Partager l'article ! Kouchner, le premier des «kagamistes» français (Marianne2.fr): A gauche Rose Kabuye, présumée terroriste, qui a accueilli Kouchner à l ...
Mais la première étape de son voyage, à Kigali, n'a qu'un lointain rapport avec Pékin. Il s'agit, pour Bernard Kouchner, de clore un épisode qui lui tient à cœur depuis longtemps, celui de la
réconciliation de la France et du Rwanda après l'enquête du juge Bruguière et sa conséquence: neuf mandats d’arrêt internationaux délivrés contre plusieurs personnalités de l'entourage du chef de
l'Etat Paul Kagame, accusés d'avoir fomenté l’attentat qui a coûté la vie à l’ancien président Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994 – attentat qui a joué un rôle important dans le déclenchement du
génocide des Tutsis.
Or, alors qu'il s'agissait de la première visite du chef de la diplomatie française dans le pays depuis la reprise de leur relations diplomatiques en novembre dernier, Bernard Kouchner a été
acueilli à l'aéroport de Kigali par Rose Kabuye, chef du protocole de Kagame, mise en examen par la Justice française pour complicité d'attentat terroriste, et non par son homologue du
gouvernement rwandais, Louise Mushikiwabo.
Il faut que la diplomatie française soit prête à avaler bien des couleuvres pour que soit accepté sans broncher un tel affront diplomatique - un ministre de la République serrant la main d'une personne poursuivie pour acte de terrorisme par la Justice alors que trois Français sont morts dans l'attentat !. Cette indulgence, si ce n’est cette soumission, confine à la repentance de fait. Cela avait déjà été le cas lors de la visite de Claude Guéant à Kigali, en novembre 2009, laquelle avait coïncidé avec la décision du Rwanda de rejoindre le Commonwealth et d'abandonner le français comme langue scolaire.
Mais il y a pire. Lors de sa visite, Bernard Kouchner a été plus loin que jamais, au-delà des exigences de Kagame, en déclarant, selon la presse rwandaise : « Nous avons mal agi, mais pas seulement la France, le monde entier n'a pas bien réagi. Le moment de demander pardon n'est
pas encore arrivé. » En clair, la France va bientôt demander pardon pour une supposée complicité de génocide. Un projet de repentance inacceptable pour Alain Juppé, Édouard Balladur
et Hubert Védrine qui conduisaient la diplomatie française à l’époque. Tous ont réfuté avec constance et de nombreux arguments la thèse de la complicité française.
Le voyage de Bernard Kouchner a « coïncidé » avec la publication du rapport Mutsinzi, rédigé par une commission qui s’est proclamée « Comité indépendant d'experts ». Ce rapport affirme que ce
sont des extrémistes hutus qui ont tiré un ou plusieurs missiles sur l'avion. Il a été distribué à la presse durant le voyage de Bernard Kouchner ! Or, Jean Mutsinzi n’est pas une personnalité
« indépendante ». Il est un membre fondateur du FPR et ancien président de la Cour suprême du Rwanda. Ce magistrat est très proche de Paul Kagame, et la commission qu'il présidait a été
mise en place en octobre 2007 par le gouvernement rwandais. Dans leurs comptes rendus, ni Le Figaro, ni Libération, ni France Inter, qui a eu le rapport en exclusivité, n’ont précisé le lien entre le rapporteur et les autorités de Kigali (1). Et les articles qu'ils publient oublient
régulièrement de rappeler que le régime de Kigali est une athentique disctature, comme l'a rappelé Rony Brauman sur France Cutlure dimanche 10 janvier.
Bernard Kouchner a glissé à son homologue rwandais que Nicolas Sarkozy a l’intention de se rendre lui-même à Kigali à la fin du mois de février. Il reste à comprendre pourquoi celui-là même qui, le 17 février dernier déclarait que «la France n'avait pas à rougir de l'opération Turquoise», semble aujourd'hui se préparer à aller à Canossa.
(1) En revanche, Le Monde a précisé qu'il s'agit
d'un rapport « officiel », sans trop s'appesantir toutefois, ni mentionner le parcours de son auteur.
Source : Marianne2.fr
Mais ce qui est plus grave, c'est que personne n'a souligné les conséquences graves que ce rapport risque d'entraîner : il ne faudrait pas que l'on soit étonné que, demain, l'un ou l'autre dictateur massacre ses opposants et nomme par après une commission pour le blanchir.
Dernier commentaire personnel : ce rapport confirme en fait, sans le vouloir, l'enquête du juge Bruguière pour une raison très simple : si l'accusé se savait innocent, n'aurait-il pas tout fait pour qu'une commission vraiment indépendante soit mise sur pied ?
La leçon de tout cela est que maintenant les criminels ayant les moyens vont dormir tranquillement : si on les accuse, ils n'ont qu'à mettre sur pied une commission "indépendante" pour prouver leur innocence.
Décidément, l'exception rwandaise se confirme jour en jour.
Bon travail pour les historiens du futur.
Mich