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Publié par JMV Ndagijimana

Claudine Vidal explique pourquoi la simple rétractation de Ruzibiza est insuffisante (Article datée du 26 novembre 2009)

Le communiqué mis sur l’agence Hirondelle, signé de André Guichaoua et de moi-même était à mon sens explicite. En peu de mots (la brièveté est nécessaire), nous avons évoqué une présentation de Ruzibiza par lui-même faisant serment de sincérité en évoquant sa famille assassinée, ce qui n’est pas rien, ni au Rwanda, ni en Afrique, ni nulle part ailleurs dans le monde.

Durant des années, il a maintenu ses déclarations avec force, dans différents médias, devant le juge espagnol et au TPIR où les avocats ne lui ont pas fait de cadeaux, comme vous le verrez si vous prenez connaissance de sa déposition. Il lui faudra prouver qu’il a menti, car, sur l’attentat, comme sur le reste, il fait preuve de précision. Je rappelle aussi que les seules réactions de Kigali à son livre ont été de le traiter de “fou”, ou de dire qu’il était infirmier, bref, ont porté sur sa personne mais pas sur le contenu du livre. Il ne suffit pas de dire maintenant: “j’ai tout inventé” après avoir affirmé le contraire des années durant, et maintenant, c’est à dire au moment de l’arrestation de Rose Kabuye...

Je n’ai pas grand chose à dire de plus. Sauf une chose: c’est bien lui qui a écrit son livre (de même que c’était lui qui a signé chez les juges et répondu au TPIR, ou qui écrivait en kinyarwanda son communiqué accusateur du 23 mars 2003). Or, des journalistes et des membres de certaines associations ont fait courir la rumeur qu’il n’était pas l’auteur de son livre, mais les universitaires qui l’ont préfacé et postfacé. J’ai tenu à démentir ces propos mensongers.. Je l’ai fait hier (mardi 25 novembre) sur radio Africa n°1, dans son émission de 13 heures trente et 19 heures trente (à Paris), “le journal des auditeurs”.


Je résume.

J’ai rappelé que le premier à avoir rencontré Ruzibiza à Oslo avait été André Guichaoua.Ce dernier avait été convoqué par le juge Bruguière, intéressé par des éléments d’un de ses livres. À l’époque, Guichaoua enquêtait sur l’assassinat de politiciens rwandais en 1994. Le commandant Pierre Payebien, officier de police judiciaire, qui menait les enquêtes pour le juge Bruguière, lui cita le nom d’Abdul Ruzibiza et lui proposa de le mettre en contact avec lui. Ruzibiza accepta de le rencontrer et il y eut des échanges de mail. Dans un mail du 6 octobre 2003, Ruzibiza parle de son intention d’écrire un livre. Rencontre en Norvège le 13 décembre 2003, entre Guichaoua et Ruzibiza. Ruzibiza publie sur le net le 14 mars 2004 le long communiqué en kinyarwanda que vous avez certainement lu..

Début 2005, Ruzibiza envoie son manuscrit à André Guichaoua. Un manuscrit daté du 1er février 2005. Guichaoua, qui souhaite une autre lecture, me le communique avec l’accord de Ruzibiza. Je l’estime publiable à condition de procéder à un travail d’édition (des longueurs, des répétitions, des problèmes de rédaction). J’envoie une “notice” à Ruzibiza pour lui expliquer ces questions techniques. Le livre comprenait trois parties sur lesquelles je travaille et j’envoie, par mail, une version à Ruzibiza qui me la renvoie, toujours par mail, avec ses propres corrections.

Du 23 au 26 avril 2005, André Guichaoua et moi-même nous rencontrons Ruzibiza à Oslo et avons une longue discussion de travail qui est enregistrée. Cet enregistrement a servi pour l’introduction, notamment en ce qui concernait les méthodes de travail de Ruzibiza et sa biographie.

En septembre 2005, la mise au point du livre est achevée. Le livre sort en octobre, à Paris, chez l’éditeur Panama.

J’ai précisé sur Africa n°1 qu’il y a des preuves de tout ceci. Il est facile de vérifier électroniquement que les fichiers sont bien partis à telle date, de tel ordinateur, il est aussi facile de vérifier les différences entre le manuscrit de départ et le manuscrit final. Enfin, l’enregistrement de la discussion de travail à Oslo est bien conservé, ainsi que les nombreux échanges de mail qui ont été liés à ce travail.

Bref, nous n’avons aucun mal à prouver, si nécessaire, que Ruzibiza est bien l’auteur de son livre, ce qu’il ne nie d’ailleurs pas. Maintenant, j’ajoute que, contrairement à ce qu’il a prétendu sur France 24, nous ne lui avons jamais demandé de retirer quoi que ce soit concernant le rôle de la France et notamment sur l’opération Turquoise. Cependant, des annexes qu’il aurait voulu publier n’ont pas été intégrées, faute de place, c’était déjà un très gros livre (495 p.).

En fait, nous avons publié un témoignage (il aurait pu paraître à l’Harmattan comme beaucoup d’autres témoignages, eux aussi préfacés par des universitaires) qui semblait très intéressant. Ruzibiza n’était pas le premier dissident du FPR à accuser Paul Kagame d’avoir été le commanditaire de l’attentat du 6 avril, ni d’avoir commis des crimes contre l’humanité, d’autres l’ont fait avant lui, et d’autres encore qui n’appartenaient pas au FPR.

Quant aux “vrais mobiles” qui l’ont poussé à mettre par écrit de telles révélations, je vous rappelle qu’il les avait fort bien expliqués dans son communiqué de mars 2003 et qu’il les a repris de nouveau dans son livre: faire éclater la vérité, faire juger tous les auteurs de crimes, quels qu’ils soient.

Il en donne un autre maintenant, plutôt étrange: “mesurer la haine des Français à l’égard des Tutsis”. Comprenne qui pourra! Bonne soirée.

Claudine Vidal

 

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Michel 05/11/2009 11:22


A propos du texte de Claudine Vidal

Je viens de lire ce texte en entier. Je suis franchement étonné qu'une personne comme elle n'évoque, comme hypothèse ou alors comme piste de recherche ou tout simplement comme explication du
retournement de veste de Ruzibiza, la main toute puissante de Kigali.
Cela montre encore une fois comment les analyses faites sur le Rwanda manquent parfois de profondeur et de hauteur.
Sincèrement, aurait-on pensé que Kigali allait rester sans réagir après les graves accusations de Ruzibiza ? Cela a mis du temps mais ça correspond exactement à la culture de "l'itonde" chère à
certains rwandais que l'on devrait connaître avant de s'aventurer dans les analyses sur la situation rwandaise.
Selon cet aspect de notre culture, seuls les montagnards ou les mal éduqués réagissent brutalement et immédiatement. Un noble doit toujours se montrer serein et surtout éviter les réactions des
primaires. On attend donc la bonne occasion.
A mon avis, on aurait mieux fait en cherchant les contacts que Ruzibiza a pu avoir entretemps et surtout en s'informant sur les conditions de vie des membres de sa famille : on pourrait peut-être
alors savoir s'il a été acheté ou s'il a subi des menaces. C'est là peut-être la vraie question.
En tout état de cause, il me paraît peu probable que Ruzibiza soit un menteur.

MM Michel