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Publié par JMV Ndagijimana

Kibeho-massacres.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Article de l’historienne-sociologue, Madame Claudine Vidal, portant sur l’exécution de plus de 8000 civils Hutu sur la colline de KIBEHO, le 22 Avril 1995, sur ordre du Général Paul Kagame, président actuel du Rwanda. Cet article avait été publié dans la revue « Les Temps Modernes » n°627 de Avril-Juin 2004 pages 92 à 108.

 Extrait de l'article :

Samedi 22 avril

Le matin, l'équipe Msf, renforcée par d'autres volontaires de cette organisation travaillant au Rwanda, est prévenue par radio, depuis l'hôpital de Kibeho, qu'il y a eu des tirs de l'Apr toute la nuit. Leur convoi se rend au camp, est longuement retardé par des barrages, puis, sur la fin de la matinée, atteint l'hôpital, escorté par des Casques bleus.

Plusieurs heures durant, les témoins de Msf seront sur le site de Kibeho qu'ils évacueront avant la nuit (entre 17/18 heures). Impuissants, ils assisteront aux tueries depuis trois endroits : l'hôpital, le camp I (caserne des Zambiens) et le camp II (caserne des Australiens) de la Minuar. Voici un bref résumé de leurs témoignages.

Une pluie diluvienne se met à tomber. Ils commencent à donner des soins aux blessés lorsque, vers 12 heures15, ils entendent des tirs, de plus en plus intenses dans la cour de l'hôpital. Ce sont des soldats de l'Apr qui tirent depuis l'hôpital sur les déplacés. Les volontaires restent bloqués là, à plat ventre, près d'une heure jusqu'à ce que des Casques bleus les évacuent dans la caserne du bataillon zambien de la Minuar. Une partie de l'équipe tente de soigner les blessés transportés par les Casques bleus dans cette caserne. Une autre partie décide de se rendre dans la deuxième caserne de la Minuar, celle des Australiens. Obligés de finir le trajet à pied, car la route est recouverte de corps empilés sur toute sa largeur, ils marchent sur les cadavres d'hommes, de femmes et d'enfants. Durant le temps qu'ils vont passer dans cet endroit, ils entendent successivement des tirs sporadiques, des rafales courtes, enfin une fusillade intense et continue.

Selon les témoignages de ceux qui sont restés dans la première caserne, les tirs reprennent vers 14 heures 30 et continuent plusieurs heures. Des soldats rwandais, montés sur le mur de ce bâtiment, tirent de là sur la foule, indifférents à la présence des Casques bleus et des gens de Msf. Les Casques bleus (qui ont reçu de leur commandement à Kigali l'ordre de ne pas utiliser leurs armes) disent que l'Apr utilise des mini lance-roquettes (RPG), des grenades et des kalachnikovs. Les secouristes Msf essaient à plusieurs reprises de sortir avec une escorte de militaires zambiens mais, à chaque fois, ils doivent rebrousser chemin à cause des tirs. " Avant cette longue série de tirs, il y avait encore des centaines de personnes qui étaient rassemblées sur la route de Butare, prêtes à partir. Quand les tirs ont cessé et qu'on a pu sortir, il n'y avait plus personne debout, tous fauchés. " En fin d'après-midi, les Australiens évacuent les volontaires de leur caserne et récupèrent ceux qui étaient restés bloqués dans la caserne zambienne. Autour du camp de la Minuar, le sol est recouvert de morts et de blessés, de nombreux cadavres sont visibles plus loin sur la colline.

Lorsque, le soir, le chef de la mission Msf France au Rwanda se met en contact radio avec les volontaires et demande combien il y a eu de morts, ils répondent : " des milliers ". A Paris, Msf dénonce le massacre dans un communiqué de presse (15). A Kigali, le représentant spécial du Secrétaire général de l'Onu à Kigali, Shaharyar Khan, condamne le fait que des " civils désarmés " aient été tués.

Les témoins de Msf sont les seuls à avoir laissé une relation écrite et accessible de ce qu'ils avaient vu. Si des Casques bleus ont rédigé des rapports pour la Minuar, ils n'ont pas été divulgués. Il existe cependant un récit fait au journal Libération par un autre témoin oculaire, Paul Lowe, photographe à l'agence Magnum. Libération en a publié des extraits, accompagnés de photographies.

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