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Publié par JMV Ndagijimana

Article publié sur le site www.musabyimana.be le 01/12/2007 mais toujours d'actualité. (Note de la rédaction de Rwana Tribune)


Texte de l'article
Depuis sa prise de pouvoir au Rwanda en juillet 1994, le PR a instauré un système calqué sur le système féodal d’avant I959.

Il a « repris la lutte armée entamée par le Mouvement « Inyenzi ». Il en garde les relents par une sorte de‘‘revanche’’ qu’il veut imprimer à toutes les actions qu’il entreprend dans la gestion du pays. La « reproduction politique » de certaines époques glorieuses du pouvoir féodal, le recours aux symboles d’un passé révolu (par exemples Nyanza ou Gasabo comme entités administratives, consécration de Nyirarumaga, personnage mythique, comme héros national pour avoir sauvé la lignée royale en allant cacher un prince rwandais au Karagwe), la réécriture de l’histoire, la « tutsisation » de tous les secteurs de la vie nationale, en sont des exemples frappants »[1].

Dans ce cadre, il a le monopole dans certains secteurs clés de la vie nationale telle que l’armée : celle-ci compte 99,99 des officiers du FPR ainsi que 100% des élèves dans les académies militaires à l’Etranger dont l’Ecole Royale Militaire à Bruxelles (Belgique) ; les affaires ; les postes de direction à différents niveaux dont les sociétés étatiques, etc.

Au niveau social, le FPR a institutionnalisé le système de la délation au Rwanda. La fabrication de faux témoins est utilisée dans tous les tribunaux dont les Gacaca pour faire condamner des innocents. Ces deux phénomènes trouvent leurs racines dans la féodalité.

La réinstauration des corvées et des travaux forcés par le biais des TIG (Travaux d’Intérêt Général), l’imposition des redevances de toutes sortes : redevance de l’aménagement des imidugudu (villages), redevances pour la sécurité locale (local defence), redevances pour le FARG (Fonds d’aide aux Rescapés du génocide), etc., tout cela sent les pratiques anciennes où le Hutu était « taillable et corvéable à merci ».


Absence de justice

Du temps de la féodalité, le Roi et ses chefs avaient droit de vie et de mort sur leurs sujets. Dans le « Nouveau Rwanda », au bas de l’échelle, il suffit de se présenter comme membre du Local Defence, pour envoyer quelqu’un en prison. Ne parlons pas des échelons supérieurs. Avoir à faire à un officier ou un membre influent du FPR est problématique. Il y a risque de disparition, d’assassinats ou de prison à vie par le truchement d’un système judicaire sous la coupe du FPR. Les deux grandes organisations mondiales de défense des droits de l’homme, Amnesty International et Human Rights Watch, ont publié récemment, chacune de son côté, un communiqué pour fustiger cette absence d’un minimum de justice au Rwanda.

Au lieu d’examiner le bien fondé de ces communiqués, le Procureur Général Martin Ngoga s’est livrée aux dénégations qui frisent l’irresponsabilité. En effet, ne sait-il pas que les Parquets dont il a la charge sont en train d’appliquer une politique de chasse à l’homme, d’opérer des emprisonnements arbitraires ; qu’il y a chaque jour des centaines de morts en prison à cause de conditions inhumaines d’incarcération ; que des gens meurent de suffocation dans des cachots ; que les tribunaux Gacaca sont davantage politiques que judiciaires comme l’a fait remarquer l’historienne Alison Des Forges[2].

Tout cela a été rendu possible par l’épuration éthnique de la magistrature, pour y laisser  des éléments acquis à la cause du FPR. Les hauts magistrats hutu ont été démis ou assassinés : le Lieutenant Colonel Augustin Cyiza a été suspendu de ses fonctions de président de la Cour de cassation depuis mars 1988 ; il a échappé à un attentat en mars 1999, pour finalement disparaître dans les geôles de la DMI ; le Président du Conseil d’Etat et Vice-Président de la Cour suprême, Alype Nkundiyaremye s’est exilé à Bruxelles en juin 1999 (aujourd’hui décédé) ; plus d’une quinzaine de magistrats hutu ont été assassinés ou jetés en prison arbitrairement. Parmi ceux qui ont été assassinés, on peut citer : Gratien Ruhorahoza, Vincent Nikuze, Ladislas Mutabazi, Jean Damascène Munyansanga, Floribert Habinshuti. Aujourd’hui, la justice est composée à plus de 99 % de magistrats tutsi, ce qui a fait dire aux deux chercheurs précités que : « Dans le système judiciaire rwandais, ce sont des procureurs tutsi qui poursuivent des suspects hutu et ce sont des magistrats tutsi qui les jugent »[3].

Cette politique de la criminalisation par la justice a été désapprouvée par certains ministres de la justice et qui en ont payé un lourd tribut : Alphonse Marie Nkubito a été dégommé, il est mort dans son lit quelques mois après. Ce militant des droits de l’homme ne voulait pas couvrir les massacres commis quotidiennement par les militaires du FPR dans la plus grande impunité ; sa remplaçante Marthe Mukamurenzi fut accusée de détournement de fonds, un prétexte sûrement pour s’en débarrasser car elle aussi était pour une vraie justice ; elle est aujourd’hui en exil ; Faustin Ntezilyayo a démissionné. Le département a été confié finalement à de vrais membres du FPR, à savoir un certain Jean de Dieu Mucyo puis Tharcisse Karugarama.


Spoliation des terres

Ces derniers temps il a été question au Rwanda de la spoliation des terres des paysans par les plus haut officiers dont à la tête le général Paul Kagame. Celui-ci, pour se justifier, a prétendu, dans une interview accordée aux journalistes mi-septembre 2007[4], que la propriété appartenait, avant 1959, aux membres de sa famille, dont un aurait été chef de la région. Il est connu que Kagamé n’est pas natif de Muhazi (Kibungo) mais bien de Gitarama. A supposer que même son grand-père ait occupé la propriété, il ne l’a fait que parce qu’il était chef. Dans le système féodal, les abus dans ce sens étaient de règle. Le Père Pagès nous décrit comment cela se passait : « Le prétexte le plus futile suffisait pour l’accaparement par le chef de quelques propriétés. Il suffisait quelquefois que le maître d’un champ de bananeraie aille s’engager pour un temps indéterminé en dehors du district pour s’exposer à une expropriation. Le chef animé d’esprit de vengeance à l’égard de l’absent, s’emparait de la propriété et cela malgré la présence de la famille restée au logis sans réagir pour ne pas s’attirer des représailles. (…)

A chaque femme et à chaque nouvel hôte, il fallait donner, cela va de soi, une propriété, une bananeraie et des Hutu qui devaient travailler et construire pour les nouveaux venus. Tel chef, fort de son autorité, sans y mettre aucune forme et sans se soucier des coutumes traditionnelles, s’attribuait au milieu d’une population dense, des centaines d’hectares de terre cultivée pour y créer des pâturages et y installer de nombreuses concubines ».(…) [5]


Clientélisme

Le système de clientélisme a été institutionnalisé au Rwanda. Que ce soit au niveau de l’administration, des affaires, etc., rien ne peut se faire sans avoir un parrain. Il faut faire allégeance à tel officier, à tel membre influent du FPR. Les clans se sont constitués et entretiennent des réseaux de courtisans jusqu’au plus bas échelon. Le journal UMUSESO du 18 au 24 Novembre 2007 et paraissant à Kigali au Rwanda, décrit le phénomène comme suit :

« L’histoire se répète vraiment. Dans le Rwanda monarchique, pour ce qu’on peut appeler la politique économique, le Rwanda était caractérisé par la lutte pour le favoritisme. Les Batutsi rivalisaient dans la lutte pour les faveurs de chambellans en se mettant dans la bonne grâce du roi et faisaient tout pour avoir beaucoup de serfs et de têtes de vaches (…) L’histoire nous montre comment beaucoup de seigneurs guerriers intrépides sont tombés dans des traquenards meurtriers leur tendus au cours des luttes intestines pour gagner à qui mieux mieux les faveurs du roi et entrer dans le pré carré de ce dernier. Il se jouait des intrigues meurtrières pour accéder mieux que d’autres dans les bonnes grâces du roi. D’autres mouraient dans les tentatives de déposséder de force un tel de ses troupeaux de vache (…). Actuellement, sous le régime KAGAME et FPR, la politique prônée semble aller droit dans temps monarchiques (…) La guerre des favoris bat son plein. Elle a commencé à pas feutrés. Mais avec son évolution actuelle, tout citoyen rwandais peut analyser la politique et l’économie rwandaises au fil des années depuis 1994 avec la prise du pouvoir par le FPR (…) Quand bien même on ne le dit pas tout haut, pas mal de Rwandais savent bien qu’il a été des groupes puissants qui dirigeaient le pays. Il fut le groupe des KAYUMBA NYAMWASA (général, ancien chef d’Etat Major), Patrick MAZIMPAKA (actuel Vice-président de l’Union Africaine), Pierre KAREMERA (Colonel, ancien ministre de l’Education et actuellement sénateur) et Aloysie INYUMBA (sénatrice, ancienne ministre du genre). Puis, il est apparu en force le groupe de Théogène RUDASINGWA (ancien Secrétaire général du FPR puis Directeur de Cabinet à la Présidence de la république), GAHIMA Gérard (ancien Procureur général de la République). Puis il est aussi apparu le groupe POLISI Denis (Vice-président de la Chambre des Députés) et Charles MULIGANDE (Ministre des Affaires étrangères). Actuellement, une guerre froide oppose deux groupes dans lesquels se retrouvent rangés tous les adhérents au FPR ; il s’agit du groupe de MUSONI James (Ministre des Finances) et celui du colonel Dr Emmanuel NDAHIRO (chargé des renseignements et intelligence). Autant ils se sont succédés dans les faveurs de KAGAME, autant ils avaient sous leurs grâces tout un monde de gens en quête de faveurs qui cherchaient bonheur et protection. (…) Sous cette forme, on trouve que le Rwanda et le FPR forment une parfaite monarchie. Le FPR gère un patrimoine connu et inconnu de beaucoup de gens tel les gros trusts TRISTAR, PRIME HOLDING, HORIZON… Pour ce qui est du Rwanda qui est régulé par une Constitution qui a intronisé la République, les institutions Président de la République, l’Exécutif, le Législatif, le Judiciaire et le multipartisme ; toutes devaient être dotés de pouvoirs (autonomes) complémentaires. Malheureusement cela n’est que dans les textes de lois et dans le verbe alors qu’en réalité, la gestion du pays n’est que monarchique (…) »[6].

Des exemples peuvent être multipliés pour démontrer ce phénomène. F. Rudakemwa a raison quand il écrit : «La situation sociopolitique qui règne aujourd’hui au Rwanda ressemble étrangement à celle qui y prévalait à la veille de la révolution sociale de novembre 1959 »[7]

©Gaspard Musabyimana, le 01/12/2007

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