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Publié par La Tribune Franco-Rwandaise

Colette BraeckmanPar Colette Braeckman

Dès le petit aéroport battu par les pluies et qui surplombe l’embouchure du fleuve Congo, le ton était donné : le « tout Matadi » avait été réuni pour accueillir Didier Reynders, qui, salué par un chef traditionnel, fut prié de prendre place sur une peau de léopard. La descente sur la ville allait être à l’avenant : une foule nombreuse, des banderoles remerciant la Belgique « pour sa défense des intérêts du Congo » et saluant aussi l’action du président Kabila pour avoir œuvré à l’harmonisation des relations avec la Belgique. Le gouverneur de la province du Bas Congo n’allait pas être en reste : Jacques Badu, non content de saluer l’Eternel, allait invoquer les mânes de Léopold II « c’est lui qui a créé le Congo dans ses frontières actuelles et c’est l’action de la Belgique aujourd’hui qui a permis d’éviter la balkanisation de notre pays, contribuant au renforcement de la conscience nationale, évitant à notre pays de se désintégrer… »

 

Oubliées les sécessions du Katanga et du Kasaï, les troubles manœuvres des années 60 : ce que les Congolais d’aujourd’hui veulent retenir, c’est que la Belgique, dans le conflit de l’Est du pays, a clairement dénoncé les soutiens apportés à la rébellion par les voisins ougandais et surtout rwandais et qu’elle a agi sur plusieurs fronts, diplomatique mais aussi militaire, assurant à Kindu la formation de deux bataillons aujourd’hui déployés avec succès au nord de Goma.
Le cadeau du gouverneur était lui aussi plus que symbolique: une statuette de bois représentant Simon de Sirène soutenant le Christ, transformée en Belgique portant le Congo. Quant au tristement célèbre ” fardeau de l’homme blanc” il fut représenté sous forme d’un Reynders transformé en Sisyphe d’ébène, portant l’immense Congo sur ses ministérielles épaules!

 

Cependant, détrônant la politique ou les affaires, c’est le fleuve Congo qui fut le héros de la visite. L’un des plus grands fleuves du monde, avec l’Amazone et qui, avant de rejoindre l’océan, se convulse en rapides et tourbillons. A Matadi, dans une baie qui paraît ridiculement petite au vu des dimensions du pays, le fleuve abrite un port qui représente le seul poumon du Congo, l’unique voie d’entrée pour l’approvisionnement de Kinshasa. La visite du port vaut mieux que tous les discours : sur les berges du fleuve que l’on voit s’ensabler à vue d’œil, les bateaux sont rares en ces temps de saison sèche, les containers empilés forment de véritables murailles que la bureaucratie met des mois à démanteler et Matadi demeure l’un des ports les plus chers du monde.

 

Certes, des efforts ont été faits : les « pier » 3 et 3 ont été rénovés sur fonds propres congolais, le « quai de Venise » sorte de long trottoir construit sur pilotis, d’où l’on entrevoit les eaux glauques, a été rénové par le port d’Anvers.
Pour célébrer ses dix années de jumelage avec Matadi, Anvers souhaiterait d’ailleurs se voir confier l’étude de faisabilité qui devrait préparer la construction d’un port en eau profonde à Banane. Cette étude serait menée en collaboration avec Soferco et Transurb. Les Congolais tiennent beaucoup à la construction du port de Banane, qui garantirait l’autonomie de leurs approvisionnements. Ils en font un préalable à la construction du pont route-rail, qui devrait relier Kinshasa et Brazzaville, les deux capitales jumelles, mais qui pourrait ruiner le Bas Congo au profit du port de Pointe Noire au Congo Brazzaville, où le groupe Bolloré règne en maître.
Le fleuve est porteur d’autres projets encore, intéressant les Belges : des sociétés de dragage (De Nul par exemple) souhaiteraient être associées au nettoyage des accès au port et à Inga, des joint ventures sont possibles.

 

Sur le site d’Inga, méthodiquement parcouru par Reynders et son entourage, le souvenir des Belges demeure très présent. Une banderole assure « merci aux Acec d’avoir contribué à Inga II », un document loue la vision de Léopold II et l’action de Stanley qui rechercha un bief navigable, des ingénieurs belges demeurent aux présents sur le site et, si les méga projets d’Inga 3 et du grand Inga sont trop vastes pour l’ancienne métropole, des contrats de sous traitance sont envisagés.
Ici aussi, une visite à Inga résume à la fois les perspectives d’avenir et la désespérance du présent : en cette période de saison sèche, l’étiage du fleuve est très bas. Il découvre des rochers, des troncs noircis et donne l’image désolante de ce que pourraient devenir les grands fleuves africain si, en amont, devait se poursuivre la déforestation massive qui changera le régime des eaux.
Mais d’ici décembre assurent les spécialistes, les eaux brunes du fleuve retrouveront leur débit habituel, le Congo sera à nouveau au faîte de sa puissance, avec un potentiel de 40.000 megawatts.

 

Le projet d’Inga 3, qui devrait bientôt être mis en chantier et produire de 3.500 à 4.200 mégawatts devrait représenter la principale source d’alimentation en énergie électrique du projet Westcor, qui attribuera à l’Afrique australe (Angola, Afrique du Sud, Namibie et Botswana) les excédents de la gigantesque capacité de production.
De telles perspectives expliquent aussi, sur le plan politique, pourquoi les pays du sud du continent, partenaires du Congo au sein de la SADC, (Conférence des pays d’Afrique australe pour le développement) s’intéressent à la stabilisation du Congo et sont prêtes (dans le cas de l’Afrique du Sud et du Malawi) à envoyer leurs troupes dans l’Est pour y contribuer.

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