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Publié par La Tribune Franco-Rwandaise

braeckman2Par Colette Braeckman

Au lendemain de l’explosion de deux bombes au cœur de la ville de Gisenyi, la population rwandaise demeure sous le choc : alors que l’un des points forts du régime de Kigali est la sécurité assurée à tous les citoyens, la guerre est revenue aux frontières et la peur a marqué des points. Dans le quartier populaire de Mudugudu, une pièce de métal informe gît au milieu de la rue principale, à quelques mètres d’un marché où, au moment du tir, la foule se pressait devant les étals. Une passante a été tuée sur le coup, son enfant grièvement blessé. Devant une maison aux murs griffés par les éclats, les gens commentent les évènements à voix basse, avec une réserve qui contraste avec les colères des Congolais d’en face. A l’instar des motards stationnés au bord du lac Kivu, qui ont failli être touchés par une autre bombe, -qui a heureusement fini sa trajectoire dans un arbre-, tous assurent que les projectiles proviennent de l’armée congolaise qui, juste en face, s’efforce de capturer deux positions d’artillerie du M23. Le constat n’ est sans doute pas faux, mais il ne veut rien dire. En novembre dernier en effet, les rebelles s’étaient vantés d’avoir emporté d’importants stocks de munitions après la prise de Goma et jusqu’aujourd’hui, niant recevoir le moindre soutien de la part du Rwanda (ce que contestent tous les observateurs militaires) ils affirment n’être dotés que d’armes d’origine gouvernementale.
Alors qu’autrefois, la guerre du Kivu se déroulait pratiquement à huis clos et que les accusations en miroir se succédaient, chacun accusant l’autre de ses propres forfaits, aujourd’hui la présence à Goma de nombreux observateurs étrangers rend plus difficile la guerre des communiqués. Et le verdict du Conseil de sécurité n’a pas tardé : dans une résolution très ferme, c’est le M23 qui a été accusé d’avoir bombardé le territoire de son allié rwandais !
Pourquoi avoir ainsi touché un quartier pauvre, populaire, où la population est très mélangée, et avoir épargné le quartier dit « RCD » (rassemblement congolais pour la démocratie) où les anciens notables de la rébellion pro rwandaise d’avant-hier se sont fait construire de jolies villas à étages et colonnettes ?
S’il s’avère que les tirs proviennent du M23, ce dont la communauté internationale est persuadée et que le Rwanda dément avec énergie, la seule explication est que les rebelles, sérieusement pilonnés depuis six jours, veulent ainsi contraindre l’armée rwandaise à exercer un droit de poursuite pour protéger son territoire, se portant ainsi ouvertement à leur rescousse.
Jeudi après midi, la manœuvre semblait sur le point de réussir. Sur la route descendant vers Gisenyi, c’est toute une armée que nous avons vu descendre vers la frontière : vingt semi remorques transportant chacun deux blindés, 40 camions avec à bord 50 soldats chacun. Recevant le représentant spécial de l’ONU au Congo, l’Allemand Martin Kobler, le président Kagame n’a pas caché son intention de défendre le territoire de son pays et de briser une éventuelle offensive des forces congolaises alliées aux rebelles hutus. Car Kigali n’en démord pas : il estime que face aux M23, l’armée congolaise aligne les ennemis de toujours, les FDLR, ces miliciens hutus ayant commis le génocide de 1994.
Mais dans la soirée, même si au Conseil de Sécurité le Rwanda –membre non permanent- a réussi de justesse à bloquer une condamnation en bonne et due forme, les Nations unies, représentant la communauté internationale, ont persuadé le Rwanda de demeurer l’arme au pied et de ne pas traverser la frontière. Reste à savoir si cette retenue persistera lorsque les forces congolaises, assistées par la Monusco, auront atteint Kibumba, sur la frontière même du Rwanda…
Après six jours de pilonnage intensif en effet, les rebelles auraient amorcé un repli en direction de la frontière alliée, déserrant ai,si la menace sur Goma. Mais à Gisenui, nul ne croit que cette bataille, très couteusement gagnée part les forces coalisées (Sud Africains et Tanzaniens déplorent déjà des pertes…) marque la fin de la guerre: les soldats du M23 sont aguerris, ils maîtrisent le territoire et ont gardé des troupes à l’arrière, du côté de Rutshuru, une région jusqu’à présent parfaitement calme mais où, très près de la frontière du Congo, on signale une importante concentration de troupes ougandaises…

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