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Publié par JMV Ndagijimana

Billet d’humeur d’Eugène Shimamungu (Newsletter n°2)
sur www.editions-sources-du-nil.fr

 


L’on sait l’homme très catholique et très pratiquant, ce n’est pourtant pas ce sujet-là que je veux aborder. Ildephonse Munyeshyaka est un dilpomate de carrière, l’une des rares personnalités politiques du temps du régime Habyarimana qui essaie de jouer un rôle politique aujourd’hui, sans oublier bien évidemment  Jean-Marie Vianney Ndagijimana eu sein des FDU-Inkingi et avant ces deux-là,  Claver Kanyarushoki, François Nzabahimana au sein du RDR, tandis que les autres ont disparu dans la nature.

Ildephonse Munyeshyaka est à la tête de l’ODR-Dufatanye  (Opposition Démocratique Rwandaise) qui réunit les partis politiques PDR Ihumure et Partenariat Intwari, et politico-militaire RUD-Urunana. L’on se demande par ailleurs comment des hommes aussi avertis en politique et en communication (un ambassadeur de carrière et un professeur de communication) connaissant le poids des mots plus que quiconque, ont pu choisir ce sigle en sachant très bien qu’il pouvait bien se confondre avec le terme « odeur » (prononcé phonétiquement à la rwandaise [odéeri]) terme négativement connoté qui donne libre cours, aussi en français qu’en kinyarwanda, à toute sorte de vilains calembours au vitriol, dont le plus redoutable, pour un parti politique, est son correspondant en kinyarwanda « icyuka » qui signifie non seulement « odeur pestilentielle » mais aussi « quelque chose de vide, sans contenu » ! Un tonneau vide ! Trêve d’extrapolations sémantiques (nos amis de l’ODR nous en voudraient à mort !) et revenons au débat d’idées.

Ce qui nous intéresse maintenant c’est l’élection présidentielle de 2010. Les FDU-inkingi (Forces Démocratiques unifiées) de Victoire Ingabire qui réunit les partis (RDR, FRD, ADR-Isangano et des personnalités politiques indépendantes)  ont déclaré unilatéralement qu’ils allaient participer aux élections présidentielles en 2010. L'ODR-Dufatanye, comme s'elle avait été prise de court, a,  quant à elle, freiné des quatre fers, annonçant dans un communiqué daté du 23 mai qu’il ne participerait aux élections. Pourtant les raisons exposées par l’une et l’autre organisation pour la participation et pour la non-participation, sont les mêmes. Elles concernent toutes le régime de Kigali. Tous les deux sont unanimes pour dire que le régime de Kigali est un régime dictatorial tenu par des criminels notoires dont le plus important, Paul Kagame, commence à être rattrapé par son passé. Mais doit-on attendre qu’un régime dictatorial change les règles du jeu électoral, ou faut-il l’y contraindre en participant aux élections tout en sachant très bien que le jeu électoral est une mascarade, avec le risque de légitimer des résultats qui se rapprocheront probablement d’un score stalinien en faveur de Paul Kagame. Ne pas participer c’est perpétuer le statu quo, y participer c’est le légitimer ! Voilà l’impasse.


En effet les autres moyens, notamment la pression internationale, pour démocratiser le régime de Kigali, ont été inopérants. La pression militaire n’est pas à l’ordre du jour puisque le pouvoir de Kigali est armé jusqu’aux dents. La rébellion est désorganisée, et même dispersée, après l'opération "Umoja Wetu" exécuté conjointement par le Rwanda et la RD-Congo.  Que faire ! En tous cas les deux organisations ne se sont pas concertées pour prendre une décision commune. Ils partent en ordre dispersé pour des enjeux qui devraient les réunir. Le constat sur la situation est le même, mais les moyens de lutte divergent.  Les uns choisissent une politique d’attentisme, les autres une politique volontariste presque casse-cou, si l’on sait que Paul Kagame, l’homme qui a déclaré qu’il retournerait au maquis s’il était battu aux élections en 2003,  n’a jamais ménagé ses adversaires, même imaginaires.

Cet homme au passé criminel dont les hommes les plus proches sont poursuivis par la justice internationale grâce à l’émission de mandats d’arrêts internationaux français et espagnols. Ceux-ci ne devront leur salut que par la renonciation au principe de juridiction universelle déjà proposé par les députés espagnols. Mais Paul Kagame qui ricane aujourd’hui, risque de rire jaune demain. Car si l’Espagne peut renoncer à ce principe, ce ne sera qu’en partie. Ce principe devra s’appliquer lorsque « les responsables présumés se trouvent en Espagne ou qu’il existe parmi les victimes des Espagnols » et que les faits ne fassent pas déjà l’objet d’une enquête pénale dans le pays où les faits ont été commis ou par un tribunal international. Or les faits pour lesquels les hommes de Kagame sont poursuivis, sont les meurtres de sujets espagnols.

En France, c’est encore pire, ce n’est pas le principe de la juridiction universelle qui est en cause  (il n'y en a pas) mais la justice elle-même qui se tourne en dérision avec l’affaire Rose Kabuye. Comment une présumée de collaboration avec une entreprise terroriste ou avec une association de malfaiteurs, peut-elle être laissée en liberté, en lui permettant de continuer à fréquenter les terroristes et les malfaiteurs en question, travailler pour eux, et se présenter à la justice quand bon lui semble, alors que cette entreprise terroriste a occasionné des victimes de nationalité française ! Les mandats d’arrêt du juge Jean Louis Bruguière finiront-ils comme un chiffon de papier ! La légèreté avec laquelle cette affaire est instruite en France montre que la dictature de Kagame a encore de beaux jours devant lui. Néanmoins, l’on peut se féliciter en passant pour la décoration des militaires qui ont participé à l’opération turquoise, mis en cause par le rapport Mucyo fabriqué de toutes pièces par le gouvernement rwandais. 

Bref quelqu’un, pour ne pas le nommer, disait que le Rwanda ne peut compter que sur les efforts de ses propres fils et filles. Le changement au Rwanda n’aura lieu que si les Rwandais se lèvent comme un seul homme pour changer la situation. Aujourd'hui face à un régime dirigé par des criminels qui veulent s'incruster au pouvoir pour ne pas avoir à répondre des crimes qui leur sont reprochés, le peuple rwandais n'a plus droit à l'erreur. Les tripatouillages politiques devraient laisser la place au consensus sur les moyens et les buts à atteindre.

Eugène Shimamungu

Lille, le 1 juin 2009

www.editions-sources-du-nil.fr

 

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