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Publié par JMVN

COUVERTURE FINALE DE ON TUE TOUT LE MONDE... ET ON RECOMMEN

 

Titre de la conférence : « L’Est du Congo dans tous ses états… de la convoitise des richesses à l’installation du chaos »

Conférence de Déo Namujimbo*

Massy 23 octobre 2010

  

Avec ses 2.345.000 kilomètres carrés de superficie, la République dite démocratique du Congo, placée en plein milieu du continent africain, est aussi vaste que toute l’Europe occidentale. Sa superficie totale représente 4 fois celle de la France et 80 fois celle de la Belgique, son ancienne puissance colonisatrice. Potentiellement l’un des pays les plus riches du monde, le Congo regroupe à lui seul la plupart des minerais jamais recensés à travers le monde : cuivre, cobalt, or, diamants, cassitérite, manganèse, zinc, uranium, charbon, fer, bauxite, pierres précieuses diverses, gaz naturel, wolframite, argent, zirconium, béryllium, etc., en plus de son sol fertile, de son imposante hydrographie et de ses autres richesses naturelles incommensurables (immenses forêts tropicales, plantes médicinales, faune rare et variée, café, coton, hévéa, palmiers…). Sa faune abrite des milliers d’espèces animales terrestres et aquatiques, parmi lesquelles certaines qu’on ne trouve dans aucune autre partie du monde, comme le gorille à dos argenté, le lamantin ou encore l’okapi.

 Couverture_finale_de_Merde_in_Congo-copie-1.jpg

Ceci fait dire aux enfants que lorsque Dieu créa le monde, il envoya un ange pour distribuer équitablement les richesses à tous les pays et peuples. Le soir, à l’heure de retourner au ciel étant arrivée, l’ange abandonna le panier de richesses aux trois quart plein sur le sol congolais. Le lendemain, Dieu constatant que le mal était fait et ne pouvant changer les choses décida qu’il laisserait toutes ces richesses aux Congolais mais ne leur donnerait pas l’intelligence de les utiliser.

De fait, les trois quarts de la population congolaise, estimée à 65 millions d’habitants selon les derniers recensements qui datent de …1984, croupissent dans une misère indicible. Certaines familles sont contraintes de manger à tour de rôle en choisissant lequel de leur membre pourra se nourrir chaque jour. Les enfants sont souvent obligés de se rendre à l’école à tour de rôle aussi, pour utiliser chacun à leur tour l’unique stylo ou livre de la fratrie. Dans certains villages, pourtant à situés à seulement quelques dizaines de kilomètres de la capitale Kinshasa ou d’autres grandes villes, le prêtre doit lire la messe à la tombée de la nuit parce que les femmes n’ont plus aucun vêtement pour couvrir leur nudité. Pour corser le tout, une série de guerres dites de libération ou de rectification (sic) et de pseudo rébellions dont le peuple aurait bien voulu se passer, a fait en moins de douze ans plus de six millions de victimes selon les rapports de l’ONU et de certaines organisations internationales. Le nombre des victimes s’accroît chaque jour davantage, si l’on considère les centaines de milliers de femmes violées qui pourrissent sous elles par manque de soins médicaux, les hôpitaux et pharmacies vides de tout médicaments, les enfants de la rue, enfants sortis des groupes armés et autres orphelins de guerre, qui n’ont recours qu’aux meurtres et autres rapines violentes pour survivre, les vieillards abandonnés à leur triste sort dans bien des villages, etc.

 

Annoncée au départ comme une révolte populaire pour chasser du pouvoir le maréchal – le dictateur Mobutu - la marche sur Kinshasa de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre, conduite par le rebelle Laurent-Désiré Kabila, s’est avérée par la suite comme ce qu’elle était en réalité : une guerre de colonisation destinée à piller les richesses du Congo et à dégorger sur le sol congolais des milliers de Rwandais dont l’espace s’amenuisait chaque année davantage dans leur pays. Comble de malheur, tout cela arriva juste au moment de l’explosion du marché des téléphones portables et autres ordinateurs portables. Car justement… le sous-sol de l’Est du Congo est l’une des rares contrées au monde où l’on trouve du colombo-tantalite, minerai allié à la cassitérite et qui entre dans la composition des principaux intrants de ces appareils de haute technologie. D’où la création de multiples groupes armés pour le monopole de ce minerai stratégique et de bien d’autres (or, diamants, cassitérite).

 

Et la vie sociale dans tout cela ? Les militaires, les policiers et autres « gardiens de l’ordre » sont impayés ou mal payés depuis des années et doivent fréquemment recourir à leurs armes pour vivre sur le dos de la population, les fonctionnaires n’ont recours qu’à la corruption pour élever et nourrir leurs enfants, les administrations ne fonctionnent qu’au ralenti. Au point qu’il est courant d’entendre des assertions du genre : « Tous les fonctionnaires congolais souffrent du Sida : le Salaire impayé depuis des années ». A titre d’exemple, la plupart des habitants de Bukavu ou de Goma ont leur boîte postale au Rwanda ou au Burundi, les araignées et autres souris ayant pris possession des bâtiments, par ailleurs pillés à plusieurs reprises. Tout cela sous l’œil insouciant et indifférent des autorités, toutes issues de ces rébellions et groupes armés, et qui s’enrichissent honteusement au nom d’un pseudo butin de guerre qui cache à peine son nom. Insouciants parce que, bien qu’au courant de la misère chaque jour plus visible et plus insupportable de la population, ils ne font rien pour changer les choses – ou plutôt si : des discours aussi vains que répétitifs, des promesses jamais tenues, des bains de foule où les habitants sont obligés de participer, question de faire bonne figure devant les caméras des télévisions occidentales. Après tout, en quoi sont-ils concernés ? Leurs parents et leurs épouses sont soignés en Europe et en Afrique du Sud, leurs enfants étudient au Canada et aux Etats-Unis, et quand ils se déplacent, ils le font en avion. Qu’ont-ils donc à s’encombrer de projets de routes, d’écoles ou d’hôpitaux ?

 

Évidemment, le peuple n’est pas dupe et voudrait bien s’exprimer. Mais dans ce pays où, depuis certaines contrées complètement coupées du monde, on ne sait toujours pas que Mobutu est mort il y a déjà une douzaine d’années, où l’on n’a jamais entendu parler de télévision ou encore de téléphone portable, il n’est pas facile de faire entendre sa voix et ses plaintes. D’où la naissance de ces super « porte-parole » de la population que sont certains journalistes et activistes des droits de l’homme. Bien entendu, ils ne sont pas en odeur de sainteté et au moins une quinzaine d’entre eux ont été assassinés depuis l’année 2005.

 

Deo-Namujimbo.jpgJournaliste indépendant et écrivain, je suis de ceux qui veulent encore se battre et je tente ici d’expliquer, en usant d’éloquentes anecdotes, d’histoires vécues, glanées ici et là tout au long de mes périlleux et incessants reportages dans tous les coins et recoins de l’Est de mon pays. Après avoir échappé plusieurs fois à la mort, après l’assassinat de mon frère, également journaliste et vraisemblablement tué par erreur car portant le même nom de famille et exerçant le même métier que moi, j’ai obtenu la protection de la France et continue de lutter. Et je suis résolu à lutter jusqu’au bout, à la victoire du peuple congolais.

 

 

*Déo NAMUJIMBO

Journaliste indépendant et militant congolais

Témoin oculaire du génocide à l’est de la RDC

Auteur de "MERDE IN CONGO" et de "ON TUE TOUT LE MONDE ET ON RECOMMENCE", chez Edilivre.


 

Télécharger les documents suivants :

Interview de Déo Namujimbo dans Infodoc février 2011, p.3

 

Le Congo au Hainaut Entretien avec Déo Namujimbo, reporter sans frontières Rencontre le 15 février 2011 avec la classe Seconde 2AD1

 

 Du sang dans nos portables_fiche pédagogique 



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