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Publié par JMV Ndagijimana

Par Colette Braeckman

La décision prendra effet immédia
tement : la France et le Rwanda ont décidé de renouer leurs relations diplomatiques. Selon Louise Mushikiwabo, ministre de l'Information au Rwanda, « cette décision devrait entraîner la normalisation, dans les plus brefs délais, de toutes les relations entre les deux pays et permettre à Paris et à Kigali de reprendre les discussions sur tous les sujets d'intérêt commun ».

La décision a été prise par le président Kagame à l'issue d'une rencontre avec une délégation française envoyée par le président Sarkozy le jour même où le Rwanda était admis comme membre du Commonwealth. Cette normalisation a lieu malgré les processus judiciaires en cours et démontre qu'entre les deux pays, le contentieux était avant tout politique.

Les relations entre les deux pays avaient été rompues il y a trois ans, à l'initiative de Kigali, après que le juge Jean-Louis Bruguière eut délivré neuf mandats d'arrêt contre de hauts dirigeants rwandais (mais pas contre le président Kagame, vu sa fonction). Le juge antiterroriste avait inculpé des membres du FPR, les accusant d'être les auteurs de l'attentat contre l'avion du président Habyarimana, le 6 avril 1994. À Kigali, cette inculpation fut interprétée comme une manière de poursuivre, par le biais judiciaire cette fois, la guerre larvée (diplomatique, économique, médiatique...) menée contre le Rwanda depuis la victoire du Front patriotique rwandais sur les forces de l'ancien régime génocidaire, en juillet 1994.

Depuis lors, même si le juge Bruguière refuse de se prononcer sur le fond de son enquête, nous assurant seulement « qu’ 'il a procédé de manière très classique, à la suite de plaintes déposées par les familles françaises des membres de l'équipage de l'avion abattu », le dossier a connu de nombreuses péripéties : l'arrestation, fin 2008, de la chef de cabinet du président Kagame, Rosé Kabuye, a permis à la défense de prendre connaissance des arguments à charge.

 

Au fil du temps, cet argumentaire s'est trouvé sérieusement déforcé par la rétractation des principaux témoins, qui reconnurent avoir été manipulés et n'avoir jamais tenu ces propos ! En outre, le Rwanda a rendu publics les résultats d'une commission d'enquête établissant « l'implication de la France dans le génocide », et le président Kagame est actuellement dépositaire des résultats d'une autre investigation rwandaise à propos de l'attentat contre l'avion présidentiel. Cette enquête-là sera-t-elle un jour publiée, ou n'aura-t-elle servi que de monnaie d'échange ?

 

En France, la volonté de normalisation avec le Rwanda incarnée, dès le début, par Bernard Kouchner, s'est opposée à bien des obstacles, dont un lobby puissant dans le milieu militaire. Au nom du réalisme politique, le Rwanda acceptera-t-il que les griefs du passé soient mis sous le boisseau, et Sarkozy, de son côté, réussira-t-il à désarmer les plus hostiles à Kigali ? Dans la région, les sujets d'intérêt commun ne manquent pas : la France manifeste le désir de reprendre pied dans les Grands Lacs et il est question de créer au Kivu un « commandement intégré » où se côtoieraient Français et Américains.

 

La décision du président Kagame tend à démontrer que, même s'il est soutenu par le monde anglo-saxon, le Rwanda veut demeurer un pays africain non aligné. ■   


Colette braeckman

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