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Publié par La Tribune Franco-Rwandaise

Analyse et réflexion

Paix dans les Grands Lacs : BRUXELLES S’OPPOSE A UN DIALOGUE INTER-RWANDAIS (Pascal Debré Mpoko)

 

Depuis que le Président tanzanien, Jakaya Kikwete, a émis la recommandation de la tenue des négociations politiques inter-wandais et inter-ougandais, la lecture de la situation dans les Grands Lacs a pris une autre dimension. On sait que l’Ouganda n’est pas hostile à l’idée, puis que Museveni dit avoir parlé avec ses opposants, mais sans succès. On sait aussi qu’à Kigali, rien que l’évocation de cette idée suscite un courroux incontrôlable. Louise Mushikiwabo, Ministre rwandaise des Affaires étrangères, qui était la première à rejeter la recommandation, avait même frôlé l’incident diplomatique en traitant les propos d’un Chef de l’Etat d’ »aberrants ». 
Pourtant il est un fait qu’il faudra finir par une palabre à l’africaine au Rwanda et en Ouganda si l’on veut vraiment une paix durable dans les pays des Grands lacs et, partant, dans la région même. Les partenaires impliqués directement ou indirectement peuvent avoir des formules pour y parvenir. C’est ce à quoi on pouvait s’attendre d’un pays comme la Belgique qui a un passé historique très important avec la RDC et le Rwanda-Urundi. Mais la position que Bruxelles vient d’afficher a froissé les consciences tout en suscitant des interrogations sur le rôle des pays occidentaux dans la crise récurrente à l’est de la RDC. 

En effet, interrogé sur la question au sortir d’un entretien avec la Ministre rwandaise des Affaires étrangères, le Ministre belge des entreprises publiques et de la Coopération, Jean-Pascal Labille, a surpris l’opinion en tenant ces propos : « je trouve qu’il est inacceptable que l’on demande à un peuple qui a été victime d’un génocide de négocier avec un mouvement qui porte encore en lui cette notion de génocide, c’est même aberrant…. ». On croit entendre Mushikiwabo.

  

C’est donc avec émoi que certains observateurs ont appris ces propos d’un pays qui était pourtant à l’avant-garde de la recherche de la paix dans la région des Grands Lacs. Mais doit-on dire que les intérêts priment sur tout, mais sur la paix ? Bruxelles est libre de faire ses choix, mais dans le cas d’espèce, son ministre des entreprises publiques a jeté un sacré pavé dans la marre avec une telle position.

  

Pour avoir vécu en direct les événements sanglants du génocide de 1994, la Belge est mieux placée pour connaître la situation géopolitique de la région des Grands Lacs afin d’y apporter des solutions efficaces. Il n’est, en effet, pas normal que la RDC continue à faire toute seule les frais d’une crise interne au Rwanda qui avait conduit au génocide. De même c’est faire preuve d’une exigüité de l’esprit que de réduire la question rwando-rwandaise aux seuls génocidaires. Le pouvoir de Paul Kagamé a produit tellement d’opposant qu’il est dévenu aberrant de ne voir que les génocidaire des FDLR comme partenaires à un éventuel dialogue politique interne.

  

En novembre 2011, Susan Rice avait tenu ces propos à Kigali lors d’un de ses nombreux séjours : « La culture politique du pays (Rwanda) reste relativement fermée. Les restrictions sur la presse perdurent. Les activistes de la société civile, les journalistes et les opposants politiques du gouvernement craignent souvent de s'organiser paisiblement et de s'exprimer. Certains ont été harcelés. D'autres ont été intimidés par des visiteurs nocturnes. Et quelques-uns ont tout simplement disparu. L'approfondissement et l'élargissement de la démocratie peuvent être les prochains accomplissements de ce grand pays et de ses remarquables citoyens. »

  

Comment donc parvenir à relever ce déficit de démocratie sans un dialogue entre les protagonistes ? Le dialogue inter-rwandais est tellement incontournable que s’y opposer devient tout simplement suspect. Ou bien Labille ne maîtrise rien de la problématique de la paix dans les Grands Lacs, auquel cas il ne se trouvait pas à sa place, ou bien il s’agit-là d’une commisération consciente de Bruxelles envers l’une des dictatures les plus sanglantes des Grands Lacs. Dans les deux cas, la Belgique a étonné le monde pour ce genre de contractions dans son comportement.

 

Le Rwanda est le pays qui compte le plus grand nombre d’opposants à l’étranger, et il n’y a que Bruxelles que semble l’ignorer. Victoire Ingabire est un cas qui interpelle les consciences et il n’y a que Jean-Pascal Labille pour être insensible…

 

 

Pascal Debré Mpoko


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