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Publié par JMV Ndagijimana

Février 2008
Mémorandum adressé au Conseil de Sécurité des Nations Unies par le Partenariat Intwali 

Plaidoyer pour une enquête globale, objective et impartiale sur le génocide rwandais et ses conséquences. 
 
3.4 Julius Nyerere, une carte maîtresse dans le jeu du FPR

 

Sur proposition de Nyerere, la guerre est donc scindée en deux étapes bien distinctes mais complémentaires l’une de l’autre. Il s'agissait de la guerre provisoire et de la guerre définitive dont nous allons exposer les tenants et les aboutissants. Cette scission a été décidée au cours de la réunion tenue le 20 avril 1990 de 14h à 16h15 dans le palais présidentiel de Rwagitura à Mbarara comme en témoigne le procès verbal de la réunion(REF 0039/R/90) [preuve n°002].

 

Le cerveau d’un tel stratagème n’est personne d’autre que l’ancien Président tanzanien, Mwalimu Julius Kambarage Nyerere. Mais en sa qualité de leader de la «libération régionale» et planificateur de la guerre régionale, c'est Museveni qui va avaliser la proposition avant de la mettre en œuvre. En effet, une réunion d’évaluation des obstacles liés à l’assassinat du président rwandais à l’intérieur de son pays s'était tenue le 10 mars 1990 dans le palais présidentiel de Kampala [Preuve n°003].

 

Sur demande de Museveni, Nyerere avait conçu ce plan transitoire en vue de suppléer à l’échec d'une série d’actions menées par des commandos de la NRA à l’intérieur du Rwanda. La guerre provisoire ne visait pas à porter le FPR/NRA au pouvoir. Il s’agissait d’abord d’une contrainte militaire sur le Rwanda pour ensuite contraindre militairement son représentant à un simulacre de négociations de paix dans l’un des pays complices de l’Afrique centrale, orientale ou méridionale, selon les termes de Nyerere, où toutes les conditions étaient réunies pour l’y assassiner. Cette stratégie permettait de déjouer la sécurité intérieure trop serrée autour de Habyarimana et de l’assassiner pour déclencher la guerre définitive. L’assassinat devait par ailleurs mettre immédiatement fin au simulacre de négociations de paix et agir comme une force « détonateur » de l’effondrement de l’ordre politique au Rwanda.

 

A l’inverse de la guerre provisoire, la guerre définitive obéissait donc au plan initialement conçu en 1989 et qui n’avait pas pu être exécuté suite au retard enregistré par l’équipe chargée d’assassiner Habyarimana. Cette guerre avait des visées génocidaires contre les Hutu du Rwanda dont l’occupation par l’armée ougandaise ne pouvait se réaliser qu’à travers le retour armé des réfugiés Tutsi du camp de Nakivala organisés par Fred Rwigyema et Bayingana[13], ceux du camp de Masaka, majoritairement naturalisés ougandais et pratiquement étrangers à l’organisation des réfugiés Tutsi, mais organisés, endoctrinés et mobilisés par Museveni et Kagame qui entendaient par ailleurs contrer la popularité indéniable d’un Rwigyema jugé plutôt défavorable à leurs desseins franchement génocidaires[14].

 

Pour le duo RPF/NRA débarrassé de Rwigyema de plus en plus sceptique par rapport aux stratégies d’extermination des populations, la conquête du Rwanda par la force qui supposait l’extermination des Hutu, devait faciliter l’occupation du Rwanda par l’Ouganda et son instrumentalisation au profit de la « libération régionale ». Formé dans une telle perspective, Paul Kagame était déjà prêt à assumer valablement cette fonction. Le Rwanda allait servir de tremplin à la poursuite de la guerre notamment dans l’ex-Zaïre, avant d’envisager « la libération totale du Burundi » selon les termes précis de Museveni, puis la conquête de la Tanzanie considéré alors comme le berceau de la « libération ». Il faut noter qu’au départ, les Tutsi du Zaïre et de la Tanzanie n’étaient pas visés par le rapatriement que le FPR/NRA faisait miroiter à la Communauté Internationale comme justification de sa guerre. Ces Tutsi devaient plutôt s’implanter davantage dans ces pays comme l’indiquent clairement des documents ultrasecrets.

 

Nombreux parmi ces Tutsi qui, à condition d’avoir prêté main forte au FPR/NRA, auraient contribué à l’extermination des Hutu et à la « sécurisation » du pays, devaient également  avoir la possibilité ou de s’établir dans leur pays d’origine ou de retourner dans leur pays d’accueil. C’est le cas des Tutsi dits « Banyamulenge » qui servirent de paravent dans les invasions de la RDC en 1996 et en 1998. Dans une enquête de mortalité publiée récemment,  International Rescue Committee (IRC) estime que le conflit et la crise humanitaire en République Démocratique du Congo ont coûté la vie à 5,4 millions de personnes depuis 1998 et continuent, chaque mois, de tuer 45.000 personnes.

 

En effet, le retour pacifique des réfugiés Tutsi au Rwanda a été au départ compromis par Museveni et Kagame qui le jugeaient incompatible avec la finalité ultime de la guerre dite de libération régionale. Une telle guerre devait, selon eux, libérer tous les Tutsi de la région étiquetés globalement et idéologiquement de « Nilotiques » ayant pour vocation d’assujettir les Hutu globalement et idéologiquement étiquetés de «Bantous ». C’est pour obéir à cette logique finale et globale que la guerre de « libération régionale » a été précédée par une vulgarisation subtile et sournoise relative à la prétention selon laquelle il existerait « un peuple nilotique» dans la Grande Afrique de l’Est réputée allemande et qui s’étend de l’Afrique du Sud au Caire en Egypte. Un tel mythe ne pouvait que plaire aux parrains américains et britanniques de Museveni qui convoitent les immenses richesses naturelles et matières premières de la région. Dans ce cadre, quoi de plus simple et de plus efficace que de dresser le « peuple nilotique» contre le « peuple bantou », le premier étant idéologiquement assimilé aux Juifs et le second aux Nazis ?

 

Les « libérateurs » autoproclamés savent cependant faire preuve de pragmatisme. La guerre de “libération régionale » change d’acteurs selon les pays et la composition ethnique de chacun d’eux même si les objectifs globaux restent intacts et identiques, peu importe l’acteur actuel au service de la cause, à court, moyen et long terme. C’est au nom de ce principe que Kanyarengwe Alexis, Théoneste Lizinde, Pasteur Bizimungu et Seth Sendashonga seront intégrés dans le jeu avant de se voir écarter ; que Laurent Désiré Kabila sera assassiné après avoir compris et rejeté la stratégie de Museveni ; que Julius Nyerere a failli, à plusieurs reprises, être assassiné car accusé de trahison après avoir réalisé le caractère particulièrement criminel du tandem FPR/NRA qui aurait souhaité assassiner le président Habyarimana sur le sol tanzanien ; que  J. J. Odongo originaire du Kenya resta longtemps chef d’Etat Major de la NRA pour servir d’instrument aux visées déstabilisatrices de Museveni dans ce pays d’où il partait pour renforcer la SPLA de feu John Garang au Soudan où la compagnie LONRHO[15] est déjà signataire d’un contrat d’exploitation de pétrole une fois le Soudan « libéré » ; que l’armée du FPR comptait dans ses rangs des Somaliens, des Ethiopiens et des Erythréens souscrivant à l’idéologie raciste de Museveni. Des faits concrets et illustratifs sont nombreux pour confirmer le caractère unitaire de la « guerre régionale » en cours, une Guerre qui est en fait la somme de plusieurs guerres et de « victoires » dans la Région de l’Afrique des Grands Lacs. Les peuples meurtris par ces conflits et même plusieurs de leurs acteurs directs ignorent totalement l’existence de pactes secrets noués entre le duo Museveni/Kagame et ses parrains anglo-saxons dont les soutiens multiformes servent à pérenniser l’extermination des peuples entiers. Il s’agit d’une véritable organisation internationale criminelle qui dépasse tout d’entendement.

 

Pour revenir brièvement à la guerre provisoire, il faut rappeler que celle-ci était initialement conçue pour être une opération éclair et présentait toutes les apparences d'un conflit politique plutôt à caractère interne avec pour objectif final de «libérer » le Rwanda. Mais l’ultime finalité de cette offensive était en réalité l’élimination physique du Président Juvénal Habyarimana par laquelle les « libérateurs » comptaient mettre fin au simulacre de négociations de paix et enfin enclencher la guerre totale et définitive tant attendue. Il importe enfin de souligner que la même réunion du 20 avril 1990 a unanimement désigné la Tanzanie comme l’hôte du simulacre de négociations de paix et donc le lieu potentiel du crime.

 

Après une longue série de tentatives manquées pour assassiner son homologue rwandais, Museveni s’était rendu compte que ce dernier n’allait pas être une proie facile. Le maître de Kampala mise alors sur des informations en provenance de l’intérieur du Rwanda pour assurer son succès. Il fait appel aux Tutsi vivant au Rwanda car jugés mieux informés que les éléments du FPR/NRA sur le régime Habyarimana et sur les rouages politico-militaires du pays.

 

A cet effet, les éléments du FPR/NRA opérant à l’intérieur du Rwanda ont été convoqués pour une réunion d’information sur le processus global de planification comme l’indique un document ultrasecret en notre possession (REF5674/HN/94)-Le document précise : «La délégation du PL en provenance de Kigali a exposé son agenda politique certes convaincant mais jugé trop faible pour forcer des changements politiques significatifs. La conclusion a été que seule la force pourrait briser l’ancrage du régime hutu dans la vie politique. Le point d’ancrage de la politique du régime de Kigali est la révolution sociale de 1959 qui doit être effacée de l’histoire. L’absence de liberté politique pour nos frères et leur discrimination à l’intérieur est une menace qui ne finira jamais. Il est impossible d’avoir le soutien local au terme de l’agenda. Le soutien international doit être canalisé à travers le gouvernement ougandais» [Preuve n°004].

 

Selon un autre document relatif aux résolutions de la réunion (REF45678/KIG/RPA/F code of operation 560LP), « Le moment proposé pour l’attaque du Rwanda était à choisir sur la période s'étalant entre le 29 septembre et le 1er octobre 1990. En vue de soutenir l'offensive à venir, le gouvernement ougandais a accordé, entre autres moyens gratuits, tout le matériel et personnel nécessaire. Les 1er et 9ème  bataillons ougandais devaient acheminer toutes les ressources nécessaires comme formellement convenu avec Salim Saleh Akandwanaho[16]. De leur côté, Paddy Ankunda et LT. Col Drago allaient agir sur les préparatifs comme convenu au préalable selon une note (REF 34526/RPA/897-45 Code 560LP)-. Une copie pour information portant résolutions de la rencontre avec la délégation du PL fut adressée aux quartiers généraux des camps militaires de Mbuya et Lubiri » [Preuve n°005].

 

3.5 Mystérieuse disparition du Commandant Fred, ascension fulgurante de Paul Kagame

 

Alors que le début de l'offensive contre le Rwanda avait été fixée en 1989 elle ne sera finalement lancée que le 1er octobre 1990 et sera confrontée à de nombreux « imprévus » dont la mort non encore élucidée du général major Fred Gisa Rwigyema, premier Chairman du FPR, tué dès le deuxième jour de l'offensive.

 

Dans le but apparent de remplacer ce dernier, Paul Kagame avait été formé et préparé pour diriger les opérations d’extermination des Hutu au cours de la guerre totale et définitive à laquelle devait céder place la guerre provisoire qui n’était, on s’en souviendra toujours, qu’une contrainte militaire sur un pays et son représentant pour  déjouer sa sécurité intérieure et faciliter l’assassinat à l’extérieur du Rwanda et donc une stratégie transitoire pour débloquer la guerre totale pour laquelle Kagame était formé au Cuba et Fort Leavenworth.  Mais il aura fallu au préalable faire éliminer Fred Rwigyema dont le charisme et la popularité tant en Ouganda que dans certains milieux rwandais avaient fini par agacer Museveni lui-même. Par ailleurs, des liens quasi affectifs existant entre Fred Rwigyema et Julius Nyerere n'étaient pas de nature à arranger les choses.

 

Voici, à ce propos, ce qu’on peut lire dans un rapport ultrasecret sur la réunion du 14 février 1989(VALENTINES MEET FEBRUARY 14, 1989 REF 5678/LP/UG/GR)- « L’officiel du DMI Kagame Paul, convoqué à Rukingiri pour discuter ses problèmes persistants des luttes pour le pouvoir au sein du DMI. Salim Saleh, Lt. Col Drago, Col Serwanga Lwanga. Tous les orateurs convoqués. Le Président n’y était pas présent mais la réunion était bien présidée par Salim Saleh. Dans une déclaration lue par ce dernier, le Président proposait à Paul Kagame une partie de son stage à Cuba d'où il pourrait poursuivre un autre programme à son retour de ce pays. Il accomplira de fait un programme d’échange du savoir-faire à Fort Leavenworth, Kansas en 1990. Paul Kagame ne fait part d'aucune objection et ne manifeste pas sa satisfaction mais il est attendu pour présenter sa position directement au Président vendredi prochain à 13.00 PM. Les autres parties concernées dans la lutte pour le pouvoir se réservent de tout commentaire » [Preuve n°006].

 

A propos de ces dissensions au sein de l’APR scindée en deux camps à savoir celui de Fred Rwigyema avec pour père spirituel Julius Nyerere et celui de Paul Kagame ayant pour parrain principal Yoweri Museveni, Kagame devrait un jour expliquer les conditions de la disparition mystérieuse de son « ami » Fred Rwigyema. Cette disparition qui fut en réalité un coup fomenté par Yoweri Kaguta Museveni, permit à Paul Kagame de sortir du lot et de connaître une ascension fulgurante : «Kagame-Bayingana differences discussed. Les dissensions entre Paul Kagame et Peter Bayingana débattues. Rwigyema demande qu’une action disciplinaire soit prise faute de quoi la guerre directe n’aurait aucune base (cause). Kagame fut convoqué par Mwalimu Julius Kambarage Nyerere en vue de discuter des dissensions qui pourraient conduire à l’échec total de la guerre. Les conclusions furent transmises aux parties concernées. Kagame devait accepter de servir sous les ordres de Bayingana, toutes ses propositions et considérations devant alors passer strictement par son chef hiérarchique direct qui est Bayingana à l'époque,  avant d’être ensuite adressées au Président Museveni et à Mwalimu Julius Kambarage Nyerere. Aucune objection n’a été manifestée par les parties » [Preuve n°007].

 

Malgré l’intervention de Nyerere à plusieurs reprises pour les réconcilier, Kagame avait toujours refusé de servir sous les ordres de  Bayingana. Le torchon n’avait jamais cessé de brûler entre les deux officiers comme un document en notre possession le confirme en ces termes : «Shoot-out failure in Murambi-Byumba during the tour of J. Habyarmana. Contrairement à d’autres multiples tentatives d'assassinat avortées, l’échec d’une fusillade du président J. Habyarimana lors de son voyage d’agrément à Murambi (Byumba) n’a pas été imputée à la sécurité trop serrée autour du président mais bien aux tactiques plutôt mal planifiées mises en oeuvre par le leader du plan d’assassinat qui était Peter Bayingana. Chris Bunyenyezi a alors demandé que la mission d’assassinat soit transférée de la commission initiale issue de la NRA au DMI (the Directorate of Military Intelligence) situé à Basima House[17] et qu’une action disciplinaire immédiate soit prise en raison d’une mission qui avait échoué. Les conclusions de la réunion d’évaluation de la mission d’assassinat furent acceptées sans aucune objection et transmises aux parties concernées » [Preuve n°008].

 

Le Directeur du DMI n’était personne d’autre que Paul Kagame qui avait toujours saboté Rwigyema et ses compagnons d’armes dont Bayingana. Ces derniers seront tous éliminés dès le début de la guerre dans de curieuses circonstances sans doute connues du Président Museveni dont la hantise à l'époque était non seulement d'abattre son homologue rwandais mais aussi de diminuer l'influence de plus en plus importante de Julius Nyerere qui parvenait à contrôler la situation sur le terrain via les informations fiables lui fournies par Fred Rwigyema et ses proches.

 

Après avoir malignement éloigné Paul Kagame du champ des violentes luttes d'influence au sein du FPR pour le protéger dans la perspective d'un après Rwigyema apparemment déjà programmé, Museveni rappelle Kagame qu'il va imposer aux forces de l'APR désormais orphelines et en position inconfortables. Les tensions internes observées actuellement au sein de l'armée de l'APR devenue RDF ne sont donc pas nouvelles. Il s’agit visiblement du prolongement dans le temps et dans l’espace des faits non-dits et non élucidés qui datent de la guerre comme ce document (MEET CRISIS REF RPA/67/78) en témoigne en ces termes :

«Le conflit a de nouveau éclaté au sein de l’APR. Tout le monde s’est mis d’accord que les morts de Rwigyema  et de Bayingana ne devraient pas se répéter. Il existe une mésentente sans cesse renouvelée sur quelques petites affaires au sein des forces de libération. P. Rwigyema, Kagame se sont convenu à Kampala en présence de Museveni pour discuter les problèmes qui causent de graves problèmes. Demain à 14 heures, nous allons être ici pour recevoir le rapport. Copie pour information à RPA TOP, NAKASERO STATE HOUSE » [Preuve n°009].

 

3.6 Le Rwanda entre guerre et ouverture démocratique

 

Le plan de Julius Nyerere du 20 avril 1990 avait incontestablement l'avantage d'intégrer dans le combat de la rébellion le paramètre d'une opposition démocratique de l'intérieur en partie générée par le fameux discours du Président François Mitterrand au Sommet de La Baule[18] en juin 1990. C’est aussi dans ce cadre que le FPR a discrètement influencé les esprits à l'intérieur du pays afin que Tutsi et Hutu frustrés et mécontents du régime Habyarimana se regroupent et s’organisent d'abord secrètement en un parti politique d'obédience libérale. C’est à travers ce dernier qu’il allait non seulement recueillir des informations pertinentes sur l’évolution du climat politique intérieur, atteindre et persuader des personnes sceptiques recrutées en masse à l’intérieur du pays, mais   encore et surtout canaliser sa propagande de désinformation, d’intoxication et de sabotage et de phagocyter ensuite l'opposition démocratique.

 

Il semble donc que le Parti Libéral ait existé et fonctionné de manière informelle et en parfaite dualité avec le FPR avant d'être officiellement lancé à l'avènement du multipartisme au Rwanda. Pour rappel, c'est le 01 septembre 1990 que 33 intellectuels rwandais adressèrent une lettre au régime en place pour dénoncer les méfaits du monopartisme et demander le retour au multipartisme. Parmi eux figurait le fonctionnaire international Emmanuel Gapyisi qui sera assassiné.

 

Les gens commencèrent d’office à s’inscrire en masse dans les partis politiques sans attendre l’agrément des partis politiques par les autorités. Le 13 novembre 1990, sous la pression combinée de l'opinion nationale et de la Communauté internationale, le Président Habyarimana annonce le retour au multipartisme qu’il avait longtemps refusé. Paradoxalement, cet acte signait la mort dans l'oeuf de la démocratie rwandaise dans la mesure où le FPR n'entendait pas du tout arrêter son offensive militaire. C'est dans ce contexte mouvementé qu'il va récupérer un maximum de partis politiques dans son propre agenda militaire et politique. C'est le 01 juillet 1991 qu'est relancé officiellement le parti MDR connu surtout pour avoir mené la révolution de 1959 qui a instauré un régime républicain, mettant fin à plusieurs siècles de monarchie au Rwanda. D'autres partis allaient voir le jour peu après tels que le PL, le PSD et le PDC devaient être créées. Les partis rencontrent le FPR (Bruxelles). C’est là que commence un long simulacre de négociations de paix avec des invités inattendus à la table d’un simulacre de négociations de paix mais préparés préalablement par le Tandem Museveni/Kagame.

 

Dans tous les cas, Museveni et Kagame n’allaient plus faire face à un seul ennemi mais désormais deux. Au régime du Président Habyarimana s’ajoutait de façon quelque peu inattendue l’opposition intérieure regroupée au sein des Forces démocratiques pour le changement (FDC). De plus en plus agissante et parfois au détriment des intérêts des deux principaux protagonistes du conflit à savoir le régime du Président Habyarimana et la rébellion du FPR dirigée par Paul Kagame, cette opposition finira phagocytée par les deux principaux protagonistes du conflit.

 

3.7 Yoweri Kaguta Museveni l'anglo-saxon 

 

Museveni est certes l'idéologue de la «guerre de libération» mais il ne pouvait agir seul et avait parfois besoin de couvrir ses arrières. Poussé par la dynamique du succès après sa prise de Kampala en 1986, il contribuera de façon déterminante à la création du FPR qui devait lui permettre de poursuivre sa «mission» au Rwanda et surtout en RDC. Car après la prise de Kampala, c’était le tour de Kigali, étape essentielle dans la conquête du grand Zaïre. Par ailleurs, on trouve derrière Museveni la fameuse «Alliance éprise de paix», en anglais «Peace Loving Alliance». Museveni avait reçu tous les pouvoirs de mettre en œuvre les pactes secrets dont le Royaume-Uni était l’instigatrice avec son fidèle allié américain.

 

En effet, le retour inopiné de Milton Obote au pouvoir en 1980 a été trop mal vécu par les Anglais qui, profitant de sa présence au Sommet du Commonwealth tenu à Singapour en 1971, avaient aidé le dictateur Id Amin à se hisser au pouvoir par un coup d’Etat militaire. Il faut rappeler qu'à l'occasion de ce sommet, la délégation britannique avait repoussé d’un revers de la main un tout débat relatif au thème de la démocratie. Cette discrétion excessive était due principalement au fait que beaucoup de membres importants de l’organisation - parmi lesquels des pays africains - étaient des démocraties douteuses. La première déclaration de principe, adoptée à Singapour en 1971, dénonce en termes passionnés les démons du racisme, mais évite délibérément de mentionner le thème de la démocratie que les Anglais considèrent à l'époque comme une peste qui réapparaît en Ouganda. Les Anglais avaient découvert Museveni du temps où il était intégré dans l’administration du président Milton Obote comme membre des services secrets en 1970. Après le coup d’état d’Id Amin Dada en 1971 sous l’égide des Anglais, Museveni fuit en Tanzanie. Nyerere quant à lui avait connu et soutenu Museveni lorsque, encore étudiant à l’Université de Dar es Salaam de 1967 à 1970, il rejoint les mouvements nationalistes radicaux et devient président du Front des étudiants africains révolutionnaires (USARF). Mais c’est au sein du Front de Libération du Mozambique (FRELIMO) que combat le pouvoir colonial portugais que Museveni s'entraine aux techniques de guérilla. Il revient en Ouganda en 1979, à la tête de la guérilla aidée par l’armée tanzanienne. Museveni est alors un personnage populaire, mais son parti, le Mouvement patriotique ougandais, est largement battu aux élections de 1980, qui ramenèrent Obote à la tête de l’état.

 

Peu après son accession au pouvoir, Museveni est reçu en octobre 1987 à la Maison Blanche par le Président Ronald Reagan. C’est à ce moment que naît l’alliance entre le Royaume-Uni, la Tanzanie et le Grand empire nilotique encore en gestation dans la Grande Région de l’Afrique de l’Est, appelée aussi l’Afrique allemande. Il s’agit d’un retour en arrière au fameux « Traité de l’éternelle amitié » que Karl Peters, fondateur de la colonisation allemande proposa aux africains en échange des terres de Bargash. Museveni partage les terres africaines entre les anglais et les américains, à l’instar du partage des mêmes terres entre les Français, les Anglais et les Allemands en 1885.

 

Dans l'esprit de Museveni et sans doute également dans celui de son allié Kagame, le Rwanda avait pour vocation de servir de tremplin aux campagnes militaires prévues au Congo, au Burundi, en Tanzanie, au Kenya et au Soudan.

 

 3.8 L'élimination de Juvénal Habyarimana et l'extermination des Hutu, une véritable hantise chez Paul Kagame et Yoweri Kaguta Museveni 

 

Museveni avait toujours considéré les Hutu comme des «ennemis régionaux» et leur chef de file supposé être Juvénal Habyarimana comme l'obstacle majeur aux desseins de la «guerre de libération régionale». Un document ultra confidentiel décrit la situation en ces termes : «President Y.K. Museveni accepts all reports and plans. Before War starts J. Habyarimana should be killed as this will act as an immediate sparking force to the political disorder. More alternatives provided to accomplish assassination mission” [Preuve n°010]. «First Battalion of Lubiri Army Barracks under Capt. Kiyinyi will have to lead the assault on Rwandese territory with special artillery and gunships. No opposite tribe (Hutus) should be left on ground as this should be highly maintained. Hutus are regional enemies as expressed by liberation leader Y.K. Museveni under special agreements refer to Rwagitura meet enhanced by Major Paul Kagame, strictly special techniques to be embarked on in order not to attract international attention» [Preuve n°011].

 

Peu après son accession au pouvoir, Museveni est reçu en octobre 1987 à la Maison Blanche par le Président Ronald Reagan. C’est à ce moment que naît l’alliance entre le Royaume-Uni, la Tanzanie et le Grand empire nilotique encore en gestation dans la Grande Région de l’Afrique de l’Est, appelée par aussi l’Afrique allemande. Il s’agit d’un retour en arrière historique qui fait penser au fameux « Traité de l’éternelle amitié » que Karl Peters, fondateur de la colonisation allemande proposa aux Africains en échange des terres de Bargash. Museveni entend ainsi partager les terres africaines entre Anglais et Américains, à l’instar du partage des mêmes terres, en 1885 lors de la Conférence de Berlin[19] entre Français, Anglais et Allemands.

 

4. Une guerre inavouable entre puissances «alliées» et «civilisées»

 

Nous avons déjà évoqué la dimension internationale du conflit rwandais. Il convient toutefois d’y insister dans la mesure où le Rwanda en particulier et l’Afrique des Grands Lacs en général continuent de servir de théâtre à une dangereuse confrontation que les camps concernés ne semblent pas disposés à assumer au grand jour. C’est le cas des massacres qui ensanglantent actuellement le Kenya et qui ne sont pas étrangers aux plans de «libération régionale» si chers à Museveni. Nous y reviendrons plus loin.

 

Alors que porté à bout de bras par les Etats-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni, le régime Kagame tente désespérément d’imposer au monde une lecture réductrice de la tragédie rwandaise et régionale, il y a lieu de démontrer, preuves à l’appui, que ce qui a été présenté à l’opinion comme un conflit Hutu-Tutsi est en réalité une guerre indirecte mais particulièrement meurtrière qui a opposé le camp anglo-saxon mené par les Etats-Unis et le Royaume-Uni au camp francophone animé par la France.

 

L’ombre de la France planait constamment sur le déroulement des opérations militaires au Rwanda. A ce sujet, un document codé (France REF 560/RW/COF) se passe de tout commentaire : «D’après les rapports des services de renseignements ougandais, la France se prépare à intervenir pour soutenir le régime Habyarimana. Nous avons rencontré des officiels américains et ce sujet a préalablement fait l’objet d’une discussion avec l’attaché militaire à Kampala. Le rapport américain d’hier sera transmis à : AIR FORCE AND AIR MOBILITY COMMAND; C-141 STARLIFTER; C-5A GALAXY; C-17 GLOBEMASTER AIRCRAFT; KC-10; KC-135». [Preuve n°012].  Cela se passait au lendemain de l'attentat du 6 avril 1994. Il en est également question dans un rapport secret à propos de «550 hommes pour des opérations terrestres (ground operation)» : «A n’importe quel moment dès maintenant, les américains vont dépêcher des forces à Entebbe : MACGUIRE AIRFORCE BASE; TRAVIS AIRFORCE BASE; CHARLESTON AIRFORCE BASE S. CAROLINA. Copie pour information à la MAISON BLANCHE DE NAKASERO, UPDF AIRFORCE D’ENTEBBE, DMI, ISO » [Preuve n°013].

 

Ainsi donc au moment où les troupes françaises s’interposaient entre les deux belligérants afin de les pousser à négocier une solution politique au conflit, les troupes américaines agissaient dans l’ombre notamment à partir de l’Ouganda. Tout en s’en faisant les champions, les Anglo-Saxons vont déstabiliser et neutraliser avec succès le processus de paix et de démocratisation enclenché en Afrique sous l'impulsion de la France avec notamment l'intervention remarquée de François Mitterrand au Sommet de Labaule. Le discours du Président français paraissait sincère mais les Américains et les Anglais vont en être les principaux fossoyeurs tout en s’en proclamant les avant-gardistes. Ils cherchaient visiblement à tirer profit des aspirations africaines au changement qui passait par la chute des dictateurs africains maintenus au pouvoir dans le contexte d'«une guerre impossible entre deux blocs, la paix improbable dans le monde». Les revendications africaines s’exprimaient le plus souvent contre la domination réelle ou supposée de la France sur son pré carré.

 

La France de l’époque est particulièrement fragile et ses rivaux anglo-saxons en sont pleinement conscients. C’était le bon moment pour précipiter sa déchéance d’autant qu’elle ployait difficilement sous le poids d’une cohabitation politique très délicate entre une gauche diminuée animée par le Président François Mitterrand et une droite montante symbolisée par Edouard Balladur devenu Premier Ministre. La France était de fait placée dans une situation difficile, singulièrement exposée au Rwanda où elle risquait à tout moment et au moindre pépin, de devenir le bouc émissaire d’une évolution incontrôlée. Ainsi, la fin de la guerre froide entre l’URSS et les USA fut suivie d'une situation complexe où les puissants de ce monde s’affrontent par pays pauvres interposés. Ceux qui n’avaient pas encore saisi la raison pour laquelle les neuf mandats d’arrêt internationaux délivrés par le Juge Bruguière contre des proches du Général Kagame restent relativement inopérants pourront sans doute réaliser pourquoi les accords de paix d’Arusha furent à juste titre qualifiés de chiffons de papiers.

 

4.1 Le Rwanda hypothéqué

 

Longtemps avant ce simulacre d’accords de paix, le Rwanda avait déjà été hypothéqué au profit des Anglais et des Américains comme le prouvent plusieurs documents ultra confidentiels. Sous le code «INTERNAL SECURITY ORGINIZATION REF: 87630/SE/CODE 546», un document rend compte des résolutions de la réunion du 16 mars 1993 : «Les participants ont décidé d’adresser au FPR  le plan politique et les propositions (Political plan and proposals to RPF) suivants en ces termes: Le plan a été proposé par le président Yoweri Kaguta Museveni et revu par Amama Mbabazi et Kayihura. Le plan implique la compression du Rwanda en cinq plus grandes provinces et non plus le maintien intact des douze préfectures actuelles. Ces cinq provinces seront les provinces Nord, Sud, Est, et Ouest auxquelles s’ajoutera la province de Kigali. L’idée originale était initialement proposée par la Baronne Linda Chalker et les réunions précédentes n’avaient émis la moindre objection. Implications et craintes: La situation sécuritaire au Rwanda après la guerre pourrait s’avérer pleine de défis et nous ne sommes pas préparés pour commettre des erreurs qui feraient honte à nos alliés occidentaux. Les 12 préfectures existantes sont trop ethniques. Copie pour information au FPR » [Preuve n°014].

 

Quant à la position américaine vis-à-vis de l'inévitable victoire militaire du FPR, le rapport des services externes de renseignements (ESO officials) aux PPU, NRA et ISO officials précise les attentes ou la contrepartie de l’engagement américain en faveur du FPR : « AMERICAN POSITION : Le président Yoweri Kaguta Museveni a accepté l’implication américaine dans la gestion et les décisions politiques du prochain régime au Rwanda. Tout changement d’avis de la part du FPR/APR pourrait conduire à un changement d'attitude de la part des Etats-Unis à l'égard du Rwanda voire y justifier de leur part une intervention plus directe».

 

Ces pactes secrets sont également assortis de plusieurs conditions insolites dont les principales sont les suivantes : «Le FPR/APR accepte des mesures politiques dictées directement de Washington; le FPR/APR accepte le principe de cooptation voire de fusion avec des personnes issues de l’opposition politique; le FPR/APR devra mettre en place un gouvernement de transition à base élargie à l’opposition au terme de sa victoire militaire et de l'anéantissement total du régime en place jugé plutôt pro belge et pro français; l’économie rwandaise devra être planifiée directement à partir des Etats-Unis; le café du Rwanda devra être vendu aux seules entreprises américaines » [preuve n°015].

 

Ceux qui s’interrogeaient sur les motivations réelles de la multinationale américaine «Starbucks» qui a le monopole absolu sur  l’exploitation du café rwandais ont désormais la réponse. Ceux qui se demandaient d’où vient la politique ultralibérale et la suppression des bourses destinées aux étudiants issus des familles pauvres ont eux aussi la réponse. Tout est planifié à partir de Washington. Nous sommes pratiquement retournés aux temps coloniaux.

 

Le temps de l’exploitation des esclaves étant révolu, les puissances modernes exploitent aujourd’hui les richesses naturelles au prix parfois des conflits économiques qui dégénèrent en guerre plus ou moins ouverte où l’on aperçoit de moins en moins les armées des pays puissants car les pays pauvres servent efficacement de chair à canon. Voilà pourquoi le général Kagame est sincère quand il affirme publiquement que tous ses concitoyens sont des « vauriens ». Les Anglo-Saxons ne tarissent d’ailleurs pas d’éloges au sujet de ce « stratège » Paul Kagame qui a parfaitement compris son rôle au service de ses parrains.

 

4.2 Des parrains certes prévoyants mais trop gourmands et trop pressés

 

Les préoccupations économiques des Anglo-Saxons ne font pas mystère dans le conflit rwandais comme le montre un document codé (ECONOMIC PLAN REF/345/JL/RW/RPA) où l’on peut lire ce qui suit : «Il existe des craintes quant à ce qui pourrait se passer si le temps imparti à notre guerre allait au-delà du calendrier planifié. Ce plan a été avancé par la commission en charge des finances de l’APR et des propositions y relatives ont été faites au gouvernement de l’Ouganda. Le plan a été discuté, voir REF346/JL/RW/RPA.  Il y a un besoin de capturer les lieux suivants et de les réserver à notre possession : La région volcanique du Virunga; la région de l’Akagera; la forêt de Nyungwe et la forêt de Gishwati. Les lieux précités doivent être renforcés pour nos gains économiques au cas où le programme de la guerre devrait être prolongé. Les parties impliquées dans la guerre ne manifestent aucune objection et les copies pour information suivantes ont été transmises:REF/560/JLK; REF/561/JLM. Copie pour information à PPU, RPA.OFF ARUSHA » [Preuve n°016].

 

4.3 Kampala réclame sa part du gâteau via le braconnage des Gorilles du Rwanda !

 

Mais l'Ouganda n’est pas en reste dans la course aux intérêts économiques comme en témoigne un accord spécial conclu avec le FPR à propos des gorilles. Un document codé (SPECIAL AGREEMENT REF: MN00120) précise : «Un accord a été signé hier entre l’APR et le gouvernement ougandais concernant les GORILLES DU PARC VIRUNGA. Les parties sont tombées d’accord que les gorilles du parc du Virunga seront autorisés d’émigrer vers l’Ouganda pour y être épargnés de la guerre à la seule condition qu’ils ne seront pas par la suite retournés au Rwanda. Ceci sera un package de contrepartie spécial, voir REF MN00119. Les participants à cette réunion sont appelés à chercher le programme complet à partir de ''the sec desk7''. CODE 78 RESPECTED. Copie pour information à COMMISSION 4»[Preuve n°017].

 

4.4 Quand le complexe de Fachoda[20] fait des ravages au Rwanda

 

Entre le Royaume-Uni et la France, la guerre culturelle fait rage. Pour le Royaume-Uni, il faut viser la France en priorité sans pour autant épargner les cultures et les langues africaines. La Baronne Lynda Chalker[21] donnera le ton au cours d'une réunion d’évaluation de la situation tenue à Kampala : «Laissez quiconque critiquer, mais nous devons en être désolés. Parce que nous avons nos engagements et toute la logistique. Et toute chose nécessaire nous est assurée. Laissez-les qualifier cela d'idéologisme. Mais c’est de cette façon que nous l’entendons ». Et la Secrétaire d’Etat britannique d’ajouter : «Les langues bizarres dans la région n’ont aucune contribution au développement général de la région. Mais cela est une affaire de décisions. Soyons monolingues. Eliminons le Français seulement si nous voulons réussir. Et certes il en est ainsi. Allons ! Nous voulons un changement partout où cela s’avère nécessaire. Et certes il se réalisera. Ne dansons pas au rythme des figures qui s’enferment dans un cocon ou se retranchent dans une carapace brisée (don’t dance to the ice broken figures). Le gouvernement britannique veut donner accès à l’implémentation. Nous avons le soutien et l’accès nécessaires» [Preuve n°018].

 

Les multinationales anglo-saxonnes ne sont pas en reste dans cette guerre. C’est ainsi que Tiny Rowlands, un des patrons du Groupe LONHRO, une Multinationale où la couronne britannique est actionnaire depuis la période des Rhodes jouera un rôle très actif dans la guerre du Rwanda et de la RDC. Pour encourager Kagame et Museveni, Tiny Rowlands confirme l’appui de son groupe en ces termes : «Soyez assurés de son soutien continu à la fois matériel et financier à cet effet. Allez tout droit au but chaque fois que vous décidez de le faire. N’ayez point peur de la destruction. Pourquoi ne pas détruire si cela est le seul moyen pour gagner le pouvoir? La destruction en masse dans la toute petite république de l’Afrique centrale ne fut-elle pas le prix des motifs décisifs (des gens déterminés)? De quoi pouvez-vous encore avoir peur?» [Preuve n°019].

 

Enfin, le caractère global du conflit rwandais apparaît encore plus nettement dans diverses déclarations notamment celles de Yoweri Kaguta Museveni. Dans son discours devant l'Assemblée générale de la Société de droit de l'Afrique de l'Est (The East Africa Law Society general assembly) du 04 avril 1997, le Président ougandais déclara : « Ma mission est d'assurer que l'Erythrée, l'Ethiopie, la Somalie, le Soudan, l'Ouganda, le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi et le Zaïre deviennent des Etats fédérés sous une même nation. Cela n'est pas maintenant un choix, mais une obligation que l'Afrique de l'Est devienne une seule nation. Ou nous devenons une seule nation ou nous périssons. De même que Hitler fit pour unifier l'Allemagne, de même nous devrions le faire ici. Hitler était un chic type mais je pense qu'il est allé un peu trop loin en voulant conquérir le monde entier » [Preuve n°020].

 

Mais qui, à ce stade, pourrait encore douter que Museveni lui-même soit allé trop loin? Kahinda Ottafire surnommé «Utter fire, l’incendiaire» et pour qui la « guerre de libération » serait la réalisation concrète de l'idée d'une violence tantôt «purgatoire», tantôt «expiatoire» pour reprendre deux mots de son discours a affirmé à cette occasion : « Je ne suis pas sûr que les trois millions d'Africains qui sont morts en Afrique de l'Est dans les trois dernières années aient trouvé dans ceci une saine expérience ». Et de conclure presque désabusé : « Museveni lui-même est plus honnête sur ce sujet » [Preuve n°021].

 

Plus tôt, dans son discours du 16 février 1994 à Amina Club House, Kololo à Kampala, devant les leaders de la  milice régionale secrète de l’Afrique de l’Est, du Centre et du Sud issus de la Tanzanie, du Burundi, de l’Ouganda, du Kenya (JJ Odong team), de l’Ethiopie, de la Somalie, de l'Erythrée et du Soudan (Col. John Garang team),  Nyerere avait déclaré que l'accès au pouvoir de Museveni en 1986 constituait le premier succès de la «guerre de libération régionale» et de l’alliance éprise de paix (Peace Loving Alliance). Nyerere ignorait sans doute à ce moment que, le moment venu, Museveni prévoyait de se retourner contre lui. Tout comme en soutenant la guérilla qui mena Museveni au pouvoir à Kampala, Habyarimana était loin de s'imaginer être tombé dans le piège tendu par son protégé. [Preuve n°022].

 


 

[1] Au terme d’une enquête ouverte en 2005, l’Audience nationale, la plus haute instance de la  Justice espagnole, vient d’annoncer la poursuite en justice pour « génocide, crimes contre l’humanité et terrorisme» de 40 hauts responsables militaires rwandais membres du FPR.

[2] Libération du 09/02/2008.

[3] Le Traité de paix d’Arusha signé le 04/08/1993 réunissait toutes les causes de nullité absolue telles que stipulées dans les articles 46 à 53 de la Convention de Vienne sur le Droit des traités du  23 mai 1969.

[4] Voir HAVILA, une organisation de coordination mondiale de la diaspora hébraïque tutsi. Lire aussi Paul Del Perrugia dans son ouvrage « Les derniers rois mages ».

 

[5] Ce sont des tribunaux inspirés de la justice traditionnelle mais récupérés par le régime. Par exemple, Dr Théoneste Niyitegeka, candidat indépendant à la présidentielle de 2003,  vient d’être condamné à 15 ans de prison ferme au terme d’un procès politique conclu le 05/02/2008 par la juridiction gacaca de Gihuma, Province du Sud. Le 23 janvier 2008, Ambroise Cyubahiro a été condamné à 30 ans de prison ferme par la juridiction gaca de Ngoma après avoir été blanchi par des témoins rescapés Tutsi de Kinazi où se sont déroulés les faits jugés. Parmi les charges retenues contre M. Cyubahiro figure le fait d’être le fils d’un ancien dignitaire membre imminent du MDR-Parmehutu et bourgmestre sous le régime du Président Grégoire Kayibanda.

[6] C’est le Parti unique fondé par le Président Juvénal Habyarimana en 1975.

[7] Ces pays sont l’Ouganda, le Rwanda, la Tanzanie, le Burundi, la RDC (au moins sa région Est), le Kenya, le Soudan, l’Ethiopie, l’Erythrée et la Somalie.

[8] Interview sur Europe 1, le 02/10/2007 sur la réconciliation franco-rwandaise.

[9] En l’occurrence, la corruption sur le représentant d’un Etat observateur et facilitateur de paix ou partie à l’accord de paix comme ce fut le cas s’agissant des accords d’Arusha.

[10] Le terme « Shoah » désigne l'extermination par l’Allemagne nazie des trois quarts des Juifs de l’Europe occupée, soit les deux tiers de la population juive européenne totale et environ 40 % des Juifs du monde, pendant la seconde guerre mondiale.

[11] Pendant la période du génocide, Monsieur Roger Winter fréquentait souvent Paul Kagame. Celui-ci a lui-même reconnu dans une interview avoir téléphoné de temps en temps en présence de Roger Winter qui est actuellement très actif au Soudan.

[12] Il dirigea le Rwanda de 1961 à 1973 avant d’être renversé par l’armée au profit du général major Juvénal Habyarimana.

[13] Officier rwandais de l’armée ougandaise. Il semble y avoir une certaine confusion entre Bayingana et Bataingana. Il s’agira ici de celui qui disparut en même temps que son collègue Chris Bunyenyezi peu de temps après la mort de Fred Rwigyema.

[14] Alors que Fred Rwigema et Julius Nyerere s’inscrivaient dans le mouvement néo-panafricain post-indépendant, celui-ci sera récupéré et vidé de sa substance par Yoweri Muveni après son accès au pouvoir en 1986. En effet, Museveni privilégie les pactes secrets noués avec ses parrains anglo-saxons pour la recolonisation de l’Afrique en lieu et place d’une décolonisation complète.

[15] Cet empire minier britannique créé en 1909 a pourtant annoncé, en 2003, qu’il quittait l’Afrique. Dans les années soixante-dix, Sir Edward Heath, alors Premier ministre britannique, avait ainsi présenté l'entreprise multimilliardaire comme «la face déplaisante et inacceptable du capitalisme».

[16] Il s’agit du très influent demi-frère du Président Museveni

[17] Basima House, quartier général des services de renseignements ougandais, lieux privilégiés de torture et d’autres sévices corporels et psychologiques infligés aux détenus sous la direction de Paul Kagame qui dirigeait ce service à l’époque.

[18] 16ème Sommet franco-africain à La Baule du 19 au 21 juin 1990 au cours duquel le Président François Mitterrand envisagea d'accroître son aide aux pays qui engageraient des réformes démocratiques.

[19] La Conférence de Berlin réunit, du 15 novembre 1884 au 26 février 1885 à l'initiative de Bismarck, les principaux Etats européens afin de désamorcer les conflits entre plusieurs pays colonisateurs concernant la conquête du bassin du Congo. Souvent présentée comme un « partage de l'Afrique » entre les puissances colonisatrices, la Conférence a établi une réglementation en matière de prise de possession du continent africain.

 

[20] La crise de Fachoda est un incident diplomatique sérieux qui opposa la France au Royaume-Uni en 1898. Son retentissement a été d'autant plus important que les deux pays étaient alors traversés par de forts courants nationalistes. Cette crise a eu pour cadre le poste militaire avancé de Fachoda, au sud de l’Egypte.

[21] Secrétaire d’Etat à la Coopération et au Développement dans les gouvernements conservateurs de 1986 à 1997.

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