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Publié par JMVN

AAnnick-Perrine.jpgnnick Perrine, veuve d’un des trois anciens militaires français tués dans l’attentat qui a déclenché le génocide en 1994, s’exprime pour la première fois.

PASCALE ÉGRÉ | 26.12.2010 - leparisien.fr

Six proches de l’actuel président rwandais, Paul Kagame, dont son chef d’état-major et son ministre de la Défense, viennent d’être mis en examen au Burundi par les juges français Trévidic et Poux pour « complicité d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » dans le cadre de l’enquête sur l’attentat contre l’avion du précédent président, Juvénal Habyarimana, le 6 avril1994.

Les suspects contestent les faits. Cet attentat, dont on ignore toujours s’il a été commis par l’ex-guérilla tutsie de Kagame ou par des extrémistes hutus, avait déclenché le génocide rwandais qui fit 800 000 morts selon l’ONU.

 

Pour l’épouse de l’un des trois membres de l’équipage français tués dans l’attentat, comme pour son avocat, Me Emmanuel Bidanda, ces mises en examen marquent « une avancée significative et confirment la direction de l’enquête ». Annick Perrine, 63 ans, dont la plainte, quatre ans après les faits, au côté des autres veuves des pilotes, avait initié une instruction en France, sort de son silence. Son mari, Jean-Michel, 44 ans, ex-militaire dans l’armée de l’air et père de deux enfants, était le mécanicien navigant du Falcon 50 abattu par des missiles.


Votre époux vous parlait-il de risques ?

 

ANNICK PERRINE.Jamais. Il n’était pas quelqu’un qui pouvait avoir peur. Pour moi, en 1994, le Rwanda n’était pas en guerre. Les accords de paix d’Arusha avaient été signés, les combats avaient cessé. Nos maris n’avaient d’ailleurs pas le statut requis pour travailler dans un pays en guerre.


Travaillait-il pour les renseignements ?


Je ne le pense pas. La France avait sans doute qui il fallait sur place.


Comment avez-vous appris la nouvelle de l’attentat ?


Par la radio, au matin du 7 avril 1994. Il y a eu ensuite l’attente pour la récupération des corps, leur rapatriement, puis la cérémonie…Et d’emblée cette rumeur : on ne saurait que « dans trente ans ». Au début, nous avons été soutenues puis très vite non. J’ai multiplié les démarches et vite senti que quelque chose dérangeait. Je pensais pourtant évident qu’une enquête, conduite par les Nations unies ou les gouvernements des pays concernés, dont la France bien sûr, avait été ouverte.


Quand avez-vous appris qu’il n’y en avait pas ?

 

Par un courrier du ministère de la Défense d’avril 1998 où « l’absence d’enquête » était justifiée par « l’anarchie dans laquelle a sombré le Rwanda ». Personne ne s’était préoccupé de cet attentat. On nous ignorait. Et nous, discrètes femmes d’ex-militaires, nous nous sommes laissé endormir avant de nous décider enfin à porter plainte.


Pourquoi pensez-vous que l’on souhaitait votre silence ?

 

Parce qu’il ne fallait plus parler de la France au Rwanda. J’ai compris qu’en revendiquant la vérité sur cet attentat je dérangeais la politique de la France. J’étais au cœur d’un bel exemple de raison d’Etat. Je sais que trois Français, au regard du génocide qui a suivi, cela ne pèse rien. L’histoire dépassait ces victimes. On m’a abandonnée et on me demandait d’oublier. Cela fait bientôt dix-sept ans. J’ai toujours refusé l’oubli.


L’enquête du juge Bruguière a été très critiquée…


Ses conclusions ont marqué une étape importante. Même si lui n’a jamais reçu les familles ni ne s’est déplacé sur place comme l’a fait depuis le juge Trévidic. J’attends désormais avec impatience les résultats des expertises techniques (NDLR: faites lors du déplacement du juge en septembre au Rwanda, elles doivent déterminer le lieu des tirs de missiles), en février.


Privilégiez-vous l’une des hypothèses ?


Ce n’est pas mon problème. Tout comme cela ne me gêne pas d’être partie civile au côté d’Agathe Habyarimana (NDLR : veuve du président) et de ses enfants. Cet avion est un tout. Ce que je veux, c’est la vérité.

 

Le Parisien

 

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