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Publié par La Tribune Franco-Rwandaise

Par Elsa Freyssenet | 25/08 

Les ratés de communication sur la fiscalité et la querelle Valls-Taubira ont parasité la rentrée du PS.

Le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, à La Rochelle - AFP
Le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, à La Rochelle - AFP

C’aurait pu être un discours de mobilisation tout entier porté par l’espoir de voir s’amplifier le début de reprise économique. Dimanche, en clôture de l’université d’été du PS à La Rochelle, Jean-Marc Ayrault a bien sonné la mobilisation des socialistes. Mais il a aussi et surtout dû passer de longs moments à rattraper les fautes de communication et les querelles publiques entre ses ministres.

Manuel Valls et Christiane Taubira s’écharpent sur la récidive et les peines planchers; le Premier ministre doit préciser qu’il n’y aura, dans la future réforme pénale, « pas d’automaticité », ni pour les condamnations ni pour les libérations. Pierre Moscovici et Laurent Fabius s’inquiètent du « ras-le-bol fiscal » des Français accréditant l’idée que le gouvernement auquel ils participent a eu la main trop lourde sur les impôts; le chef du gouvernement doit défendre les choix faits l’an dernier – « Nous avons fait porter l’essentiel de l’effort, je le revendique, sur les hauts revenus et les grandes entreprises »– tout en assurant que l’exécutif veillera « comme à la prunelle de ses yeux » au bon dosage dans les arbitrages à venir. Philippe Martin, enfin, crée le trouble en annonçant la création prochaine d’une contribution climat-énergie avant de corriger le tir; Jean-Marc Ayrault doit confirmer qu’il ne s’agirait « pas d’une nouvelle taxe »

Si le chef du gouvernement ne peut pas en vouloir au ministre de l’Ecologie – « Philippe Martin a agi sur ordre », témoigne un fidèle du chef de l’Etat – il ne s’est pas privé hier de tancer publiquement les autres ministres fautifs. « Chaque fois que le débat est sur la place publique avant même d’avoir été posé entre nous, c’est une faute contre le collectif », a-t-il commencé avant d’asséner en détachant chaque mot : « J’entends des prises de position qui donnent quelques secondes de visibilité à leurs auteurs. Mais j’entends surtout des Français qui ne goûtent pas toutes nos subtilités et qui ne retiennent qu’un sentiment de flou ! J’entends surtout des militants qui ne comprennent pas que les jeux personnels viennent ruiner leurs efforts ! » (voir la vidéo).

Polémique sur les impôts

Des polémiques du week-end, la plus dommageable pour les arbitrages à venir fut celle sur les impôts. Parce qu’elle parasite le plan de communication de l’exécutif sur les retraites, qu’elle donne le sentiment que le gouvernement s’est trompé – « c’est de l’autoflagellation fiscale », maugrée un ministre – et qu’il ne sait pas quoi faire du début de reprise économique. La polémique la plus visible en revanche fut celle entre Manuel Valls et Christiane Taubira. Le ministre de l’Intérieur avait bien tenté de calmer le jeu en qualifiant la garde des Sceaux d’« amie ».

Mais agacé de passer pour un diviseur et meurtri du récent rappel à l’ordre du chef de l’Etat, il est apparu extrêmement tendu et a essuyé des sifflets d’une partie des militants socialistes lors de son intervention dans une table ronde sur la lutte contre le FN. Rien de tel pour la ministre de la Justice accueillie très chaleureusement quelques heures plus tard et longuement saluée devant les caméras par l’ancienne patronne du PS Martine Aubry. Christiane Taubira a alors savouré sa revanche, dévoilant, à la grande surprise de Jean-Marc Ayrault, des points clefs de sa réforme avant que les arbitrages finaux soient rendus !

La controverse traduit une division persistante au sein de la gauche sur la meilleure manière de lutter contre le FN. Elle est d’ailleurs plus prégnante sur l’immigration que sur la sécurité et elle se résume ainsi : faut-il, comme l’a répété Manuel Valls, « d’abord répondre clairement aux attentes du peuple » sur la régulation de l’immigration et le démantèlement des camps de roms ou « éviter d’aller sur l’adversaire » comme le souhaite notamment l’aile gauche du PS ? Toutes les synthèses tentées se révèlent fragiles tant le sujet touche à l’essence de la gauche.

ELSA FREYSSE NET (Envoyée spéciale à La Rochelle)
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