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Publié par JMV Ndagijimana

Interview de Pierre Péan dan VSD

Le livre « Le monde selon K »* de Pierre Péan qui sort en librairie le 4 février suscite déjà la polémique, car le journaliste d'investigation, qui avait enquêté sur le passé  sulfureux de François Mitterrand, écorne l'image du "French doctor". Ses affaires en Afrique, en particulier avec Omar Bongo, suscite quelques interrogations. L’Elysée s’interroge sur son avenir. Du Quai d’Orsay, Bernard Kouchner organise sa riposte. Dans un entretien à paraître demain dans VSD, Pierre Péan explique sa démarche. Il a signé près de vingt-cinq ouvrages dont "Noires fureurs, blancs menteurs" sur le Rwanda. Son enquête l’a mené jusqu’à Bernard Kouchner, puis jusqu’au « Monde selon K ».


VSD. La vocation de ce livre est-elle de déconstruire un mythe ?

Pierre Péan: J’ai voulu enlever la peinture dorée de l’icône française, montrer le côté va-t-en guerre de Bernard Kouchner, sa simplification du monde entre les bons et les méchants, ses mélanges de casquette, son côté néo-conservateur américain. Les Français l’imaginent en blouse blanche alors qu’il porte le plus souvent un treillis.

VSD. Dans l’affaire des rapports rédigés pour le président gabonais, Omar Bongo, en 2003 et 2004, où se situe l’absence de morale ou l’illégalité ?

P.P : Je ne me place pas sur le plan pénal mais sur celui de la morale républicaine. A force de 20 heures et d’interviews il s’est forgé une image de chevalier blanc. Pour défendre une telle image, il faut être extrêmement rigoureux. Quand il nomme Eric Danon et Jacques Baudoin, ses deux compagnons avec qui il fait des affaires (le premier, ambassadeur à Monaco, le second, dans son cabinet au Quai d’Orsay), il franchit la ligne jaune. Quand lui et Eric Danon, fonctionnaire et toujours patron d’Imeda, la société de consulting, pour laquelle Bernard Kouchner a travaillé, demandent à Omar Bongo d’honorer des factures, certes antérieures à l’arrivée de Bernard Kouchner au Quai d’Orsay, cela pose évidemment question. Quand également, en présence de Bernard Kouchner, deux contrats sont signés par la même société Imeda en mars 2007 avec le Congo pour un montant de 1,8 millions d’euros, et que les rapports d’étape sont remis fin juillet 2007 (il est nommé ministre des affaires étrangères en mai 2007, ndlr) on peut légitimement se poser de nombreuses questions.

VSD. Domiciliation en Corse lorsqu’il est député européen pour profiter de billets d’avion, rédaction chèrement payée d’articles pour les laboratoires Pfizer… Ces faits sont-ils si répréhensibles ?

P.P: Ces petits arrangements n’ont rien d’extraordinaire, sauf pour Bernard Kouchner. Ils soulignent le décalage entre son image- un mélange d’Abbé Pierre, de docteur Schweitzer et de Saint Martin prêt à donner son manteau coupé en deux- et la réalité qu’ont de lui les Français. Kouchner est quelqu’un qui aime le pouvoir et l’argent, et qui consacre beaucoup d’énergie à écrire sa légende. Par exemple, il dit qu’il est le fondateur de MSF et de sa charte, qu’il a été le seul Français à avoir été présent durant le génocide rwandais, c’est faux…

VSD. Quel rôle joue Christine Ockrent ?

P.P : Ensemble, ils fonctionnent comme une PME familiale. Elle le conseille, il l’écoute. Ils s’épaulent, se rendent des services. Il l’a fait nommer numéro deux de la holding de l’audiovisuel extérieur. C’est du népotisme. Dans d’autres pays, on s’en serait davantage offusqué.

VSD. L’avocat de Bernard Kouchner dit qu’à travers ce livre, vous réglez vos comptes avec le ministre sur le Rwanda, le reste n’est que prétexte…

P.P : Mon livre n’est pas un règlement de comptes, mais en revanche, c’est à cause des positions prises par Bernard Kouchner sur le Rwanda que je me suis intéressé vraiment à lui. Et je ne m’en cache pas : j’explique cela longuement dans mon premier chapitre. Dès l’été 2007, j’ai écrit une tribune dans le quotidien Libération, pour exprimer ma stupéfaction de constater qu’un ministre de la République française décide de tout faire pour se réconcilier avec le président du Rwanda, Paul Kagamé, soupçonné par la justice française d’être le commanditaire d’un attentat en 1994, qui a coûté la vie à deux chefs d’état africains, à trois Français et a déclenché le génocide des Tutsis. Un homme qui de surcroît accuse la France de complicité de génocide. Et, quand j’ai été mis au courant, en juin 2008, des manœuvres clandestines, des manipulations, des pressions du cabinet Kouchner sur la Justice pour faire exploser l’instruction du juge Bruguière qui a lancé neuf mandats d’arrêt contre l’entourage de Paul Kagamé, j’ai estimé qu’il s’agissait là de comportements dignes d’une République bananière, et j’ai décidé de me lancer dans une enquête sur Kouchner, sans savoir que je dresserais de lui un tel portrait.

*Editions Fayard

Propos recueillis par Pascale Tournier 03/02/2009 15:37

 

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