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Publié par La Tribune Franco-Rwandaise

RAPPORT DE LA COMMISSION INDÉPENDANTE D’ENQUÊTE SUR LES ACTIONS DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES LORS DU GÉNOCIDE DE 1994 AU RWANDA.*

15 DÉCEMBRE 1999

I. INTRODUCTION

Quelque 800 000 personnes ont été massacrées lors du génocide de 1994 au Rwanda. Le carnage dont hommes, femmes et enfants ont été victimes au cours d’une centaine de jours entre avril et juillet 1994 constitue l’un des événements les plus abominables qui entacheront à tout jamais le XXe siècle dans la mémoire des hommes. Les Rwandais ont tué des Rwandais, décimant avec férocité la population tutsie du pays, mais s’attaquant aussi aux Hutus modérés.

D’inqualifiables atrocités ont été commises, par les milices et les forces armées, mais aussi par les civils contre d’autres civils.

Outre qu’elle n’a pas empêché le génocide, la communauté internationale n’a pas fait cesser la tuerie une fois qu’il a commencé. Cette défaillance a laissé de profondes blessures dans la société rwandaise et pèse encore aujourd’hui sur les rapports assombris entre le Rwanda et la communauté internationale, en particulier l’Organisation des Nations Unies. Les plaies ouvertes alors doivent être pansées, pour le bien du peuple rwandais et pour celui de l’ONU. C’est pour le Rwanda, pour l’ONU et pour tous ceux, où qu’ils se trouvent, qui risqueraient d’être victimes d’actes de génocide à l’avenir, qu’il importe d’établir la vérité.

En s’efforçant d’élucider ce qu’a été le rôle de l’ONU au cours du génocide, la Commission d’enquête espère contribuer à la restauration de la confiance entre le Rwanda et l’Organisation, faciliter la réconciliation entre les Rwandais et aider à éviter que pareil drame ait jamais lieu à l’avenir. La Commission a analysé le rôle des différents acteurs et organes du système des Nations Unies. Chacun de ceux-ci, en particulier le Secrétaire général, le Secrétariat, le Conseil de sécurité et les États Membres de l’Organisation, doit reconnaître sa part dans l’échec de la communauté internationale au Rwanda et en assumer la responsabilité. Il importe aussi que cette admission s’accompagne d’une aspiration vers le changement : de la volonté résolue de faire en sorte que des catastrophes telles que le génocide au Rwanda ne se produisent jamais plus, où que ce soit.

C’est sur le système des Nations Unies tout entier que retombe la responsabilité de n’avoir su ni prévenir ni mettre fin au génocide au Rwanda.

La carence première a consisté à ne pas mobiliser les ressources et l’engagement politique qu’appelaient les événements du Rwanda et la présence des Nations Unies dans le pays. Les États Membres ont persisté à ne pas témoigner de la volonté politique voulue et à se refuser d’agir de façon suffisamment résolue. Ces pesanteurs, qui ont influé sur l’action du Secrétariat et la prise de décisions au Conseil de sécurité, ont également transparu dans les difficultés qu’il a maintes fois fallu surmonter afin d’obtenir les troupes nécessaires à la Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR).

Enfin, bien que la MINUAR se soit ressentie d’une pénurie chronique de ressources et du faible rang de priorité politique auquel elle a été maintenue, il convient aussi de faire observer que de graves erreurs ont été commises dans l’affectation des moyens mis à la disposition de l’ONU.

Dans une lettre datée du 18 mars 1999 (S/1999/339), le Secrétaire général a informé le Conseil de sécurité de son intention d’établir une procédure d’enquête indépendante sur les actions de l’Organisation des Nations Unies au cours du génocide de 1994 au Rwanda. Dans leur réponse (S/1999/340), les membres du Conseil ont déclaré souscrire en l’espèce à l’initiative envisagée.

En mai 1999, le Secrétaire général a chargé M. Ingvar Carlsson (ancien Premier Ministre suédois), M. Han Sung-Joo (ancien Ministre des affaires étrangères de la République de Corée), et le général Rufus M. Kupolati (à la retraite) (Nigéria) de mener l’enquête.

La Commission indépendante d’enquête a reçu pour mandat d’établir les faits relatifs à la manière dont l’Organisation des Nations Unies avait fait face au génocide au Rwanda d’octobre 1993 à juillet 1994, et de faire au Secrétaire général des recommandations à ce sujet. Le présent rapport est soumis en application de ce mandat.

Il était demandé à la Commission d’enquête d’établir une chronologie des événements clefs ayant marqué l’intervention des Nations Unies au Rwanda d’octobre 1993 à juillet 1994. Il était attendu d’elle qu’elle évalue le mandat et les ressources de la MINUAR et la manière dont ceux-ci avaient influé sur l’action des Nations Unies face aux événements auxquels étaient liés les massacres. Il lui était également demandé de tirer les conclusions voulues et les enseignements du drame et de présenter son rapport au Secrétaire général dans les six mois qui suivraient le début de l’enquête. Il était entendu que la Commission aurait librement accès à tous les  documents de l’ONU et aux personnes concernées.

La Commission a commencé ses travaux le 27 juin 1999. CLIQUER ICI POUR LIRE LA SUITE

 

* Couramment appelé Rapport Carlsson 

 

Autre article

Demande d’enquête internationale sur l’attentat du 6 avril 1994 contre les présidents HABYARIMANA Juvénal et NTARYAMIRA Cyprien

 


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