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Publié par Le blog de Jean-Marie Ndagijimana

09 avril 2013

François Bayrou a jugé ce matin que devant des "événements si graves", le Président de la République doit "tourner une page et le faire de manière décidée", au micro de Jean-Michel Aphatie, sur RTL.

40.000 citoyens soutiennent déjà l'appel pour la moralisation de la vie publique . Rejoignez le mouvement : signez vous aussi, en cliquant ici.

Jean-Michel Aphatie - En réponse à l'affaire Cahuzac, le Premier ministre décide d'obliger tous les élus, y compris a-t-il dit les élus locaux, à rendre public leur patrimoine. « Je n'aime pas ce voyeurisme » a dit hier soir François Fillon qui s'est pourtant plié au rite du dévoilement. Qu'est-ce que vous en pensez ?

François Bayrou - Franchement, je pense que c'est à côté de la plaque. Ce n'est pas absurde, cela se fait pour ceux qui se présentent à l'élection présidentielle depuis longtemps, et c'est dans tous les journaux. Mais je ne pense pas que ce soit le sujet principal.

Est-ce que cela peut décourager les élus locaux par exemple d'exercer un mandat ? Est-ce que cela peut être une chasse aux riches ? Est-ce que cela peut avoir des effets pervers ?

J'espère que non. En tout cas ce n'est pas le sujet de la moralisation de la vie publique.

Comment est-ce que l'on moralise la vie publique alors ?

La vie publique, c'est au moins trois grands sujets. Le premier, c'est de savoir si c'est la même loi qui s'adresse aux citoyens ordinaires et aux élus. De ce point de vue, il y a un certain nombre de décisions à prendre qui sont des décisions très simples et qui ont été refusées par l'Assemblée Nationale il y a encore quelques semaines. C'est-à-dire que les revenus des élus, notamment des élus parlementaires, soient soumis aux mêmes règles que ceux des autres. S'ils ont des frais, il y a des notes de frais, autrement ils paient l'impôt sur les revenus qui sont les leur. Cela c'était la première question. La deuxième question, c'est : est-ce qu'il y a des pratiques qui font que la décision des élus peut être influencées par des influences économiques ? Industrielles, financières, de toutes natures. Notamment, est-ce que nous faisons attention au fait que les parlementaires ne doivent pas pouvoir recevoir de revenus de la part de ce genre d'entreprises ? C'est la deuxième grande question.

La réponse est non. S'ils reçoivent des revenus, ce sont des revenus occultes.

Non, pas du tout, s'ils ont des fonctions de conseil, comme pudiquement on dit.

Qui sont compatibles aujourd'hui avec un mandat parlementaire par exemple.

Qui sont, à mon avis à tort, compatibles avec un mandat parlementaire.

Mais les projets de moralisation du gouvernement viseraient justement à interdire aux parlementaires de faire autre chose que leur métier de parlementaire.

Tant mieux .

C'est une bonne chose ?

S'ils sont médecins par exemple, cela ne me gêne pas. Mais, s'ils sont conseillers d'une entreprise ou si leur société reçoit des contrats d'une telle entreprise, vous voyez bien qu'il y a un problème.

S'ils sont avocats, c'est gênant.

Voilà. Là, il y a quelque chose qui ne va pas. Le troisième grand sujet, c'est : est-ce que nous sommes organisés comme un pays moderne – nous venons d'en avoir un exemple avec ce qui a échoué en Alsace – et est-ce que nous pouvons traiter un certain nombre de questions centrales ? Par exemple, est-ce que nous pouvons avoir un Etat, y compris dans sa représentation, plus juste et plus efficace ? Par exemple, je suis favorable à ce que nous diminuions à peu près de moitié le nombre de députés et de sénateurs et évidemment le nombre de ministres. Parce que cela ne sert à rien, c'est une thrombose. Et vous voyez bien que dès que l'on aborde ces questions, on s'aperçoit que cela ne passera pas par une loi ordinaire.

Cela passera par un référendum, que vous soutenez ?

Cela ne peut passer que par l'intervention des citoyens. Sans ça, si vous demandez aux députés et aux sénateurs de diminuer par deux le nombre de leurs sièges, ils ne le feront pas. Si vous leur demandez de mettre un terme à un certain nombre d'avantages qui sont les leur, ils s'arrangeront pour que cela se perde dans un labyrinthe. Cela ne peut donc se faire que par référendum. C'est la raison pour laquelle j'ai lancé une pétition sur le site moralisation.fr qui est très facile à trouver et qui a déjà recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures de Français pour qu'ils s'en emparent.

Donc nous renvoyons les auditeurs au site du MoDem.

Non, c'est moralisation.fr.

On essaie quand même de comprendre, à partir de l'affaire Cahuzac, ce qu'il se passe en France. Des gens disent que si les banques suisses livrent leurs secrets, beaucoup de responsables politiques, ou certains, verront leur carrière stoppée. Croyez-vous cela, François Bayrou ?

Franchement non. Mais je ne suis peut-être naïf, parce que je n'aurais pas cru que Jérôme Cahuzac était dans ce cas-là. Je n'avais aucun soupçon et aucun indice. J'aurais dû, sans doute, mieux écouter les bruits et encore il y en avait très peu comme vous le savez.

Il ne vous semble pas que Jérôme Cahuzac ait fait comme d'autres ou que d'autres aient fait comme lui ?

J'espère que non. Mais je sais une chose, c'est que, parmi les questions qui sont devant nous, il y a la moralisation de la vie publique. Et il y a une deuxième question qui est la lutte contre les paradis fiscaux, les manœuvres fiscales.

Tout le monde veut lutter contre les paradis fiscaux.

Les Etats-Unis ont montré que c'était très facile à faire et je pense que les autorités suisses sont prêtes à aller dans cette direction. Vous savez ce que les Etats-Unis ont fait. Ils ont dit : « Mesdames et Messieurs les banques suisses, c'est très simple, si vous ne collaborez pas avec nous pour nous transmettre l'état des comptes des citoyens américains, nous vous interdirons par une loi de travailler sur le territoire américain et avec des entreprises américaines ». Cela n'a pas duré deux ans ni deux mois. Immédiatement, les banques suisses qui ont envie de faire leur travail ont compris qu'il était nécessaire de collaborer. Donc, la volonté politique permet de régler un certain nombre de choses de cet ordre.

Dans cette tourmente, faut-il changer de gouvernement ? Faut-il changer, pour être plus précis, de Premier ministre ?

Il faut changer de gouvernement, c'est inéluctable. Parce que le gouvernement, dans sa géométrie actuelle, ce sont quarante ministres, une armée de cabinets, des ministres sans vouloir dire du mal d'eux dont nous ne pouvons pas dire que tous sont présents dans l'actualité des Français ni même qu'ils portent tous des réformes utiles. C'est un gouvernement beaucoup trop nombreux, pléthorique, qui ressemble à un gouvernement des courants du PS. Ce gouvernement-là ne pourra pas durer. Donc, d'ici quelques semaines, sauf accident, je pense qu'il y a aura reconfiguration du gouvernement.

Quelle opinion avez-vous du Premier ministre ?

Je pense que c'est quelqu'un de courageux.

A la hauteur des événements ?

Je ne le connaissais pas bien autrement qu'à l'Assemblée Nationale. Mais c'est quelqu'un qui me paraît avoir une ligne. Simplement, il y a des moments où s'il se passe des événements trop graves, le changement de gouvernement est emporté ou devient obligatoire parce que le Président de la République, dans ces événements graves, n'a pas d'autre ressource que de montrer qu'il tourne une page et qu'il le fait de manière décidée.

Vous êtes spectateur de tout cela ? C'est frustrant ?

Pas du tout, je ne suis pas spectateur. Il y a deux fonctions politiques. La première c'est l'action, quand vous êtes au gouvernement. C'est agréable, c'est important, mais ce n'est pas la seule. La deuxième fonction politique c'est ce que nous faisons ensemble, ce que font tous les leaders de l'opposition, c'est la fonction de conviction. Vous avez des idées, vous les présentez, vous les défendez devant les Français et c'est votre rôle de faire bouger la grande opinion civique, citoyenne des Français. C'est une fonction, presque une magistrature, très importante.

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