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Publié par JMV Ndagijimana

Paris-Kigali : la difficile réconciliation 

Alain Barluet


30/11/2009

La France et le Rwanda ont décidé de renouer leurs relations diplomatiques, rompues il y a trois ans.

Une mission technique partira dans quelques jours pour étudier la réouverture de l'ambassade de France, où une nouvelle équipe diplomatique sera nommée dans la foulée. Trois ans après avoir été rompues, le 24 novembre 2006, les relations franco-rwandaises viennent de franchir une étape décisive vers leur normalisation. Un lent et difficile processus dont Bernard Kouchner a été l'un des plus actifs artisans, se rendant notamment à deux reprises sur place depuis son arrivée au Quai d'Orsay. C'est de l'Élysée toutefois qu'est venue dimanche l'annonce des retrouvailles, scellées ce même jour à Kigali par une brève visite du secrétaire général Claude Guéant.

À Paris, on affirme qu'«aucune concession n'a été faite» pour tourner la page, marquée par une profonde défiance, le président Kagamé allant, en août 2008, jusqu'à accuser la France d'«avoir participé à l'exécution» du génocide des Tutsis en 1994.

Pas de repentance

Le rétablissement des relations officielles franco-rwandaises résulte d'une longue marche diplomatique avec en toile de fond les massacres qui ont fait, selon l'ONU, plus de 800 000 morts en cent jours, essentiellement parmi la minorité tutsie. En novembre 2006, le juge Jean-Louis Bruguière avait mis le feu aux poudres en recommandant des poursuites contre Paul Kagamé pour «participation présumée» à l'attentat, le 6 avril 1994, contre le président rwandais Juvénal Habyarimana qui avait marqué le déclenchement du génocide. Kigali rompait immédiatement les relations officielles avec Paris.

Dès 2007, Nicolas Sarkozy affiche son souci de régler ce différend. Pour le nouvel hôte de l'Élysée, la stabilisation de la région des Grands Lacs passe nécessairement par la réconciliation avec le Rwanda, petit pays adossé à l'immense et riche République démocratique du Congo, sur laquelle les rivalités ethnico-économiques du voisinage ne cessent de déborder. En 2008, le chef de l'État va même jusqu'à évoquer un «partage des richesses», suscitant un fort émoi qu'il s'efforce d'apaiser par un plaidoyer pour la coopération économique régionale.

Certes, il n'est pas envisageable d'offrir à Paul Kagamé la repentance qu'il exige de Paris pour le rôle qu'il lui attribue dans le génocide. Mais des petites phrases bien calibrées sont opportunément lâchées, comme celle de Bernard Kouchner parlant de «fautes politiques» de la France envers le Rwanda entre 1990 et 1994. C'est toutefois du front judiciaire que viendra la percée. La faiblesse du dossier Bruguière, grevé par la rétractation de plusieurs témoins, en réduit progressivement la portée. En septembre dernier, le contrôle judiciaire est levé à l'encontre de Rose Kabuye, une proche de Paul Kagamé arrêtée en Allemagne en 2006 sur la base d'un mandat d'arrêt français. En octobre dernier, la veuve du président Habyarimana voit sa demande d'asile rejetée. Paris assure aussi que la justice passera sur le cas de plusieurs Rwandais accusés d'avoir trempé dans le génocide et réfugiés en France. Coïncidence ou estocade du maître stratège Paul Kagamé, le jour même de l'annonce du grand rabibochage, le Rwanda, de tradition francophone, devenait le 54e membre du Commonwealth…

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