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Publié par FRANCE-RWANDA TRIBUNE

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Congo Actualité 154 

 

  09 juillet 2012

SOMMAIRE

ÉDITORIAL: Le Rwanda, l’arbre qui cache la forêt


1. LA PRESENTATION DES ANNEXES DU RAPPORT DU GROUPE DES EXPERTS DE

    L’ONU AU CONSEIL DE SÉCURITÉ

2. DE NOUVELLES DÉFECTIONS DE L’ARMÉE POUR REJOINDRE LE M 23

3. LES DÉCLARATIONS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE

4. UN «GENOCIDE OUBLIÉ»

5. AVEC LE PEUPLE CONGOLAIS CONTRE LA COLONISATION DU KIVU PAR LES

    FORCES ARMÉES RWANDAISES

ÉDITORIAL: Le Rwanda, l’arbre qui cache la forêt

La publication des annexes au rapport du groupe des experts de l’ONU a confirmé le soutien du régime rwandais au nouveau groupe armé appelé Mouvement du 23 Mars (M23). Il est donc nécessaire de prendre toutes les mesures possibles pour mettre fin à cette ingérence qui viole la souveraineté nationale de la République Démocratique du Congo (RDCongo).

Toutefois, le Rwanda n’est pas le seul responsable de la tragédie qui frappe le peuple congolais en général et le peuple kivutien, en particulier.

Derrière le Rwanda, il y a les multinationales occidentales impliquées dans le commerce illégal des minerais du Kivu. Il y a un réseau international d’intermédiaires et de courtiers. Il y a des sociétés fictives enregistrées dans les pays connus comme des paradis fiscaux. Il y a des banques occidentales qui assurent les transactions financières. Il y a des pays donateurs qui fournissent une aide financière substantielle au gouvernement rwandais. Leurs noms, leurs emplacements et leurs activités sont bien connues à travers les nombreux rapports des Nations Unies, des organisations internationales et des ONG pour la défense des droits de l’homme.

Derrière le Rwanda, il y a aussi de grandes puissances occidentales, y compris les Etats-Unis qui, par le biais de leur ambassadrice auprès du Conseil de Sécurité de l’ONU, Susan Rice[1], ont au moins retardé, sinon essayé de bloquer la publication de ces annexes, officiellement pour permettre au Rwanda de les examiner et de présenter ses observations. Ce n’est qu’après d’intenses pressions que le Département d’Etat américain en a autorisé la publication. Certes, les Etats-Unis auront eu leurs raisons pour agir de la sorte. En effet, vers la fin des années 1980 et le début des années 1990, ils avaient décidé de se débarrasser de Joseph-Désiré Mobutu, alors président de l’ancien Zaïre et de Juvénal Habyarimana, alors président du Rwanda, en vue de les remplacer par un nouveau leadership africain: Joweri Museveni, actuel président de l’Ouganda et Paul Kagame, aujourd’hui président du Rwanda.

Tout cela avait un objectif très clair: remplacer la France dans le contrôle sur l’Afrique centrale et pouvoir, ainsi, profiter des immenses ressources naturelles de l’ex-Zaïre!

Avec l’Ouganda, le Rwanda est devenu la plate-forme locale pour débarquer au Kivu (RDCongo). Ici, l’accueil est assuré par une nébuleuse constituée d’officiers de l’armée, de chefs de groupes armés, politiciens, fonctionnaires et commerçants, tous aux aguets, prêts à faire des affaires n’emporte de quelle façon et en faisant recours à la corruption, la contrebande, l’évasion fiscale, la perception de taxes illégales, la guerre pour le contrôle des sites miniers. Dans ces cas aussi, leurs noms, leur localisation et leurs activités sont bien connues par les divers rapports.

Il s’agit d’un système pervers qui, créé et coordonné au niveau international, agit localement, entraînant la violence, la misère et la désolation. La population congolaise en est la première victime, forcée de choisir entre la mort et la fuite dans la forêt ou dans des camps de déplacés.

Si la guerre ne se termine jamais à l’est de la RDCongo, c’est  parce que la ruée vers les minerais du Kivu a garanti l’impunité aux auteurs des crimes commis, alliés et associés à ceux qui font de gros affaires. Le profit économique et la loi du libre marché l’ont remporté sur la justice, condamnant le peuple congolais à la misère, aux déplacements forcés et à la mort.

Pour rétablir la paix dans l’Est de la RDCongo, il faudra rétablir le droit et la justice.

Le rapport Mapping, publié par la Commission des Nations Unies pour les droits de l’homme en octobre 2010, sur les crimes commis en RDCongo de 1993 à 2003, avait proposé la création de chambres spécialisées mixtes (avec la participation temporaire de personnel international) au sein du système judiciaire congolais. Le 13 juin 2011, le gouvernement congolais avait présenté au Parlement un projet de loi à cet effet. Le 22 août 2011, le Sénat l’avait rejeté et renvoyé au gouvernement. Depuis lors, l’on n’en a jamais plus entendu parler!

Constatant que la principale cause des guerres et des violences subies par les populations congolaises est de type économique et fondée sur l’exploitation illégale des ressources minérales, l’Organisation des Nations Unies (ONU) et l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) ont publié des directives détaillées sur la «diligence raisonnable» (un processus par lequel les sociétés elles-mêmes s’assurent de ne pas importer de minerais provenant des zones de conflit) et sur «la traçabilité et la certification d’origine» des minerais importés. Seuls les Etats-Unis ont intégré, en juillet 2010, ces directives dans le chapitre 1502 de la loi de finances dénommée «loi Dodd Frank». Mais après deux ans, la loi n’est pas encore entrée en vigueur. Dans tous les autres pays, y compris ceux appartenant à l’Union Européenne (UE), rien, ou presque rien, n’a été fait.

Il faudra, peut-être, reprendre en considération la possibilité de créer un Tribunal Pénal International pour la RDCongo, une proposition qui avait été rejetée par le rapport Mapping même, bien que considérée comme la meilleure. Ce Tribunal devrait apporter toute la lumière possible sur la responsabilité et la complicité, au niveau national, régional et international, qui sont à la base du "génocide oublié" (ou a délibérément caché) perpétré depuis longtemps en RDCongo. Il devra appliquer, avec rigueur, toutes les mesures et les sanctions prévues par le droit international comme moyens de dissuasion, pour briser la spirale de la violence et de la maffia qui sont en train d’étrangler le peuple congolais tout entier.

1. LA PRESENTATION DES ANNEXES DU RAPPORT DU GROUPE DES EXPERTS DE L’ONU AU CONSEIL DE SÉCURITÉ 

Le 27 juin, à New York, on a présenté aux membres du Conseil de Sécurité de l’Onu les annexes du rapport du panel des experts de l’ONU sur les violations de l’embargo sur les armes fournies aux groupes armés en RDCongo. Celles-ci accusent le Rwanda d'avoir appuyé la rébellion du M23 qui se bat dans le Nord-Kivu contre les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). C'est dans les annexes de leur rapport que les experts des Nations unies ont compilé toutes les informations sur le soutien du Rwanda au M23.

Ils accusent nommément cinq officiers de l'armée rwandaise dont le ministre de la Défense James Kabarebe, le chef d'état-major Charles Kayonga, et l'ancien chef des renseignements militaires Jacques Nziza, d'être les principaux responsables de cet appui aux rebelles de l'Est congolais.

Dans son appui au Mouvement du 23 mars, Kigali fournirait armes, munitions, renseignements et faciliterait le recrutement de combattants sur son territoire. Par exemple, des armes qui ne feraient pas partie de la dotation de l'armée congolaise auraient été retrouvées dans des caches du M23. Ont-elles été fournies par le Rwanda? Sur ce point, les enquêteurs ne sont pas parvenus à retracer leur origine.

Selon des témoignages de soldats congolais et d'anciens responsables rwandais, des militaires du Rwanda auraient directement participé à des combats contre les FARDC.

Enfin, d'après les informations recueillies par le panel d'experts de l'ONU, des officiels rwandais ont fait pression sur des hommes politiques, des militaires et des hommes d'affaires des deux Kivu pour qu'ils rejoignent ou qu'ils appuient le M23.

Pour rédiger ce document, les enquêteurs de l'ONU affirment avoir recoupé leurs informations auprès d'au moins cinq sources indépendantes l’une de l’autre. Seulement pour des raisons de sécurité, tous les témoignages sont anonymes. Une limite: aucun document, toujours difficile à obtenir, ne vient établir la trace des armes ou des flux financiers à destination du M23.[2]


Le 28 juin, au cours d’un point de presse, le ministre Lambert Mende Omalanga, porte parole du Gouvernement de la RDCongo, a dévoilé à Kinshasa les «preuves accablantes» des experts onusiens démontrant que «le Rwanda a violé les sanctions des Nations unies en approvisionnant les mutins du groupe armé antigouvernemental dénommé M23 avec des armes, des munitions, des soldats et des jeunes recrues rwandaises».

«Les rapporteurs onusiens citent des officiels rwandais de tout premier plan, notamment un membre du gouvernement, le ministre de la Défense, de même que le chef d’Etat-major général des Forces de défense rwandaises et le principal conseiller militaire du président Kagame. Autant dire, le sommet de la hiérarchie militaire de ce pays voisin», a déclaré Lambert Mende.

«Les preuves accablantes contenues dans le rapport du Groupe d’experts indépendants sur la violation de l’embargo décrété sur les armes destinées aux groupes irréguliers en RDC indiquent que la bande à Bosco Ntaganda disposait en fait d’appuis de très haut niveau de la part du gouvernement rwandais», a insisté le porte-parole du gouvernement.

Le ministre a ensuite rapporté une série de faits irréfutables.

D’abord, il y a eu «la capture par les FARDC le 14 juin à Rugari (Rutshuru) de l’adjudant Etienne Ntakirutimana des Rwanda Defense Force, qui faisait partie d’une première unité de 80 militaires réguliers de RDF envoyés à Runyonyi pour faire jonction avec les mutins de la bande à Ntaganda et Ruzandiza alias Makenga début mai, pour y préparer un bivouac pour Ntaganda qui venait d’être mis en déroute à Kibumba et Bunaga».

Ensuite, ça été la présence confirmée dans les rangs du fantomatique M23 d’au moins trois bataillons commandés par des officiers rwandais : le 31ème bataillon (colonel Modeste, ex-FAR) déployé à Runyonyi, le 69ème bataillon (lieutenant-colonel Thadée, ex-FAR) déployé à Mbuzi et le 99ème bataillon (colonel Kitoko, ancien de l’APR) à Chanzu. «Ces trois bataillons rwandais en mission commandée auprès de Ntaganda ont reçu leur ordre de marche du général Gashahiza, commandant la 305ème brigade des RDF à Kinigi près du parc des Virunga», a précisé le ministre Mende.

Enfin, ce fut le «passage par le territoire rwandais du colonel mutin Ruzandiza alias Sultani Makenga, n°2 de la bande à Ntaganda» accompagné de 60 éléments de la bande avec armes et munitions pour rejoindre Runyonyi la nuit du 3 au 4 mai 2012 suivant un itinéraire précis (Bukavu au Sud-Kivu-Cyangungu au Rwanda-Kamembe-Kabuhanga-Gikongoro-Butare-Ngororero-Gisenyi-Mutara-Gasinzi-Kinigi) d’où ils seront escortés jusqu’à Runyonyi au Nord-Kivu.

Ils ont reçu aide et assistance, notamment des facilités de transport lacustre et routier, des uniformes militaires ainsi que des armes et des munitions des mains du major RDF Bakubirigwa et du capitaine Laurent Gasana, S2 de la brigade RDF de Rubavu. A Kabuhanga, ils ont eu une séance de travail avec le général Ruvusha, commandant division a.i. de Rubavu.

«On est loin, très loin d’un quelconque conflit entre communautés congolaises qui n’existe pas ou d’une confusion faite au Congo-Kinshasa entre des compatriotes locuteurs du Kinyarwanda et des sujets rwandais évoquée par les autorités rwandaises», a balayé le ministre Mende d’un revers de main les élucubrations de Kigali.

La RDC exige, donc, que «les filières de recrutement, de renforts, d’armement et de ravitaillement en faveur des bandits armés de Ntaganda en terre rwandaise soient démantelées inconditionnellement».

La RDC veut aussi que «cessent également, les propos infamants des autorités rwandaises tendant à décrire la République démocratique du Congo comme un Etat failli dépendant pratiquement de leur bon vouloir pour résoudre ses problèmes».

La RDC juge «dangereuse, pour la paix et la sécurité dans la région, la tentative délibérée du Rwanda de donner une coloration politico-ethnique à un groupe criminel reconnu comme tel par l’ensemble de la communauté internationale». 

Le Gouvernement déclare, pour que nul désormais ne fasse semblant de l’oublier, que la responsabilité pénale des actes cruels commis par Ntaganda et ses affidés est strictement personnelle. Vouloir faire croire qu’il existerait on ne sait quelle accusation d’un crime collectif à l’encontre d’une quelconque communauté du Kivu est pure aberration.

La RDC «insiste auprès de ses partenaires de la direction politique rwandaise pour qu’ils cessent de chercher, par des insinuations déplacées, à ramener à la surface les atavismes ethniques d’une époque révolue et dont la région n’a que trop souffert. Il n’y a à ce jour aucune confrontation interethnique entre les populations congolaises qui vivent au Kivu. Seules les forces négatives et ceux qui leur apportent soutien et assistance à partir de l’extérieur continuent à instrumentaliser ces arguments pour semer le chaos qui leur permet de continuer leur exploitation clandestine des ressources naturelles congolaises», a souligné le ministre Mende.

Le Gouvernement «invite les Etats-Membres de l’Union Africaine et le Conseil de Sécurité des Nations – Unies à envisager des sanctions sévères à l’encontre de tous les contrevenants aux engagements internationaux des uns et des autres.  Il appartient dès lors au Conseil de Sécurité des Nations-Unies de prendre la juste mesure du drame humainement inacceptable vécu par les hommes, les femmes et les enfants du Nord-Kivu qu’il ne faut pas laisser plus longtemps à la merci d’une bande mafieuse téléguidée à partir du Rwanda», a conclu le ministre Mende.[3]

 

Concernant les haut officiers rwandais cités, le rapport du groupe d'experts de l’ONU rapporte les faits graves en violation flagrante des lois internationales ci-dessous :

- Le General Jacques Nziza, Secrétaire Permanent auprès du ministre de la Défense, a supervisé les soutiens militaires, financiers, logistiques ainsi que la mobilisation pour les mutins du M23. Il a été récemment envoyé à Ruhengeri et Gisenyi pour coordonner l’assistance et le recrutement au profit du M23

- Le General James Kabarebe, Ministre de la Défense, par le biais de son assistant personnel, le capitaine Celestin Senkoko, a été une pièce centrale dans le recrutement et la mobilisation des soutiens politiques et militaires pour le M23. Selon le rapport, il est fréquemment en contact avec les membres du M23 et coordonne les opérations militaires sur le front.

- Celestin Senkoko, assistant personnel du General James Kabarebe, et d’autres officiers rwandais ont beaucoup travaillé pour convaincre les hommes d'affaires congolais, des politiciens et des anciens rebelles qui avaient rejoint les rangs de l'armée congolaise, pour rejoindre la prétendue rébellion du M23 dans le but de provoquer "une nouvelle guerre pour obtenir la sécession des deux Kivu".

- Le General Charles Kayonga, Chef d’Etat major de l’armée rwandaise, supervise la globalité du soutien militaire au M23 et est en contact permanent avec le Colonel Makenga, un des leaders de la mutinerie. Il a assuré le transfert des troupes et d’armes par le Rwanda pour le compte du M23.

- Le support militaire au front est dirigé, entre autre, par le Général Emmanuel Ruvusha, Chef de la région militaire de Gisenyi ainsi que le Général Alexis Kagame, Chef de la région militaire de Ruhengeri. Ils ont tous deux facilité le recrutement de civils et de soldats rwandais démobilisés dont des ex-FDLR pour le M23 et coordonné le soutien de troupes de l’armée rwandaise aux mutins à Runyioni.

- Le Colone Jomba Gakumba, natif du Nord-Kivu et ancien instructeur de l’armée rwandaise à l’Académie militaire du Rwanda à Gake, a été dépêché à Ruhengeri depuis la création du M23 et est en charge de commander localement les opérations militaires de support au M23

- Bosco Ntanganda et Makenga ont fréquemment franchi la frontière rwandaise pour participer, à Kinigi, à des réunions avec les officiers supérieurs rwandais cités plus haut, afin de coordonner les opérations et le ravitaillement. L’ancien leader du CNDP, Laurent Nkunda qui pourtant est officiellement en résidence surveillée à Kigali depuis janvier 2009 a participé à ces réunions.[4]

 

Le groupe des experts de Nations Unies a affirmé dans un rapport de 44-pages, qui a été diffusé aux membres du Conseil de sécurité mais pas rendu publique, que le rôle du Rwanda dans cette mutinerie constitue une violation des résolutions du Conseil de sécurité de Nations Unies interdisant l'approvisionnement en armes aux groupes armés de la RDCongo. En résumé, les violations de l’embargo sur les armes et des régimes de sanctions incluent ce qui suit:

- Aide directe dans la création de M23;

- Transport des armes et de militaires à travers le territoire rwandais;

- Recrutement de la jeunesse rwandaise et des ex-combattants démobilisés aussi bien que des réfugiés congolais pour le compte de M23 ;

- Fourniture d’armes et de munitions au M23 ;

- Incitation des leaders politiques congolais et mobilisation de financements au profit du M23;

- Intervention directe de force de défense rwandaise (RDF) dans le territoire congolais pour renforcer le M23;

- Violation des capitaux gelés et de l’interdiction des voyages pour soutenir les individus punis.

- Appui à plusieurs autres groupes armés présents au Kivu.

Les experts de l'ONU détaillent également les différents points de transit et de recrutement des rebelles du M23. Et c'est au Rwanda qu'ils en trouvent les traces, à Kinigi, situé à 5 petits kilomètres de la frontière congolaise. "Certaines recrues déclarent avoir reçu un repas à l'Hôtel Bishokoro, qui appartient au général Bosco Ntaganda et son frère à Kinigi. Ensuite, les soldats des FRD (armée rwandaise) escortent des groupes importants de nouvelles recrues à la frontière et les envoient en RDC", note le rapport.

 

Afin d'essayer de résoudre la crise du soutien rwandais aux groupes armés, les gouvernements de la RDC et du Rwanda ont tenu une série de réunions bilatérales depuis début avril 2012. Pendant ces pourparlers, les officiers rwandais ont insisté sur l'impunité pour les groupes armés leurs alliés, y compris le Général Bosco Ntaganda, et le déploiement des unités additionnelles de RDF au Kivu pour conduire des opérations militaires contre le FDLR.

 Cette dernière demande a été faite plusieurs fois malgré le fait que:

a) Des forces spéciales de la RDF avaient été déjà déployées officiellement dans le territoire de Rutshuru pendant plus d’une année;

b) La RDF avait arrêté ses initiatives unilatérales pour affaiblir le FDLR en février;

c) Les unités opérationnelles de la RDF renforçaient périodiquement le M23 sur le champ de bataille contre l’armée congolaise;

d) Le M23 directement et indirectement était allié avec plusieurs groupes armés de FDLR;

e) La RDF remobilisait les FDLR précédemment rapatrié pour amplifier les rangs de M23.[5]

Le 30 juin, le Département d’Etat Américain, dirigé par Mme Hillary Clinton, a annoncé par son porte-parole, Mme Victoria Nuland, que les États-Unis «ont demandé au Rwanda d’arrêter et d’empêcher le soutien à partir de son territoire» aux rebelles du M23.[6]

2. DE NOUVELLES DÉFECTIONS DE L’ARMÉE POUR REJOINDRE LE M 23

Le 20 juin, dix-sept militaires du 5ème secteur des FARDC basées au chef-lieu du territoire de Lubero, dont sept officiers supérieurs, ont fait défection et auraient tous rejoint la rébellion du M23 à Rutshuru. Les dix-sept déserteurs ont quitté leur camp avec armes et bagages, vers 22heures (locales). Ils ont pris la direction de Kasuo, à 45 km au sud-ouest de Lubero, a indiqué le colonel Serushago, commandant de la Police nationale congolaise (PNC)/ Lubero. Ces déserteurs assuraient la garde du lieutenant colonel Douglas, chargé des renseignements au sein du 5ème secteur FARDC à Lubero, qui est «également absent de son poste de travail depuis lundi dernier», selon la même source.

Depuis le week-end dernier, un autre groupe d’ex-militaires du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), conduit par le lieutenant colonel Mboneza, est arrivé à Kasuo en provenance de Beni, via la forêt de Mangurejipa. Le colonel Mboneza, qui était le commandant second du 808ème régiment des FARDC à Beni, a fait aussi défection dimanche dernier.

Un officier supérieur loyaliste a confirmé que "certains officiers sont en train de faire défection", sans préciser leur nombre. «Je ne peux pas être étonné parce que ce sont des ex-CNDP qui sont en train de rejoindre leurs frères. Ce n’est pas surprenant qu’ils partent avec des munitions, parce que jusqu’à leur défection ils occupaient des postes de commandement au sein des FARDC», a-t-il ajouté.[7]

 

Le porte-parole du M23, le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, affirme que plus de 150 hommes de troupe de l’armée régulière FARDC et sept officiers, trois lieutenants-colonels et quatre majors, ont rejoint la mutinerie. «Il sont venus avec leurs armes et beaucoup de munitions. Dans leur arsenal, il y a même des missiles anti-aériens», ajoute le porte-parole des mutins.

«C’est de la pure propagande», répond le ministre porte-parole du gouvernement à Kinshasa. Selon Lambert Mende, sur les 4 000 FARDC issus de l’ex-mouvement rebelle CNDP, seuls 400 ont fait défection au début de la mutinerie, et sur ces 400, deux cent quarante seraient rentrés dans le rang. Les troupes du M23 sont, selon lui, maintenant essentiellement constituées de nouvelles recrues rwandaises.[8]

 

Le 22 juin, dans la nuit, vingt-cinq (25) militaires de rang et quatre capitaines du 808e régiment des FARDC ont abandonné leur position dans la localité de Mabialote, à Beni, toujours dans le Nord-Kivu, et regagné la brousse. Ces déserteurs, qui auraient déclaré rejoindre la rébellion du M23, ont emporté plusieurs armes et munitions.

Selon le commandant du premier secteur FARDC basé à Beni, le colonel Eric Rurihombere, c’est depuis quelques jours que les chefs rebelles du M23 lancent, par téléphone, des invitations aux militaires et anciens officiers ex-CNDP du premier secteur des FARDC à rejoindre leur mouvement. Sans annoncer aucune mesure contre ces défections devenues récurrentes, le colonel Eric Rurihombere assure que les FARDC sont déjà lancés à la poursuite des déserteurs afin de les neutraliser, et que la situation générale dans le territoire de Beni est sous contrôle.[9]

 

Les régiments des FARDC (Forces Armées de la République Démocratiques du Congo) basés au Nord-Kivu sont en train de se vider, à la vitesse « V », des infiltrés rwandais dont ils regorgeaient depuis les années dell’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) et du Régime 1+4. Cette vague de vraies fausses défections est consécutive à un ordre venu de Kigali les enjoignant de rejoindre, toutes affaires cessantes, les rangs du CNDP/M23.
L’objectif diabolique de cette opération serait de relancer l'insécurité et rendre le Nord-Kivu ingouvernable, déstabiliser les institutions de la République et provoquer la balkanisation de la RDCongo. En instrumentalisant le CNDP/ M23, les maîtres de Bosco Ntaganda voudraient faire accréditer la thèse d'une crise politico-militaire congolo-congolaise dans la partie Est du pays.

Au lieu d'en pleurer, les Congolais devraient plutôt se réjouir de ce concours de circonstance qui permet à la hiérarchie des FARDC de connaître les effectifs réels des infiltrés déserteurs et de prendre les dispositions requises pour verrouiller notre système de défense contre de nouvelles infiltrations. A ce stade, les décideurs politiques congolais devraient soutenir une grande offensive diplomatique visant à capitaliser, au sein de la communauté internationale, le sentiment largement partagé, selon lequel le Rwanda est épinglé comme le principal facteur de perturbation de la paix au Nord-Kivu. La diplomatie congolaise devrait parler d'une voix suffisamment forte pour que les 5 millions de morts enregistrés au Congo entre 1996 et 2003 à cause de l'AFDL et des alliés rwandais ainsi que les nouveaux morts que «fabrique» le CNDP/M.23 ne soient pas versés au compte des pertes et profits. Les crimes de guerre et crimes contre l'humanité perpétrés au Congo par des soldats rwandais méritent autant d'attention et de considération que le génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda. Au chapitre des morts gratuites provoquées par des criminels de guerre, citoyens congolais et rwandais devraient être traités sur le même pied d’égalité.[10]

 

Le 30 juin, jour de l’indépendance du pays, après une dizaine de jours de calme précaire, les combats entre l'armée et les mutins du M23 ont repris dans le secteur de Ntamugenga, dans la province du Nord-Kivu. Les FARDC et le M23 s’accusent mutuellement d’avoir commencé les attaques dans les environs de Mbuzi, l’une des trois collines proches de la frontière avec le Rwanda et l’Ouganda où sont regroupés les dissidents. Un calme relatif était revenu le dimanche, 1er juillet, en fin de matinée.[11]

3. LES DÉCLARATIONS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE

Du 27 au 28 juin, les membres de la Société Civile du Nord-Kivu et du Sud-Kivu se sont réunis dans la ville de Goma, au Nord-Kivu, pour évaluer la préoccupante situation sécuritaire qui prévaut dans les deux provinces, caractérisée par les faits ci-après:

- Affrontements armés sur plusieurs fronts.

- Existence de plusieurs groupes armés actifs: M23, FDLR, Groupe Yakutumba, FNL, les différents groupes Mai Mai, Raiya Mutomboki, Nyatura, APCLS, Guide FDC, ADF-NALU....

- Défection au sein des FARDC, PNC, services étatiques et paraétatiques, des services de renseignements et de sécurité ainsi que la démission politique au sein du gouvernement provincial du Nord-Kivu en vue de se rallier aux mutins;

- La crise à l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu;

- Détournement de la solde et de la ration des militaires;

- Braquage des véhicules, magasins, banques et autres institutions de micro finance.

Cette situation sombre provoque ainsi les conséquences néfastes qui affectent considérablement la population civile et menacent la souveraineté de la RDCongo. À titre illustratif, ils citent:

- Misère et psychose généralisée;

- Persistance de l’impunité en faveur des criminels de guerre et autres violateurs des droits de l’Homme et du Droit International Humanitaire cités pourtant à maintes reprises dans les différents rapports[12] publiés quant à ce;

- Tueries répétées, massacres, déplacements massifs et permanents des populations civiles souvent sans assistance humanitaire adéquate;

- Poursuite du pillage des ressources naturelles de la RDC;

- Attaques ciblées contre les acteurs et organisations humanitaires;

- Flambée des prix;

- Dégradation de la cohésion sociale ;

- Campagnes permanentes de destruction de la famille humaine à travers les violences sexuelles;

- Menaces, intimidations et attaques contre les acteurs de la société civile;

- Enrolement des enfants dans les groupes armés;

- Coalition contre nature de différents groupes armés;

- Persistance des barrières pour rançonner la population;

- Prise d’otages et enlèvements contre rançons des populations civiles;

- Phénomène d’étranglement par corde localement appelé "Kabanga".

Au vu de ce qui précède et au regard des menaces extérieures de la souveraineté de la nation congolaise, confirmées d’ailleurs par des sources concordantes et dignes de foi et le risque de la balkanisation de la RDCongo, les membres de deux délégations condamnent avec la dernière énergie les faits ci-haut décriés et

1. Interpellent le gouvernement congolais à assumer ses responsabilités régaliennes pour la protection des civils et de leurs biens;

2. Saluent la publication des différents rapports sur la situation sécuritaire à l’Est de la RDC, plus particulièrement celui des Nations Unies de juin 2012 et demandent la mise en œuvre des recommandations y afférentes;

3. Rendent hommage aux éléments des FARDC pour leur bravoure sur les fronts et leur détermination à défendre l’intégrité du territoire national;

4. Invitent le conseil de sécurité des Nations Unies, l’Union Africaine et les organisations régionales à peser de leur poids sur les pays voisins, pour qu’ils respectent leurs engagements internationaux;

5. Appellent les communautés ethniques à décourager toutes manipulations politiciennes visant à les diviser;

6. Appellent la population congolaise à soutenir les efforts visant à renforcer la sécurité et la paix en RDC;

7. Dénoncent l’instrumentalisation des communautés congolaises à travers des discours d’incitation à la haine tribale par certains diplomates;

8. Lancent ce jour la campagne d’éveil patriotique et à la solidarité nationale.

 

Le 1er juillet, dans un communiqué, la société civile du Nord-Kivu se dit préoccupée par la présence des «troupes étrangères dans les territoires de Rutshuru et Lubero». Elle dit craindre une probable attaque coalisée des miliciens Maï-Maï et des mutins du M23, avec l’appui de ces troupes. De leur côté, les autorités provinciales ne confirment pas la présence de troupes étrangères dans cette zone.

La société civile du Nord-Kivu a souligné que ces troupes étrangères sont présentes dans les localités de Katwiguru et Kahunga, respectivement dans les groupements de Binza et de Bwisha à Rutshuru. Un autre bataillon, poursuit le communiqué, serait à Kasiki, dans le groupement de Tama à Lubero.

Selon le document de la société civile, ces troupes étrangères sont restées en RDC après toutes les opérations conjointes menées contre les rebelles rwandais des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR).  Selon la société civile, la présence de ces troupes étrangères constitue une source d’inquiétude pour les populations civiles de ces entités, où s’affrontent, depuis plus de deux mois, les FARDC et les soldats mutins regroupés au sein du M23.

Le porte-parole de la société civile du Nord-Kivu, Omar Kavota, explique: «Il existe une brigade constituée essentiellement d’éléments rwandais, qui sont aujourd’hui basés à Kahunga. Ces éléments seraient cantonnés dans ce lieu pour servir de renfort à ceux qui ont fait défection [au sein des FARDC]».

Omar Kavota a par ailleurs invité les autorités de la RDC à prendre des mesures nécessaires, le plus tôt possible, pour rassurer la population locale sur ces menaces qui pèsent sur sa sécurité.

Le vice-gouverneur du Nord-Kivu, Feller Lutaichirua, a indiqué pour sa part que de telles allégations ne peuvent être confirmées qu’après la mise en place des mécanismes de vérification.[13]

4. UN «GENOCIDE OUBLIÉ»

Le bilan, à ce jour, des guerres intermittentes qui, depuis 1996, ravagent la partie Est de la RDCongo se chiffre en millions de morts. Plus de six millions déjà, selon diverses sources. Des Congolais tués dans l’indifférence totale de la communauté internationale, alors qu’ailleurs (au Rwanda, par exemple) des événements de même nature ont été vite assimilés à un génocide. Par contre, la tragédie qui se vit dans l’Est de la RDCongo est un «génocide oublié». Il est planifié et réalisé par un vaste réseau criminel qui a des tentacules dans des pays voisins, tels que le Rwanda et l’Ouganda.

Dans un ouvrage paru récemment aux éditions «Le nègre éditeur» sous le titre : «Le Canada dans les guerres en Afrique centrale. Génocides et pillages des ressources minières du Congo par le Rwanda interposé», Patrick Mbeko consacre une section de son ouvrage sur «les Congolais, éternels oubliés…». Il écrit : «Le génocide rwandais et la propagande initiée par les autorités de Kigali et leurs tuteurs occidentaux sur le "génocide des Tutsi" ont occulté la tragédie que vivent les Congolais depuis l’aventure de l’APR à l’Est de la RD Congo. Les victimes congolaises des extrémistes tutsi n’ont pas de porte-voix, personne ne parle pour elles».

 

Dans son ouvrage, Patrick Mbeko s’étend longuement sur le grand projet d’invasion de la RDCongo, initié depuis l’époque du Zaïre. Il démontre comment tout cela a été préparé et exécuté. Le but ultime, note-t-il, est «pour les puissances occidentales de mettre la main sur les immenses richesses du Congo, but qui a aussi rencontré les desseins non avoués des extrémistes tutsi d’agrandir leur espace vital en s’appropriant la partie Est du Congo, riche en matières premières et au sol très fertile». Pour ce faire, poursuit-il, «les extrémistes tutsi ont entrepris une politique de dépopulation sans précédent dans les provinces du Kivu. Massacres de masse des civils et viols systématiques sont pratiqués dans le but d’éloigner les Congolais de leurs terres et d’implanter à tout prix à l’Est de la RDC, une population rwandaise». Il s’agit aussi, relève-t-il, de «créer plus de terres vacantes pour les multinationales canadiennes, américaines, britanniques, belges et israéliennes pour faciliter le partage en toute quiétude du ’’gâteau congolais’’, c’est-à-dire l’exploitation des ressources naturelles immenses dont regorge le RDC».

Voilà le schéma qui a été tracé; schéma auquel se sont alignés les différents mouvements rebelles déclenché à l’Est de la RDCongo, l’AFDL, le RCD, le CNDP et, dernièrement, le M23. Mais, pour atteindre cet objectif, des Congolais ont payé le plus fort prix. A ce jour, on en compte plus de six millions.

Qu’y a-t-il encore à exiger pour parler d’un génocide dans les provinces du Nord–Kivu et du Sud-Kivu? Des hommes et femmes, des enfants et bébés, des vieillards ont été froidement abattus par le simple fait d’être Congolais. Leur seul crime est d’avoir défié l’envahisseur en tentant de défendre leurs terres. Ces morts procèdent d’un schéma bien planifié et savamment exécuté sur le terrain par des troupes visiblement soutenues par des pays clairement identifiés.

Les crimes qui se commettent dans l’Est de la RDC relèvent bel et bien du domaine de génocide. Méconnaître cette réalité, c’est faire preuve de compromission et de trahison envers le peuple congolais, meurtri depuis des années par ceux qui ont juré de démanteler la RDC dans ses frontières de 1960.

La tragédie qui s’abat depuis 1996 à l’Est de la RDC s’apparente bien à un génocide que l’on tente d’oublier sinon d’étouffer pour, sans doute protéger, les coupables.

Une réalité s’impose. Il s’agit de la nécessité de reconnaître le mal causé au peuple congolais en déclarant «officiel» ce génocide «oublié». La communauté internationale doit prendre ses responsabilités. Sa crédibilité en dépend. La reconnaissance de ce génocide doit entraîner, en vertu de l’article VII de la Convention des Nations unies sur la prévention et la répression du crime de génocide de 1948, une obligation pour les organes compétents de l’ONU de prendre des mesures appropriées en vue de la prévention et de la répression des actes de génocide commis depuis 1996 sur le sol congolais.[14]

 

Le régime en place à Kigali a fait du génocide une spécialité rwandaise au point qu’il en fait usage pour faire chanter les grandes puissances. Le jeu a tellement marché dans le passé qu’il sert aujourd’hui à cacher ses propres crimes.

Ainsi de victime, Kigali est devenu un bourreau qui exige d’être caressé dans le sens du poil. Ses crimes en RDC sont sans nombre. Car, depuis 1994, sous prétexte de traquer les « génocidaires » hutu, le Rwanda occupe une partie du territoire de la RDC. Il s’agit principalement des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu où il a multiplié et diversifié des stratégies pour y prendre pied de manière durable.

Le Rwanda est arrivé à commettre au Congo le génocide pour lequel il avait suscité et obtenu la compassion du monde entier. Voilà que, en ce qui concerne la RDC, la communauté internationale hésite à prononcer le mot génocide. Or, en termes de comparaison, le nombre de victimes congolaises est de loin supérieur à tous les cas connus jusqu’à ce jour. Les chiffres oscillent entre 4 et 9 millions de morts. Sans compter toutes sortes d’exactions commises sur les survivants.

Qu’est-ce à dire? Que la définition du mot génocide change selon les territoires où il est commis?

Ce que le régime en place à Kigali fait en RDC, particulièrement dans l’est, n’est pas moins un génocide. Il crée et arme des groupes rebelles pour qu’ils procèdent à des massacres des populations congolaises. L’objectif final étant de faire main basse sur des richesses naturelles du Congo.

En observant l’attitude de certaines puissances occidentales face à ce qui se trame dans l’Est de la RD Congo, on a l’impression que la communauté internationale voudrait appliquer le principe de «deux poids deux mesures». C’est comme si les victimes congolaises, malgré leur nombre, ne méritaient pas la compassion internationale comme ce fut le cas en 1994.[15]

5. AVEC LE PEUPLE CONGOLAIS CONTRE LA COLONISATION DU KIVU PAR LES FORCES ARMÉES RWANDAISES

Le 29 juin, l’organisation Global Witness a demandé, dans un communiqué, aux deux principaux donateurs du Rwanda, le Royaume uni et les Etats-Unis, d’user de leur influence pour que Kigali cesse de soutenir les groupes armés, notamment le M23 opérant en RDC. Selon Sophia Pickles, la vie de milliers de civils congolais en dépend, ainsi que la stabilité dans la région. En 2011, le montant des aides (du Royaume Uni et des Etats-Unis) s'est élevé à plus de 350 millions de dollars.[16]

 

Le 3 juillet, dans une conférence de presse tenue à son siège, dans la commune de Ngaliema, l’ONG Voix des Sans-Voix pour les droits de l’homme (VSV) a sollicité de la communauté internationale la condamnation sans retenue du président rwandais Paul Kagame. Cela serait, selon cette association, la grande condition pour mettre fin à la situation de l’est de la RDC.

«Si la communauté internationale s'impliquait explicitement, tout ce qui se passe dans l’est du pays se terminerait vite», a noté Rostin Manketa. Toutefois, la VSV recommande également «l’ouverture d’un espace démocratique au Rwanda et un dialogue entre le président Kagame et ses compatriotes FDLR soient-ils, qui sèment la désolation dans un pays qui n'est pas le leur». L’ONG de défense des droits de l’homme, n'a pas, toutefois, dédouané le pouvoir de Kinshasa qui, selon elle, ne joue pas efficacement son rôle. Elle a attiré son attention sur les allégations de complicité de la balkanisation du pays à partir non seulement de Kigali mais également de la capitale congolaise.[17]

 

La Coalition sur les Grands Lacs d’Afrique appelle les États-Unis à agir pour mettre fin à l’instabilité en République Démocratique du Congo.

Un rapport du Groupe d'Experts des Nations Unies a mis en évidence le soutien du gouvernement rwandais à des groupes rebelles agissant à l’intérieur du Congo.

Alors que le président OBAMA a reconnu depuis longtemps que la RDCongo a été déstabilisée par les pays voisins, son administration n’a pas encore sévi contre ceux qui alimentent les cycles de la violence. La nécessité de tenir les voisins de la RDCongo responsables faisait partie de la seule loi qu’il a parrainée en en 2006, en sa qualité de sénateur: PL109-456. L’article 105 de cette loi donne le pouvoir au Secrétaire d’Etat américain de refuser l’aide aux pays voisins accusés de déstabiliser le Congo. La Secrétaire d’Etat américaine, Hillary CLINTON a co-parrainé cette loi.

Le récent afflux de preuves mettant en évidence l’agression militaire du Rwanda au Congo, appelle à une mise en application de cette loi.

Conformément à ses statuts, le gouvernement américain devrait suspendre toute aide budgétaire militaire, bilatérale et multilatérale, jusqu’à ce que le Rwanda cesse définitivement son soutien aux rebelles en RDCongo.

Au Royaume-Uni, plus de 20 membres du parlement ont rejoint l'appel à suspendre l'aide financière au Rwanda, à la lumière du contenu du rapport de l'ONU impliquant le Rwanda dans son soutien aux rebelles (sévissant) au Congo.

Historiquement, des sanctions économiques se sont avérées efficaces pour freiner les agressions rwandaises au-delà de la frontière. Fin 2008, la Suède et les Pays-Bas ont suspendu leur aide au Rwanda après que la preuve eût fait surface, démontrant le soutien du Rwanda du groupe rebelle du CNDP. 

 

 

Nous vous prions de rejoindre la Coalition pour les Grands Lacs d’Afrique (Great Lakes of Africa Coalition) afin d’exhorter le gouvernement des États-Unis à prendre des mesures rapides et décisives au Congo. Faites appel au secrétaire d’Etat Américain, HILLARY RODHAM CLINTON, pour qu’elle aide à mettre fin à l’impunité au Congo par l’application de l’article 105 de la Loi «PL 109-456».

 

Pour signer la pétition:

http://www.change.org/petitions/secretary-of-state-hillary-clinton-help-end-the-conflict-in-the-congo    (Anglais)

http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/secretary-of-state-hillary-clinton-help-end-the-conflict-in-the-congo (Français)

http://www.change.org/es/peticiones/secretary-of-state-hillary-clinton-help-end-the-conflict-in-the-congo  (Español)

 

Merci !

 

 

 

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[1] Susan Rice travailla dans l’administration Bill Clinton à différents postes: pour le Conseil national de sécurité de 1993 à 1997; comme directrice de l’International Organizations and Peacekeeping de 1993 à 1995 (génocide rwandais: 1994) et comme assistante spéciale du Président et Directrice senior des Affaires africaines de 1995 à 1997 (1ère guerre en RDCongo: 1996-1997). Nommée Secrétaire d’État adjointe aux Affaires Africaines, elle a occupé ce poste de 1997 à 2001 (2ème guerre en RDCongo: 1998-2002). Elle est actuellement ambassadrice des États Unis auprès des Nations-Unis, depuis le 22 janvier 2009 (arrêt de Laurent Nkunda, opération militaire conjointe congolo-rwandaise «Umoja Wetu» contre les FDLR, Accord de Goma du 23 mars avec le CNDP).

[3] Cf Angelo Molateli – Le Potentiel – Kinshasa, 29.06.’12

http://www.lepotentiel.com/afficher_article.php?id_article=124327&id_edition=100152

[5] Cf Digitalcongo, 29.06.’12    http://www.digitalcongo.net/article/84916

[6] Cf Eric Vanda - Congo Planète, 02.07.’12

[7] Cf Radio Okapi, 21.06.’12

[9] Cf Radio Okapi, 24.06.’12

[10] Cf Kimp - Le Phare – Kinshasa, 26.06.’12

[11] Cf AFP – Goma, 01.07.’12

[12] Rapports Global Witness, Rapports Human Rights Watch, Rapport mapping des Nations Unies, Rapport de la commission Lutundula de l'Assemblée Nationale, Rapport Mutamba du Sénat congolais .....

[13] Cf Radio Okapi, 03.07.’12

[16] Cf AFP – Nairobi, 29.06.’12

[17] Cf Lucien Dianzenza - Les Dépêches de Brazzaville – Kinshasa, 04.07.’12

 

[1] Susan Rice travailla dans l’administration Bill Clinton à différents postes: pour le Conseil national de sécurité de 1993 à 1997; comme directrice de l’International Organizations and Peacekeeping de 1993 à 1995 (génocide rwandais: 1994) et comme assistante spéciale du Président et Directrice senior des Affaires africaines de 1995 à 1997 (1ère guerre en RDCongo: 1996-1997). Nommée Secrétaire d’État adjointe aux Affaires Africaines, elle a occupé ce poste de 1997 à 2001 (2ème guerre en RDCongo: 1998-2002). Elle est actuellement ambassadrice des États Unis auprès des Nations-Unis, depuis le 22 janvier 2009 (arrêt de Laurent Nkunda, opération militaire conjointe congolo-rwandaise «Umoja Wetu» contre les FDLR, Accord de Goma du 23 mars avec le CNDP).

   

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