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Publié par JMV Ndagijimana

Ecoutez, ô gens de Dieulefit

Par Madeleine Raffin

http//:madraffin.centerblog.net


"Gens de Dieulefit, je vous écris parce que je suis un peu de chez vous.
Mon grand père, le colonel Jacques RAFFIN était de Cléon d’Andran, où j’ai visité sa famille au château de Genas. Le sens de l’honneur fait partie des valeurs que j’ai reçues de mes ancêtres.

Ayant appris que certains de chez vous, qui se dénomment « les intore(1) de Dieulefit » sont allés au Rwanda et ont visité le site de Murambi, en préfecture de Gikongoro, j’ai décidé de vous écrire, étant le seul témoin européen du massacre qui a eu lieu dans la nuit du 21 avril 1994, à partir de 2 h 30 du matin. J’étais debout dans mon jardin qui surplombe à près de 2 km le site de Murambi, impuissante… Tous nos efforts pour les assister, en tant que Caritas diocésaine (Secours Catholique local), étaient réduits à néant par la haine, la violence et la barbarie de quelques rwandais, dont beaucoup étaient victimes d’une subite propagande anti tutsi, au lendemain de l’assassinat du Président. Beaucoup de ces gens, réfugiés à Murambi, étaient mes amis, mes visites leur donnaient confiance. Ils croyaient avoir échappé au pire. Le curé de la paroisse, Edouard NTAGANDA , et moi-même étions les seuls à oser les visiter et leur apporte l’aide que nous avions encore (4,5 tonnes de riz).
J’ai déjà témoigné sur ce blog de ce que j’ai vu à Murambi (16/03/09).

Ceux qui vous ont conduit là-bas ne sont pas des témoins, sauf peut-être le gardien du site qui récite une leçon qu’on lui a dictée. On ne guérit pas de la haine en y rajoutant d’autres haines qui sont de la propagande.

Les français de l’Opération Turquoise sont arrivés à Gikongoro autour du 27 juin 1994.

Lorsque j’entends que des gens de chez vous ont demandé pardon, au nom des soldats français, d’avoir massacré des tutsis à Murambi le 21 avril, deux mois avant leur arrivée, je ne peux pas me taire. Ces militaires français nous font honneur, eux que vos amis ont insulté, car ils nous ont aidés à sauver les tutsis encore cachés. Si certains ne témoignent pas aujourd’hui, c’est parce que la propagande officielle les en empêche.

S’il y a beaucoup d’ossements étalés à Murambi, les miens auraient pu en être. Sachez que tout un trafic a été organisé sur ce site. On y a transporté des cadavres anonymes dont personne ne peut dire s’ils sont tutsi ou hutu ou d’un autre pays, croyant ajouter à l’horreur, dans quel intérêt ? Où est la dignité dans tout cela ?

Cette demande de pardon n’engage que ceux qui l’ont faite et surtout les propagandistes d’aujourd’hui.

Gens de Dieulefit, n’ayez pas honte d’être français et essayez d’écouter les témoins. Les rwandais du monde entier ont besoin de trouver des chemins de réconciliation, de voir à l’horizon un avenir possible où ils se reconnaîtront frères.

Lorsque j'étais au Rwanda, j'ai beaucoup apprécié dans les fêtes, les danses des "intore". C'était toujours le clou de la fête. Ils étaient les hommes des grands jours. Je souhaite que les "intore de Dieulefit" reviennent un jour dans un Rwanda enfin réconcilié, pour y faire la fête, dans la vérité.

Au nom de nos ancêtres communs, je vous remercie de m’avoir écoutée.

Madeleine RAFFIN"

(1) Les « intore » dans la tradition ancienne du Rwanda étaient les « danseurs du roi », qui retraçaient dans leurs danses les hauts faits supposés du roi.
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