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Publié par JMVN

Philippe Cohen - Marianne

BK_Bongo.jpg
Nous poursuivons notre série sur les sarkozystes de gauche. Aujourd'hui, Bernard Kouchner. Qui profite de l'Assemblée générale de l'ONU pour se chercher un nouveau job.

 

 

Il était le symbole même de l'ouverture. La plus belle prise « de gauche » du sarkozysme triomphant. Pensez donc.

L'homme qui était devenu l'héritier officiel de l'Abbé Pierre, celui qui surfe sur tous les sondages de popularité depuis qu'il a mis un sac de riz sur son dos, donnant même au lecteur honnête l'impression d'une véritable congélation de l'opinion tant le Docteur Kouchner semblait aimanté par les cimes de ces hit-parades médiatiques.

Mais c'est fini. K

Certes, le ministre continue d'être invité par Jean-Pierre Elkabbach. Certes, il donne toujours du « Monsieur » aux journalistes qui l'interrogent comme s'il les toisait du haut de sa montagne d'UBM (unité de bruit médiatique). Certes, il caracole toujours dans les hit parades du JDD et du Point. Mais on sent bien qu'il n'est plus qu'une marionnette qui ne tient qu'à un fil.

Car par la suite, le parcours du ministre au Quai d'Orsay s'est révélé calamiteux, et c'est bien ce qui peut rompre ce qui reste de ce fil. L'Elysée ayant préempté tous les dossiers lourds de la politique étrangère (Europe, G20, Moyen Orient, etc), il ne lui restait plus qu'à faire ses preuves sur ce qui restait du job. Et pardon, mes amis, quelle performance! Jamais, de mémoire de diplomate, la cote d'un ministre des Affaires étrangères n'a été aussi basse du haut en bas de la pyramide du quai d'Orsay. Dans son livre « les diplomates » (1), Franck Renaud raconte comment, à l'inverse de ses prédécesseurs, le ministre des Affaires étrangères a aidé Bercy à sabrer dans le budget du ministère, notamment sur le front de la culture, où la France réduit son action au moment où le soft power devient prioritaire dans les diplomaties des autres grands pays. Grâce à sa super-performance au Quai, Bernard s'est payé une volée de bois vert de la part de Jean-Christophe Rufin qu'il avait lui-même nommé ambassadeur du Sénégal, puis de deux anciens ministres des affaires étrangères Alain Juppé et Hubert Védrine. Enfin, le rapport de l'ONU qui pointe les assassinats de masse perpétrés au Congo par les hommes du président rwandais Paul Kagame, résonne comme un désaveu spectaculaire de la diplomatie pro-Rwanda de Kouchner.

Voici donc quelques mois que Bernard Kouchner sait qu'il va devoir se trouver un nouveau job. Selon une source interne au quai d'Orsay, c'est la raison pour laquelle il a prévu de séjourner une dizaine de jours à l'Assemblée générale de l'ONU quand l'usage courant était d'y passer quarante huit heures. Il semblerait aussi que, non content d'arpenter les couloirs de la réunion en quête de tuyaux pour son boulot de dans deux mois, le ministre ait discrètement consulté un cabinet de recrutement international. Et tenté, sans doute de justifier le prix exorbitant que coûte désormais le Kouchner bonifié par cinq années de valise diplomatique. Le ministre sera d'autant plus tenté d'être gourmand qu'il sait son épouse dans de sales draps. Dans le conflit au lance-flammes qui l'oppose désormais à Alain de Pouzihac au sein de la direction de la Société de l'audiovisuel extérieur de la France (France 24, RFI, TV5 Monde), Christine Ockrent n'est pas sûre de gagner la partie. La récente ré-embauche de Jean Lesieur, dont elle avait exigé le limogeage, à la direction de la rédaction de France 24 ne témoigne-t-elle pas de ses difficultés ?

Pourrait-il, le cas échéant, redevenir ministre si la gauche revenait aux affaires ? Certains - bien pessimistes - l'affirment au PS, qui se souviennent comment Martine Aubry a contribué à sauver le soldat Kouchner après la parution du livre de Péan. Il suffirait, selon certains, que Bernard pointe son nez en pleine campagne présidentielle de 2012 pour obtenir la réintégration avec tous les honneurs de la part d'un candidat de la gauche forcément avide de récupérer des supposés « bons produits médiatiques ». Mais il est également possible que, pour éviter un re-retournement de veste, le Président lui propose un poste prestigieux où atterrir. Mais, compte tenu des ambitions de Kouchner et de son isolement au plan international, en a-t-il encore les moyens ?

Kouchner a mangé son pain blanc. Pas un employé de Sarkoland ne parierait un kopek sur la reconduction du ministre au quai d'Orsay lors du tout prochain remaniement. D'abord, le Président a été effaré de découvrir le double jeu de ce ministre révélé par le livre-enquête de Pierre Péan, Monsieur K. Animateur le jour d'une institution internationale chargée de distribuer des subsides aux états africains, il devenait la nuit un - onéreux - consultant (via sa société sobrement baptisée BK consultant) pour les gouvernants de ces mêmes états africains. Sarko a même remis en cause les compétences de Claude Guéant pour ne pas lui avoir signalé la casserole potentielle du futur ministre au moment de sa nomination. Rechignant à « shorter » l'impétrant à chaud, le président s'est contenté de muter « à la circulation » l'ancien associé de Kouchner — Eric Danon, devenu entre-temps ambassadeur de Monaco — qui pressait les chancelleries de régler au plus vite les factures du PDG de BK Consultant.

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