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Publié par JMV Ndagijimana

Source: Le Potentiel

Date: 22 Jul 2009


L'Accord de Ihussi entre le gouvernement et le CNDP est en panne. Des sources concordantes, le CNDP a décidé de se retirer ou de suspendre sa participation au Comité de suivi de l'Accord de Goma. Du coup, plusieurs interrogations : Que va-t-il se passer ? Qu'est-ce qui n'a pas marché entre les deux parties ? Qui n'a pas respecté ses engagements ? Pourquoi à ce moment précis ? Cette décision vise-t-elle à brouiller la situation et retarder la paix dans la région des Grands Lacs ?


Selon Radio France Internationale, RFI, captée hier mardi à Kinshasa, le Congrès national pour la démocratie et le progrès, CNDP, a décidé de se retirer du Comité de suivi de l'Accord du 23 mars 2009. Accord signé à l' Hôtel Ihussi, à Goma, selon l'esprit des négociations de Nairobi entre le gouvernement et le CNDP. Raison évoquée, le retard apporté dans la mise en œuvre des engagements pris par le gouvernement dans le cadre de cet accord. Il s'agit particulièrement de la problématique relative à l'intégration des éléments du CNDP au sein des FARDC, la reconnaissance des grades et la non intégration politique, le paiement de la solde, mais surtout le fait de n'avoir pas été reçu par le président de la République lors de son dernier séjour à Goma.


Tous les efforts déployés pour contacter les milieux gouvernementaux afin de confirmer ou d'infirmer cette nouvelle ont été vains, car ils étaient injoignables. Toujours est-il que, selon une personnalité qui a requis l'anonymat, cette décision était attendue depuis plusieurs jours. « Le CNDP est frustré depuis quelques jours à la suite du non paiement de ses émoluments et le retard pris, du côté du gouvernement pour honorer ses engagements. Si toutefois, ce retrait se confirmait, ce serait une véritable catastrophe », a-t-elle déclaré.

La même source ajoute que selon des sources concordantes à Goma, des rumeurs parlent encore de « suspension » et font, par ailleurs, état « d'un repli en brousse de Bosco Ntaganda devant la décision de la Cour pénale internationale, CPI, de l'arrêter ». Il y a crainte qu'il oppose « une résistance ».


REPRISE DE LA GUERRE ?


Suspension ou retrait, c'est la « guerre » des mots. Ce qui est sûr, c'est que le processus de Goma ou de Nairobi vient de connaître un frein et présage de mauvais augures. Notamment la reprise des hostilités pour autant que le climat de méfiance a refait surface entre les deux parties. Une situation qui aura certainement des effets pervers sur les efforts de désarmement, de rapatriement mais surtout de la traque des éléments des FDLR. L'opération KIMIA II risque de connaître un grand échec.


Mais en décidant de ce retrait, le CNDP est-il capable de relancer la guerre ? C'est possible. Ce mouvement armé ne serait pas à sa première tentative. Déjà sous le commandement de Nkunda, le CNDP avait récupéré tous ces éléments qui avaient fait l'objet de « mixage » avant de défier manifestement les FARDC et la MONUC. L'histoire risque de se répéter, car il y a de cela un mois, des rumeurs faisaient état du regroupement des éléments du CNDP vers Kiwanja, ancien quartier général de Laurent Nkunda. De un.


De deux. La puissance de feu du CNDP est demeuré intacte quand on sait que les armes, surtout lourdes, récupérées auprès des FARDC aux temps forts de la guerre, n'ont jamais été restituées.

Apparemment, avec la reprise des relations diplomatiques entre Kinshasa et Kigali, le Rwanda ne peut plus soutenir le CNDP. Il n'empêche qu'il le fasse subtilement, en sous-main. Mais toujours est-il que le CNDP contrôle des zones minières importantes et juteuses. Tout juste ce qu'il lui faut pour se constituer une « bonne économie de guerre ».


CURIEUSE COÏNCIDENCE


Parlons d'abord de la frustration du CNDP. Est-elle fondée ? La réponse à cette interrogation est celle de savoir si le CNDP a suffisamment donné les preuves de sa bonne volonté à Kinshasa pour son intégration politique et militaire ( ?). International Crisis Group répond à cette préoccupation : « La branche militaire du CNDP était composée de 85 pour cent de Hutu représentant la majorité des combattants de base dirigés par un commandement essentiellement Tutsi. A partir de février 2009, ces Hutu affiliés au CNDP ont déserté en nombre croissant les nouvelles brigades intégrées FARDC avec leurs armes. Déçus par les retards de paiement et l'absence des perspectives garantissant un avenir meilleur, ces jeunes hommes ont parfois rejoint des groupes de Hutu PARECO refusant l'intégration, voire dans certains cas leurs anciens ennemis des FDLR. Tant que les FDLR ne seront pas désarmées, l'intégration des éléments Tutsi ex-CNDP dans l'armée nationale restera extrêmement fragile, et ceux-ci refuseront sans aucun doute de quitter le Kivu pour rejoindre d'autres affectations. Simultanément, l'intégration des autres groupes armés congolaises en sera d'autant fragilisée ».


L'histoire est en train de donner raison à International Crisis Group. Après la défection des Mai Mai PARECO, voici le retrait du CNDP.


Mais, puisque la guerre, c'est aussi la poursuite de la « politique », disent les analystes, cette décision intervient au moment où l'Opération KIMIA II a le vent en poupe. Si l'on en croit les déclarations de l'Etat-major général des FARDC, les FDLR sont « en débandade ». Or, les FDLR, selon le rapport de International Crisis Group « constituent un problème, mais parfois utile, pour le régime actuel de Kigali ». Neutraliser les FDLR, c'est pousser « à l'ouverture du champ politique domestique au Rwanda à des dirigeants des FDLR Ce qui de ce fait est impossible à court terme. »


Ensuite, Kigali est également conscient de la difficulté et de l'embarras que représente le dossier FDLR pour la communauté internationale. C'est dire que même s'il est impossible d'imaginer aujourd'hui une jonction entre le CNDP et les FDLR, le retrait du CNDP profiterait bien sûr aux FDLR qui continueraient à exister, et à Kigali de se servir toujours du même prétexte pour refuser toute ouverture politique.

Une situation qui intervient juste au moment où le langage évolue au plan international. De plus en plus, l'on invite Kigali à faire de même comme en République démocratique du Congo et au Burundi, pour réaliser un dialogue inter-rwandais. Ce qui n'arrange pas Kigali.


En plus, il ne faudrait pas exclure les marchands de la mort. La Somalie et la RDC demeurent les seuls pays où ils peuvent facilement déverser les armes. Ils n'accepteront jamais, alors jamais, qu'il y ait la paix.

D'où cette pertinente interrogation : Si Kinshasa s'est imposé une telle réflexion, pourquoi avoir prêté le flanc au CNDP qui brandit le non respect des engagements ? On ne peut s'empêcher d'évoquer des curieuses coïncidences avant de parler d'anguille sous roche quand on sait que la guerre au Kivu a toujours constitué un « fond de commerce » pour les seigneurs de guerre, et certaines personnalités à Kinshasa et à Kigali.


POLITIQUE INTERNE ET EXTERNE


Voilà une situation qui ne sera sans conséquence au plan politique. Le Kivu risque de se maintenir toujours à l'avant-scène et imposer un autre round de négociations pour satisfaire des revendications politiciennes. Car, à un moment donné, le CNDP et le RCD se disputaient les faveurs de Kinshasa. Or, depuis que le vent souffle au RCD, le CNDP était devenu un partait favori au sein des institutions nationales. Mais les ambitions toujours croissantes du CNDP, disait-on, risquaient de le desservir.


Cela ne dit pas que Kinshasa a les coudées franches pour imposer son rythme. Kinshasa doit envoyer des signaux forts pour que la Communauté internationale l'accompagne dans ses efforts de restaurer une paix durable au Congo et dans toute la région de l'Afrique des Grands Lacs. Car, pousser à l'échec l'Opération KIMIA II qui a reçu le soutien de l'ONU, c'est-à-dire de la Communauté internationale, c'est une véritable catastrophe.

Par Le Potentiel

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