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Publié par JMV Ndagijimana

(Sanfinna Du 08 au 14 Février 2010)


Le Rapport dit « Mutsinzi » sur l’attentat du 6 avril 1994 (qui a causé la perte de Rwandais, de Burundais et de Français parmi lesquels le président Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryanira du Burundi) vient d’être porté à la connaissance de l’opinion. Il suscite interrogations et commentaires les plus divers.


Il y a d’abord, comme la réponse du berger à la bergère, le communiqué de la famille Habyarimana du 25 janvier 2010. Celle-ci y dénie en premier lieu toute indépendance au comité qui a produit le rapport puisque présidé par Jean Mutsinzi, membre fondateur notoire du Front patriotique rwandais (FPR), parti de Paul Kagamé et fidèle parmi les fidèles, jusqu’à ce jour, de ce dernier.


La famille relève ensuite cet intérêt soudain et brutal du président Paul Kagamé pour la vérité, lui qui, relève-t-elle, avait affirmé, à une émission « Hard Talk » de BBC et RFI, qu’il n’était guère intéressé par l’élucidation de la mort du président Habyarimana, et même qu’il s’en fichait complètement.


Elle déplore ensuite cette espèce de justice aux ordres qui favorise une enquête peu crédible par rapport à celle menée par la justice française. A cet égard, les héritiers relèvent que la mise en cause du FPR ne s’induit pas des seules charges qui transparaissent de l’enquête du juge Bruguière. Ils la voient aussi dans le Rapport de Michael Hourigan, enquêteur australien, mandaté par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) qui désignait en 1997, nommément Paul Kagamé comme l’auteur de l’attentat du 06 avril 1994.


Pour la famille, Madame Carla del Ponte a également perdu sa place de Procureur général du TPIR, sur pression de Kagamé auprès de l’ONU parce qu’elle voulait enquêter sur le FPR, disant que « S’il s’avère que le FPR est l’auteur de l’attentat, c’est toute l’histoire du génocide qu’il faut réécrire ».


Les membres de la famille mentionneront aussi la justice espagnole qui, sur ces crimes de génocide commis au Rwanda et en RDC, a pointé le doigt sur Paul Kagamé et le FPR, entrevus comme commanditaires.


Pour la famille Habyarimana, il y a dans ce rapport, rien moins qu’une tentative désespérée de renversement des charges puisqu’on y soutient l’insoutenable. D’abord, que des officiers supérieurs, Bagosora, Ntabakuze et Nsengiyumva, de l’armée gouvernementale, seraient à l’origine de cet acte terroriste alors que ces derniers n’ont de cesse de demander des enquêtes pour prouver leur innocence.


La tentative de renversement des charges, souligne-t-elle, résulte aussi de la manœuvre pour délocaliser l’origine du tir des missiles, à savoir la commune de Masaka au camp Kanombé occupé par l’armée nationale.


Les ayants-droits ridiculisent aussi les allégations selon lesquelles la veuve Habyarimana se serait abstenue, sur information du président Mobutu, de prévenir son mari qu’un attentat était en préparation contre lui.


Le Rapport Mutsinzi provoque d’autres observations en dehors des dénégations de la famille. Dans ce drame, il ne faut pas non plus oublier que trois Burundais ont perdu la vie dont le chef de l’Etat lui-même mais aussi Bernard Ciza, son ministre d’Etat à la planification, au développement et à la reconstruction, et Cyriaque Simbizi, son ministre de la Communication et Porte-parole du gouvernement. Sans compter que le pays, à composition ethnique problématique comme le Rwanda, a été également entraîné dans le tourbillon du génocide qui a suivi. Il est curieux que les autorités burundaises ne soient pas plus actives pour la manifestation de la vérité et que des enquêtes ou contre-enquêtes ne soient pas engagées sur leur diligence.


A cette constatation, s’en ajoute une autre : l’acharnement des autorités françaises à conclure une réconciliation avec Paul Kagamé qui donne l’impression qu’elles seraient prêtes à passer aux pertes et profits, la traque de la vérité dans ce dossier. Le forcing mis en œuvre à cette fin depuis l’arrivée de Kouchner aux Affaires étrangères, la succession de missions entre les deux pays, le traitement compréhensif qui a été fait du dossier Rose Kabuye (Directrice du protocole présidentiel rwandais, soupçonnée d’être impliquée dans l’attentat contre l’ancien président Habyarimana, arrêtée en Allemagne, extradée en France puis remise en liberté sous condition) en sont les signes manifestes tout comme l’annonce en boucle de la prochaine visite officielle de Nicolas Sarkozy au pays des 1.000 collines.


Comme on ne voit pas d’intérêt stratégique ni économique particulier qui motiverait une telle mobilisation au détriment du soutien au dossier français tout à fait à l’opposé du Rapport Mutsinzi, alors, on se perd en conjectures.


Mais peut-être ne faudrait-il pas s’étonner car si de la France, de l’Angleterre jusqu’aux USA sans oublier les Nations Unies, le mot d’ordre est au ménagement de Paul Kagamé, c’est que l’homme fort du Rwanda n’a pas seulement des arguments pour être fort au Rwanda ! Quels sont-ils, ces arguments ? That is the question !


VT

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