parce qu’Obama doit une quelconque allégeance à l’Afrique ou au Congo. Il est président américain avant tout, et il nomme en fonction des intérêts nationaux. C’est plutôt parce que les États-Unis n’ont pas seulement des intérêts nationaux, ils ont aussi des intérêts de superpuissance qui imposent de plus grandes obligations. Et c’est au Congo que les politiques de Clinton ont eu leurs effets les plus nuisibles aux dépens d’autres intérêts de la superpuissance américaine.

Ce que je propose ci-après est que Susan Rice et ses pairs étaient architectes des politiques de Clinton envers le Rwanda après le génocide de 1994. Ces politiques ont été profondément néfastes pour le Congo. Elles sont susceptibles d’encore plus affaiblir le Congo sous leur tutelle. Leur confier la direction de la politique américaine en Afrique non seulement perpétue les conséquences néfastes des politiques de Clinton mais aussi glorifie les Clinton au détriment des attentes mondiales de grandeur présidentielle d’Obama. Mais le Rwanda n’est pas le seul coupable, le Congo a la grosse part de responsabilité. C’est ce sur quoi je vais d’abord porter mon attention.

Le Congo – appelé « République Démocratique » par une cruelle ironie de l’histoire – est aujourd’hui un marécage social. Un paradoxe de proportion massive : un pays énorme et naturellement bien doté avec une population terriblement pauvre. Les signaux indicateurs du marécage sont facilement repérables. Il y a des guerres qui n’en finissent plus depuis 1997, avec des millions de morts. Les Congolais ont connu de flagrantes violations des droits de l’homme par leur gouvernement dont les services secrets et escadrons de la mort arrêtent, torturent, et assassinent sans aucune peur de représailles. Ils ont été témoins d’une fraude électorale massive lors des élections présidentielles et législatives et 2011. Et puis il y a l’écœurante escroquerie économique et financière, qui inclue le pillage illicite des ressources minérales du pays, des détournements de fonds et de la corruption étalée. Les agents gouvernementaux, de la présidence au plus petit employé, sont tous corrupteurs, corrompus et corruptibles. Ils ont des alliés dans l’escroquerie : des étrangers qui, comme des sangsues dans le marécage, cherchent à se faire de l’argent. Les contingents des Nations Unies ne sont pas épargnés non plus, l’appât de la richesse minérale étant irrésistible. Le point culminant de tout cela est l’indice de pauvreté des populations qui endurent des conditions sociales infernales dans tous les aspects de leur vie. Celles-ci incluent un chômage endémique, un manque de nourriture et de la malnutrition, des infrastructures de santé et de transport dilapidées et inexistantes, la prolifération de charlatans sous la forme d’«Eglises » et de « pasteurs », le nombre croissant de réfugiés et personnes en situation irrégulière à travers le monde, et, peut-être plus criminel encore, la régression totale du système d’éducation en dépit de la profusion d’écoles et « universités » qui en réalité n’éduquent pas. Il n’est alors pas surprenant que sur 168 pays étudiés, le Congo soit classé dernier dans le rapport sur le Développement Humain des Nations Unies.

Le Congo partage certaines des causes structurelles de cette situation avec d’autres pays en voie de développement. Cependant, pour ce qui est de la période la plus récente, les causes de la misère croissante du Congo sont internes. Elles sont liées à la nature clientéliste des trois régimes politiques qui se sont succédé les uns aux autres depuis 1965, de Mobutu aux deux Kabila. Un réseau de clientélisme dans lequel le président, ses proches et membres de sa tribu, et des alliés proches méticuleusement sélectionnés sont les patrons. Leurs clients sont des officiels, ministres, officiers militaires, « professeurs », musiciens et journalistes sélectionnés, et hommes d’affaire nationaux ou étrangers. La survie matérielle de ces clients dépend presque entièrement des patrons, qui exercent un contrôle étroit sur toutes les ressources économiques et politiques majeures. Cette relation clientéliste est basée sur la réciprocité. Les patrons apportent aux clients des ressources financières, économiques et autres, dont l’attribution de certaines fonctions et l’autorisation de voler et piller sans aucune peur de sanction par la loi. Les clients en retour apportent aux patrons un soutien politique sous la forme de répression des masses, vile propagande pour le régime, et fraude électorale. Ce réseau interne de clientélisme est soutenu par des puissances étrangères qui fournissent aux patrons et au régime des ressources économiques, militaires et autres en échange de la mise en avant de leur intérêts stratégiques pour certains et de l’exploitation des ressources naturelles pour d’autres. La liste de puissances étrangères varie selon le régime, mais elle inclue presque toujours la Belgique, la France, les États-Unis, et le Canada marginalement. La Chine et l’Inde ont rejoint ce réseau sous Joseph Kabila. Erigé et perfectionné par Mobutu, hérité et modifié par Laurent Kabila, le réseau du clientélisme a été élargi par Joseph Kabila. Cela explique le haut niveau de pillage, détournement et diversion des ressources du pays, l’enrichissement obscène des patrons et clients aux dépens de la population, l’incompétence à tous les niveaux de l’Etat comme le montre le cauchemardesque recul des services publics, les violations des droits de l’homme, et l’inertie et la démobilisation politiques des masses.

Pour sortir de la misère, les Congolais doivent démanteler par l’intérieur le réseau clientéliste qui les gouverne. Cependant, une telle tâche est rendue plus difficile par un facteur extérieur : l’implication profonde de l’Ouganda, du Burundi, et surtout du Rwanda dans les affaires du Congo. Les raisons de l’invasion du Congo par le Rwanda sont le besoin d’espace pour sa surpopulation et le génocide ethnique de 1994 qui a pour la plupart tué énormément de Tutsis (des milliers de Hutus ont aussi été massacrés durant le génocide et les représailles qui s’en sont suivi). En revanche, le succès des invasions est dû à la nature clientéliste des régimes politiques au Congo et au support reçu par le Rwanda de la part de puissances étrangères. A la fois sous Mobutu et les deux Kabila, le clientélisme a rendu les institutions étatiques, dont l’armée, complètement inaptes. Par conséquent, le gouvernement Congolais a été incapable d’empêcher les invasions ou de déloger l’armée et les groupes armés rwandais de son territoire. D’autre part, le soutien étranger pour le Rwanda de Kagame a aidé le régime à financer ses aventures militaires et à éviter l’ostracisme dans les institutions et les forums internationaux.

Les ambitions territoriales du Rwanda et le génocide ont eu quatre conséquences mortelles pour le Congo. Premièrement, ils ont amené le Rwanda et d’autres pays dans la région, notamment l’Ouganda, à aider Laurent Kabila à renverser militairement Mobutu en 1997. Encore que Mobutu l’ait hautement mérité.

Deuxièmement, lorsque les ambitions territoriales à peine dissimulées du Rwanda au Congo se sont heurtées au nationalisme incompétent de Laurent Kabila, le résultat a été une nouvelle invasion et la guerre attenante entre le Congo et le Rwanda, dans laquelle presque tous les pays de la région ont été impliqués de 1998 à 2003. Des millions de morts et de déplacements de population en ont découlé. Un des résultats de ce conflit a été l’assassinat de Laurent Kabila – suspecté presque unanimement d’avoir été orchestré par le Rwanda. Troisièmement, sous Joseph Kabila, qui a remplacé Laurent Kabila par un procédé plutôt mystérieux en 2001, le Rwanda a financé et soutenu militairement des mouvements Tutsis (CNDP et M-23) qui ont déclaré une guerre par procuration au Kivu. Cela a été fait sous le prétexte de sécuriser la « minorité » Tutsi dans la province et de combattre les génocidaires de 1994 qui se sont enfuis au Congo. Ces mouvements sont composés de soldats Tutsis qui ont servi soit dans l’armée rwandaise soit dans la force d’élite financée par le Rwanda qui a renversé Mobutu. Ils ont été intégrés dans l’armée congolaise après les négociations de 2003 seulement pour la déserter par la suite pour défendre leurs intérêts tribaux.
Quatrièmement, le Rwanda a bénéficié de l’incompétence et/ou complicité de Joseph Kabila de par sa descendance Tutsi soupçonnée. Cette complicité et la pression militaire exercée par les mouvements de procuration du Rwanda ont permis à ce dernier d’extraire de grandes concessions de la part du Congo, dont la nomination de Tutsis à des postes de direction dans l’armée, la police, les services secrets, et le gouvernement. Plus il y a des guerres, plus des concessions sont obtenues par le biais de négociations. Cette « infiltration » a permis au Rwanda (et à l’Ouganda) d’utiliser le réseau clientéliste du régime de Joseph Kabila à son avantage. Pour le Rwanda, les avantages sont l’exploitation des ressources du Congo (coltan, or, diamants, etc…), le partage de ce dépouillement avec des compagnies et autres prédateurs étrangers qui accèdent aux minéraux du Congo par le Rwanda, et la consolidation progressive des droits de propriété des terres par le CNDP et le M-23 dans leurs « territoires libérés ».
Donc même si le Rwanda n’est pas la cause principale de la misère du Congo, il a une grande part de responsabilité pour la période récente. Qu’est ce qui, dans ce cas, rend le Rwanda « fort » vis-à-vis du Congo ? Cela me ramène à la politique de Clinton dans la région des Grands Lacs. Le fondement de la politique américaine envers le Rwanda est la culpabilité ressentie par le Président Bill Clinton après qu’il ait failli à sa mission de protéger les Tutsis contre le génocide en 1994 même si les États-Unis, la France et les Nations Unies étaient conscients des massacres imminents. Tout comme dans le cas de la relation de l’Allemagne avec Israël, la culpabilité a façonné la politique de Clinton, et Rice et ses collègues ont joué un rôle crucial dans son élaboration. Dans le cas de Rice, tout d’abord dans la section des Affaires Africaines du Conseil National de Sécurité dans la Maison Blanche de Clinton puis comme secrétaire assistante pour les Affaires Africaines au Département d’Etat. En fait, à l’instar de Clinton, Rice avait ouvertement exprimé sa culpabilité à propos de leur échec à protéger les Tutsis et avait fait vœu de se placer du côté des victimes la prochaine fois. Cette politique menée par culpabilité a continué sous l’administration d’Obama grâce à Hillary Clinton comme secrétaire d’Etat. Son principe central est de « dorloter » le Rwanda et de le laisser faire comme il l’entend.

Ce principe explique pourquoi l’implication directe de Kagame dans le déclenchement du génocide en abattant l’avion du président Hutu de l’époque, Habyarimana, est ignoré même si des recherches crédibles, des services français, et l’ancienne main droite de Kagame et ambassadeur à Washington nous en informent ; pourquoi le génocide de représailles de Kagame au fin fond du Congo est ignoré ; pourquoi les États-Unis ont fourni des armes au régime de Kagame pour qu’il fasse la guerre contre Laurent Kabila en 1998 avec d’horribles conséquences pour les populations du Congo ; pourquoi le règne autocratique et pro-Tutsi de Kagame est glorifié et le Rwanda de Kagame vu comme un pays « émergent » sur lequel les États-Unis comptent pour la provision de soldats qui servent dans des opérations militaires en Afrique sponsorisées par les États-Unis ; pourquoi il y a un afflux d’investissements et d’aide au Rwanda et pourquoi la Fondation Clinton soutient les investissements dans l’éducation et la santé au Rwanda, incluant des intérêts commerciaux pas complètement déconnectés de la proximité et facilité d’accès du Rwanda aux minéraux du Congo. Cette politique de dorlotage explique pourquoi la sponsorisation du CNDP et du M-23 par le Rwanda et leur violence et ravages au Congo restent impunis. Non seulement le Rwanda supporte-t-il le M-23, mais son armée a aussi dirigé les attaques militaires pour l’occupation de Goma. Les observateurs des Nations Unies nous en ont eux mêmes informé. En tant qu’ambassadrice des États-Unis aux Nations Unies, Rice a maintenu cette politique de dorlotage du Rwanda. Il n’est alors pas surprenant que, même au vu de toutes ces contraventions à la loi internationale, le Rwanda ait été autorisé à être l’un des membres du Conseil de Sécurité de l’ONU. Ces politiques contribuent à la misère des populations du Congo. C’est ironique car, comme sénateur, Obama avait sponsorisé le « Democratic Republic of the Congo Relief, Security, and Democracy Promotion Act of 2006 » qui refuse l’assistance à un pays étranger qui déstabiliserait le Congo.

La focalisation américaine sur le Rwanda est éphémère ; elle n’est pas durable sur le long terme. Le Rwanda n’est pas Israël. Si le Congo est maintenu dans sa situation chaotique actuelle, le chaos va finir par s’étendre au Rwanda et à ses voisins. Il est probable que la guerre perpétuelle prévale entre ces deux pays. Il n’est pas certifié que le Congo soit toujours, à moyen et long termes, plus faible que le Rwanda militairement. Une cohorte de Congolais de plus en plus radicaux au Congo et à l’étranger, surtout en Europe, croit avec raison que la complicité entre les régimes de Kabila et de Kagame, aidée par les politiques étrangères américaines et britanniques envers le Rwanda, est la cause de la misère du Congo. Leur ton est dangereusement celui d’une violente revanche contre un groupe ethnique spécifique, les Tutsis. L’administration d’Obama doit éviter cette violente incitation ethnique et ses retombées imprévues et imprévisibles. Les intérêts nationaux et de superpuissance des États-Unis sont en jeu.

L’ambassadrice Rice et ses collègues sont profondément partiaux au Rwanda. Ils ont un parti pris de par leur implication dans la formulation des politiques Clinton envers le Rwanda et le Congo. Ils sont aveuglés par leurs engagements pour ces politiques et leur culpabilité. En fait, ils en tirent d’énormes bénéfices financiers puisque le Rwanda de Kagame est le client de leur bureau d’études qui collecte des sommes colossales de Kagame pour défendre le Rwanda à Washington. Rice et ses collègues ne sont pas capables d’empêcher la haine tribale grandissante. Au contraire, leurs politiques biaisées vont l’enflammer. Leurs politiques pro-Rwanda contre la toile de fond des ambitions territoriales du Rwanda sont susceptibles de renforcer la suspicion congolaise selon laquelle les États-Unis cherchent à « balkaniser » le Congo en faveur du Rwanda. Il existe un point de référence pour cela : Walter Kansteiner, le successeur de Rice au département d’Etat sous l’administration de Bush, et Herman Cohen, qui l’a précédée, avaient proposé le morcellement du Congo comme solution au conflit avec le Rwanda. Maintenant qu’Obama a nommé le Sénateur John Kerry pour le poste de secrétaire d’Etat, il doit changer les orientations de sa politique dans les Grands Lacs. Pour cela, il doit se défaire des conseils de Rice et ses collègues de l’administration Clinton. Dans la mesure où John Kerry maintient des relations avec les Clinton, je suggère qu’Obama s’entoure de gens comme Zbigniew Brezinski, l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter. Bien que vieillissant, il apporterait son grand intellect et son impartialité à la formulation de la politique d’Obama dans la région. Le Rwanda doit être rendu responsable et devrait répondre de ses actions. Cela permettrait aux habitants du Congo de s’atteler à la tâche interne et urgente de démanteler leur régime clientéliste.

Emanciper Obama de la politique extérieure de Clinton réaffirme la prééminence de l’indice de personnalité d’Obama et augmente ses chances d’être un grand président. Cela lui permet aussi d’être à la hauteur de son appellation de métaphore pour de meilleures relations entre la superpuissance et les pays non-occidentaux.

S.N. Sangmpam, Professeur, Université de Syracuse (USA)
© Congoindépendant 2003-2013

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