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Publié par JMV Ndagijimana

Les gesticulations d'Alain Gauthier, l'ambassadeur de Paul Kagame en France
(La rédacton de France-Rwanda Tribune)

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By Déo Mungongo (Photo : AFP)   

Sunday, 07 June 2009

GLH 523: Quinze après le génocide des Tutsi du Rwanda, la France ne regrette pas. Et pour preuve, l’Elysée a fait inscrire plusieurs officiers français ayant servi au Rwanda pendant la période agitée de 1990 à 1994 dans le contingent de croix de la Légion d’honneur du 15 mai pour la période du 1er janvier 2006 au 31 décembre 2008.

Ont ainsi été promus, au grade d’officier avec traitement, le colonel Jacques Hogard, ancien chef du Groupement Sud Turquoise (Cyangugu), et le colonel Jean-Jacques Maurin, ex-chef adjoint des opérations au Rwanda auprès de l’attaché de défense ; et, sans traitement, le colonel Michel Robardey, ancien conseiller technique pour la Gendarmerie nationale (criminologie), et Etienne Joubert, chef du DAMI Panda (1992-1993), puis chef des opérations Turquoise Gikongoro.   

L’ordre national de la Légion d’honneur est la plus haute décoration honorifique française. Elle a été instituée le 19 mai 1802 par Napoléon Bonaparte. Elle récompense les mérites éminents militaires ou civils rendus à la Nation tricolore.

Selon La Lettre du Continent [Edition du 28 mai], la démarche du président français Nicolas Sarkozy  vise à calmer l’ire d’une vingtaine d’officiers français accusés dans le rapport  de la Commission Mucyo [du nom de son président] de “complicité de génocide”.

La Commission Mucyo qui a enquêté pendant dix-neuf mois sur le rôle de la France dans le génocide désigne 33 personnalités françaises, 13 hommes politiques et 20 militaires, comme étant les plus impliquées dans le génocide.

Les mandats d’emmener internationaux en leur encontre sont d’ores et déjà sur la table du Procureur Général de la République du Rwanda, Martin Ngoga. Et ce, depuis six mois, mais ces mandats ne sont pas encore transmis à Interpol pour des raisons non encore élucidées.

La colère des victimes

La décision du No 1 de l’Etat français est ressentie par les victimes du génocide comme un coup de poignard dans leur dos. Cependant, leur détermination demeure totale pour que lumière soit faite sur le rôle controversé de la France dans le génocide anti-Tutsi de 1994 au Rwanda.

“Ce n’est pas en accordant une “sucrerie” à ces hommes que l’on nous fera oublier ce qu’a été le rôle de certains militaires français au Rwanda. Ce qui nous importe, c’est la vérité. Nous devons savoir ce que des militaires français ont fait, au nom de leurs concitoyens. Décorer certains responsables c’est aussi une sorte de provocation à l’égard de tous ceux qui, comme nous et beaucoup d’autres, luttent pour que justice soit rendue aux victimes du génocide, “ a déclaré à Grands Lacs Hebdo Alain Gauthier, président du CPCR (Collectif des parties civiles pour le Rwanda en France).

Pour Alain Gauthier, les membres de la Légion d’Honneur ne peuvent pas se réjouir de compter ces nouveaux promus dans leur confrérie.

“La Légion d’Honneur récompense des citoyens français qui ont servi leur pays, qui lui ont fait honneur. Peut-on dire que ces  responsables de l’armée française ont fait honneur à la France? Ils n’ont fait honneur ni à leur pays, ni au Rwanda, ni à l’humanité entière. Les membres de la Légion d’Honneur ne peuvent pas se réjouir de compter ces nouveaux promus dans leur confrérie.  Ou alors faut-il penser que l’on accorde aujourd’hui la Légion d’Honneur à n’importe qui?” poursuit-il.

Et de conclure : “Cette distinction, si elle calme les militaires, ne nous détournera pas de nos objectifs: que tous ceux qui ont des comptes à rendre puissent un jour les rendre à la justice française. Une médaille n’a jamais rendu son honneur à celui qui l’a perdu. Ce qui nous importe, c’est la vérité et la justice.”

Basé en Reims, le CPCR est fortement engagé dans la lutte contre l’impunité dont jouissent les présumés génocidaires présents sur le sol français et contre le négationnisme et/ou le révisionnisme du génocide.

Georges Mihigo dirige à Nyamasheke une petite association des orphelins du génocide. “Twisungane”, c’est le nom de cette association qu’il a initiée au nom du principe selon lequel les souffrances partagées diminuent.

Nyamasheke est située dans l’ex-préfecture de Cyangugu qui faisait partie de la Zone Humanitaire Sûre mise en place par la France à travers l’opération Turquoise un mois après le début du génocide.

Agé de 19 ans, Georges Mihigo préconise l’arrêt pur et simple du processus de normalisation des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda.

“Si ce que vous dites est vrai, c’est une preuve supplémentaire, si besoin il en était, que la France n’est pas prête à assumer publiquement ses agissements au Rwanda dont nous sommes victimes. A présent, le Rwanda doit concentrer ses efforts dans la poursuite des responsables français impliqués dans le génocide comme initialement annoncer. Ça ne sert plus de renouer avec un pays profondément impliqué dans le génocide mais qui continue à se moquer de la souffrance des survivants et de la mémoire des disparus,” déclare-t-il en substance.    

La France n’a pas à rougir

Le Rwanda accuse Paris d’avoir soutenu les responsables du génocide avant, pendant et après cet épisode sombre de l’histoire humaine. Selon le décompte du gouvernement rwandais, c’est plus d’un million de personnes qui ont péri au printemps 1994 dans des conditions qui défient l’entendement humain.  

Certains des officiers décorés par Nicolas Sarkozy ont servi pendant l’opération Turquise, de triste mémoire pour le Rwanda.

L’objectif affirmé était de protéger, dans une “zone humanitaire sûre”, les “populations menacées” aussi bien par le génocide que par le conflit militaire entre le FPR et le gouvernement intérimaire rwandais.

La commission Mucyo qui a rendu son rapport le 05 août 2008 affirme que les forces génocidaires ont continué à opérer en toute quiétude contre les Tutsi dans cette “zone humanitaire sûre”, que des soldats français ont commis des crimes contre les Tutsi [viols et assassinats]. Des allégations renvoyées dos à dos par Paris.

“La France a pris le risque d’intervenir quand personne ne bougeait. L’opération Turquoise, je le rappelle, a été conduite sous mandat des Nations-unies. La France dans cette affaire n’a pas agi seule. Elle a agi au nom de la communauté internationale tout entière. Elle a sauvé des vies humaines en 1994, comme elle l’a fait à Bunia plus tard avec l’Opération Artémis dont tant de Congolais se souviennent. La France n’a pas à rougir de ce qu’elle a fait. Mais, s’il vous plaît, tournons-nous vers l’avenir, “ a déclaré au mois de janvier de cette année Nicolas Sarkozy dans une interview exclusive à cinq journaux de Kinshasa.

La Commission Mucyo affirme par ailleurs que Turquoise a ouvert aux forces génocidaires un couloir d’évacuation vers l’ex-Zaïre où la France poursuivit leur réarmement pour qu’elles reprennent de force l’effectivité de l’imperium au  Rwanda.

Dans son interview aux journaux kinois, le locataire de l’Elysée reconnaît que le génocide de 1994 au Rwanda a eu des conséquences pour le Congo-voisin mais il tient à préciser que son pays n’y est pour rien.

“Il faut regarder la vérité en face. Il faut reconnaître que les événements innommables de 1994 ont eu de lourdes conséquences pour la RDC. La crise qui frappe l’Est du Congo depuis des années a des racines historiques. C’est évident. Mais il faut dire aussi que ni la France, ni la communauté internationale n’ont été les instigateurs de l’arrivée des réfugiés hutus rwandais sur le sol congolais. Ces réfugiés ont fui leur pays et traversé la frontière de leur propre initiative,” dit-il.

Nouvelle épreuve pour Paris et Kigali

La tension toujours à vif entre Paris et Kigali depuis 1994-le génocide étant au cœur de la polémique- a atteint son paroxysme en novembre 2006 avec la sortie de l’ordonnance du juge français Jean-Louis Bruguière.

Dans ses attendus, le juge parisien accuse neuf officiers supérieurs rwandais d’avoir organisé autour de Paul Kagame l’attentat contre l’avion du président Habyarimana en 1994 qui mit le feu aux poudres.   

Jean-Louis Bruguière avait alors émis neuf mandants d’arrêt contre les officiers indexés. Et il avait recommandé l’arrestation et la poursuite du Chef de l’Etat rwandais devant le TPIR étant donné l’immunité que la justice française accorde aux Chefs d’Etat en exercice.

En guise de réaction, le Rwanda avait pris la décision unilatérale de rompre ses relations bilatérales avec Paris accusé d’instrumentaliser la justice pour escamoter ses responsabilités indéniables dans le génocide.

Le processus de normalisation entre les deux capitales étaient suffisamment avancé depuis l’avènement de Nicolas Sarkozy à l’Elysée grâce à son chef de diplomatie Bernard Kouchner.

Des observateurs sont d’avis que le processus est de nouveau compromis par les derniers développements et avec très peu de chance d’être relancé.

La décision du régime au pouvoir à Kigali de décréter le Français une langue indésirable au Rwanda, et celle de la France d’attribuer la légion d’honneur aux officiers pointés du doigt par Kigali ne sont pas pour faciliter les choses.   

http://www.rnanews.com/

Last Updated ( Monday, 08 June 2009 )

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