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Publié par JMV Ndagijimana

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Décryptage

Par Frédéric Pons

VALEURS ACTUELLES
Jeudi 18/02/2010    

Nicolas Sarkozy doit se rendre au Gabon et au Rwanda du 23 au 26 février. Souvent épuisantes et en apparence plus  folkloriques que politiques, ces visites sont le passage obligé de toute diplomatie africaine car les contacts personnels entre chefs d’État sont essentiels. C’est aussi de bonne politique, à plus forte raison quand des contentieux se sont accumulés.

L’escale auprès du nouveau président gabonais Ali Bongo, élu le 30 août dernier, doit conforter l’amitié franco-gabonaise que les péripéties d’une élection chahutée n’ont jamais remise en cause. Pour Paris, Bongo fils devait succéder à Bongo père, au moins pour assurer la stabilité d’une région pétrolière qui en a tant besoin.

La visite à Kigali revêt une autre dimension qui émeut, autant au Rwanda qu’en France. Aux yeux des Africains, l’escale du président français semble adouber un régime dont le caractère totalitaire et antifrançais ne fait aucun doute et un président, Paul Kagamé, engagé dans une âpre campagne pour l’élection présidentielle du 9 août prochain.

Au pouvoir depuis quinze ans, le Tutsi Kagamé maintient son contrôle sur le pays conquis au détriment de la communauté hutue, pourtant majoritaire dans la population. Coupables d’avoir mené le génocide antitutsi perpétré entre avril et juin 1994 (800 000 morts), les Hutus sont marqués au fer rouge par la responsabilité de cette tragédie. Ce rappel permanent permet au régime tutsi de justifier sa politique de terreur, orchestrée au plus haut niveau de l’État.

Victoire Umuhoza, la candidate de l’opposition unie, vient d’en être victime. Revenue dans son pays le 16 janvier après seize ans d’exil, cette femme courageuse a été sévèrement agressée en dénonçant « l’impitoyable emprise du régime sur les populations et son mépris des droits de l’homme ». Le pouvoir la harcèle aussi parce qu’elle ose rappeler le sort de milliers de Hutus, à leur tour « victimes de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre ».

Plus grave pour la France, Kigali mène depuis quinze ans une campagne de désinformation diffamatoire contre des responsables civils et militaires français de l’époque (à commencer par Édouard Balladur et Alain Juppé), accusés, sans aucune preuve, de “complicité de génocide”. Les gestes de bonne volonté adressés par Paris, notamment par Bernard Kouchner qui se dit “ami personnel” de Kagamé, n’ont pas calmé le Rwandais, ni même empêché le Rwanda d’adhérer au Commonwealth en reniant un siècle de francophonie.

L’honneur de ces officiers et de ces civils est souillé depuis quinze ans par ce poison rwandais. L’Élysée, le Quai d’Orsay et le ministère de la Défense leur ont jusqu’ici recommandé la plus grande discrétion possible. Regroupés dans l’association France Turquoise (www.france-turquoise.fr), ils se sont tus, attendant d’être soutenus et lavés de ces graves accusations. Conduit avec l’idée d’apurer le contentieux, ce voyage présidentiel à Kigali choque et inquiète. Pour beaucoup, il sonne comme un abandon.

Photo © Patrick Iafrate

 

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