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Publié par Rédaction F-R-T

femme-tunis.jpgUne femme demande l'aumône dans une rue de Sidi Bouzid le 11 décembre 2012, ville où Mohamed Bouazizi s'est immolé par le feu il y a deux ans.

AFP/ Khalil

Par Nicolas Champeaux

En Tunisie il y a deux ans jour pour jour, le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant de Sidi Bouzid, s'immolait par le feu, après avoir reçu une gifle d'une policière qui lui avait confisqué sa marchandise. C'était l'étincelle d'un mouvement de révolte qui a conduit au renversement du régime de Zine el-Abidine Ben Ali. Deux ans plus tard, hormis la liberté d’expression, les habitants de la Tunisie de l’intérieur affirment ne pas avoir encore goûté aux fruits de leur révolution.

Le « printemps arabe » n’a pas tenu ses promesses. C’est le sentiment général à Sidi Bouzid, à deux cent soixante kilomètres au sud de Tunis. « En deux ans, rien n’a changé, se désole Rochdi Horchani, agriculteur de Sidi Bouzid et cousin de Mohamed Bouazizi. On vit dans les mêmes conditions, on a toujours autant de chômeurs, peut-être même plus, on a les mêmes diplômés sans travail, la même pauvreté. Les causes qui ont amené Mohamed Bouazizi à faire ce geste sont toujours là, c’est peut-être même pire qu’avant. Avec l’instabilité et la hausse des prix, les gens sont davantage en difficulté qu’en 2010. On a simplement gagné la liberté d’expression, on peut dire ce que l’on veut aujourd’hui, mais la parole, ça ne suffit pas pour vivre ! ».

De nombreux habitants de Sidi Bouzid ont même décidé de bouder les cérémonies de ce 17 décembre auxquelles participent les responsables de la troïka au pouvoir en Tunisie. Dix organisateurs de la commémoration ont démissionné pour dénoncer « la mainmise du parti islamiste Ennahda », grand vainqueur des élections du 23 octobre 2011, sur le comité en charge des célébrations.

« La politique de l'assistanat... »

« On a essayé de trouver un compromis, explique Youssef Jellali, porte-parole des démissionnaires. Nous voulions que tous les courants politiques de Sidi Bouzid soient impliqués dans l’organisation de la commémoration, en premier lieu ceux qui ont activement participé à la révolution. Mais nous sommes déçus. Le directeur du festival est proche d’Ennahda, qui veut s’emparer de tout, alors qu’il n’a pas participé à la révolution ! ».

Le parti Ennahda, de son côté, affirme être à l'écoute des régions déshéritées de la Tunisie de l'intérieur. Il assure avoir rompu avec la politique de Zine el-Abidine Ben Ali qui avait concentré les investissements sur les régions côtières, la vitrine de la Tunisie. Un demi-milliard d’euros ont été débloqués pour résorber les disparités régionales, soutient Ferjani Doghmane, président de la commission des finances de l'Assemblée constituante et membre du parti Ennahda.

Mais selon Doghmane, le gouvernement n’est pas responsable du retard pris par la mise en œuvre des programmes de développement. Il accuse l’homme tunisien, qui n’est pas assez rentré dans le monde du travail.

« Les chantiers ont été entravés par des sit-in et des grèves. Le gouvernement souhaite relever le défi du développement, mais ces projets sont bloqués. Le blocage provient certainement du Tunisien, car la valeur travail n’a pas sa place dans le comportement du Tunisien. Il faut regarder les choses en face. Il y a des gens qui réclament une indemnité mensuelle sans travailler, c’est la politique de l’assistanat ! ».

Des administrations locales sous la coupe d'Ennahda

Ces explications ne devraient pas apaiser les tensions qui ont secoué Kasserine, Gafsa, Siliana et Le Kef ces derniers mois. Dans ces villes déshéritées, les mécontents réclament d’urgence des investissements publics et de meilleures infrastructures.

Les tensions se cristallisent souvent aussi autour de la personnalité des gouverneurs, souvent proches d'Ennahda. C’était le cas à Sidi Bouzid et à Siliana, où les habitants sont descendus dans la rue durant une semaine au début du mois. Les rassemblements avaient été réprimés dans le sang.

Selon Mahmoud Ben Romdhane, économiste et proche du parti d'opposition Nida Tunes, les administrations locales sous la coupe d'Ennahda sont responsables de l'échec des projets de développement. « Ce qui intéresse le parti, c’est de se partager le butin, se partager la Tunisie », accuse Mahmoud Ben Romdhane.

« Le nouveau gouvernement, poursuit-il, a nommé des gouverneurs qui lui sont dévoués. Les administrations locales ont été décapitées. Les responsables précédents, qui étaient compétents, ont été renvoyés. Ils ont été remplacés par des hommes au service du gouvernement qui sont des incompétents notoires. Résultat, la capacité de mise en œuvre de la nouvelle administration s’est détériorée, de sorte que même les projets publics accusent d’importants retards ».

Les agences de notation ont récemment dégradé la note de la Tunisie en raison de l'instabilité dans le pays qui souffre d’une mauvaise réputation, du fait des débordements de groupes salafistes violents. Surtout, le processus de transition est en panne. Or pour nombre d'experts, il est essentiel que le pays se dote d'institutions solides pour que les investisseurs et les touristes reviennent en masse en Tunisie.

 

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