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Publié par La Tribune Franco-Rwandaise

(AFP)

Gisenyi.JPG

Gisenyi — L'armée rwandaise a discrètement renforcé sa présence sur la frontière entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC), dans un contexte de vive tension entre les deux pays après la chute d'obus sur la ville frontalière de Gisenyi.

"On est un peu inquiet après ce qui s'est passé ici, mais on a vu que notre armée est là, et donc on est rassuré", explique James, venu participer au stade de Gisenyi à un meeting du Front patriotique rwandais (FPR), le parti au pouvoir.

Depuis jeudi, les habitants de cette ville plantée au pied des collines verdoyantes sur les bords du lac Kivu ont constaté des mouvements militaires "inhabituels" mais discrets aux abords de la cité.

Des blindés, des hommes et du matériel militaire ont été aperçus en train de converger vers des positions à la frontière avec la RDC, selon les témoignages.

Au pied de la chaîne des volcans, la frontière serpente ici au milieu des terres noires volcaniques, le long de villages dispersés, dans un inextricable maquis de champs de bananiers et de forêts d'eucalyptus.

Canon tourné vers la RDC

"J'ai vu cinq tanks et des armes lourdes transportées par de gros camions passer près de chez moi. J'habite au bord de la route", explique Umulisa, villageoise de Ruzini, à environ 15 km au nord de Gisenyi. "Je n'en avais jamais vu avant. Ils sont partis en direction de la frontière".

Cette femme de ménage raconte que des chars sont également postés sur le mont Rubavu, une colline stratégique qui surplombe Gisenyi, toute comme la ville congolaise de Goma toute proche, la capitale régionale du Nord-Kivu en guerre.

"Nous avons l'habitude de passer par la colline pour aller travailler à Gisenyi. C?est un raccourci, mais depuis qu'ils sont là, on n?ose plus y aller", confie-t-elle.

Un char de combat stationne sur la colline en question, le canon tourné vers le territoire congolais, a constaté dimanche une journaliste de l'AFP. Des véhicules militaires et des armes lourdes ont également été aperçus dans les environs ces derniers jours.

"D'où nous nous trouvons, nous entendons bien mieux les combats du Congo qu'à Gisenyi. On a peur que cela puisse arriver jusqu'ici", ajoute Umulisa. "En plus, on se dit que si les militaires sont ici, ce n'est sûrement pas pour rien...".

Ces mouvements font suite à la chute de deux obus d'origine indéterminée sur Gisenyi jeudi qui ont fait un mort, alors que de l'autre côté de la frontière, les combats faisaient rage au nord de Goma entre l'armée congolaise, appuyée par les casques bleus des Nations unies, et la rébellion du M23, que Kigali est accusée de soutenir, malgré ses démentis.

Le Rwanda a vertement réagi, accusant les forces congolaises "d'intensifier leur bombardement délibéré du territoire rwandais".

Des bombardements "inacceptables"

Selon Kigali, ce sont au moins dix obus qui sont tombés pour la seule journée de jeudi sur toute la région de Gisenyi. Et "un total de 34 obus ont été tirés sur le Rwanda au cours du mois écoulé par les forces de RDC".

Pour le secrétaire de l'Onu Ban Ki-Moon en revanche, ces tirs non-ciblés sont le fait du M23. Et l'ONU a fait état "d'informations crédibles et cohérentes" sur un soutien de l'armée rwandaise aux rebelles du M23 dans les combats en cours.

Accusé régulièrement depuis octobre 2012 de soutenir le M23, rébellion à majorité rwandophone, dans l'est de la RDC, le Rwanda a toujours fermement démenti, de même que Kampala, également accusé.

Pour la ministre rwandaise des Affaires étrangères, le "bombardement incessant du territoire rwandais est inacceptable, comme il le serait pour quelque nation souveraine que ce soit. Les civils rwandais sont visés par les forces de RDC".

"Nous avons exercé de la retenue aussi longtemps que possible mais cette provocation ne peut plus être tolérée", a-t-elle menacé : "nous n'hésiterons pas à défendre notre territoire".

Lundi matin, la situation état parfaitement calme dans Gisenyi, où la population vaquait à ses occupations, a constaté l'AFP. Boutiques et échoppes étaient ouvertes, et le marché normalement fréquenté.

Louise Mushikiwabo 2Interrogée par l'AFP sur la présence croissante de l'armée rwandaise sur la frontière, Mme Mushikiwabo n'a pas souhaité commenter, mais n'a pas démenti le fait que le Rwanda est état d'alerte.

"Le Rwanda est préparé à défendre ses citoyens et son territoire, tout en poursuivant le chemin politico-diplomatique de concert avec la région", a-t-elle répété.

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