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Publié par JMV Ndagijimana

Jooneed Khan
La Presse

(Bukavu) «La minorité tutsie a préparé pendant 30 ans en exil la reconquête du Rwanda. Pensez vous que la majorité hutue, chassée avec l'armée, le trésor, la fonction publique, baissera les bras? Ce qu'il faut, c'est un dialogue inter-rwandais, comme au Burundi voisin.»

La proposition a été faite au Sénat belge par Théophile Habamungu, vice-président de l'Assemblée provinciale du Sud-Kivu, dans le cadre d'une mission à Bruxelles.

Elle est reprise par tous les acteurs congolais, à Kinshasa, dans les Kivu, et par les gens de la société civile et de l'épiscopat.

Les réfugiés hutus rwandais installés au Congo, civils et militaires confondus, ont formé les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda). Kigali les tient responsables du génocide qui a fait 800 000 morts en 1994 au Rwanda.

«La catastrophe est venue du Rwanda en 1994. Douze fois plus de Congolais sont morts, depuis, que tous les Rwandais victimes du génocide, alors que nos ressources sont pillées. La complaisance envers le Rwanda doit cesser», dit-il.

«Le président rwandais Paul Kagame est trop arrogant. Ses parrains lui ont fait croire qu'il est le Napoléon de l'Afrique. Nous le voyons plutôt en Hitler. Il doit regarder au Burundi, où la minorité tutsie et la majorité hutue ont négocié un partage du pouvoir dans le cadre de la démocratie», estime-t-il.

Kigali montrée du doigt

Des pressions sur Kigali ont commencé il y a quelques semaines. L'ONU a accusé le Rwanda de fomenter la rébellion au Congo. La Suède et la Hollande ont bloqué leur aide. Les critiques s'étalent à Londres. L'Allemagne a extradé en France une proche de Kagame pour la destruction de l'avion présidentiel rwandais en 1994, ce qui a déclenché le génocide des Tutsis.

«L'ancien régime du Rwanda n'était pas souple, mais rien ne justifiait l'invasion du FPR (Front patriotique rwandais) en 1990. C'est la genèse du drame, le péché originel. Les grandes puissances ont soutenu l'invasion, Habyarimana et la France ont perdu. Mais le grand perdant, c'est le peuple congolais», dit Léon Bariyanga, président de l'Assemblée provinciale du Nord-Kivu.

«L'armée rwandaise revient traquer les génocidaires ici. Comment distinguer un Hutu d'un Congolais? Comment traiter de génocidaires les enfants hutus nés au Congo depuis 1994? Non, la solution réside dans un dialogue inter-rwandais», dit-il lui aussi.

Pour un conseiller du président Joseph Kabila, parlant sous couvert de l'anonymat, «le régime Kagame est plus dur que celui de Habyarimana. Mais il a l'appui des États-Unis alors que Habyarimana avait celui de la France. On nous présente ce régime comme un modèle, mais c'est une dictature qui se finance à même le pillage du Congo», dit-il.

La mission de l'Union européenne vient de déposer son rapport final sur les élections de septembre au Rwanda. Elle martèle une conclusion centrale: l'intimidation a marqué la campagne, et le scrutin a nettement manqué de transparence.

La direction des FDLR est établie en Allemagne. Dans un texte signé de son président, Ignace Murwanashyaka, elle «réitère sa conviction que le problème politique rwandais ne peut pas être résolu par les armes, mais par un compromis négocié».

Mais jusqu'ici, le Rwanda continue de faire la sourde oreille.

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