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Publié par Le blog de Jean-Marie Ndagijimana

Le 21 mars 2012

II est passé de 30 à -30 ° en quittant son pays d’origine pour son pays de mission. Il vit désormais en terre mongole, où l’on compte moins de 1000 fidèles catholiques pour plus d’un million et demi de km². Entre joies et peines, entretien avec le père Hervé Kuafa Lontsi.


Quelles sont vos origines ?
Je suis né au Cameroun. J’ai eu une enfance heureuse, mon père était ingénieur des télécom. Il avait aussi fait des études en théologie et était engagé en tant que catéchiste dans la paroisse, où ma mère était choriste. Ma famille était priante, j’ai connu Dieu à la maison. Et c’est là que j’ai appris à prier.

Comment votre vocation est-elle née ?
J’étais enfant de chœur à la paroisse. J’admirais le prêtre. A l’âge où la majorité des enfants veulent être pilote, moi je voulais devenir prêtre. J’ai reçu très jeune aussi ma vocation missionnaire. Je me souviens d’avoir vu à la télévision des gens qui vivaient dans des maisons sur pilotis. J’avais 8 ans, et je ne comprenais pas que certaines personnes n’aient pas un lopin de terre pour vivre. Je me suis promis que plus grand, j’irai à leur rencontre pour les aider à vivre sur la terre ferme. Mon désir a perduré. Je suis entré au séminaire à 19 ans, chez les CICM (Congrégation du Cœur Immaculé de Marie), une congrégation de prêtres et des frères missionnaires fondée en Belgique il y a 150ans .

Comment votre lieu de mission a-t-il été choisi ?
On m’a donné le choix entre le Mexique, le Sénégal et la Mongolie. Sans hésiter, j’ai choisi la Mongolie. A l’époque, il n’y avait que 300 baptisés et deux églises dans tout le pays, c’était un formidable lieu de mission. Tout était à faire, à construire, à commencer. L’Église y était implantée depuis quelques années seulement. Je me suis dit : « Ça c’est pour moi ». Je suis arrivé dans le pays en 2007, j’y ai été ordonné diacre. Et à l’occasion de mes vacances au Cameroun, j’ai été ordonné prêtre à Yaoundé, en août 2009.


 

Vous souvenez-vous des premiers jours ?
J’avais 29 ans en arrivant en Mongolie. A l’aéroport, il faisait un froid terrible. Les confrères qui m’accueillaient m’ont dit que c’était l’été. L’hiver mongol fait baisser la température jusqu’à -30, -40. Les premiers mois ont été éprouvants. Je me suis senti dans la peau d’un enfant de 3 ans, au milieu d’adultes qui parlent une langue inconnue. La solitude aussi m’a pesé. Au supermarché, il fallait mimer, les gens ne parlent pas anglais. Il m’a fallu un an et demi pour apprendre la langue. Pour aller à la banque, j’attendais le bus dehors. En arrivant à l’agence, mes mains étaient tellement froides que je ne pouvais pas faire les signatures attendues. J’étais paralysé. Aujourd’hui, je suis le curé de la cathédrale Saint Pierre et Saint Paul d’Oulan Bator, inaugurée en 2003. Il y a une autre paroisse dans la capitale, le Bon Pasteur dirigée par les CICM. Nous sommes sept prêtres CICM, dont l’évêque, Mgr Padilla, tous à Oulan Bator. A l’heure actuelle, on compte 800 baptisés dans le pays.

Quelle est votre relation avec les autorités ?
Elle est mitigée et pleine de contrastes, voire de contradictions. Elles nous respectent et admirent notre travail dans la société. Cependant,elles ne nous aident pas vraiment. Avant de renouveler nos visas, elles font une enquête. Ils viennent chez nous, ils fouillent partout, ils nous posent des tas de questions. Ils veulent voir toutes les pièces, voir tout le monde. Voir tous les papiers. Notre congrégation en Mongolie n’est pas enregistrée comme une communauté religieuse. Pour eux, nous sommes une ONG caritative et éducative. Ils me prennent pour un assistant social. On ne peut pas dire que notre présence soit la bienvenue. Il est courant en Mongolie de penser que le mongol « normal » est bouddhiste et que le christianisme est la religion de l’étranger.

Comment ont été ces relations par le passé ?
Déjà, le 14 mars 1922, (il y a 90 ans) une Missio sui iuris avait été ouverte à Ourga, ancien nom de la capitale Mongole. Le communisme a tout rasé sur son passage. L’Eglise n’est revenue officiellement qu’en 1992. La nouvelle Constitution du pays reconnaissait la liberté religieuse. Les relations diplomatiques avec le Saint Siège ont été établies le 4 avril 1992. Des hommes politiques mongols étaient allés voir Jean-Paul II pour lui demander d’envoyer des missionnaires dans le pays. Ils y voyaient une opportunité de développement pour l’ensemble de la population. Jean-Paul II a envoyé trois prêtres CICM. Les treize premiers baptêmes et premières communions eurent lieu à Pâques 1995, suivis trois mois après des premières confirmations. Le premier mariage entre deux catholiques mongols a été célébré en 1999. La Mongolie est passée de Missio sui iuris au statut de Préfecture Apostolique d’Oulan-Bator le 30 avril 2002.

Les conditions de vie sont-elles difficiles pour vous ?
Je vous donne l’exemple de la cathédrale. Pour la chauffer, il faut compter 2500€ par mois. La quête dominicale dépasse rarement 6€ pour la communauté mongole, ou 100€ pour la communauté étrangère. La question de notre visibilité se pose aussi. Jusqu’à très récemment, il n’y avait pas de croix en haut de la cathédrale. L’évêque vient d’en mettre une. Le mois dernier, j’ai fait mettre en lettre lumineuse le nom de la cathédrale, en anglais et en mongol. Désormais, tout le monde peut voir qu’il s’agit bien d’une église catholique.

Comment définiriez-vous le peuple mongol ?
Le mongol est une personne fière de son appartenance à la terre Mongole et de ses ancêtres. C’est un peuple très courageux et très opportuniste. La population mongole est jeune, assez ouverte à la nouveauté. La nouvelle génération a grandi dans l’athéisme, elle ne sait rien de la religion et a un cœur ouvert à tout. Mais les années de communisme ont éradiqué la conscience religieuse, même si elles n’ont pas tué la spiritualité au cœur du Mongol. Ils ont brûlé les temples bouddhistes, tué les moines bouddhistes. Les gens n’ont plus de repères fixes. La conscience du bien et du mal est différente de la nôtre, comme la notion de liberté et de responsabilité. Par exemple, je sais que si je laisse l’église ouverte, les bancs seront volés. Notre clôture a été volée plusieurs fois. Elle représentait du métal à revendre…Le pardon est assez peu présent dans la mentalité du pays. Le mongol était un guerrier ! Leur habitat particulier, la yourte, fait aussi que la notion d’intimité est très peu présente dans le quotidien. Ils gardent un sens poussé de la famille, assorti d’une mentalité très nomadique.


 

Tout cela constitue-t-il une barrière pour exercer votre ministère ?
Ma difficulté principale provient du sentiment d’un éternel recommencement. On baptise parfois des gens qu’on ne revoit plus à l’église ! On a l’impression d’être sur un terrain vierge, non atteint par le phénomène religieux. Au 13e et 14e siècle, on a des traces de christianisme en Mongolie, avec des traductions des psaumes en mongol, mais la méconnaissance actuelle de l’Eglise catholique demeure colossale. Il y a très peu d’hommes, l’église est pleine de filles et de femmes. Quand elles se marient, bien souvent, on ne les voit plus…Notre mission est de former des familles catholiques solides.

Missionnaire en Mongolie : une tâche ardue ?
En moyenne, un missionnaire quitte le pays tous les ans. De son côté, le gouvernement ne nous facilite pas la tâche. Il nous affaiblit pour mieux nous contrôler. On joue au chat et à la souris. Mais il y a aussi, évidemment, une vraie joie à voir des cœurs qui changent. Il y a actuellement quatre paroisses et nous avons le projet d’en ouvrir trois nouvelles. La gloire de Dieu, c’est l’Homme debout. Contribuer et assister à cela est formidable. Nous sommes heureux de nos élèves, même s’ils ne sont pas très nombreux. Nous avons deux jeunes qui ont demandé à rentrer au séminaire. Je pense que l’Eglise catholique a un bel avenir ici, en Mongolie. Les missionnaires qui y travaillent ont le bénéfice de pouvoir apprendre des erreurs du passé, notamment au sujet de l’inculturation. Et puis nous sommes soutenus. L’AED a largement participé à la rénovation de la cathédrale et vient d’accepter tout récemment ma demande d’achat du véhicule paroissial. Je ne suis plus obligé d’attendre le bus dans le froid…Merci !

SOURCE

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guy martial moaboulou 04/04/2015 12:53

C'est vraiment édifiant et émouvent et même temps.> cette phrase est vraiment touchante pour moi qui pense que tous les enfants de nos jours sont perdus dans la science et la technologie.Puisse Dieu exaucer les vœux de ceux qui comme vous rêve de servir dans sa maison.

Agaculama 08/05/2013 22:53


Quelle merveilleuse histoire qui nous rappelle deux choses: 1/ tout être humain est né à l'image de Dieu, qu'il soit noir, blanc, jaune, orange, rouge ou café au lait; 2/ l'Eglise Catholique est
Une, Sainte, Catholique et Universelle. Quoi de plus normal donc qu'un prêtre africain aille évangéliser des Mongols? Béni soit ce bon prêtre.