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Publié par La Tribune Franco-Rwandaise

Extrait du livre La France a-t-elle participé au génocide rwandais ? par Jean-Marie Ndagijimana, Editions la Pagaie, 2012. 16 à 19. ISBN 9782916380124,Prix 20€ (y compris les frais de poste)

Kagame à l'Elysée2A l’occasion de sa première visite dans la capitale rwandaise, le 25 février 2010, le président français Nicolas Sarkozy a fait la déclaration suivante lors d’une conférence de presse tenue conjointement avec son homologue rwandais : « Cette visite au Rwanda me tenait très à cœur, elle a été préparée par la visite que vous a rendue Bernard Kouchner auparavant. Elle me tenait très à cœur parce que ce qui s’est passé ici, au Rwanda, dans les années 90, c’est une défaite pour l’humanité toute entière. »

Et de poursuivre : « Ce qui s’est passé ici est inacceptable et ce qui s’est passé ici oblige la communauté internationale, dont la France, à réfléchir à ses erreurs qui l’ont empêché de prévenir et d’arrêter ce crime épouvantable. »

S’adressant au président rwandais, Nicolas Sarkozy a déclaré : « Des erreurs d’appréciation, des erreurs politiques ont été commises ici. Et elles ont eu des conséquences absolument dramatiques. »

A la question de savoir pourquoi « la France parle d’erreur et [...] ne demande pas pardon comme l’ont fait d’autres pays », Nicolas Sarkozy a notamment répondu :

« J’ai dit les choses mais je peux les préciser. Grave erreur d’appréciation. Forme d’aveuglement quand nous n’avons pas vu la dimension génocidaire du gouvernement du Président qui a été assassiné. Erreur dans une opération « Turquoise » engagée trop tardivement et sans doute trop peu. Les mots ont un sens, Madame, les mots ont un sens. Voilà. Et on en a parlé très franchement. Alors, vous savez, nous ne sommes pas ici pour nous amuser, pour faire une course au vocabulaire. Nous sommes ici pour réconcilier des nations, pour aider un peuple qui a été meurtri. Le génocide qui a eu lieu ici, là, voilà. C’est pour tourner une page et je crois qu’il est très important que chacun comprenne que le processus que nous engageons est un processus qui évoluera étape par étape. » 

Cinq jours plus tard, le 1er mars 2010, dans un article intitulé Le génocide du Rwanda publié sur le blog de Monsieur Alain Juppé, qui était ministre des Affaires étrangères pendant le génocide et fut la première personnalité internationale à utiliser le mot génocide pour qualifier les massacres du Rwanda, l’actuel maire de Bordeaux répond aux déclarations du président Nicolas Sarkozy à Kigali en ces termes :  « Ce que je sais, c’est qu’à l’époque, loin de prendre parti pour un camp contre l’autre, le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du Président Habyarimana, légalement élu, et le leader du Front Patriotique Rwandais (FPR) , le colonel Kagame qui, de l’Ouganda où il se trouvait en exil, se lançait dans la reconquête du territoire de son pays. C’est ce qu’on a appelé le processus d’Arusha, du nom de la ville de Tanzanie où se déroulaient les négociations. Ce processus, lancé dès 1992, a abouti en août 1993 à une série d’accords qui actaient la réconciliation nationale, le départ des troupes françaises présentes au Rwanda, la mise en place d’une force des Nations Unies, la MINUAR, pour surveiller la bonne application de l’accord, et la création d’un gouvernement de transition consacrant la réintégration des exilés tutsis. [……] Bref le processus de paix semblait bien engagé… jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française.

Ce que je sais aussi, c’est que loin de se taire sur ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes. Je l’ai dit le 15 mai 1994 à l’issue de la réunion du Conseil des Ministres de l’Union Européenne à Bruxelles, et de nouveau le 18 mai à l’Assemblée Nationale au cours de la séance des questions d’actualité.
Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un “aveuglement” scandaleux. Malgré ce qui se passait sur le terrain et que l’on savait, malgré les appels de son Secrétaire général en exercice, Boutros Boutros-Ghali, qui réclamait l’envoi rapide de 5 000 Casques bleus, le Conseil de Sécurité a été incapable de prendre la moindre décision… sauf celle de ramener les effectifs de la MINUAR de 2548 à 270 hommes (21 avril 1994).

Devant la carence de la communauté internationale et les obstacles mis par certaines grandes puissances aux demandes du Secrétaire général de l’ONU, la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise, c’est-à-dire à l’envoi d’une force internationale, principalement constituée de militaires français. Le gouvernement français a obtenu le feu vert du Conseil de Sécurité par la résolution  n°929 en date du 22 juin 1994. Le Secrétaire d’Etat américain, Warren Christopher, m’a fait personnellement part de son admiration pour cette initiative de la France. Ce que je sais enfin, c’est que l’opération Turquoise s’est exactement déroulée dans les conditions fixées par la résolution des Nations Unies. Elle a permis de sauver des centaines de milliers de vies. Je me souviens de l’accueil que réservaient à nos soldats les réfugiés qui fuyaient les combats opposant le FPR (Front Patriotique Rwandais du colonel Kagame) et les FAR (Forces Armées Rwandaises). Turquoise a également protégé des dizaines de sites de regroupement de civils tutsis et permis  aux ONG d’accéder en toute sécurité à ces populations. Son mandat n’était en aucune manière de faire la guerre, mais de mener une opération humanitaire, nettement définie dans le temps et dans l’espace. Elle l’a remplie dans des conditions qui font honneur à l’armée française et à notre pays. Jusqu’à ce qu’enfin arrivent sur place les Casques bleus de la MINUAR II, fin août 1994 ». 

On ne peut être plus clair. La position d’Alain Juppé rejoint celle de la Mission d'information parlementaire sur le Rwanda. Décidée en 1998, cette mission fut présidée par l’ancien ministre Paul Quilès. Elle publia en décembre 1998 un rapport étayant le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994, et parlant notamment d’"erreurs d'appréciation" et de "dysfonctionnements institutionnels".

Pour Paul Quilès, président de la Mission d'information parlementaire sur le Rwanda : « Au moment où le génocide se produit, la France n'est nullement impliquée dans ce déchaînement de violences. » « Nous n'avons pas su tenir compte des spécificités d'un pays que nous connaissions mal. Nous sommes intervenus dans un pays que nous croyions connaître, mais qui en réalité nous était beaucoup plus étranger que nous le soupçonnions. »

La Francea-t-elle participé au génocide rwandais

 

Pour acquérir ce livre contacter l'auteur http://www.france-rwanda.info/pages/NOUS_CONTACTER-748305.html 

 


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Commenter cet article

HEBERT Annick 04/04/2014 15:20


Non, non, rien à voir avec les élections municipales ! La vérité ne se négotie pas avec la politique. Mr Juppé a toujours été en vérité concernant
l'implication de la France dans ce génocide. Il était bien informé, c'est tout.

Monier alain 31/03/2014 08:03


M. alain Juppe defend la position responsable, mais il oublie peut etre de signaler que la droite dont il etait un des representant dans le gouvernement Balladur n'a pas tout fait pour affirmer
la position francaise dont il se proclame partisan, d'ou certaine interferences tres malheureuse. Je ne vois pas ce que vient faire l'admiration de cette personne pour Mr Juppe maire de Bordeaux
, c'est surement la proximite des elections municipales. A ce titre je ne partage pas son engouement electoraliste. Cordialement Alain Monier

Annick HEBERT 23/03/2014 22:14


Je suis trés fière du Maire de Bordeaux, Mr Alain Juppé ! La Maire de
ma ville !


Il faut encore relire le livre du Gal Lafourcade : "opération turquoise".


Quand allons-nous "trouver" la vérité, à défaut de la "faire" ?