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Publié par JMV Ndagijimana

Mardi 03 Février 2009

Par Marianne ENAULT
leJDD.fr

Dans un livre à paraître mercredi, le journaliste Pierre Péan accuse Bernard Kouchner d'avoir mêlé activités publiques et privées en Afrique. Au coeur de l'affaire: deux sociétés de conseil en matière de santé pour lesquelles le "French doctor" était consultant. Le socialiste Arnaud Montebourg demande au ministre des Affaires étrangères de "s'expliquer sérieusement" s'il a "encore un honneur".

Le PS envisage de poser une question à l'Assemblée sur les activités de Bernard Kouchner en Afrique. (Reuters)

 

Après la Birmanie, l'Afrique. En 2003, Bernard Kouchner, au nom de sa société BK Conseil, réalise une étude sur le volet médico-social de l'activité de Total en Birmanie. Deux mois et demi de travail et 25 000 euros de facture. L'affaire fait rapidement scandale: accusé par des organisations de défense des droits de l'Homme d'avoir recours à une main d'oeuvre forcée, le groupe Total s'appuie sur le rapport du "French doctor" pour se dédouaner. Six ans plus tard, les activités privées de Bernard Kouchner sont de nouveau passées au crible. A l'origine de cette nouvelle "affaire Kouchner", un livre écrit par Pierre Péan, Le monde selon K., à paraître mercredi. Dans cet ouvrage, dont les bonnes feuilles ont été publiées par l'hebdomadaire Marianne samedi dernier, le journaliste détaille les activités de consultant de Bernard Kouchner pour les sociétés Africa Steps et Imeda, spécialistes des conseils en matière de politique de santé et gérées par deux de ses proches, le diplomate Eric Danon et le communicant Jacques Beaudoin.

Selon Pierre Péan, Bernard Kouchner se serait fait le VRP de ces sociétés alors même qu'il occupait une haute fonction à caractère public, puisque nommé par Jean-Pierre Raffarin à la tête d'un réseau international oeuvrant pour l'amélioration des services de santé dans les pays du Sud (Esther). Un mélange des genres un rien gênant. Plusieurs dirigeants africains ont en effet pu espérer qu'en commandant des rapports à ces sociétés de conseil, ils bénéficieraient de l'appui de la France pour l'octroi de subventions internationales via Esther. Selon Péan, entre 2002 et 2007, ces sociétés auraient engrangé 4,6 millions d'euros de contrat, notamment pour des conseils sur la réforme des systèmes de santé du Gabon et du Congo.

Kouchner remplacé?


L'affaire fait grand bruit. "La question du remplacement de Bernard Kouchner va sans doute se poser", écrit La Tribune de Genève mardi, ajoutant même que le nom d'Hubert Védrine, ancien ministre socialiste des Affaires étrangères, circule dans les couloirs de l'Elysée. En France, le PS réagit. "Les importantes révélations relatives aux multiples confits d'intérêt et aux affaires d'argent dans lesquels se débat le ministre des Affaires étrangères constituent pour le moins de graves infractions à la morale publique", a estimé mardi le socialiste Arnaud Montebourg. Et d'insister: "Si Bernard Kouchner a encore un honneur, il doit enfin d'expliquer sérieusement devant l'opinion publique." Le groupe PS à l'Assemblée nationale envisage lui de poser une question au gouvernement sur cette affaire. "On ne laissera pas passer cette affaire. N'attendez pas de nous la complaisance ou le silence. Si Bernard Kouchner pense cela il se trompe", a ainsi déclaré le chef de file des députés socialistes, Jean-Marc Ayrault.

Arnaud Montebourg rappelle par ailleurs que la Constitution "prohibe toute conservation d'intérêt quel qu'il soit, surtout d'ordre financier, pour un ministre en exercice, en relation avec les affaires publiques dont il a la charge". Car Pierre Péan fait une autre révélation. Selon lui, Bernard Kouchner, devenu ministre des Affaires étrangères, aurait profité d'une visite du président gabonais Omar Bongo à Paris pour lui rappeler qu'il lui devait toujours 817 000 euros, au titre d'un audit du système de santé gabonais, d'une valeur totale de 2,6 millions d'euros. Dans un communiqué publié mi-janvier, au moment des premières révélations, Bernard Kouchner, nie et assure qu'il n'a "jamais appartenu à la société Imeda dont il était l'un des consultants et n'avait donc aucune raison de se préoccuper du règlement des factures de celle-ci".

Un lien avec le départ de Bockel?

Et puis il y a l'affaire dans l'affaire. Selon Pierre Péan, "la première moitié de cette dette sera payée à Imeda le 24 janvier 2008", soit peu après les déclarations du secrétaire d'Etat à la Coopération, Jean-Marie Bockel, sur la Françafrique. "La Françafrique est moribonde. Je veux signer son acte de décès", avait-il alors déclaré. Des propos qui avaient provoqué la colère des potentats africains, au premier rang desquels Omar Bongo et le président congolais, Denis Sassou Nguesso. Selon Péan, "ils en veulent beaucoup à Kouchner d'avoir laissé son secrétaire d'Etat tenir des propos qu'ils considèrent comme désobligeants". Au remaniement ministériel suivant, Jean-Marie Bockel est remercié et chargé des Anciens combattants. Dans son livre, Pierre Péan suggère, sans preuve, que Bernard Kouchner a obtenu la tête de son secrétaire d'Etat, sur pression des deux dirigeants africains. Selon les informations du Journal du Dimanche, du côté de l'Elysée, on dément que Bernard Kouchner ait joué le moindre rôle "dans le changement d'affectation de Jean-Marie Bockel".

Le ministre, lui, n'a pas commenté ces révélations. Selon le site internet de Marianne, il pourrait s'exprimer jeudi dans les colonnes du Nouvel Observateur. En attendant, son entourage dénonce un règlement de comptes. "Péan règle ses comptes avec Kouchner sur le Rwanda, le reste n'est que prétexte", a expliqué son avocat, Me Georges Kiejman, au JDD. A plusieurs reprises, Pierre Péan a critiqué la politique de "la main tendue" mise en oeuvre par Bernard Kouchner à l'égard du président rwandais Paul Kagame. Dans un livre publié en 2005, Noires fureurs, blancs menteurs, le journaliste défend la thèse selon laquelle le Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagame est à l'origine de l'attentat qui a coûté la vie en 1994 au président Juvénal Habyarimana et provoqué, de fait, le génocide tutsi qui s'en est suivi. Accusé de diffamation raciale, notamment par SOS Racisme, pour y avoir écrit que les Tutsis avaient "la culture du mensonge et de la dissimulation", Pierre Péan a été acquitté l'an dernier.

 

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