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Publié par La Tribune Franco-Rwandaise

Quatorze ans après ses aveux au TPIR, Georges Ruggui a refusé de témoigner à visage découvert à Paris

 Paris, 06 mars 2014 (FH) -  Craint-il de se retrouver une nouvelle fois au- devant de la scène après ses aveux historiques il y a 14 ans au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ? L’Italo-Belge Georges Ruggiu, seul non-Rwandais à avoir été jugé par le TPIR pour son rôle dans le génocide des Tutsis de 1994 au Rwanda, a refusé de témoigner à visage découvert au procès du capitaine Pascal Simbikingwa, premier Rwandais jugé en France pour son rôle présumé dans ce génocide.

Aujourd’hui libre après avoir purgé sa peine, cet ex-animateur de la Radio-télévision libre des mille collines (RTLM) avait posé ses conditions à la cour d’assises de Paris : déposer à huis clos. Ce que la cour a refusé.

En lieu et place de son audition, des images du procès de Ruggiu devant le TPIR ont été visionnées au procès Simbikangwa. La cour d’assises a pu en revanche entendre en visioconférence depuis Kigali le témoignage d’une autre ancienne animatrice de la RTLM, Valérie Bemeriki, emprisonnée dans son pays pour son rôle dans le génocide des Tutsis
Reconnaissant son propre rôle et celui de la RTLM, Valérie Bemeriki a affirmé que le capitaine Simbikangwa, un des actionnaires de la radio, considérait les journalistes et animateurs de la RTLM comme des « héros » en 1994. Elle a ajouté qu’en plein cœur des massacres, l’accusé exerçait une influence sur la ligne éditoriale de la radio. La défense a parlé de fabrication de la part d’une personne condamnée à la perpétuité qui espère ainsi  obtenir une remise de peine. 

A la prise de Kigali, en juillet 1994 par les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR), l’équipe de la RTLM fuit le pays, dans le sillage du gouvernement intérimaire. Après un bref séjour en Tanzanie, le Belge d’origine italienne se retrouve au Kenya. Malgré son déguisement en prédicateur musulman, il est arrêté en juillet 1997, dans la ville balnéaire de Mombasa. 

Après avoir clamé son innocence, c’est en mai 2000 qu’il va craquer. Longtemps avant que Bemeriki ne soit arrêtée par l’armée rwandaise en République démocratique du Congo (RDC). L’ancien instituteur avoue avoir, sur les ondes de la radio de la haine, « directement et publiquement incité à des meurtres et à causer des atteintes graves à l’intégrité physique et/ou mentale des membres de la population tutsie dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe ethnique ou racial en tant que tel ». 

Le repenti reconnaît s’être livré à « des persécutions pour des raisons politiques ou raciales, dans le cadre d'une attaque systématique et généralisée contre une population civile, les Tutsis, certains Hutus et des Belges ». 
« Ce sont des événements que je regrette mais qui sont la réalité et j'ai décidé de les assumer (…) Je tiens à confirmer qu'il s'agissait bien d'un génocide et que malheureusement j'y ai participé », confesse-t-il. 
A cette époque, la presque totalité des détenus du TPIR nient la réalité du génocide des Tutsis et parlent plutôt de « drame rwandais » ou de « tragédie rwandaise ». Pour davantage marquer sa rupture, Ruggiu témoignera contre certains d’entre eux.

La peine contre l’Européen est prononcée en juin 2000 : douze ans de prison pour incitation à commettre le génocide. Le condamné sera plus tard transféré dans une prison italienne, en vertu d’un accord sur l’exécution des peines, passé entre ce pays et les Nations unies.
Le 21 avril 2009, l’Italie décide de le remettre en liberté trois mois avant la fin de la peine. Depuis lors, celui qu’on appelait « l’extrémiste Hutu Blanc »  semble avoir décidé de ne plus faire les gros titres de la presse internationale. Sans doute est-ce la raison pour laquelle il a refusé de témoigner en audience publique au procès filmé et très médiatise du capitaine Simbikangwa.
FH

© Agence Hirondelle


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