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Publié par FRANCE-RWANDA TRIBUNE

Trévidic1Paris, 9 janvier (FH) – D'où est venu le tir ? C’est à cette question cruciale que vont devoir répondre les juges anti-terroristes français Marc Trévidic et Nathalie Poux lorsqu'ils présenteront ce mardi les conclusions de l'expertise balistique qu’ils ont ordonnée sur l'attentat commis le 6 avril 1994 à Kigali.

Ouverte le 27 mars 1998 à la suite d'une plainte déposée par la famille du pilote français du Falcon 50 de la présidence du Rwanda, l'enquête est la seule jamais conduite sur le plus grand attentat politique de la fin du XXe siècle, réputé pour avoir déclenché le génocide des Tutsis au Rwanda. Rappel des faits. 

Le mercredi 6 avril 1994 à 20h25, l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, de retour d'un sommet à Dar-es-Salaam, la capitale de la Tanzanie, est abattu par le tir de deux missiles sol-air alors qu'il était en approche de l'aéroport international de Kanombe, à Kigali.
Les douze occupants sont tués : deux présidents, celui du Rwanda et celui du Burundi ; le chef d'Etat major des forces armées rwandaises et deux autres hauts gradés rwandais ; un conseiller aux Affaires étrangères rwandais ; le médecin personnel du président du Rwanda ; deux ministres burundais ; les trois membres de l'équipage français.

Depuis lors, deux thèses s’affrontent : les Hutus extrémistes ont assassiné leur président, jugé trop timoré, afin de déclencher le génocide ; l'actuel président rwandais Paul Kagame a commandité l'attentat afin d'ouvrir la voie à la conquête du pays par son parti, le Front patriotique rwandais.

Aucune commission d'enquête internationale n'a jamais enquêté sur cet attentat majeur, pas plus que le Tribunal pénal international pour le Rwanda, dont les procureurs ont estimé que l'acte de terrorisme ne relevait pas de leur mandat. La France, soupçonnée par Kigali d'avoir été complice du génocide, est donc seule à avoir ouvert une enquête judiciaire.

En novembre 2006, le juge Jean-Louis Bruguière émet neuf mandats d’arrêt contre des personnalités proches du président Kagamé, qu’il accuse d’avoir commandité l’attentat du 6 avril.
C'est le clash entre Paris et Kigali, qui rompt les relations diplomatiques. Elles ne reprendront que trois ans plus tard, en novembre 2009.

En novembre 2008, la directrice du protocole du président Kagame est arrêtée en Europe. Rose Kabuye est mise en examen par les juges qui ont succédé à Jean-Louis Bruguière, Marc Trévidic et Nathalie Poux, qui la relâchent peu après. Sa mise en examen est assortie d'une levée de son mandat d'arrêt.

Paradoxalement, ce tournant majeur va détendre les relations avec la partie rwandaise. Elle accède ainsi officiellement au dossier d’instruction. A compter de cette date, les accusés rwandais peuvent avoir des avocats. Ils peuvent communiquer des pièces et demander aux juges d'interroger des témoins à décharge. La procédure devient contradictoire.

Les juges français en profitent pour obtenir l’autorisation de pratiquer une expertise balistique in situ, en septembre 2010 à Kigali. Trois mois plus tard, ils négocieront l’audition de six des autres suspects désignés par Bruguière, lors d’une commission rogatoire d’exception pratiquée en « terrain neutre » à Bujumbura.

Les six personnalités rwandaises – parmi lesquelles l’actuel ministre de la Défense James Kaberebe – voient leurs mandats d’arrêt internationaux levés. Elles sont mises en examen et repartent libres. Tout le monde semble satisfait. Les accusés ont pu se défendre ; les parties civiles – dont la veuve de l’ancien président, Agathe Habyarimana – retiennent qu’ils ont été mis en examen pour « complicité d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste ».

« Où que soit la vérité dans ce dossier, le problème est qu’il a été politisé à outrance", indiquait le juge Trévidic à l'agence Hirondelle au printemps 2011. Il ne s’agit pas d’un combat entre États mais d’une enquête judiciaire. Être revenu dans le judiciaire pur, c’est ce qui a apaisé le conflit. »

L’ambition de l'expertise balistique était pour les juges français de s’extraire de l’empilement de témoignages contradictoires accumulés en près de quatorze ans d’enquête, pour tenter de faire reposer la preuve sur des bases tangibles. La connaissance du lieu de tir des missiles pourrait en effet permettre d'identifier le camp des tireurs.

FP/GF
 

© Agence Hirondelle

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Gatwa 19/01/2012 15:39


Oui.je vous compends très bien.Vous êtes en quête de la tranquilité du coeur comme tot munyarwanda.Nous en avons marre de ces enquêtes qui ne finissent pas,Pour moi,je constate une avancée dans
les propos de Monsieur B.Lugan DANS SA MISE AU POIT.L'expert en balistique ne s'est pas rendu à Kigali.Ils ont fait une similation.Que dire encore:Ce juge ne devait absolument faire gaffe de dire
que les rebelles se sont infiltrés dans les parages ou à l'intérieur du camp kanombe comme B.Lugan le confirme.Seulement attendons la fin des présidentielles francaises.Vous verres
akarimurori(L'INAVOUABLE).Salue -moi la communauté qui vous entoure et je répond au nom de ceux que vous avez salués:Gira amahoro.

MayeleDeogratias KAREGEYA 12/01/2012 00:26


" banyarwanda , banyarwandakazi namwe banya cyangugu " et vous aussi politologues et experts de la région des grands lacs d'Afrique centrale , aidez-moi à comprendre. Je réfléchi à
haute voix sur la question de savoir objectivement quelle serait la finalité politique de ces conclusions des rapports sur l'attentat du 06 avril 1994. En quoi cela va t-il
contribuer  à la résolution du problème rwandais suffisament délicat et complexe. C'est comme si tout le monde ( le côté F.P.R d'une part , ses detracteurs d'autre part
) veut être vu comme ayant les mains immaculées. J'ai l'impression que l'on recule, ou du moins , on n'a jamais avancé . Serais-je malade si je disais :" laissez les morts enterrer les
morts" . La vie des vivants est plus importante que la mort des morts. Je suis rwandais, et j'ai vécu la tragédie comme ressortissant de Ruhengeli , Nyakinama et come journaliste de l'office
rwandais d'information affecté à Gisenyi et couvrant Ruhengeli lors des attaques de grande envergure lancées par le F.P.R sur la préfecture, et à Kigali du 06 avril au 25 mai 1994. Mais de
guerre lasse, je commence à voir les choses autrement. Le radicalisme politique ne va amener les rwandais à rien. S'il vous plaît, aidez- moi à comprendre, ne m'innonder pas d'insultes. J'aime le
pays comme tout citoyen digne de ce titre.

Monier Alain 11/01/2012 07:56


Bonjour,


        J'ai des doutes sur ce rapport. On ressort  une vieille lune comme nouvelle demonstration de la verite. Je m'interroge,  en Cote D'Ivoire
on decouvre le corps de M. Kieffer pour confirmer la responsabilite de M.Gbagbo. Au Rwanda M. Kagame en sort blanchi. Tout souris a la France juste avant les Presidentielles, bizarre comme c'est
bizarre. Je m'en tiens a mes doutes et j'y reste. Cordialemet Alain Monier

Imara 11/01/2012 00:39


Bonsoir,


Je voudrais réagir à propos du nouveau rapport sur l'attentat du 6 avril 1994 au Rwanda.


1) Tout d'abord il me semble que les dés étaient pipés dans la mesure où ce rapport venait après un autre rapport qui avait entrainé les conséquences que l'on connaît. Pouvait-on vraiment
s'imaginer qu'un juge d'instruction français allait de nouveau risquer de voir les relations diplomatiques de son pays détériorées par un nouveau rapport ? Il ne fallait pas se faire des
illusions quant aux conclusions du rapport. La brutalité excessive avec laquelle le régime de Kigali a réagi au rapport précédent ne devait pas être perdue de vue pour le nouvel enquêteur.


2) Un deuxième élément qu'il faut signaler concerne le reproche qu'on fait toujours au rapport précédent, à savoir le fait qu'on n'a pas été sur le terrain. C'est vraiment faire preuve d'une
méconnaisance totale du contexte qui prévaut au Rwanda pour croire qu'on peut recueillir des témoignages crédibles au Rwanda. La situation est tellement grave que dernièrement le président
Kagame a lui-même reconnu que ses compatriotes étaient devenus des "muets". Qui aurait pu vraiment dire quelque chose pouvant contredire les thèses du régime ?


3) Une troisième observation importante est que le rapport se garde de tirer des conclusions définitives et parle de plusieurs hypothèses possibles. C'est un peu donc une "véritable auberge
espagnole" ; chacun pourra donc l'apprécier selon ses convictions ou ses intérêts.


4) Enfin, une idée largement répandue depuis le 6 avril 1994 est que des extrémistes auraient voulu faire un coup d'Etat. Cette thèse ne résiste pas à un examen sérieux pour plusieurs raisons. Il
faut d'abord signaler que le contexte de l'époque ne permettait pas de réaliser ce projet à cause de la présence des soldats de l'ONU, de l'ambiance politique du moment et surtout de la guerre en
cours. D'autre part, ceux qui avancent cette thèse du putsch ne disent pas toujours celui qui devait en profiter. Par qui devait-on remplacer le président assassiné ? Cette personne était-elle
d'accord ? Pouvait-elle être acceptée par les autres partis ? Qu'est-ce qui l'a empêchée de se manifester ? Les putschistes pouvaient-ils vraiment croire qu'ils allaient gagner la guerre en tuant
les Tutsi ? Est-il besoin d'être un grand stratège militaire pour savoir qu'on perd en dispersant ses forces plutôt que de les concentrer ?


A vrai dire, le mot de la fin revient à cette conclusion de la fable de la Fontaine (les animaux malades de la peste) : selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de la cour vous
rendront blanc ou noir.


Dans ces conditions, peut-on vraiment dire que le rapport fait avancer la vérité ? Rien n'est moins sûr.


Qui vivra verra.


Imara


10/01/2012