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Publié par La Tribune Franco-Rwandaise

Une influence de la France en baisse
"A la veille de la Première Guerre mondiale, la France possède le deuxième empire colonial du monde. L’Empire français est alors essentiellement africain. Il comprend une forte proportion de l’Afrique du nord, de l’Afrique occidentale et de l’Afrique équatoriale, sans oublier l’île de Madagascar. Si l’Empire n’existe plus depuis les années 1960, il subsiste en héritage de la colonisation des relations complexes avec près d’un tiers des pays africains.
Ministre plénipotentiaire et Directeur pour l’Afrique des Etudes et de la Recherche au Centre des Hautes Etudes sur l’Afrique et l’Asie Modernes (CHEAM), l’ambassadeur Jean-François Lionnet introduit la réflexion. " Au-delà des diversités, il existe chez les élites africaines francophones une représentation assez largement commune de la France contemporaine. La France reste le pays de la Révolution de 1789 et l’ancien colonisateur, mais c’est aussi une "moyenne grande puissance" grâce à ses attributs politiques, militaires, économiques et culturels. Enfin, disposant dans sa politique étrangère d’une dimension spécifiquement africaine, l’Hexagone est le pays qui s’est révélé le plus intéressé au développement. Pour autant, le bilan apparaît nuancé. Au nombre des succès de la France sur le continent, on considère que les pays avec lesquels elle a entretenu des relations étroites se sont, depuis leur indépendance, généralement moins déchirés que d’autres. Au nombre des échecs, les Africains relèvent une approche partielle du continent et constatent une trop grande complaisance pour les dirigeants et les régimes amis. Ce travers culmine au Rwanda en 1994, à la veille d’un génocide pourtant annoncé. Enfin, malgré des comparaisons parfois flatteuses, le maigre résultat des politiques d’aide au développement n’échappe à personne.
Par ailleurs, il faut éviter de se leurrer sur l’état de la francophonie en Afrique. Seulement 10 % des africains, généralement citadins, maîtrisent véritablement la langue française. Environ 10 % l’utilisent plus ou moins à l’oral et près de 80 % ne l’ânonnent même pas, y compris dans les pays francophones ".
Des relations complexes
L’Algérie constitue un cas particulier. La durée comme les modalités de la colonisation et les violences de la guerre d’indépendance (1954 – 1962) laissent des cicatrices, de part et d’autre. "Il en résulte une relation encore passionnelle, mais toujours entachée de suspicion, explique Geneviève Delaunoy. Au niveau des élites, et dans une moindre mesure de la population, cette relation de haine / amour et de fascination / répulsion rappelle sans cesse le passé tortueux qu’ont vécu ces deux pays. Cela conditionne encore la perception qu’ils ont l’un de l’autre. Depuis l’Algérie, la France semble à beaucoup un eldorado, où tout paraît – à tort – plus facile. Cette représentation est renforcée par la proximité géographique et les échanges réguliers. Pour autant, Paris apparaît souvent beaucoup trop paternaliste, voire interventionniste aux yeux d’Alger, ce qui ne fait qu’accroître la susceptibilité de ses dirigeants".
En Afrique noire, le passé colonial fut généralement moins long et la cohabitation plus pacifique, sauf à Madagascar où il y eut des soulèvements durement réprimés. La lutte pour l’indépendance fut surtout le fait des intellectuels, contestant la domination française au nom de la devise nationale française : Liberté, égalité, fraternité. Compte tenu des modalités des indépendances, Paris a pu éviter pendant longtemps mise à plat de ses relations avec ses anciennes colonies. Par ailleurs, alors que ces pays espéraient entretenir une fois indépendants des rapports plus égalitaires avec Paris, ils restent confrontés à une arrogance et un paternalisme d’une époque présumée révolue, tout en devant reconnaître qu’ils sont de plus en plus économiquement dépendants. Si Paris a soutenu nombre de dictateurs, beaucoup d’Africains sont reconnaissants à la France d’avoir, à la suite de la chute du mur de Berlin, suggéré l’organisation de conférences nationales réunissant toutes les composantes nationales. La première s’est tenue au Bénin et à fait tache d’huile sur le continent.
Réforme ou abandon ?
Depuis 1997, comment les représentations de la France sont-elles affectées par l’évolution de sa politique africaine ? Apporter des éléments de réponse à cette question conduit à esquisser la nature des relations construites au fil du temps. S’il existe un point commun qui unifie les images de la France chez les Africains, c’est que toute relation humaine y reste perçue selon les modèles familiaux, villageois ou claniques. Parce qu’ils ont manifesté leur force, les Français ont par le passé accaparé la place des chefs. Dans un schéma familial, le chef est toujours le détenteur d’une autorité paternelle dont on attend non seulement un pouvoir, mais aussi une aide et une protection. Bientôt quatre décennies après les indépendances, il n’est pas rare d’entendre dans les sphères dirigeantes un discours qui revient à dire : " Vous avez été les maîtres pendant près d’un siècle, vous nous avez formés, vous êtes nos pères. En conséquence, vous devez faire en sorte que nos difficultés cessent ". Même au niveau des élites capables d’abstractions intellectuelles, ce discours reste sous-jacent, parce que la tendance culturelle africaine reste de reproduire le modèle qu’on a reçu.
Compte tenu de ce terrain, le désengagement en cours de la France ne peut être que mal perçu puisqu’il est vécu comme la trahison d’une relation qui n’admet pas ce genre d’abandon. Aussi nombre d’Africains persistent-ils à revendiquer des relations privilégiées. Très répandue chez les paysans, cette demande sera critiquée par nombre d’intellectuels. Pour autant, sans en être dupes, ces mêmes intellectuels produiront parfois ce discours dans l’espoir d’obtenir une concession. En 1996, l’expulsion de Maliens a ainsi été utilisée afin d’obtenir de Paris de nouvelles aides publiques.
Ce mode de relation induit une constante rivalité d’intérêts dans laquelle les parties s’utilisent mutuellement mais ne coopèrent pas véritablement de manière constructive. Ce qui explique, en partie, l’échec de nombreux projets de développement.
Aigreur
La nouvelle politique africaine de la France engendre donc une aigreur défavorable à ses représentations en Afrique. La France n’est plus perçue comme une grande puissance mais comme une puissance régionale qui n’a plus les moyens de sa politique. Voici pourquoi ces pays recherchent une diversification de leurs relations, via de nouveaux accords bi et multilatéraux. Cependant, même si les images deviennent moins favorables, l’influence de la France sur le continent reste non négligeable, et les accords de défense nombreux. Pour autant, il ne serait guère étonnant que les Américains tirent profit des rancœurs accumulées à l’encontre de la France pour faire avancer leur jeu sur ce continent riche en ressources minières."
Pierre Verluise – diploweb.com – 2001
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