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Publié par Tribune Franco-Rwandaise

Par Colette Braeckman

Braeckman.jpgQui, de l’armée gouvernementale congolaise ou des rebelles du M23, est décidé à jouer le tout pour le tout ? Depuis dimanche, de violents combats ont repris au nord de Goma et la capitale du Nord Kivu, durant toute la journée de lundi, a été secouée par le crépitement des tirs et l’écho des canonnades. Selon le porte parole du gouvernement de Kinshasa Lambert Mende, les pertes sont lourdes : 120 rebelles et dix soldats gouvernementaux auraient été tués, et de source humanitaire, on relève la présence de nombreux blessés.
Depuis plusieurs semaines, les forces du M23, qui connaissent cependant de nombreuses désertions, avaient renforcé leurs positions au nord de Goma, tandis que l’armée congolaise, sur le même front, déployait trois de ses meilleurs de ses bataillons, soit quelque 2000 hommes au total.
C’est que les deux parties ont intérêt à déclencher l’ « offensive finale » : les rebelles du M23 constatent que les pourparlers de Kampala, censés trouver une issue politique à la crise, se trouvent dans l’impasse, entre autres parce que les représentants du gouvernement, désireux de mettre fin à l’impunité, refusent désormais d’intégrer les officiers et les cadres du M23 et les leaders du mouvement estiment qu’ils n’ont pas obtenu les garanties souhaitées. Ce qui expliquerait la tentation de « jouer le tout pour le tout » et de jeter leurs dernières forces dans la bataille.
Du côté gouvernemental, le moral de l’armée a été « boosté » par plusieurs mesures, l’affectation sur le front nord des meilleurs bataillons, une amélioration des soldes et des conditions de vie, une plus grande cohérence dans le commandement, surtout depuis la suspension du général Amisi. Soupçonné de trahison, le commandant en chef de l’armée de terre avait été suspendu et remplacé par le général François Olenga qui aurait remis de l’ordre dans les rangs. Les FARDC ne cachent pas leur souhait de « régler » une fois pour toutes le sort du M23 et d’autres mouvements rebelles, rétablissant ainsi l’autorité de l’Etat sans attendre la Brigade d’intervention africaine qui n’en finit pas de se déployer en répétant qu’elle « ne fera pas le travail à la place des Congolais ».
Tout semble indiquer que les FARDC, dont les équipements et les stocks de munitions ont été renforcés, souhaitent reprendre le contrôle de la route de Sake et des faubourgs nord de Goma et empêcher leurs adversaires de frapper un grand coup. La Monusco a déjà exprimé son inquiétude et les humanitaires constatent que la situation demeure extrêmement tendue dans toute la province : quatre membres d’un staff humanitaire ont disparu à Kamango d’où l’armée congolaise a chassé des rebelles ougandais, un pillage attribué aux rebelles hutus a eu lieu à Kiwanja, des combats se déroulent dans le Massis…Tout se passe comme si tous ceux qui dans la province détenaient des armes ou une parcelle de pouvoir étaient décidés à entrer en action pour améliorer leur position avant qu’une Monusco renforcée par les 3000 hommes de la Force africaine ne vienne sonner la fin du match…
Dans un contexte aussi explosif, la partie gouvernementale réitère ses accusations faisant état de la présence de « shebabs » d’origine somalienne, ou de recrues d’origine musulmane aux côtés des forces combattantes, mais cette évocation suscite de violents démentis : Masudi Kadogo, le représentant provincial de la communauté musulmane du Nord Kivu, réitère son attachement à la paix et il énumère les nombreuses actions menées pour mettre fin à la guerre, dont un voyage à Bunagana en compagnie d’autres chefs religieux pour demander au M23 de déposer les armes. Quant à Ali Musagara, chef du département « jeunesse » du M23, il a lui aussi démenti, avec plus de fermeté que de courtoisie, toute présence de shebabs somaliens aux côtés du mouvement rebelle et tout recrutement de jeunes appartenant à la communauté musulmane.
A noter que, si des shebabs se trouvent au Nord Kivu, ils auraient plutôt été recrutés par le mouvement rebelle ougandais ADF qui fait régner l’insécurité autour de Beni. Rappelons cependant que des sources humanitaires, présentes sur le terrain, assurent n’avoir aucune connaissance de cette intervention de shebabs qui assurent-elles, seraient très facilement reconnaissables…
La virulence des réactions aux informations de ce type et la vigueur des démentis montre aussi à quel point les évènements actuels portent à nouveau à incandescence les sentiments d’appartenance communautaire…

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