Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Publié par JMVN

Jeudi, 16 Septembre 2010 09:02

 Boris Bertolt

Quotidien le Jour

Le journaliste d’investigation de nationaonana-charleslité camerounaise, auteur de nombreux travaux sur le génocide rwandais donne son avis sur les accusations contre le président de la république de Rwandais, Paul Kagamé.

Le problème, c'est qu'en Afrique, tout est permis quand il s'agit des Africains, tous les instruments du droit international deviennent des chiffons de papier.

Aujourd'hui, il faut que les Africains mettent la communauté internationale devant ses responsabilités, ne serait-ce que pour la dignité du continent ». C’est ce combat que mène aujourd’hui Charles Onana, celui de la dignité de l’homme noir. Ce camerounais de 46 ans, qui s’est spécialisé dans le journalisme d’investigation a fait du triomphe de la vérité sur le génocide rwandais la trâme de son engagement politique. Cet engagement pour Charles Onana passe par l’établissement des responsabilités dans l’attentat du 6 avril 1994, considéré comme l’élément déclencheur du génocide. Sur ce sujet, Charles Onana est clair : « l’attentat du 6 avril a été planifié par Paul Kagamé ». Cette thèse lui a d’ailleurs valu une plainte en France de l’actuel président du Rwanda auprès du tribunal du 17ème à Paris. Mais, ce dernier s’est rétracté en 2002.

Charles Onana ne s’occupe pas que du Rwanda. Il est également connu pour son travail sur l'histoire des tirailleurs africains de l'armée française pendant la Seconde guerre mondiale.  A cet effet, il a commis en 2003 un ouvrage intitulé ‘’la France et ses tirailleurs’’. La même année, il participe à l'Assemblée nationale française, sous le patronage du député socialiste Arnaud Montebourg, à une conférence avec le colonel Maurice Rives, défenseur acharné de ses frères d'armes africains, en présence du musicien Manu Dibango et du Premier ministre sénégalais Mustapha Niasse. Le but est de sensibiliser les Français aux discriminations dont sont victimes les anciens combattants africains qui ont lutté pour libérer la France du nazisme. En juin 2005, il organise à Airaines, dans la Somme, une journée commémorative en l'honneur des soldats africains morts pour la France et du capitaine Charles N'Tchoréré, officier français d'origine gabonaise, tué dans cette ville par les Nazis en juin 1940. A cette occasion, Charles Onana est fait citoyen d'honneur de la commune d'Araines par le maire, Jean-Luc Lefebvre. La même année, il est invité par le président sénégalais Maître Abdoulaye Wade à Dakar pour le lancement de la journée africaine du tirailleur, inspirée par son livre "La France et ses tirailleurs".

Le journal Le monde a récemment révélé le contenu d’un prochain rapport de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies qui met en cause Paul Kagamé dans les exactions contre les populations civiles  perpétrées en République démocratique du Congo. Qu’est ce que cela vous inspire ?

Les révélations du journal le Monde ne le sont pas du tout pour moi, parce que depuis 2002 je parlais déjà de la guerre des diamants de la part de Kagmé au Congo. Donc pour moi tout ce qui est dit et annoncé dans le prochain rapport de l’Onu me parait d’une évidence primaire. Cela dit il faut savoir que les massacre des populations civiles à l’Est du Congo par l’armée patriotique rwandaise a déjà fait l’objet de certains nombre rapports qui jusque là ont été étouffé. A l’époque, étant donné que le Rwanda était allié à Laurent Désiré Kabila, le rapport Gareton n’a pas pu se faire dans de bonnes conditions. Ayant interrogé de nombreux réfugiés venant de l’Est du Congo, ayant interrogé des responsables de services de renseignement dans la région, il était clair pour moi, y compris pour les proches collaborateurs de Kagamé, ayant été membre de la garde présidentielle, que ce qui se passe au Rwanda est très grave et si l’on parle de génocide, cela ne m’étonne pas.

Vous parlez de la guerre des diamants. De quoi s’agit-il ?

Il s’agit des actions répétées de pillage, pas seulement du diamant, mais du coltan qui servent à la fabrication des téléphones portables, des jeux consoles, des ordinateurs portables. Les minerais rares qui se retrouvent à l’Est du Congo génèrent aujourd’hui des milliards aux multinationales qui opèrent dans le domaine des nouvelles technologies. Tout cela fait que Kagamé a pris de l’importance dans la région et a agit de façon totalement illégale au Congo depuis 1997.

Donc ce sont les multinationales qui profitent du crime ?

Bien entendu. Ce sont les multinationales qui ont intérêt à acheter du coltan ou à l’avoir de manière  légale ou illégale. Dès lors que ces matières premières sont utiles pour faire avancer les nouvelles technologies, il faut bien qu’il y’ait un fournisseur et des acheteurs.

Comment vous expliquez la position du président rwandais qui a menacé de retirer ses 3000 soldats au Darfour si le rapport en venait à être publié ?

C’est très simple. C’est un message adressé aux Etats-Unis parce que Kagamé chaque fois qu’il y’a eu des tentatives de publier des informations le concernant, il a menacé. Ces menaces visent tout simplement à dire à Washington que les Etats-Unis doivent utiliser leur véto, leur puissance politique au sein des Nations Unies pour empêcher la publication de ce rapport comme les Etats-Unis l’avait déjà fait avec la publication du rapport garsoni en 1994. Lorsque  Carla Del Ponté, procureur du tribunal pénal international avait demandé à l’Onu de lui transmettre le rapport pour que les investigations se poursuivent, les Etats-Unis se sont opposés. Ce sont des confidences qui m’ont été faites par Carla Del Ponté elle-même. La menace du retrait des troupes rwandaises au Darfour est exactement de même nature.

Abordons ensemble ce qui constitue la toile de fond de la question rwandaise : le génocide de 1994. Est-ce que vous pouvez déjà nous dire ce qui s’est passé le 6 avril 1994 ?

Le 6 avril 1994, il y’ a une réunion qui a lieu à Dares Salam en Tanzanie. Le président du Rwanda, Juvénal Habyarimana est cordialement invité par Musseveni. On retrouve Salim Ahmed Salim, représentant de l’Organisation de l’unité africaine (Oua), le président du Burundi Cyprien Ntarimana. Le but de cette réunion est prétendument une réunion pour la paix, alors que se déroulait des pourparlers à Arusha dans le même pays. Le président Mobutu était censé participer également à cette rencontre, mais ses services de renseignement avaient fait une analyse sur les risques en matière de sécurité et ont constaté que les risques étaient maximal et ont demandé à Mobutu de ne pas partir. Ce qui n’a pas été le cas de Habyarimana et Cyprien Ntarimana. A 20h30 à l’heure du retour, leur avion est abattu par des missiles russes. L’aéroport était placé sous la protection des casques bleus de l’Onu. Après la mort du président, le général Dalaire était introuvable d’après ce que m’a dit Jacques Roger Booh Booh qui était son chef de mission, qui a cherché à le joindre sur son téléphone portable jusqu’à minuit, il était introuvable. Pourtant c’est cette force qui était censé faire une enquête préliminaire pour comprendre au moins dans quelles conditions l’avion du président Habyarimana avait été abattu. Il n’y a pas eu d’enquêtes préliminaires de la Minuar (Mission des Nations Unies au Rwanda), ni même une enquête internationale. C’est sur la base de ces défaillances que j’avais commencé à enquêter sur la mort de ces deux présidents parce que je considérais que la mort de deux présidents africains était quelque chose de très importante et qu’il fallait se pencher sur cette question.

Il  y’a un débat qui oppose les pro aux anti Kagamé. S’inspirant du rapport du juge Brugière, Kagamé est mis en cause dans l’attentat du 6 avril 1994. D’après vos recherches, quelles sont vos conclusions ?

J’ai publié mon enquête en 2002 avant les révélations du juge Brugière. Je n’ai pas été influencé par ses résultats. Je constate simplement que lorsque je révèle mon enquête, on découvre que les éléments avancés par  Colette Braeckman que l’attentat avait été commis par des extrémistes hutu ne sont pas du tout vrai. J’ai fait une analyse toute simple. Quel est l’intérêt pour les hutu d’assassiner un président qui leur est favorable et quel est l’intérêt pour les français de tuer quelqu’un qu’on considère comme leur allié. Donc cela paraissait totalement insensé. Par contre Kagamé avait intérêt. Finalement la place d’Habyarimana lui est revenue. Donc comme on dit toujours à qui profite le crime ? il a été le principal bénéficiaire de cet attentat. Dalaire avait beaucoup de fascination pour Kagamé. Ce qui peut justifier l’attitude de la Minuar qui a protégé les actions criminelles du Fpr.

On a longtemps parlé du génocide tutsi, mais de plus en plus la thèse du double génocide émerge

Je  crois tout simplement que le débat génocide tutsi ou hutu vient simplement du fait que dès le départ l’histoire a été faussée. On a en face une guerre de conquête du pouvoir qui oppose une armée nationale  à une rébellion. Cette guerre est doublée de massacres de populations civiles. Les documents confidentiels de l’Onu que j’ai obtenu montrent que entre le 6 avril  1994 et la fin du mois d’avril, on a un affrontement extrêmement important entre le Fpr de Kagamé et les forces armées rwandaises (Far) de Habyarimana. Donc dès le départ les gens qui avaient des intérêts à justifier la prise du pouvoir par Kagamé ont avancé une thèse pour empêcher que des gens se posent des questions. C’est pour cela qu’on a commencé par mettre en avant l’idée du génocide tutsi.  Moi la question que j’ai toujours posé c’est dans quel camp ils mettent les enfants issus d’un père tutsi et d’une mère hutu et vice-versa. C’est le cas du chanteur  Corneille. Son père était Tutsi, sa mère Hutue. L’affaire a été tellement mal engagée dès le départ que les uns et les autres essaient de savoir si on peut retomber sur les deux pieds.  Pour moi jusqu’à ce jour, on a du mal à nous apporter la preuve que ce qui s’est passé au Rwanda était un génocide préparé et planifié par les Hutu.

Pendant le génocide, il y’a une opération qui est lancée, l’Opération turquoise. De quoi s’agissait-il ?

L’Opération turquoise est une opération réalisée par l’armée française, mais sur une décision du Conseil de sécurité de l’Onu. Il s’agit d’une action humanitaire qui intervient deux mois après le début des massacres.il se passe que  pendant deux mois, le Rwanda dit : personne ne doit intervenir. Pourquoi personne ne doit intervenir parce que le Fpr a quasiment gagné la guerre. Il est en position militaire supérieure à l’armée gouvernementale. Sûre d’avoir gagné la guerre sur le plan militaire, l’armée de Kagamé ne veut pas une intervention. Sauf que pendant ces deux mois, des populations de toutes origines sont en train de mourir. C’est dans ce contexte que la France dit d’accord, nous on a soutenu le président Habyarimana, mais face à ce qui est en train d’être fait dans la région, on ne peut pas rester les bras croisés. Ni les belges, ni les Etats-Unis n’ont voulu intervenir au Rwanda. La France a sauvé beaucoup de vies.

Certaines personnes ne sont pas de cet avis et estiment plus tôt que l’Opération turquoise a été un échec. Qu’en dites – vous ?

La remise en cause de  l’Opération turquoise relève d’une campagne idéologique. On est parti de choses objectives. L’armée française est souvent intervenue en Afrique dans des conditions discutables et douteuses. Depuis l’époque coloniale jusqu’à une période récente. On utilise ça pour faire croire que c’est exactement ce qui s’est passé au Rwanda. Or c’est peut-être l’une des rares interventions militaires en Afrique qui a été une véritable intervention humanitaire contrairement aux autres interventions militaires dont je n’aurai pas le même avis. Notamment la chute de Bokassa en 1979. Ce que je veux dire par rapport à ça c’est que les manipulateurs et les propagandistes pro Kagamé ont utilisé l’opération turquoise pour masquer les exactions commises par le Fpr contre les populations civiles. Et surtout ils avaient déjà envisagé d’exterminer l’ensemble de la population Hutue. Personne n’est allé interroger les bébés, les vieillards, les handicapés sauvés par l’Opération turquoise. Les seules gens qu’on écoute c’est ceux qui disent que l’Opération a aidé à  fuir les génocidaires. Dès lors, les enfants sont des génocidaires, les femmes sont des génocidaires, les vieillards sont des génocidaires. Cette façon de penser visait à occulter sur le terrain l’action de l’armée patriotique rwandaise. Puisque les soutiens de Kagamé ont été très influents, y compris dans la presse rwandaise, personne n’a voulu voir dans le détail ce qui se passe  avec les Hutu et les populations civiles qui fuient la guerre et le rôle précis de l’armée française.

Pourquoi les Etats-Unis et la Belgique, qui a un lien historique profond avec le Rwanda, ne sont ils pas intervenus pendant le génocide ?

On constate à postériori que les Etats-Unis et la Belgique ont travaillé ensemble dans le cadre de l’assasinat de Patrice Lumumba ; la Belgique et les Etats-Unis sont encore de pair dans la prise de pouvoir de Kagamé. La aussi on est dans des situations d’ambiguités et de confusion qui visent à ce que les gens ne se rendent pas compte de la situation. il n’y a pas beaucoup de gens prêts à critiquer les Etats-Unis quand ils commettent des actions discutables.

Kagamé a prêté serment il  y’a quelques jours dans un contexte de tensions politiques internes. Quel regard vous portez sur le Rwanda ?

Il est clair que lorsqu’on gagne une élection à 94%  se sont des scores brejnévien. On a plus en Afrique aujourd’hui des gens qui gagnent des élections comme cela, même quand il s’agit de régimes très autocratiques. Quand on a ce genre de résultats, on comprend qu’il n’y a pas d’espace politique, surtout pour la majorité de la population Hutu, mais également pour les Tutsi qui deviennent très critique à l’égard du pouvoir. Il n’y a plus de possibilité d’un dialogue entre Hutu et Tutsi au Rwanda. Il n’y a plus d’espace politique pour les gens qui ne sont pas du même avis que Kagamé.

Dans ce contexte, est-ce que l’administration américaine continuera à soutenir le régime de cette manière ?

Tout est possible. Rien n’est définitif, rien n’est acquis. Au gré des circonstances, de la géopolitique, les données peuvent se modifier. Au jour d’aujourd’hui, dans l’administration Obama il y a des gens qui sont des soutiens de Kagamé et d’autres qui ne le sont pas, au Pentagone, il y a des gens qui soutiennent encore Kagamé. Il y a aussi des diplomates américains qui considèrent que leur pays va un peu trop loin dans le soutient qu’il apporte à Kagamé.

Vous diriez que Paul Kagamé est un obstacle pour la paix dans la région ?

C’est clair qu’il est un obstacle déjà pour la paix dans son propre pays d’abord. Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, il n’y a pas eu de réconciliations entre Hutu et Tutsi. Beaucoup de Tutsi font défection aujourd’hui. Donc je considère que jusqu’à présent il n’a pas fait preuve d’un très grand sens de l’écoute et de la tolérance. Il faut craindre que cela implose dans son camp comme on est entrain de le vivre. La déstabilisation du Congo est inquiétante pour la suite des évènements en Afrique centrale. Kagamé a commis des crimes extrêmement graves dans son pays et au Congo.

Certaines personnes qui ont été au Rwanda évoquent la possibilité d’un putsch. Est-ce aussi votre avis ?

Je ne sais pas. Mais je pense que les rwandais sont tellement conscients de ce qui se passe dans leur pays que tout peut arriver.

Propos recueillis par Boris Bertolt

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article