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Publié par JMV Ndagijimana

Février 2008
Mémorandum adressé au Conseil de Sécurité des Nations Unies par le Partenariat Intwali 

Plaidoyer pour une enquête globale, objective et impartiale sur le génocide rwandais et ses conséquences.

12.2 Kigali et Dar es Salaam coopèrent pour résoudre la question des réfugiés Hutu 

 

Si l'on en croit le compte rendu de réunion codé (MEET CRITICAL CODE 560/JL REF: 567/JL/TZ/RW), il aura été relativement facile de rapatrier les réfugiés Hutu rwandais regroupés en Tanzanie en 1994 : «Une réunion critique. Le gouvernement tanzanien a accepté de rapatrier tous les soi-disant réfugiés de Karagwe et de quelques régions avoisinantes estimés à 350.000. Le programme sera mis en œuvre avant la fin de décembre 1996. Dans un programme spécial, le gouvernement de Kigali s'est vu demander de prévoir une cérémonie officielle à cette occasion pour attirer l’attention internationale. Dans une lettre émanant de Kigali, Paul Kagame a ordonné le président Pasteur Bizimungu à être présent à la frontière dans le but d’être flashé lors de leur accueil. Tous les arrangements ont été confirmés, voir les annexes fournies aujourd’hui aux participants de la présente réunion. Copie pour information à Nakasero state house, Entebbe state house » [Preuve n°0108].

 

Il faut reconnaître cependant que la question liée à la présence en Tanzanie de réfugiés Hutu a fait l'objet d'importantes tractations diplomatiques dans lesquelles Kampala et ses alliés anglo-saxons auront joué un rôle décisif. Ainsi en témoigne le document codé (ARUSHA TANZANIA FEB 30/96 REF:34562/RW/TZ/908) : «Le gouvernement du Rwanda via le gouvernement de l’Ouganda a avancé à plusieurs occasions d’importantes inquiétudes concernant les réfugiés rwandais en Tanzanie et au Zaïre.  Le gouvernement tanzanien doit contribuer à la sécurité sur le territoire rwandais en refusant aux réfugiés toute chance de s’établir durablement en Tanzanie. Car ils peuvent à leur tour procéder aux attaques sans précédent sur le territoire rwandais, ce qui pourrait en retour avoir de graves conséquences sur les relations entre les deux pays. Les services du ministère de l’intérieur à Dar es Salaam ont transmis à la commission conjointe de la Tanzanie, de l’Ouganda et du Rwanda toutes les listes des réfugiés rwandais résidant sur le territoire tanzanien. Pour l’implémentation, on va débattre de ce sujet avec les trois présidents. Soutien matériel : Le gouvernement ougandais fournira des hélicoptères pour superviser l’opération. Le gouvernement  tanzanien fournira les troupes pour l’opération et le gouvernement rwandais fera de même mais les conditions d’entrée sur le territoire tanzanien feront l’objet d’une discussion détaillée à Karagwe en présence de Mzee Julius Nyerere. Toutes les parties concernées semblent n’avoir aucune objection à ceci. Code EAC/7869 respecté. Copie pour information aux ambassades respectives de toutes parties concernées. RS/TY/60000/9087/GHJ/RW/UG/TZ» [Preuve n°0109].

 

Il n'aura pas été aisé de persuader le gouvernement tanzanien de passer outre les règles internationales en matière de réfugiés et l'on va parfois frôler le conflit ouvert entre Kigali et Dar es Salaam comme l'indique le document codé (CRISIS MEET REF 670/52/TZ) : «La présence de beaucoup de réfugiés d’origine rwandaise a atteint son terme sur l’agenda spécialement convenu entre le gouvernement tanzanien et le gouvernement rwandais. La Tanzanie est ici pour fournir un rapport spécial émanant des services du ministère de l’intérieur. Le camp de réfugiés de Kibeho est au haut point sur l’agenda. Nous avons des rapports spéciaux de l’intelligence que les Hutu dans les camps de réfugiés sont en train de mener des activités qui pourraient affecter les relations de la Tanzanie et du Rwanda. Ceci a fait l’objet d’une discussion entre les présidents Museveni et Mkapa. REF 78/TZ/UG.

 

La Tanzanie a finalement accepté d’autoriser les officiels du Renseignement rwandais à pénétrer dans les camps de réfugiés et de procéder aux rafles des réfugiés en se faisant passer pour des officiels tanzaniens. L’opération sera secrète et mise en œuvre seulement pendant la nuit. Les présents ordres émanent de l’ambassade tanzanienne à Kampala et le ministère de l’intérieur a autorisé la mission à se poursuivre. Copie pour information à l’ambassade du Rwanda, Nakasero State House» [Preuve n°0110].

 

12.3 Le droit international foulé aux pieds

 

Le conflit armé qui a dévasté le Rwanda de 1990 à 1994 a provoqué le départ de 1,25 million de réfugiés vers le Zaïre, la Tanzanie et, dans une moindre mesure, le Burundi.  En août 1996, des rapatriements forcés et massifs de réfugiés rwandais se trouvant dans les pays voisins ont été organisés. Au Burundi, une intervention de l’armée a entraîné un nouvel exode de réfugiés dont certains sont retournés au Rwanda alors que les autres ont fui vers la Tanzanie. En juillet et août 1996, d’autres interventions directes de l’armée contre des camps de réfugiés au Burundi ont entraîné le retour forcé de quelque 15.000 réfugiés, en violation du principe de non refoulement. La fermeture des derniers camps de réfugiés en août 1996 a provoqué le rapatriement forcé de la plupart des 60.000 réfugiés rwandais qui se trouvaient encore dans ce pays.

 

En octobre 1996, le conflit armé qui a opposé les forces gouvernementales zaïroises épaulées par les anciennes forces gouvernementales rwandaises (ex-FAR) et des milices zaïroises aux forces gouvernementales rwandaises (APR) soutenant la rébellion congolaise (AFDL) a plongé dans la violence les régions d’Uvira, Bukavu et Goma où se trouvaient la plupart des réfugiés rwandais. Certains camps de réfugiés ont été la cible d’attaques; quasiment tous les camps ont été démantelés et les populations réfugiées se sont dispersées. De nombreux réfugiés ainsi que des Zaïrois vivant dans ces régions sont morts dans les combats, pris dans des échanges de feu ou bien ont été délibérément visés par les forces qui s’affrontaient.

 

Au cours de la troisième semaine de novembre 1996, entre 500.000 et 600.000 réfugiés sont retournés au Rwanda. Entre 300.000 et 600.000 réfugiés rwandais ont fui vers l’intérieur du Zaïre et des statistiques du HCR montrent que 85.000 réfugiés supplémentaires ont été rapatriés du Zaïre à la fin de l’année 1996 et 150.000 autres au cours de l’année 1997. Selon des informations publiées par des observateurs des droits de l'homme et des journalistes, d’innombrables réfugiés ont été tués au cours de très nombreux massacres. Le gouvernement de la RDC et ses alliés rwandais de l’époque ont entravé les efforts des Nations unies visant à envoyer sur place une mission pour enquêter sur ces crimes.

 

Prenant acte de l’accord de la communauté internationale pour un rapatriement forcé de réfugiés se trouvant au Burundi et au Zaïre, les autorités tanzaniennes ont donné l’ordre, le 6 décembre 1996, à tous les réfugiés rwandais de rentrer dans leur pays avant la fin de l’année. Entre le 16 et le 24 décembre 1996, 475.000 des 540.000 réfugiés rwandais ont été renvoyés de force. Au cours de ces rapatriements, des cas de violations graves des droits humains commis par les forces de sécurité tanzaniennes ont été signalés tels que la confiscation de biens, les mauvais traitements et les viols. La plupart des 65.000 réfugiés restant se sont dispersés et beaucoup d’entre eux ont ensuite réussi à se réinstaller dans les camps de réfugiés en se faisant passer pour des Burundais.

 

Au cours de ces opérations, les droits fondamentaux des centaines de milliers de réfugiés ont été violés. Les gouvernements des pays d’accueil et le gouvernement rwandais n’ont pas respecté les traités internationaux les liant et qui garantissent le droit à la protection contre le refoulement. Rien ne peut dispenser ces Etats de leurs obligations légalement contraignantes de protéger les réfugiés, ni l’ampleur du problème auquel ils devaient faire face (l’énorme nombre de réfugiés et leur exode rapide de leur pays d’origine), ni les problèmes de sécurité posés par la présence des anciennes autorités gouvernementales, des milices et des ex-soldats rwandais qui s’étaient mêlés à la population des réfugiés. La communauté internationale n’a pas fourni d’alternative au démantèlement forcé des camps de réfugiés. De plus, elle n’a pas condamné les gouvernements qui ont eu recours à leurs forces de sécurité et, dans le cas du Rwanda, à des groupes politiques armés soutenus par le gouvernement pour harceler les réfugiés dans leurs camps, attaquer ou fermer ces camps en commettant des exactions sur les réfugiés qui étaient en train de rentrer au Rwanda. Il est évident que l’absence de réaction face à ce qui était arrivé au Burundi a ouvert la voie aux événements qui se sont produits au Zaïre, de même que ce qui est arrivé à la fois au Burundi et au Zaïre a conduit le gouvernement tanzanien à mener des opérations similaires dans son pays. De manière étonnante, les gouvernements étrangers et les organisations intergouvernementales, notamment le HCR, se sont déclarés relativement satisfaits de ces opérations de rapatriement.

 

12.4 La traque des réfugiés Hutu au Zaïre, justification d'une guerre programmée[1][6]

 

S'agissant des Hutu rwandais réfugiés en ex-Zaïre, Kigali, Kampala et leurs alliés n'avaient qu'à actionner des plans déjà préparés de longue date. En effet, parmi ces réfugiés, certains s'étaient repliés en plus ou moins "bon ordre" dont l'administration, l'armée et les milices.

 

Le compte rendu de réunion codé (CRISIS 67 REF560/RW/ZR) semble suggérer qu'on entend les faire périr par tous les moyens : «Réunion de crise. Il y aura un vote d’une résolution de l’ONU vendredi prochain pour autoriser l’envoi de la nourriture, des médicaments à destination des Hutu du Zaïre. Nous allons à tout prix faire en sorte que cette résolution ne passe pas parce que ceci impliquerait la présence de la Communauté internationale sur le terrain qui empêche nos opérations. Nous n’avons pas encore confirmé notre position à l’ambassade américaine à Kampala. On attend que tout le monde assiste à la prochaine réunion à 2h00. L’hôte du jour sera Amama Mbabazi. Code 767/JL» [Preuve n°0111].

 

Mais en fin de compte, l’invasion de l’ex-Zaïre par Kigali et Kampala n’était pas motivée par la fuite et la présence des Hutu sur le territoire zaïrois. Elle avait été  programmée avant même l’invasion du Rwanda. Les Hutu rwandais réfugiés constituaient en fait un fallacieux prétexte et une opportunité de poursuivre impunément un génocide contre leur communauté tout en présentant ce génocide tantôt comme une sorte de vengeance tantôt comme une guerre menée par le Rwanda contre l’ex-Zaïre comme ce document l’indique : « Zaïre push-on: Rwanda size too small if all Nationals are to be fitted. Rwandese in Zaire are too unsafe although their cause to be discussed after seizure of main land.  Eastern Zaire needs total liberation. There is no resettlement needed other than direct help. Scheduled meet: Texas state University: Mwalimu J.K. Nyerere, Rwandese officers outside Rwanda, Ugandan Representatives, US Council Members. Discussion ahead ».

Il faut cependant reconnaître que parmi ces réfugiés, certains s'étaient repliés en plus ou moins "bon ordre" avec armes et bagages et étaient parvenus à organiser les camps en les dotant d’une administration, d’une armée et de milices.

 

Aussi l'Administration américaine suit-elle de près la situation selon le document codé (CRISIS 68 REF 560/RW/ZR) : «Réunion de crise. La réunion est d’accord pour exprimer le changement dans la politique de nos amis américains, voire plus tard ces instructions émanant du Pentagone : Ken Bacon[2][7] veut un siège à feu et à sang à Goma. Des consultations sont prévues très bientôt entre parties présentes dans une réunion prévue à 8.00 PM à SPEAK HOTEL, voir détails dans une brochure distribuée. Pas de détails supplémentaires. Code 675/JL» [Preuve n°0112] et n'hésite pas à recourir à des opérations secrètes codées (OPERATIONS SEC REF: 568/RW/JL) : «Les amis américains ont accepté d’envoyer des troupes de la base militaire de VINCENZA en Italie. Nous sommes censés préparer le terrain pour leur faciliter l’atterrissement sans courir aucun risque. Le haut commandement de DMI a donné des instructions pour procéder à tous les préparatifs nécessaires. Kayihura, avec son contingent de la police militaire sans uniforme opérera avec 250 officiels en charge de cette préparation. P. Akunda sera chargé de chapeauter les opérations financières. Copie pour information à DMI, ISO, ESO, 4TH BT TOP COM » [Preuve n°0113].

 

Avec le soutien ougandais et anglo-saxon, le nouveau régime rwandais encore fragile entendait, par tous les moyens, prévenir toute attaque contre le pays selon un rapport de crise codé(Crisis report Ref/560 /JL/Z/RW) : «Rapport de crise. Les Hutu du Zaïre sont en train de planifier de s’engager dans une guerre grave par invasion tantôt du Burundi, tantôt du Rwanda. Un  programme soutenu de recrutement est en cours en ce moment et un nombre massif des interahamwe émanant de la Tanzanie à destination de Zaïre. Les bataillons de reconnaissance (investigation) sont envoyés à la fois au Rwanda et au Zaïre pour préparer les opérations de nettoyage. Le président Museveni rencontre aujourd’hui une délégation d'officiels de renseignements rwandais pour avoir plus d’information sur cette situation. On attend plus de procédés sur ce sujet demain à 4.00 PM après le rapport du Bureau de la présidence ougandaise. Copie pour information à PPU Nakasero, Rwanda Embassy-Kampala» [Preuve n°0114].

 

Il s'agissait en fait de piégér les réfugiés sans faire la moindre distinction entre les hommes en armes et les civils : «Crisis 46 ref 567/RW/REF. Crise. La réunion a convenu de discuter du problème des Hutu réfugiés au Zaïre. Une confrontation immédiate doit être utilisée afin d’éviter tout établissement de point d’ancrages par les miliciens Interahamwe. Le plan implique : La capture de Goma qui, pour la communauté internationale, servait de base d'approvisionnement en aliments pour les Hutu. Si nous sabotons le programme de fourniture des aliments, de médicaments, de l’eau potable, les Hutu vont fuir vers les forêts où nous nous sommes établis et ils vont avoir le feu. En outre, ceci va les forcer à retourner au Rwanda et de cette façon un examen minutieux de ceux qui sont recherchés sera mis en œuvre en toute vitesse. Code 567/JL. Copie pour information à l’ambassade du Rwanda à Kampala, PPU, DMI, ESO » [Preuve n°0115].

 

12.5 Traquer et liquider les réfugiés Hutu, une drôle de mission humanitaire!

 

La volonté américaine de «liquider» et d' «éliminer» les réfugiés Hutu globalement  traités d'interahamwe ne date pas d'aujourd'hui selon un rapport de crise codé(CRISIS 80/L REF 78/RW.DOC) : «Il y a un besoin de liquider les Hutu Interahamwe à l’Est du Zaïre. Nous avons pénétré les camps de réfugiés de Katale et Kahindo. Nous allons aider le Rwanda à exécuter l’opération afin de forcer l’ONU à fermer les deux camps. Opération : 30 soldats d’APR vont déchaîner une attaque sur les autochtones zaïrois en se faisant passer pour Interahamwe. On procèdera à la destruction de leurs propriétés. Une attaque similaire avec les armes à feu sera mise en œuvre aux heures de nuit au Rwanda. Le gouvernement du Rwanda devra alors se plaindre auprès de l’ONU. Si l’ONU est lente à réagir, une opération sans annonce préalable se poursuivra alors et anéantira toutes les milices hutu se trouvant dans ces camps. L’opération d’anéantissement est approuvée sans aucune objection. Copie pour information à l’Ambassade du Rwanda à Kampala, à UPDF, Amama Mbabazi » [Preuve n°0116].

 

Craignant une possible jonction entre rebelles Hutu rwandais et Burundais en territoire tanzanien, Kigali et Dar es Salaam vont agir de concert : « MEET TZ REF450/TH/RW. Les rapports ont maintenant confirmé que les réfugiés burundais dans la région de KIGOMA sont en train d’être recrutés par les Hutu du Rwanda pour aller combattre au Rwanda. L’entraînement s’effectue dans les camps et les forêts du Zaïre. Le gouvernement tanzanien a accepté d’autoriser les soldats rwandais de se faire passer pour les réfugiés à Kigoma pour une période de 30 jours. 52 officiels de renseignement voyageront ainsi à Dar es Salaam pour avoir accès aux activités des dissidents rwandais qui sont sur place : L’opération sera mise en œuvre en accord avec les officiels de l’immigration tanzanienne qui accepte de confiner les réfugiés dans un seul lieu en vue de faciliter l'opération d'identification. Les officiels du HCR de Dar es Salaam ne seront pas informés parce que les rafles prendront place même dans leurs locaux. Copie pour information à l’ambassade tanzanienne, l’ambassade rwandaise en Tanzanie, à la maison blanche de Nakasero » [Preuve n°0117].

 

Le régime du FPR n'a jamais tenté de cacher sa volonté de rapatrier les réfugiés de force. Un document codé (MEET REF RW/78/ZR) le dit sans détour : « Les hauts officiels de renseignement rwandais ont rencontré les officiels de l’ONU au Zaïre au sujet du futur rapatriement forcé. George Habimana a ainsi rencontré MICHELE QUINTAGLIE à l’Est du Zaïre afin de donner des commentaires encourageant les réfugiés au rapatriement. VOIR AUSSI REF RW/78/ZR01. En conclusion, nous sommes satisfaits des préparatifs en cours pour retourner les assassins Hutu. Copie pour information à L’AMBASSADE DU RWANDA A KAMPALA, PPU, RPA TOP COMM » [Preuve n°0118].

 

En même temps qu'ils poursuivaient la traque des réfugiés Hutu, Kigali et ses alliés tenaient à tester les capacités de réaction des autorités de l'ex-Zaïre en cas de violation grave de son territoire. Une note codée (MEET 67 REF UG/GOV/ZR/06) l'atteste : « La réunion a convenu en présence du Ministre ougandais de la Défense que l'armée ougandaise(UPDF) mettrait en œuvre l’attaque sur la ville zaïroise de Kasindi. L'intention majeure n’étant pas un siège direct mais de tester la réaction zaïroise à cette attaque. Tactiques : Le 4ème bataillon dirigera l’opération avec 100 hommes bien armés. Les investigations à l’intérieur du Congo-Kinshassa révèlent que Kasindi manque de présence militaire. Le Ministre de la Défense Amama Mbabazi,  est en train de compiler un rapport fort pour soutenir l’invasion. Copie pour UPDF 4TH DIV COMMAND, COL KAZINI. J, NAKASERO STE HOUSE » [Preuve n°0120].

 

Afin d'assurer la surveillance des camps de réfugiés, Kigali et ses alliés ont fait recours aux stratégies d'infiltration les plus éprouvées. Selon la note(CRISIS 70 REF RW/ZR780) : «Le camp de réfugiés de MUGUNGA au Zaïre devrait être surveillé avec une attention particulière. Les milices Hutu opèrent en présence du HCR. Dans une lettre adressée aux officiels de l’ONU, le mois dernier, les officiels nient en avoir connaissance. Nous dépêchons 150 soldats qui se font passer pour réfugiés pour investiguer sur les activités en cours à Mugunga et s’unir aux milices comme prévu ». Voir aussi REF 45467MG CODE 67/KL : «Le gouvernement rwandais considère cette opération comme risquée et demande aux gouvernements ougandais et tanzanien de l'assister dans le processus. Copie pour information à l’ambassade tanzanienne à Kampala, Ministère de la défense ougandaise, PPU/NK. Code à respecter 67/KL » [Preuve n°0121].

 

Le droit international et les règles protégeant les réfugiés ont souvent été superbement ignorés et le HCR se faisait manipuler quant il ne coopérait pas en sans trop de scrupules : «CRISIS MEET REF 670/JL/RW/ZR. Les hauts officiels ont rencontré le porte-parole du HCR, FERNANDO DEL MUNDO. Il nous a expliqué certaines choses au sujet des mouvements proposés aux Hutu pour leur retour au Rwanda. Nous sommes satisfaits mais nous attendons le rapport en provenance du terrain. Les Interahamwe se déplacent activement vers les forêts et personne n’agit. Dans un rapport à soumettre au HCR, nous avons besoin de toute information émanant des statistiques du HCR au sujet du nombre de réfugiés qui manquent pour qu’on puisse entamer des efforts destinés à stopper ces mouvements. Copie pour information à Nakasero state house, Ambassade du Rwanda, UPDF 4TH DIV. Code 567/JL » [Preuve n°0122].

 

Décidés à maîtriser ce processus du rapatriement forcé des réfugiés, les Américains n'entendent pas lésiner sur les moyens. Sur le plan de l'engagement des ressources humaines par exemple. Le document codé (OR OP REF/UG/RW/67) précise : «Nous sommes ici pour rencontrer un contingent de 40 officiels militaires américains qui sont venus nous écouter exprimer notre position sur les opérations en cours au Zaïre. Dans peu de jours, ce contingent quittera ici à destination de  Kigali. Leur mission majeure est la préparation de l’envoi des troupes militaires par les USA pour s’assurer que le terrain est en sécurité pour éviter d’avoir des ratés. Ils poseront directement des questions à un maximum d'officiels. Ils espèrent dès lors votre attention et votre collaboration. Code 567/JL. Attendu » [Preuve n°0123].

 

Sur le plan des moyens militaires les plus perfectionnés, le document codé(REPORT 678 REF 567/JL/RW/UG) est formel : «Il a été conclu que les forces aériennes américaines enverront 3P-3 ORION PROPELLER PLANES à Entebbe. Ils opéreront pendant la journée d’Entebbe au Zaïre à la recherche des Hutu qui se cachent dans les forêts. Les avions seront équipés de trois équipements pour traquer les mouvements des gens sur terrain. Confirmé. CODE 679/JL RESPECTE » [Preuve n°0124].

 

La vigilance reste de mise pour contrer un appui éventuel de la France à ses alliés Hutu. Une note codée (MEET 60 REF 56/RW/INT FR) indique : «La France tente d’envoyer des troupes au Zaïre en invoquant des raisons humanitaires. Ceci devrait leur être refusé. La dernière réunion avec des officiels anglais et américains s’oppose à ce déploiement de troupes françaises. Le ministre français des affaires étrangères M. Hervé de Charette[3][8], est attendu pour annoncer le plan d’ici le 15 novembre 1996 si l’on en croit les informations internes au gouvernement français. La France a des plans pour aider les Hutu en les entraînant et en les armant. Ceci nous est très dangereux. Copie pour information à PPU, UPDF, BR HIGH COMM. Code FR/70» [Preuve n°0125].

 

Des responsables zaïrois tentés de s'opposer aux plans de Kigali et ses alliés étaient menacés et risquaient de se faire assassiner. Un document codé (CRISIS REP REF 56/JL/ZR) le précise : « Nous devons éliminer le ministre de l’information zaïrois, BOGUO MAKELI. Il s’est toujours montré hostile à nos efforts. Il fait des propositions inamicales à l’égard de notre politique. Ceci est une situation qui doit être suivie de près. Le groupe spécial de l'APR pénétrera dans Kinshasa et tentera de l’éliminer très bientôt. Code 45/JL. Respecté » [Preuve n°0126].

 

Concoctés par Paul Kagame, les plans d'attaque et de démantèlement des camps de réfugiés Hutu en ex-Zaïre sont présentés aux Américains pour approbation. Selon une note codée(PLAN 67 REF67/JL/RW/ZR), « Les plans pour attaquer les Hutu dans l’Est du Zaïre ont été finalisés. Octobre et Novembre 1996 sont les meilleurs mois pour l’opération. L’ONU sera  dans le processus de délivrer les prochaines livraisons de nourritures et nous saboterons ce processus. Les plans de Kagame  sont très pratiques et l’APR mettra en œuvre l’opération mais recevra le soutien des forces ougandaises (UPDF) si besoin est. Très important REFS64/JL/RW/ZR. Copie pour information A L’AMBASSADE DU RWANDA A KAMPALA, NAKASERO STATE HOUSE, 4TH DIV HQ » [Preuve n°0127].

 

Bien que le Canada soit impliqué dans le processus au nom notamment de la solidarité anglo-saxonne, certains canadiens sont loin d'inspirer confiance à un Paul Kagame hanté par la France et qui tient à le faire savoir. On ne sait jamais, le Canada reste quand même bilingue! Ainsi cette note codée(CRISIS MEET40 REF RW/CD/JL67) : « A ce qu’on dit, le Canada planifie d’envoyer des troupes au nom de l’aide au Zaïre. Un contingent de 26 soldats sera dépêché à l’Est du Zaïre.  La commission trouve cela inacceptable parce que nous n’avons aucune confiance dans les Canadiens. Ceci peut être une chance pour autoriser ou préparer le terrain aux soldats français qui soutiendront les Hutu. Voir le rapport de PAUL KAGAME de la semaine dernière REF 567/KL. Copie pour information à KIGALI, PPU, NAKASERO STATE HOUSE. Code INT/90/L »[Preuve n°0128].

 

Et de fait la France est déclarée indésirable dans la région. Un document codé (MEET CRISIS REF: 89/FR) tranche : « Sur l’agenda, les français atterrissant à GOMA ne sont pas bien accueillis. On n’a pas confiance en eux. L’attaché militaire américain met en garde contre une possible riposte et Washington va envoyer une délégation spéciale ici pour discuter davantage de la chose. NOTE : seuls les hauts officiels sont attendus à cette réunion. Rapports à 20 H00. Code 67/JL. Respecté» [Preuve n°0129].

 

Mais ces opérations de rapatriement forcé ne se font pas sans risque mais seuls les risques susceptibles d'affecter les Tutsi semblent être pris en compte. Une note codée (MEET CRISIS REF 78/ZR/005) affirme que «Les rapports des renseignements livrent des informations inquiétantes. Les Hutu en fuite pourraient massacrer nos frères aux Zaïre. L’ambassade américaine en a été informée. L’attaché militaire américain a exprimé son inquiétude » [preuve n°0130].

 

C'est ce qui explique l'alerte maximale des armées concernées. Selon une note codée (REF 5674000. CODE 670/JL. CODE 45/JKL), «Les forces RPA, UPDF et JKT[4][9] sont en alerte totale si l’on a besoin d’une combinaison pour la protection. Copie pour information à RPA TOP, US EMBASSY, TZ EMB, NKSR Ste HSE » [preuve n°0131].

 


 

[1][6] Madeleine Albright a eu l’audace de déclarer qu’il n’y avait plus de réfugiés rwandais sur le territoire congolais avant que Mme Sadako Ogatha au nom du HCR ne démente formellement dans une interview.

[2][7] Il fut Secrétaire d’Etat adjoint au Département de la Défense et des affaires publiques de 1994 à 2001.

 

 

[3][8] Ministre des Affaires étrangères du gouvernement Juppé (1995-1997)

[4][9] C’est la dénomination en Swahili de l’armée tanzanienne « Jeshi la Kujihami la Taifa Tanzania », l’Armée de défense de la Nation tanzanienne.

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