Vendredi 6 février 2009 5 06 /02 /Fév /2009 04:48

Février 2008
Mémorandum adressé au Conseil de Sécurité des Nations Unies par le Partenariat Intwali 

Plaidoyer pour une enquête globale, objective et impartiale sur le génocide rwandais et ses conséquences :

Résultats d'investigations menées par la Cellule de la Documentation & Sécurité du

 

Liste des abréviations et acronymes

AFDL                                             Alliance des Forces Démocratiques de Libération 

APR                                                Armée Patriotique Rwandaise

CDR                                                Coalition pour la Défense de la République

CVTD                                             Convention de Vienne sur le droit des traités

DIR                                                 Dialogue Inter Rwandais

DMI                                                Directorate of Military Intelligence

EAC                                                East African Community

ESO                                                 External Security Organisation

FAR                                                 Forces Armées Rwandaises

FDC                                                 Forces Démocratiques de changement

FOCA                                              Forces Combattantes Abacunguzi

FPR                                                  Front patriotique rwandais

GTBE                                               Gouvernement de transition à base élargie

ICN                                                  Intelligence communications network

IRC                                                   International Rescue Committee

ISO                                                   Internal Security Organization

ITT                                                   International Telephone and Telegraph

JDR                                                 Jeunesse démocratique rwandaise

MDR                                                Mouvement démocratique républicain

MINUAR                                         Mission des nations Unies au Rwanda

MONUOR                       Mission d’observation des Nations Unies en Ouganda et au Rwanda

MRND                              Mouvement révolutionnaire national pour le  développement

NRM                                               National Resistance Movement

NRA                                                National Resistance Army

ONU                                                Organisation des Nations Unies

PDC                                                 Parti démocrate chrétien

PL                                                    Parti Libéral

PPU                                                 Presidential Protection Unit

PSD                                                 Parti Social Démocrate

RAGL                                              Région de l’Afrique des Grands Lacs

RDC                                                République démocratique du Congo

RDF                                                 Rwanda Defence Forces

TIP                                                  Tutsi International Power

SPLA                                               Armée populaire de libération du Soudan

UPDF                                              Uganda Peoples Defence Force

URSS                                              Union des républiques socialistes soviétiques

 

 

1. Synthèse

 

Un criminel de guerre promu «Héros» du Rwanda et de l'humanité!

 

Le juge espagnol Fernando Andreu Merelles a lancé, mercredi 6 février 2008, des mandats d'arrêts à l'encontre de quarante hauts responsables de l'armée rwandaise pour actes de génocide, crimes de guerre et terrorisme[1] commis au Rwanda et en République démocratique du Congo entre le 1er octobre 1990 et 2002. Le général Paul Kagame[2], dont la responsabilité est désignée sans ambiguïté, est épargné, pour l'instant, en raison de son statut de chef d'Etat en exercice.

 

A la faveur de sa victoire militaire sur les forces du régime Habyarimana et solidement soutenu par ses puissants parrains américains et anglais, le général Paul Kagame s'est imposé au peuple rwandais comme son « Sauveur » et son «Libérateur»! Le «Héros» partout célébré pour avoir arrêté un génocide pourtant entièrement consommé. Curieusement, l’article 14 de la Constitution rwandaise affirme en des termes clairs et précis que le génocide s’est étalé sur la période du 01 octobre 1990 au 31 décembre 1994 : «L'Etat, dans les limites de ses capacités, prend des mesures spéciales pour le bien-être des rescapés démunis à cause du génocide commis au Rwanda du 1er octobre 1990 au 31 décembre 1994, des personnes handicapées, des personnes sans ressources, des personnes âgées ainsi que d'autres personnes vulnérables». Comment, dans de telles conditions, ne pas se demander par quelle magie aucun membre Tutsi du FPR n’a jusqu'à ce jour été jugé, ni par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ni par les juridictions nationales rwandaises ou étrangères? Est-ce à dire qu'aucun d'entre eux n'ait trempé dans les crimes de guerre, crimes de viols, crimes de paix[3],  crimes contre l’humanité et crimes de génocide qui ont émaillé cette sombre période? 

 

Tout se déroule comme si au Rwanda la culpabilité et la justice devaient être à sens unique, la mémoire de la guerre et du génocide être sélective et exclusive. Le peuple rwandais est littéralement pris au piège de l’instrumentalisation du génocide des Tutsi. Ces derniers sont parfois considérés comme des «Juifs d’Afrique[4]» dans l'intention manifeste de prévenir la moindre tentative de «révisionnisme» susceptible de conduire à la relecture des événements tragiques survenus au Rwanda, une relecture qui, cependant, semble de plus en plus inéluctable. Tout se passe en effet comme si au Rwanda il n’y avait eu qu’une seule et unique partie belligérante, en l’occurrence celle où se retrouvent globalisés sans doute à tort tous les Hutu du Rwanda. On fait comme si les victimes étaient d'un seul camp, à savoir celui des Tutsi et les bourreaux de l'autre, à savoir celui des Hutu. On se retrouve piégé dans un schéma aussi cynique que simpliste dans lequel s'opposeraient à mort les «méchants» Hutu et les «gentils» Tutsi! Aux yeux de l’ONU, le FPR serait pourtant qualifié pour la mission délicate de réconcilier les composantes d’une nation dont il constitue, à notre avis, l'un des principaux fossoyeurs. Comment un Etat fondamentalement partial pourrait-il rassurer tous ses citoyens? 

 

Le FPR, juge et partie dans la tragédie rwandaise

 

Financées à coup de millions de dollars par des bailleurs de fonds en apparence sans scrupule, les fameuses juridictions «gacaca[5]» taillées sur mesure font rage dans le pays où elles attisent l'injustice, encouragent la délation et la haine et consacrent l'inégalité des citoyens devant la loi, au sein d'une société toujours aussi traumatisée par les conséquences d'une tragédie mal assumée.

 

Il s’agit manifestement d’une justice de vainqueur, taillée sur mesure et ayant pour mission d'assurer l’impunité à une certaine catégorie de la population rwandaise. Mais malgré tous les subterfuges utilisés, le gouvernement FPR ne parvient pas à  stabiliser en profondeur la situation politique dans le pays. Au contraire, des milliers de familles continuent d’être spoliées de leurs biens, d'autres sont détenus parfois depuis 14 ans et sans le moindre dossier, on relève tant de disparitions forcées et tant de gens contraints à l’exil. On assiste aujourd'hui à une situation politique toujours aussi instable et très dangereuse dans la mesure où le conflit rwandais est loin d’être résolu et de révéler sa cause et sa finalité véritables. Il s’est même considérablement régionalisé et internationalisé au point que l'on peut affirmer sans le moindre risque de se tromper que la source de la crise prévalant dans le Nord-Kivu en RDC se trouve bel et bien au Rwanda. Au chevet de la RDC depuis plusieurs années déjà, la Communauté internationale aurait dû s'en apercevoir mais rien n'indique réellement que la paix et la stabilité de cette région tant convoitée soient inscrites sur son agenda.

 

Le génocide des Tutsi, la partie visible de l'iceberg

 

Le génocide des Tutsi du Rwanda est une réalité indéniable. Mais aussi effroyable qu'il puisse paraître, ce génocide dans sa version officielle à plusieurs égards contestable, ne constitue que la partie visible de l'iceberg du génocide rwandais  planifié par Museveni.

 

Dans une décision rendue le 1er décembre 2006 à Arusha, la chambre d'appel du Tribunal pénal international sur le Rwanda (TPIR) a réitéré son « constat judiciaire » du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda en 1994. Dans une précédente décision rendue le 16 juin 2006 dans le cadre du procès de trois dirigeants nationaux de l'ex-parti présidentiel, le Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (MRND[6]), la chambre d'appel avait conclu que le génocide des Tutsi du Rwanda constituait « un fait de notoriété publique » faisant partie de l'histoire de l'humanité et qui n'est plus à démontrer.

 

La chambre d'appel du TPIR avait néanmoins tenu à souligner que le «constat judiciaire» du génocide ne dispense pas le Procureur d'apporter les preuves de sa thèse d'un plan du génocide. Il serait donc permis de poursuivre les investigations afin de découvrir le plan du génocide. C'est ce que nous avons tenté de faire en élucidant certains points qui nous semblaient cruciaux et que le Procureur a préféré ignorer soit par omission soit par action et pour des motifs encore mal expliqués.

 

Remodelage de l'Afrique sur fond d'une guerre inavouable entre puissances dites «civilisées»

 

Après avoir remonté aux sources du drame rwandais qui n’est en réalité qu’un des maillons de la chaîne dans le cadre d’une conflagration mondiale, nous démontrons, preuves à l’appui, pourquoi l’agression de l’Ouganda contre le Rwanda a été orientée dans un certain sens, celui de la reconnaissance du génocide des seuls Tutsi alors que celui-ci s'inscrit indiscutablement dans le plan d'une plus large extermination qui, initialement, visait plutôt les Hutu du Rwanda.

 

Selon des documents ultrasecrets obtenus auprès des services de renseignements ougandais et rwandais, l'invasion armée du Rwanda par l'armée ougandaise sous le couvert d'un mouvement rebelle rwandais créé et armé à cet effet, obéissait avant tout à un plan ambitieux d'une «guerre de libération régionale» ayant pour objectif de fédérer dix[7] pays africains sous l'autorité du Président ougandais Yoweri Kaguta Museveni. Réunifiés, ces 10 pays devaient former une région vitrine dénommée « Grande Région Unifiée; Great United Region » et devant disposer d’une « Armée Rouge de Réserve ; Reserve Red Army » comptant 2.000.000 hommes et prête à assujettir le reste de l’Afrique subsaharienne.  Ne tarissant pas d'éloges pour le chef de l'Allemagne nazie Adolf Hitler, Museveni entendait agir avec le soutien du Royaume-Uni et des Etats-Unis manifestement décidés à chasser la France de l'Afrique où ils espéraient en outre contrer l'influence des puissances émergentes comme la Chine et l'Inde et imposer un ordre politique, économique et militaire totalement anglo-saxon sur le continent africain.

 

Au-delà de la problématique Hutu-Tutsi

 

On a acquis l'habitude trop simpliste d'analyser tout conflit qui se déroule en Afrique sous l'angle étroit de l'ethnisme et/ou du régionalisme. Ainsi plus de 7 millions de morts dans la RAGL en l'espace de 17 ans seraient à mettre sur le compte d'incessantes luttes ethniques et régionales dont le continent africain détiendrait le triste record! Des experts autoproclamés n'hésiteront pas à réduire la tragédie rwandaise à la résultante d'une haine atavique et séculaire entre les Hutu et les Tutsi en oubliant que, de l'aveu même du Ministre français des Affaires étrangères et européennes M. Bernard Kouchner[8], au Rwanda, la France s'est heurtée aux Belges, aux Anglais et aux Américains. Le responsable français précise que cette confrontation se déroulait sur fond du jeu d'influences multiformes sur la RDC. Comment, dans un tel contexte, expliquer que près de 5 millions de Congolais tués en l'espace de 10 ans ne seraient que des dégâts collatéraux d'une guerre sans merci que se livreraient Hutu et Tutsi du Rwanda depuis des siècles? Notons pour comparaison que la 2ème guerre mondiale s'est soldée par 9 millions de morts au terme de 5 ans de combats dans lesquels étaient engagées les armées des principales puissances de l'époque. Si l'on voit actuellement ces pays dits «civilisés» intervenir de moins en moins ouvertement, cela ne réduit en rien leur influence néfaste dans les conflits qui déstructurent l'Afrique et d'autres parties du monde. 

 

Simplifier un continent jugé particulièrement complexe

 

Provoquée, alimentée et parfois portée à son paroxysme selon les intérêts des politiciens locaux eux-mêmes le plus souvent réduits à de simples pions entre les mains de leurs parrains étrangers, l'opposition Hutu-Tutsi constitue certes un créneau porteur en ce qui concerne le Rwanda et le Burundi. Mais la «guerre de libération régionale» chère aux Présidents Museveni et Kagame est autrement plus ambitieuse. Il faudra donc élargir ce créneau en assimilant les Hutu aux Bantous et les Tutsi aux Nilotiques en vue de mettre en place un schéma socioculturel pratiquement valable sur toute l'Afrique noire, un schéma aisément manipulable dans les dix pays à fédérer sous une entité solidement ancrée sur le modèle anglo-américain. Une précieuse longueur d'avance prise par les Anglais et les Américains par rapport à la France placée en position de bouc émissaire idéal s'agissant particulièrement du drame rwandais.

 

L’Afrique face à son destin

 

Le 26 Juillet 2007 à Dakar, le Président Nicolas Sarkozy a déclaré : «... le drame de l’Afrique, c’est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire ». Selon lui,  le paysan africain, qui « depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles…étranger à l’idée de progrès ».

 

Cette déclaration a aussitôt déclenché de vives protestations tout en ayant le mérite de les provoquer. Car en effet la question relative à l'attitude des Africains face à leur destin commun reste posée. Car comment comprendre que, dans le contexte d'une mondialisation toujours plus franche,-d'aucuns diraient de plus en plus sauvage-, le politicien africain continue de manier les arguments de l'ethnisme et du tribalisme, faisant ainsi le bonheur de ceux qui ne regardent l'Afrique qu'à travers ses ressources naturelles et autres matières premières précieuses? C'est pourtant ce qui se passe dans la RAGL où des peuples entiers sont menacés d'extermination par des puissances dites «civilisées» et du «monde libre» qui se battent pour le contrôle de cette région dont le cœur se trouve être la RDC décrite à juste titre comme un «scandale géologique».

 

Comment admettre que, sous la conduite des seigneurs de guerre formés et lourdement armés par des Etats donneurs de leçons dans les domaines de la démocratie et des droits de l'homme, nos peuples soient massacrés au nom des rivalités économiques et culturelles entre les mondes anglophone et francophone? C'est pourtant ce qui s'est passé au Rwanda et qui se poursuit en RDC et dans toute la région.  En effet, l’extension de « la guerre de libération régionale » à l’Ex-Zaïre, guerre dont Museveni est le leader et planificateur incontestable, était subordonnée à l’occupation du Rwanda par la NRA de l’Ouganda. Pour ce faire, celle-ci s’est déguisée en FPR qui, dans l’intention de dissimuler le génocide des Hutu planifié depuis 1989 en Ouganda et s’assurer d’un pouvoir sans fin et sans partage au Rwanda, dut passer par un plan transitoire d’incitation à l’extirpation de l’opposition démocratique en acte et en puissance (Tutsi et Hutu) avant l’extermination systématique des Hutu qualifiés par le duo Kagame/Museveni comme des « ennemis régionaux » et « obstacles majeurs » à la poursuite de la guerre de libération régionale. L’extermination des Hutu en toute impunité n’était possible que précédée par une guerre civile permettant au FPR de contourner le traité de paix d’Arusha et l’option pour une solution politique négociée, toutes les deux étant en réalité des simulacres au service de la récupération du Rwanda considéré comme un tremplin aux opérations à venir.

 

A cet effet, l’assassinat inévitable de Habyarimana devait agir comme le détonateur immédiat de l’effondrement de l’ordre public intérieur. C’est à ce moment précis que la guerre, longtemps subordonnée à l’assassinat préalable de Habyarimana, pouvait enfin commencer. Initialement prévue au milieu des années 1989, cette guerre a été différée et retardée par l’insuccès d’une série d’échecs d’actions commandos allant de la fin de 1988 au 13 mars 1990, date à laquelle une réunion d’évaluation des obstacles à l’assassinat du Président rwandais à l’intérieur de son pays a décidé de confier à Nyerere une mission de concevoir une stratégie ultime pour contourner la sécurité intérieure trop serrée autour de Habyarimana. Dans une autre réunion tenue le 20 avril 1990, Nyerere a proposé à Museveni de scinder la guerre initialement subordonnée à l’assassinat préalable de Habyarimana en deux guerres distinctes mais aux objectifs absolument complémentaires. Il s’agit de la guerre provisoire et de la guerre définitive sur lesquelles nous nous étendrons en détails tout au long de ce travail.

 

2. Introduction

 

Le 8 novembre 1994, par sa résolution 955, le Conseil de sécurité des Nations Unies reconnaît la réalité du génocide rwandais et crée le Tribunal pénal international pour le Rwanda. Mais depuis, la polémique n'a cessé de croître et de faire couler tant d’encre à propos de ce génocide. Pourquoi le seul génocide des Tutsi est-il sujet à discussion ?

Le génocide des Tutsi était-il objectivement prémédité et planifié dans tous ses détails? Si oui par qui ? Sous l'autorité du Président Juvénal Habyarimana ou de celle de son éphémère successeur Théodore Sindikubwabo? Par le gouvernement de Sylvestre Nsanzimana, celui de Dismas Nsengiyaremye, celui d’Agathe Uwilingiyimana ou par celui de Jean Kambanda? A qui profitait réellement le crime? Ce génocide a-t-il effectivement été perpétré par les seuls Hutu aujourd’hui incriminés ? Les Hutu du régime Habyarimana ont-ils objectivement formé un front commun avec ceux de l’opposition démocratique en vue d'exécuter ce génocide? Comment expliquer l'élimination de la plupart des leaders de cette opposition? Les Tutsi étaient-ils les seuls visés ou s'agissait-il avant tout de se débarrasser d'une opposition encombrante où se côtoyaient Hutu et Tutsi accusés, à tort ou à raison et souvent par les deux principaux belligérants, de complicité avec «l'ennemi»?  Quelles sont les milices qui auraient été créées dans l'intention d'exécuter le génocide des Tutsi? Les «Interahamwe» du Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND)? La Jeunesse du Parti socialiste démocrate (PSD) connue sous le nom de «Bakombozi»? La coalition pour la défense de la république (CDR) et sa jeunesse « Impuzamugambi »? La Jeunesse démocratique républicaine (JDR-Inkuba) du MDR ou la Jeunesse du Parti Libéral ? Quels sont les partis politiques qui, à l'époque, étaient effectivement opposés à l’application des accords d’Arusha?

 

A quand remonte réellement la planification d'un génocide au Rwanda? Avant ou après la formation du Gouvernement de transition comprenant des membres de l'opposition? Où et comment se serait organisée une telle planification? Pourquoi et pour quel mobile invoqué par le planificateur? L’extermination des Tutsi et des Hutu dits « modérés » aurait-elle été concevable sans l’effondrement de l’ordre public ? Quel aura été l'événement déclencheur de l'effondrement de l’ordre public au Rwanda? Qui l’a planifié et, dans quelle intention? Qui devait profiter des effets internes et externes alors escomptés? A qui l'effondrement de l'Etat et l’échec des accords de paix profitaient-ils? Un MRND décapité par l'assassinat de son fondateur Juvénal Habyarimana? Une opposition démocratique complètement désarmée et,  désormais à la merci de la loi du plus puissant? Ou le FPR enfin libre de reprendre les hostilités et, sous le fallacieux prétexte de combattre le génocide, de prendre le contrôle d'un Etat à la dérive?

 

Pourrait-on, logiquement, accuser de génocide les gouvernements qui se sont succédés au pouvoir à Kigali du 01 octobre 1990 au 31 décembre 1994 et visiblement mis en cause par l’article 14 de la Constitution adoptée sous le régime FPR, tout en innocentant aveuglément ce dernier alors que, selon la Constitution en vigueur, son offensive armée a coïncidé avec le début du génocide ? En tentant maladroitement de se déculpabiliser, le FPR n’aura-t-il pas, à travers l’article 14 de la Constitution, fait des aveux hautement significatifs quant à ses responsabilités dans la tragédie nationale? En d’autres termes, ces gouvernements auraient-ils prémédité, planifié et exécuté la violation des articles 46 à 53 de la Convention de Vienne sur le droit des traités (CVDT) du 23 mai 1969 ? Préalablement au génocide des Tutsi d’avril-juillet 1994 et, après la signature des accords de paix d’Arusha le 04 août 1993, existerait-il des preuves matérielles quant à la violation des dispositions du droit interne concernant la compétence à conclure des traités (art.46), la restriction particulière du pouvoir d’exprimer le consentement d’un Etat (art.47), une erreur (art.48), un dol (art.49), la corruption d’un représentant d’un Etat[9] (art.50),  la contrainte exercée sur le représentant d’un Etat (art.51), la contrainte exercée sur un Etat par la mesure ou l’emploi de la force (art.52) et enfin la conclusion de traités en conflit avec une norme impérative du droit international (Jus Cogens, art.53) ? N’est-il pas manifeste qu’une partie au traité de paix d’Arusha était de mauvaise foi et réunissait toutes ces causes de nullité d’un simulacre de traité paix?

 

Dans l'hypothèse de la planification du génocide par le régime MRND, comment expliquer que certains responsables politiques influents de l'époque ne soient point inquiétés, ni par le TPIR ni par les tribunaux nationaux, alors que l’on continue de suggérer que les machettes avaient été distribuées avant même l’assassinat du Président Habyarimana? M. Faustin Munyazesa (ancien Ministre de l'Intérieur), M. Anastase Gasana(ancien Ministre des Affaires Etrangères), M. Marc Rugenera (ancien Ministre des Finances) et M. Enoch Ruhigira(ex-Directeur de cabinet du Président Habyarimana); ne détiendraient-ils aucun témoignage valable à propos de la planification présumée du génocide des Tutsi?

 

Comment l’ancien Premier Ministre Jean Kambanda aurait-il pu planifier le génocide des Tutsi alors que lui-même, Hutu réputé ''modéré'' et originaire du Sud ? N’était-il pas à l'époque un membre assez peu connu de l'opposition avant de se voir nommer premier ministre dans le contexte chaotique que l'on connaît? Dans quelles conditions a-t-il plaidé coupable sans que le tribunal ne lui demande de faire toute la lumière sur la planification du génocide des Tutsi? Qu'est-ce qui, enfin de compte, aura précipité les Hutu « modérés » comme Kambanda entre les mains du camp des radicaux du régime?

 

Existe-t-il des traces écrites au sujet de la planification du génocide des Tutsi par un quelconque gouvernement ou seulement des témoins qui ne racontent que des faits de notoriété publique? Ces faits ne seraient-ils pas instillés dans les esprits par les véritables planificateurs du génocide rwandais et principaux artisans de la solution militaire au Rwanda? Comment un gouvernement aurait-il pu planifier un génocide et ne laisser la moindre trace écrite à ses tombeurs lors de sa débandade militaire? Vaincue par les alliés, l’Allemagne nazie ne leur a-t-elle pas laissé suffisamment d’archives, des camps de concentration, des témoins et des mobiles fiables? Comparé de mauvaise foi à celui des «Juifs d’Afrique», le génocide des Juifs n’a-t-il pas laissé des traces écrites qui compromettent de façon irréfutable les différents gouvernements et autres institutions complices ? Ces traces n'allaient-elles pas se révéler précieuses dans les procès organisés par le Tribunal de Nuremberg? Toujours est-il qu’il y a moins de polémique quant à la préméditation, la planification, l'exécution et le mobile de la shoah[10]?

 

C’est dans ce contexte particulièrement complexe qu’il nous est apparu indispensable de nous attaquer aux racines du génocide rwandais en vue d'en identifier les causes réelles et d'en cerner les contours. Nous entendons enfin, dans le cadre du présent Mémorandum, proposer quelques pistes de solution possibles au conflit rwandais.

 

3. L'Ouganda agresse le Rwanda sous le couvert du FPR-Inkotanyi

 

Contrairement à la thèse communément admise selon laquelle des soldats Tutsi membres de l'armée ougandaise auraient déserté pour attaquer le Rwanda, c’est plutôt l’Ouganda et non le FPR son instrument, qui prépara et mena la guerre contre le Rwanda à partir du 01 octobre 1990. Il s’agissait d’une véritable guerre d’agression menée par l’Etat ougandais contre l’Etat rwandais. Une agression caractérisée mais simulée en «guerre de libération» qui s'appuyait sur des revendications légitimes de la diaspora rwandaise à l’époque majoritairement tutsi et qui, solidement parrainée par les Etats-Unis d'Amérique et le Royaume-Uni, allait embraser durablement la région de l'Afrique des Grands Lacs.

 

Dans un premier temps, le Président Habyarimana et son gouvernement vont d'ailleurs dénoncer une agression étrangère avant de souscrire, sous d'intenses pressions diplomatiques, à la formule plus convenante d'un conflit interne. Habyarimana se sera manifestement trompé d’adversaire car en lieu et place du FPR, c’est contre Museveni que sa contre-attaque aurait dû être la plus franche. Il en serait ainsi devenu le deuxième leader africain, après le Négus éthiopien Hailé Sélassié, à recourir à l'opinion internationale pour dénoncer une agression conduite par plusieurs puissances coalisées. S'adressant en effet le 30 juin 1936 à Genève à la Société des Nations qui allait devenir l’ONU, le leader éthiopien dénonça avec force mais en vain, l'agression dont son pays était victime de la part de l'Italie mussolinienne. Certes l’histoire lui donnera raison mais pas assez tôt pour sauver de nombreuses vies humaines péries dans des circonstances tragiques comme ce sera le cas au Rwanda et dans la région de l'Afrique des Grands Lacs.

 

Fortement encadrés, financés et armés par des puissances étrangères, Yoweri Kaguta Museveni et Paul Kagame ont soigneusement conçu, planifié et déclenché la guerre rwandaise qui durera de 1990 à 1994. Avec le soutien de leurs alliés, ils ont incontestablement et largement contribué à la mise en place des conditions du génocide rwandais dans l'exécution duquel ils ont joué un rôle indéniable. Et comme si cela ne suffisait pas, ils ont impunément et durablement mis le feu à la région de l'Afrique des Grands Lacs.

 

3.1 Le régime Habyarimana à l'épreuve du courant démocratique qui souffle sur l'Afrique

 

Sous la férule du général major Juvénal Habyarimana, le Rwanda est un Etat fortement centralisé. Encadré par le MRND, un parti unique comme dans la plupart des pays africains de l'époque, le pays jouit d'une certaine prospérité économique et il est souvent cité en exemple tant par les Institutions de Bretton Woods que par ses autres nombreux bailleurs de fonds. Monté au pouvoir en 1973 à la faveur d'un coup d'Etat, le général président a beaucoup de mal à s'adapter à l'avènement du pluralisme et du multipartisme qui secoue l'Afrique du moment.

 

Mais le régime Habyarimana est contraint de s'adapter aux évolutions politiques nouvelles marquées notamment par l'avènement du multipartisme qui déferle sur le continent africain sous l'influence du discours prononcé par le Président François Mitterrand à l’occasion de la 16ème Conférence franco-africaine de Labaule le 20 juin 1990. Dans ce discours, le Chef de l'Etat français préconisait la conditionnalité de l'aide de son pays en ces termes : « L’aide de la France aux Etats africains est subordonnée à l’avancée du processus de démocratisation».  Et M. Roland Dumas, Ministre français des Affaires étrangères de renchérir: « Le vent de la liberté qui a soufflé à l’Est devra inévitablement souffler un jour en direction du Sud ». « Il n’y a pas de développement sans la démocratie et il n’y a pas de démocratie sans le développement », tranchait le patron de la diplomatie française.

 

Museveni et Kagame n’allaient donc plus affronter un seul ennemi mais désormais deux. Au régime du Président Habyarimana s’ajoutait de façon inattendue l’opposition intérieure regroupée au sein des Forces démocratiques pour le changement (FDC). De plus en plus agissante et parfois au détriment des intérêts des deux principaux protagonistes du conflit qu'étaient le régime du Président Habyarimana et la rébellion du FPR dirigée par Paul Kagame, cette opposition finira par se faire phagocyter par les deux principaux protagonistes du conflit.

 

Dans un premier temps, le FPR va se servir de l’opposition comme argument politique en vue d'affaiblir le régime de Habyarimana. Mais il entendait ensuite extirper à la racine toute opposition en acte et en puissance comme l’atteste aujourd'hui la nature autocratique de sa gouvernance. Ayant enfin les mains libres et les pleins pouvoirs pour faire prévaloir une justice de vainqueur selon sa propre version des faits, il écrase sans ménagement toute forme d'opposition tout en maintenant pour la forme un multipartisme de façade.

 

3.2    Le problème des réfugiés, maladie chronique au pays des mille collines

 

On a parlé à propos des Tutsi du Rwanda et à juste titre qu'ils étaient les réfugiés les plus vieux d'Afrique. 30 ans c'était trop. Mais, sans doute sous le coup de l'émotion, on n'aura pas assez analysé l'attitude plutôt ambiguë du FPR pourtant supposé être leur ultime espoir.

En 1988, à l'initiative du Professeur Alexandre Kimenyi et ses amis dont l'américain Roger Winter (US Committee for Refugees)[11], s'est tenue à Washington, une Conférence internationale sur la question des Réfugiés Tutsi. Bien qu'on soit aujourd'hui en mesure d'affirmer que ladite conférence n'était pas dépourvue de toute arrière-pensée politique, il est révélateur de noter l'attitude plutôt hostile à cette conférence aussi bien de la part du régime Habyarimana que du FPR lui-même qui venait à peine d'avoir le jour.

 

En effet, le gouvernement rwandais a essayé sans succès de saboter cette initiative. Mais, craignant pour sa part de voir détourner son bastion naturel en cas de succès de la conférence, le FPR avait tenté de s'y opposer avant de se raviser et d'y participer tout en essayant de l'influencer.

 

Il faudra reconnaître que le FPR s'est de tout temps montré méfiant à toute initiative poussant vers une solution pacifique au problème des réfugiés. Cela est valable pour la période où les réfugiés étaient en majorité tutsi, cela n'a pas changé aujourd'hui avec des réfugiés en majorité hutu.

 

Les réfugiés Tutsi étant considérés comme son principal terroir dans la mesure où ces derniers lui fournissaient des milliers de soldats, le FPR n'aurait supporté que quelqu'un d'autre s'occupa du problème de ces réfugiés Tutsi. Car, que serait-il devenu si par hasard, ce problème avait trouvé une solution avant son offensive militaire du 1er octobre 1990? De son côté, encore marqué par la période révolutionnaire des années 50-60, le régime MRND se méfiait comme de la peste de ces Tutsi en qui, il voyait d'abord des ennemis politiques avant de les considérer comme des réfugiés et des apatrides en quête d'un foyer.

 

Si les inégalités sociales et économiques étaient séculaires et institutionnalisées, force est de constater que c’est à ce niveau précis que se trouve le noeud gordien de la problématique rwandaise qui n’a pas cessé de s’empirer jusqu’à nos jours.

 

Cette question s'est posée à la monarchie et aux colonisateurs belges en 1959. N'ayant su y répondre convenablement, le Rwanda a été plongé dans la violence révolutionnaire qui s'est soldée par l'abolition du régime monarchique et l’instauration de la république. La même question se posa aux deux régimes républicains successifs des présidents Grégoire Kayibanda[12] et Juvénal Habyarimana. La réponse se fit attendre et c'est ce qui, en partie, conduira à la conflagration des années 90 avec toutes ses terribles conséquences. La même question se pose encore aujourd'hui dans des termes encore plus cruciaux au régime du FPR dominé par d'anciens réfugiés. Qui pourra enfin persuader le gouvernement FPR que les réfugiés rwandais constituent aujourd'hui un problème à résoudre plutôt qu'un instrument manipulable à merci?

 

La question qui se pose est simple : oui ou non les Hutu et les Tutsi pourront-ils un jour revivre ensemble et égaux en droits dans leur pays le Rwanda?

Allant jusqu'au bout de sa logique militariste, le FPR a pris le risque inconsidéré de torpiller les accords de paix d'Arusha en commettant l'attentat terroriste du 06 avril 1994. Mais comme nous l'expliquons tout au long du présent Mémorandum, pas plus que ses puissants protecteurs, le chef du FPR Paul Kagame n'avait jamais envisagé une solution pacifique qui aurait pu répondre aux attentes des réfugiés tout en préservant l'intérêt général de tout le peuple. Au fond dans toute cette affaire, aussi bien les réfugiés que tous leurs compatriotes auront été manipulés au nom d'intérêts étrangers. Le FPR doit se tenir prêt à en répondre un jour devant le tribunal du peuple et de l'histoire.

 

De fait, avant de simuler l’option d’une solution politique négociée avec le gouvernement élargi à l’opposition non armée et dirigé par Dismas Nsengiyaremye, le FPR émettra des doutes quant à l’agenda politique du MDR qui, en réalité était né après le PL très proche du FPR. Il semble en effet que le PL opérait clandestinement depuis fort longtemps à l’intérieur du Rwanda et se préparait à devenir une alternative transitoire avant des élections démocratiques que le FPR avait déjà prévu de saboter au cas où la signature d’un simulacre des accords de paix d’Arusha l’aurait contraint à passer de son simulacre de solution politique négociée à la participation au Gouvernement de transition à base élargie (GTBE) alors censé préparer les élections démocratiques.

 

C'est ce qu'indique un document codé (DOUBTS OVER POLITICAL AGENDA OF MDR REF 6470/JKS) où l'on peut lire ce qui suit : « Il y a un doute sérieux au sujet d’une libéralisation politique et de l’agenda politique du régime de Kigali. La révision de la constitution de 1991 donne au système une casquette de multipartisme qui n’est pas sûre. Tous les réfugiés sont censés retourner au Rwanda mais non en tant qu’opposition politique. Le régime n’est pas sérieux à ce sujet. Cela implique qu’un recours à une sérieuse et solide forme de résistance doit être utilisé afin d’éviter tout regret. La solution applicable dans ce cas sera comme indiqué dans la conférence (REF4563/THRWA/56 code 560/LP). Le recours aux négociations politiques devrait être encouragé mais sans pour autant s’y fier pour éviter tout regret. Le renforcement des positions et la mobilisation des forces doivent plutôt être plus forts car l’interférence de la France est inévitable. Copie pour information NAKASERO STATE HOUSE, UPDF HQ MBUYA, 1ST BATALLION  » [Preuve n°001].

 

3.3    Une guerre planifiée en deux phases, provisoire et définitive

 

Jusqu’à la fin des années1988, Museveni avait subordonné l’agression armée contre le Rwanda à l’assassinat préalable de Juvénal Habyarimana. Initialement planifiée pour être enclenchée en 1989, cette guerre sera retardée par l’échec de plusieurs actions para commandos de la NRA dans sa tentative d’assassiner le leader rwandais à l’intérieur de son pays. Parmi les raisons de ces échecs, on peut retenir la sécurité trop serrée autour de la victime visée par Museveni. Jusqu’au 10 mars 1990, tous les rapports transmis par les commandos de la NRA chargés de la mission d’assassinat faisaient état d’un mur de sécurité infranchissable autour du Chef de l’Etat rwandais. C’est à cette date que se tint à Kampala une réunion d’évaluation de la situation. C’est à ce moment précis que se tint une réunion d’évaluation pour lever tous les obstacles à l’assassinat du président rwandais, notamment en réunissant tous les moyens nécessaires. Parmi les invités présents figuraient, outre des officiels ougandais, le tanzanien Julius Nyerere et le nigérian Moshood Abiola, ancien patron de la société ITT. Sur proposition de Museveni, Nyerere fut chargé de monter une stratégie susceptible de débloquer la situation.

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