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Publié par Le blog de Jean-Marie Ndagijimana

(L'Avenir Quotidien 07/03/2013)


Au moment où le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon demandait mardi au Conseil de sécurité de renforcer rapidement la Mission onusienne en Rd Congo, le Conseil de sécurité se fourvoie exprès et tergiverse

Ce, malgré l’insistance de l’ambassadeur Ignace Gata en vue de la prise rapide d’une résolution autorisant le déploiement rapide de la Brigade d’intervention rapide (BIR) "dotée d’un mandat d’imposition de la paix" en faveur de la Rdc, telle que voulue dans l’Accord-cadre d’Addis-Abeba signé le 24 février dernier

Mais le ver est dans le fruit : ce jeu de cache-cache se justifie dans la mesure où le prochain président du Conseil de sécurité, dès le 1eravril, c’est le Rwanda, éternel juge et partie dans ce qui se passe dans le Kivu. Comment une ONU rationnelle, qui accuse Kigali de soutenir le M23 que la brigade est censée précisément combattre, peut-elle lui céder la présidence et actionner au même moment la machine du déploiement de la BIR ? 

Du cache-cache à New York. Faut-il encore croire en la bonne foi du Conseil de sécurité des Nations Unies dans la pacification de l’Est de la Rdc ? La question devient si pertinente, surtout au stade actuel, au regard de ce qui s’est passé mardi 5 mars au Conseil de sécurité. De quoi entrevoir de prime abord une réponse qui soit loin d’être positive.

Franchement, les choses vont mal et très vite. Le 24 février dernier intervenait la signature de l’Accord-cadre à Addis-Abeba ; le mardi dernier le Secrétaire général de l’Onu en rend compte au Conseil de sécurité. Par la bouche de Ban Ki-Moon, l’ONU a clairement plaidé en faveur du renforcement de la gigantesque Mission des Nations Unies pour la stabilisation du Congo, Monusco, comme l’a toujours exigé Kinshasa. ‘’J’invite le Conseil à autoriser le déploiement de cette brigade et à lui fournir le soutien politique nécessaire", déclarait M. Ban devant le Conseil, avant de préciser que cette unité de 2.500 hommes "aurait la capacité de mener, avec ou sans les FARDC (Forces armées de la RDC), des opérations offensives contre tous les groupes armés qui menacent la paix dans l’Est de la RDC. Des propos visiblement bien trouvés, mais qui n’ont pas requis l’assentiment d’un maximum des participants généralement tendancieux.

Du coup et comme piqués par une mouche venimeuse, plusieurs pays ne sont pas allés par le dos de la cuillère pour se poser tant de questions sur l’opportunité de créer une brigade d’intervention rapide en vue de la pacification de la Région des Grands Lacs, et partant de la Rd Congo. Pourtant, les uns comme les autres, sans se préoccuper de ce que vivent les Congolais, savent qu’au-delà de leurs intérêts, le coin mérite une attention particulière et urgente.

Ce n’est pas une innovation

« La situation sécuritaire reste fragile et requiert des actions urgentes », a plaidé M. Ban devant les 15 membres de l’organe chargé de la paix et de la sécurité internationales. Mais au cours des consultations qui ont suivi, plusieurs pays du Conseil ont essayé d’évoluer. Ils se sont alors penchés sur la question de la mise en œuvre, et donc de la faisabilité de cette brigade, en en croire des diplomates.

La question soulevée par le SG de l’ONU n’est pas tombé du néant. Dans un passé récent, l’Accord-cadre d’Addis-Abeba s’y était penché. Curieusement, les membres du Conseil ont considéré ‘’l’approche (de M. Ban) comme audacieuse et innovante. Il y a eu un certain nombre de questions sur le renforcement de la Monusco’’, a déclaré à la presse l’ambassadeur russe Vitali Tchourkine, qui préside le conseil en mars. "Nous avons encore beaucoup de travail dans les semaines à venir", a-t-il ajouté en espérant malgré tout l’adoption d’une résolution avant fin mars courant.

Un autre diplomate du Conseil a évoqué d’autres conditionnalités. A l’en croire, les pays qui fournissent des troupes aux opérations de maintien de la paix de l’ONU (Guatemala, Pakistan notamment) ont évoqué les risques de représailles contre les Casques bleus, comme si ailleurs lorsque l’ONU se déploie, les représailles sont exclues. En outre, il a souligné dans le même registre que la Russie et la Chine soulevaient des objections "de principe". Soit dit en passant, la Rdc entretien de bonnes relations avec les deux pays précités ; il y a donc à réfléchir. Quant aux Etats-Unis d’Amérique, ils doutent éperdument des capacités militaires de la Monusco, a-t-il ajouté. Ce qui se justifie jusqu’ici.

Le Rwanda au présidium du Conseil

Le même diplomate a fait remarquer que le prochain président du Conseil, à partir du 1er avril, sera le Rwanda. Or, Kigali est accusé par les experts de l’ONU même de soutenir le M23, un des groupes armés actifs en RDC que la brigade est censée précisément combattre. Si pas du yoyo, c’est du véritable cache-cache. Comment une ONU rationnelle, qui accuse Kigali de soutenir le M23 ‘’que la brigade est censée précisément combattre’’, peut-elle lui céder la présidence et actionner au même moment la machine du déploiement de la BIR ?

Selon des experts onusiens, les rebelles du M23 —qui ont pris l’an dernier Goma (Est de la RDC) avant de se retirer— ont été aidés et armés par le Rwanda et l’Ouganda, ce que ces deux pays ne cessent de démentir, crachant ainsi sur les conclusions fondées et vérifiables des experts de l’organisation où Kigali est confortablement assis.

Mais quoiqu’il en soit, même si le déploiement de la BIR est hypothétique, c’est à la France, un autre ami de la Rdc, qu’incombe la rédaction d’un projet de résolution sur le renforcement de la Monusco. Celle-ci, forte de 17.000 hommes, a été critiquée pour n’avoir pas pu mettre fin aux violences dans l’Est de la RDC. Elle devra alors se racheter, une fois sa mission renforcée, si du moins cela le sera un jour.

L’espoir est encore permis. L’ambassadeur de la RDC à l’ONU Ignace Gata Mavita a pour sa part demandé au Conseil "de prendre rapidement une résolution autorisant le changement du mandat de la Monusco pour un mandat beaucoup plus robuste" et d’autoriser le déploiement rapide d’une brigade d’intervention "dotée d’un mandat d’imposition de la paix". Il a aussi pressé M. Ban de nommer rapidement un envoyé spécial pour la région des Grands Lacs, comme le prévoit l’Accord-cadre d’Addis-Abeba. Celui-ci a été signé, il y a dix jours, par onze pays de la région dont le Rwanda et l’Ouganda indexés, pour tenter de stabiliser l’est de la RDC.

Mariage Brigade d’intervention - Monusco

Communément appelée « brigade d’intervention », la force proposée mènerait, seule ou avec les Forces armées congolaises (Fardc), des offensives « ciblées et musclées », « en faisant preuve d’une grande mobilité et d’adaptabilité », contre les groupes armés qui déstabilisent l’Est de la RDC.

La brigade bénéficierait notamment de l’appui aérien de la Monusco qui serait dotée de deux hélicoptères d’attaque et quatre hélicoptères de manœuvre supplémentaires, précise le rapport spécial du Secrétaire général dont était saisi le Conseil. Son mandat initial serait d’un an, recommande-t-il.

« Cette capacité opérationnelle, qui avait été demandée par les parties prenantes régionales, est nécessaire pour répondre de la manière la plus appropriée à l’environnement conflictuel dans lequel opère la MONUSCO depuis plusieurs années », a expliqué M. Ban.

Chargée de contenir, de neutraliser et de désarmer les groupes armés congolais et étrangers, la brigade d’intervention permettra à la MONUSCO de se concentrer davantage sur les tâches relatives au maintien de la paix. La brigade a été envisagée pour réaliser les objectifs politiques fixés par l’Accord-cadre de paix, de sécurité et de coopération pour la RDC et la région des Grands Lacs, signé le 24 février dernier à Addis-Abeba en Éthiopie.

En signant cet Accord-cadre, l’Angola, le Burundi, la République centrafricaine, la République du Congo, le Rwanda, la République démocratique du Congo, le Soudan, l’Afrique du Sud, le Soudan du Sud, l’Ouganda et la Tanzanie se sont notamment mis d’accord pour protéger la souveraineté territoriale et préserver la paix et la stabilité de la RDC. Les Nations Unies, l’Union africaine, la Conférence internationale de la région des Grands Lacs et les 14 États Membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) se portent garants de cet Accord-cadre.

« Nous sommes tous conscients que la signature de l’Accord-cadre n’est qu’un début », a prévenu M. Ban, qui s’apprête à nommer un Envoyé spécial, qui sera chargé de soutenir sa mise en œuvre par toutes les parties prenantes.

« Il se peut que certains estiment que cette instabilité s’inscrit simplement dans le cycle de violences interminables dans cette région meurtrie, mais nous avons la possibilité de rompre ce cycle et de faire évoluer les choses de façon différente », a assuré le Secrétaire général.

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