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Publié par JMV Ndagijimana

RDC: La MONUC maintient sa position – analyse

KINSHASA, 24 juin 2009 (IRIN) - Les opérations militaires menées conjointement par la force de maintien de la paix des Nations Unies en République démocratique du Congo (RDC) et l’armée délabrée du pays (FARDC) pour neutraliser les milices hutues rwandaises ont été critiquées en raison de l’aggravation de la situation humanitaire dans les provinces des Kivu (est), théâtre des opérations.

Cette force onusienne, connue sous son acronyme français MONUC, entend pourtant poursuivre l’opération Kimia II, de son nom de code ; elle a toutefois souligné que la protection des civils était sa priorité première. La MONUC cible les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé de 6 000 hommes, qui joue un rôle clé dans l’instabilité des provinces des Kivu depuis que ses fondateurs ont fui le Rwanda dans le sillage du génocide de 1994. Aujourd’hui, environ 30 pour cent des membres des FDLR sont congolais.

« Si nous ne faisons rien, je pense que la paix ne sera jamais durablement instaurée dans les Kivu tant que tel ou tel groupe continuera d’échapper au contrôle de l’Etat », a déclaré Alan Doss, représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies (RSSG) en RDC.

L’opération Kimia II fait suite à l’opération Umoja Wetu (« notre unité »), menée en janvier par une alliance sans précédent de soldats congolais et rwandais au Nord-Kivu, mais qui n’a guère permis de réduire la menace présentée par les FDLR et a donné lieu à une série de représailles sanglantes contre les civils, en particulier les femmes, et à une nouvelle vague de déplacements internes.

Depuis le début de l’année, 800 000 personnes ont fui dans les Kivu. Au Sud-Kivu, le bilan est de 124 000 personnes sur les trois derniers mois seulement, selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Les viols, commis non seulement par les FLDR mais aussi par les FARDC en tant qu’arme de guerre, sont devenus encore plus fréquents dans la région.

« L’on craint que si ces opérations se poursuivent sur une longue période, la situation humanitaire déjà précaire ne s’aggrave aussi bien pour les civils que pour les acteurs humanitaires », a déclaré Nestor Yombo, porte-parole d’OCHA.

Avertissements

Les évêques catholiques des Kivu ont également prévenu que les opérations menées contre les FDLR avaient eu « de lourdes conséquences néfastes et avaient soulevé des questions concernant de possibles motivations cachées qui justifieraient le lancement d’opérations aussi risquées dont les résultats sont, de toute façon, imprévisibles, comme nous l’avons vu au Nord-Kivu [avec l’opération Umoja Wetu] ».

« La chasse aux FDLR semble mal organisée et les attaques vont être menées sans distinction entre les soldats [des FDLR] et les civils rwandais réfugiés », ont déclaré les évêques dans un communiqué public. Les FDLR ont quelque 20 000 civils à charge dans l’est de la RDC.

« Rien ne garantit que cette nouvelle opération sera plus efficace qu’Umoja Wetu », ont-ils ajouté.

En mai, Oxfam a lancé un avertissement sévère sur les dangers de l’opération Kimia II, expliquant que même s’il était « nécessaire de trouver une solution pour mettre un frein au nombre choquant de violations des droits humains commises par les rebelles armés, prendre des mesures connues pour ajouter aux souffrances humaines ne saurait être la réponse ».

« [Umoja Wetu] a été une catastrophe humanitaire sous tout rapport ; une catastrophe humanitaire que le monde a ignorée. La priorité première de la force des Nations Unies au Congo doit être de protéger la vie des civils innocents. Les Nations Unies doivent être conscientes de l’ensemble des conséquences d’un soutien continu à l’action militaire, dans les circonstances actuelles ».

Stratégie globale

Pour l’International Crisis Group (ICG), une action militaire contre les FDLR est nécessaire, mais pas de la façon dont on l’a envisagé avec l’opération Kimia II et uniquement dans le cadre d’une « stratégie globale ».

Dans un rapport publié en mai et intitulé Congo: Five priorities for a peace-building strategy Congo : Cinq priorités pour une stratégie de consolidation de la paix, ICG a exhorté la MONUC, Kinshasa et Kigali à « suspendre l’opération Kimia II et à prévoir de nouvelles opérations militaires conjointes contre les FDLR, dans le cadre desquelles les forces spéciales rwandaises feront pression sur les dirigeants armés radicaux du mouvement, opposés au désarmement volontaire, tandis que la MONUC et l’armée congolaise combleront le vide créé par ces mesures, en accordant la priorité à un renforcement immédiat de la protection des civils et en procédant au désarmement des hommes du rang ».

Le rapport appelle également à « en faire plus pour tendre la main aux hommes du rang au sein des FDLR, dont la plupart n’étaient en aucune façon impliqués dans le génocide rwandais, et d’offrir certains avantages à ceux qui acceptent le désarmement, et de leur proposer de les reloger hors des Kivu ».

De récents changements de politique, au Rwanda et en RDC, « ont créé l’environnement politique régional le plus propice à la consolidation de la paix [dans les Kivu] depuis 20 ans ».

« Si l’on ne favorise pas l’émergence d’une dynamique propice à des réformes radicales et à des mesures décisives contre l’impunité, les Kivu vont de nouveau se trouver à mi-chemin entre la paix et la guerre, dans une situation de conflit de faible intensité, invisible au radar des capitaux, mais dont les conséquences resteront dramatiques pour leurs populations civiles ».

La priorité à la protection

M. Doss, RSSG et plus haut dirigeant de la MONUC, a déclaré à la presse dans le courant du mois de juin, à Kinshasa, qu’il « partageait entièrement » les préoccupations des organisations humanitaires concernant l’opération.

« J’essaie de les rassurer en leur disant que nous cherchons sans cesse les moyens d’améliorer la protection des civils et d’assurer un meilleur accès des humanitaires aux populations affectées par la violence ».

« Nous avons insisté pour que ces opérations commencent d’abord par [l’aménagement] d’un [couloir] de protection avant le lancement des opérations directes contre les FDLR, pour minimiser les dégâts et les risques courus par la population ».

La MONUC a également formé des équipes de protection, composées d’acteurs humanitaires, et notamment de spécialistes de la protection de l’enfance et des droits humains.

M. Doss a expliqué ainsi les trois objectifs de l’opération : « protéger la population ; mettre fin à la menace posée par les FDLR en les persuadant de désarmer et de retourner au Rwanda ; et rétablir l’autorité de l’Etat congolais dans les deux provinces. Cette campagne comprend tout un éventail d’actions qui seront soit précisément limitées dans le temps, soit menées sur une longue période ».

Selon Kevin Kennedy, porte-parole de la MONUC, la situation actuelle dans les Kivu « est la preuve [que] cette opération [est nécessaire] et qu’il est important que la MONUC exécute le mandat que lui a donné le Conseil de sécurité ».

« Je [reconnais] qu’il nous reste de nombreux défis [à relever], mais je ne crois pas que cela remette en cause notre mission, ni l’importance du soutien apporté aux FARDC. Cela est plutôt la preuve que le soutien de la communauté internationale et des Nations Unies est indispensable dans la situation actuelle ».

Un tandem mal assorti

Comme l’a noté M. Kennedy, certaines de ces difficultés sont liées aux défauts de l’armée, dont le solde dérisoire, les conditions de vie déplorables, le manque d’entraînement, le moral bas et la structure de commandement inefficace sont parfois plus propices à la mutinerie, aux viols et aux pillages qu’à des carrières de militaires professionnels ou à la protection des civils.

En outre, l’armée et les FDLR ont souvent uni leurs forces, ces dernières années, face à leurs ennemis communs. Autant de problèmes qui ont été aggravés par l’absorption récente et hâtive de milliers de combattants des groupes armés, qui avaient rendu les armes au début de cette année.

« Il est aussi vrai que l’intégration rapide des groupes armés et les problèmes de commandement, de logistique et de discipline des FARDC ont donné lieu à des exactions et autres abus [commis contre] la population par des éléments des FARDC », a-t-il dit.

Des mesures sont prises pour sanctionner les soldats responsables : 24 d’entre eux, auteurs présumés d’abus contre les civils, sont actuellement détenus dans l’attente de comparaître devant les tribunaux militaires.

Un autre facteur limite le poids de l’opération Kimia II, a expliqué M. Kennedy : « Nous attendons encore [les moyens] de transport aérien que nous avons demandés et qui ont été autorisés par le Conseil de sécurité en novembre dernier. Nous faisons de notre mieux avec ce que nous avons. Nous n’avons pas le choix d’attendre ou de ne rien faire ».

ei/am/nh/ail


Thèmes: (IRIN) Paix et sécurité, (IRIN) Réfugiés et déplacés

[FIN]

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