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Publié par JMV Ndagijimana

Gakunzi DavidDavid Gakunzi

Dans un article publié sur plusieurs blogs pro-FPR, entre autres sur le site "la règle du jeu" du philosophe Bernard Henri Lévy, David Gakunzi, un Burundais membre originel du FPR, militant de la paix autoproclamé, président du Centre international Martin Luther King à Kigali,
fait une descente remarquée contre les négationnistes du génocide tutsi au Rwanda. Je partage une partie de son approche, sans en partager le contenu.


Dans les commentaires qui suivent, je ne retiendrai que deux affirmations où Monsieur Gakunzi manie raccourcis et amalgames avec une maestria jamais égalée, comme savent le faire les zélateurs du Front Patriotique Rwandais lorsqu’il s’agit de nier leur responsabilité dans le génocide des Tutsi et dans celui des Hutu.


I.- PREMIER RACCOURCI :
 


David Gakunzi écrit : "Paul Kagame, « le chef des Tutsi », aurait commandité l’attentat provoquant ainsi l’apocalypse afin d’accéder au pouvoir suprême en marchant sur les cadavres des siens. Nous y voilà : le génocide ne serait qu’un monstrueux complot ourdi, orchestré par les Tutsi eux-mêmes, pour s’emparer du pouvoir ! Voilà la véritable histoire secrète révélée : les victimes seraient les préparateurs, les auteurs de leur propre tragédie. Ils auraient planté le cadre, le décor de leur propre extermination."


Commentaire de JMVN

David Gakunzi commet là une erreur monumentale, et cela pour plusieurs raisons :

Paul Kagame et le FPR n’ont jamais représenté les Tutsis.  Comme je le dis dans mon livre "PAUL KAGAME A SACRIFIE LES TUTSI (Éditions la Pagaie, avril 2009)", ces derniers n'ont jamais mandaté Kagame pour les libérer de quelque oppression que ce soit. Affirmer le contraire comme le fait David Gatsinzi, c'est confondre les Tutsi avec l'un des belligérants de l'époque, le FPR ; cela revient à conforter les arguments utilisés par les génocidaires pour massacrer les Tutsi qu'ils accusaient globalement de soutenir les envahisseurs du 1er octobre 1990.

David Gakunzi et ceux qui pensent comme lui ou utilisent sciemment ce raccourci criminel justifient et légitiment a posteriori le génocide des Tutsi. 

Oui, le FPR était en guerre contre le gouvernement en place, oui il y avait des Tutsi - mais aussi des Hutu - au sein du FPR, oui Paul Kagame est un Tutsi, mais tous les Tutsi n'étaient ni membres ni sympathisants du FPR. Et tous les Tutsi n'ont pas participé à l'attentat du 6 Avril 1994 et encore moins au génocide des Hutu perpétré par les hommes de Paul Kagame. Que Kagame a ourdi un monstrueux complot, passant par le sacrifice des Tutsi, pour s’emparer du pouvoir, est de notoriété publique. Mais cela ne signifie absolument pas que ce complot du FPR ait été "orchestré par les Tutsi eux-mêmes" ! Car Paul Kagame ne représente pas les Tutsi. Les victimes tutsi ne sont par conséquent ni "les préparateurs ni les auteurs de leur propre tragédie ou de leur propre extermination" comme l'insinue David Gakunzi. Instrumentaliser le génocide des Tutsi en niant le génocide hutu pour blanchir les criminels du FPR relève d'un cynisme criminel. C'est du NEGATIONNISME à l'état pur !


II.- DEUXIÈME RACCOURCI :

David Gakunzi écrit : "Deuxième pilier de cette homélie négationniste : en vérité, en vérité, il y a eu des morts des deux côtés, n’oublions pas les autres victimes ; il y a eu une violence symétrique, deux génocides, un double génocide. Singularité du crime de génocide niée, amalgame entre victimes de génocide et victimes de guerre. Toute vie humaine est évidement, absolument sacrée, et toute atteinte à la vie humaine à proscrire. Mais faut-il rappeler ici que guerre et génocide ne sont pas deux phénomènes de même ordre : si le permis de tuer – absolument condamnable -  peut être un élément stratégique dans une guerre, il constitue un but en soi dans un génocide. Victimes de génocide et bourreaux donc renvoyés, à dessein, dos à dos, opposés en miroirs : Hutu et Tutsi ont été, en fin de compte macabre, à la fois victimes et coupables. Le fléau de la balance ! "


Commentaire de JMVN

Nous sommes ici en face, non pas d'une erreur monumentale, mais d'une mauvaise foi inqualifiable. En quoi en effet affirmer que le FPR de Paul Kagame a, dans les territoires qu'il contrôlait, commis des actes de génocide contre la population hutu, en quoi cela constitue-t-il en effet une négation du génocide des Tutsi ? Nous attendons que David Gakunzi éclaire notre lanterne.


Étant un des tenants de la thèse du double génocide, j'invite David Gakunzi à lire attentivement la citation suivante tirée de mon dernier livre “
PAUL KAGAME A SACRIFIÉ LES TUTSI (Éditions la Pagaie, avril 2009)” (p.156-159).

Je cite : “Sans hésitation, j’affirme que Paul Kagame a délibérément sacrifié les Tutsi de l’intérieur du pays et s’en est ensuite servi comme prétexte pour trahir les accords de paix d’Arusha et prendre le pouvoir par la force. Mon analyse des événements et mon intime conviction me conduisent par ailleurs à affirmer qu’il y a eu deux génocides parallèles et concomitants au Rwanda. Les faits constitutifs de ces deux génocides ont eu lieu dans des circonstances de temps, de lieu et de méthode identifiables. Conformément au principe d’égalité au droit à la vie, aucun de ces deux génocides n’excuse ni ne justifie l’autre.

La seule manière de reconnaître ou de réfuter officiellement le génocide hutu est, pour la communauté internationale, de lever l’embargo qui couvre tous les rapports mettant en cause Paul Kagame et son entourage, permettant ainsi aux victimes Hutu et à leurs familles de jouir pleinement de leur droit à une justice internationale équitable et impartiale, à l’instar de leurs compatriotes Tutsi. Tant que les obstructions actuelles perdureront, il est évident que la rancœur et les frustrations ne feront que s’amplifier au sein d’une grande partie de la population rwandaise. Est-ce cela que recherche le TPIR en fonçant tête baissée dans le processus d’achèvement qui n’est que la forme masquée d’un terrible déni de justice ?


Oui, je le répète, il y a eu un double génocide.


Dans la zone contrôlée par le gouvernement Kambanda, entre avril et juillet 1994, d’innombrables faisceaux convergents prouvent que malgré la prétendue spontanéité de certains massacres, les tueries étaient organisées. Lorsque des centaines voire des milliers de barrages sont installés dans les villes, à tous les carrefours, sur les ponts des fleuves, sur toutes les routes du territoire sous contrôle gouvernemental, que des miliciens armés les surveillent, qu’ils trient les passants sur base ethnique, qu’ils tuent tous les passants Tutsi ou Hutu à physionomie tutsi, qu’ils laissent en revanche passer les Hutu identifiés et vérifiés comme tels, l’on ne peut plus parler de réactions spontanées. Encore que la spontanéité n’enlève rien à la gravité de tels massacres. Lorsque, pendant trois mois sans interruption, des équipes de tueurs armés ratissent les collines, les marais, les forêts, les églises, les écoles, les maisons d’habitations, à la recherche de Tutsi, qu’ils les tuent systématiquement quand ils les trouvent, l’on ne peut plus parler de colère spontanée.

L’intention de détruire un groupe identifié est ici patente. Ces actes criminels ont eu lieu partout dans la zone contrôlée par le gouvernement, suivant un scénario quasiment invariable. Cela est qualifié de génocide en droit pénal international. Les Tutsi qui ont échappé aux massacres ont survécu parce que la MINUAR ou des Hutu les ont protégés ou qu’ils se sont mis à l’abri à temps.


Dans la zone contrôlée par le FPR : au lendemain de l’assassinat du président Juvénal Habyarimana, alors que sur le territoire contrôlé par le gouvernement la surprise était totale, que des milliers de Tutsi innocents sans défense se faisaient tailler en pièces, le FPR de Paul Kagame se déployait dans le calme, suivant un plan préétabli, chirurgical et impressionnant d’efficacité. Par monts et vallées, le mouvement rebelle mettait cyniquement à exécution l’élimination systématique des Hutu. Si les techniques utilisées diffèrent de celles des miliciens Interahamwe, la méthode du FPR est plus discrète, plus « intelligente » (ubwenge), plus rapide, plus radicale, plus moderne et plus cynique. En zone FPR, il n y avait pas de barrages. Après avoir mis les Tutsi identifiés comme tels à l’abri, tous les Hutu y étaient assimilés aux Interahamwe. En lieu et place des barrages, la méthode génocidaire consistait à convoquer des réunions-piège « inama » dites de sensibilisation. Les paysans se rendaient ainsi en toute naïveté à ces réunions, et une fois regroupés dans un stade ou dans une vallée comme lors du tristement célèbre massacre du marais de Rwasave à Butare, les militaires du FPR positionnés d’avance autour du lieu de la « réunion » tiraient dans le tas. C’était plus rapide, plus technique, plus moderne et plus efficace ! Plus « intelligent-ubwenge » aussi. En quelques heures, les corps des milliers de Hutu abattus comme des animaux sauvages disparaissaient nuitamment sous les flammes ou dans des fosses communes creusées à l’avance. Oui, les corps de nos parents, nos mamans, nos papas, nos frères, nos sœurs, nos enfants, des vieillards, des octogénaires massacrés par les hommes de Paul Kagame comme par plaisir, par balles, souvent à la grenade, à coups de canons, ont été incinérés à la sauvette, jetés dans des puits perdus et dans des fosses communes. Et on veut nous faire croire qu’il ne s’agit pas d’un génocide !

Lorsque deux années plus tard, en 1996 et en 1997, l’armée de Paul Kagame a traqué les réfugiés Hutu au Zaïre et qu’il en a massacré plus de trois cents mille en pleine forêt équatoriale, selon un plan élaboré par l’état-major de l’APR-Inkotanyi, cela s’appelle un génocide. Le rapporteur spécial des Nations Unies chargé d’enquêter sur le massacre des réfugiés Hutu, Monsieur Garreton a, en l’espèce, établi que ces massacres constituent des actes de génocide. Le massacre des réfugiés Hutu a été préparé et exécuté par les mêmes officiers Tutsi qui ont sévi en 1994. Les mêmes qui ont, une année plus tard, massacré 8 000 compatriotes Hutu à Kibeho en avril 1995. Il y a donc un faisceau de suffisamment d’éléments convergents, dans le temps comme dans l’espace, qui prouvent l’intention incontestable de « détruire, ou tout ou en partie, le groupe hutu comme tel » Cela s’appelle un génocide en droit pénal international. Qui ignore tout cela ? Tout le monde connaît la vérité. A Paris, à Arusha, à New York, à Washington, à Kigali, à Bruxelles, à Pékin, à Phnom-Penh, à Berlin, tout le monde sait mais fait semblant de ne pas savoir. Ou de ne voir qu’une partie de la vérité. Bernard Kouchner sait. Mais il ne dit qu’une partie de ce qu’il sait. Les massacreurs sont connus et ne représentent pas leur ethnie d’origine. Loin s’en faut. Ils devraient payer le prix de leur bestialité. Il n’est pas question que toute une ethnie ou tout un peuple paye à la place de quelques excités extrémistes dont le seul objectif était et reste de diviser pour régner.”


Un paragraphe plus loin, j'écris : « Chaque génocide doit être appréhendé séparément. Reconnaissons au moins les faits, exigeons que la justice s'en saisisse sans discrimination, et laissons-lui le soin de les qualifier. En attendant, nous réaffirmons qu'un groupe de Hutu a commis un génocide en détruisant intentionnellement la vie de centaines de milliers de rwandais d'ethnie tutsi, et qu'un groupe de Tutsi a commis un génocide en détruisant intentionnellement la vie de centaines de milliers de rwandais d'ethnie hutu. Pour ce qu’ils étaient et non pour ce qu’ils avaient fait. Nous avons le droit de le dire sans être taxés de révisionnistes, et d'exiger la mémoire et la justice pour tous. La paix future dans notre pays en dépend. Si certains ne se sentent pas protégés par la loi et la justice, ils feront leur loi et leur justice eux-mêmes. Et on sait où cela mène. Tout doit être mis en œuvre pour éviter ce scénario catastrophe."


David Gakunzi peut-il nous dire en quoi ce texte serait négationniste ?

 

IBUKA BOSE, RENGERA BOSE,
UTAVANGURA AMOKO !

Par JMV NDAGIJIMANA

 

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